Berce commune (Heracleum sphondylium) et berce du Caucase (Heracleum mantegazziamnum)

Heracleum fait référence à Hercule et, par analogie, à la robustesse de la berce. En allemand, on la nomme bartsch, terme qui n’est pas sans évoquer cette fameuse soupe russe, le bortsch, qui était confectionnée avec des feuilles de berce par les Sibériens qui y ajoutaient une patte d’ours, gibier traditionnel de cette zone géographique, d’où l’un des noms vernaculaires de la berce : patte d’ours.

La berce commune est, comme son nom l’indique, la plus commune des apiacées qu’on trouve en France. Malgré cette relative présence, elle brille par son absence en ce qui concerne ses usages thérapeutiques anciens. Quelques sources mentionnent qu’il fut d’usage de l’employer pour aromatiser la bière en Pologne ainsi que dans les Pays baltes durant le Moyen-Âge. Pour se soigner, on en utilisait les feuilles et les semences. Mais il faudra attendre le début du XX ème siècle pour que des études plus poussées soient lancées à son propos. A l’heure actuelle, elle est encore à l’étude, notamment sur l’un de ses principaux principes actifs, le psoralène (pour soigner le psoriasis, ainsi que pour limiter les effets du sida et de la leucémie).

Ses nombreux surnoms reflètent sa parenté avec d’autres apiacées, mais il ne faut pas s’y tromper : la berce commune est une géante ! Vivace ou bisannuelle à souche épaisse et à forte odeur, la berce dépasse régulièrement la taille d’un homme, sinon beaucoup plus !

De fortes tiges dressées, cannelées, poilues et creuses ; des feuilles inférieures serties sur un pétiole robuste, lobées ou segmentées, alternes ; des feuilles supérieures enveloppant les tiges par une sorte de gaine embrassante. Lorsqu’on froisse les feuilles, une odeur de mandarine s’en dégage (1).

Durant l’été, de larges ombelles (à sa mesure : près de 15 cm de diamètre !) ornent la berce de petites fleurs la plupart du temps blanches, bien qu’elles peuvent être parfois verdâtres ou jaunâtres, beaucoup plus rarement rosâtres. Ces fleurs formeront par la suite des fruits brillants et arrondis, d’une jolie couleur vert-pourpré.

Très commune en plaine et en montagne (1 700 m d’altitude maximum), elle affectionne particulièrement les lieux humides (prairies, bois, haies, bordures de chemins).

On la trouve en Europe (berce commune), au nord des États-Unis (2) (berce laineuse, Heracleum maximum) et en Asie (berce du Caucase).

Si la berce commune est une berce XL, la berce du Caucase opte pour la taille XXL ! Sa hauteur qui peut varier de 4 à 5 mètres se déploie grâce à de fortes tiges tachées de rouge. Son ombelle de fleurs est géante elle aussi puisqu’elle peut atteindre 50 cm de diamètre et apparaît durant l’été avant de donner naissance à de multiples akènes.

Elle affectionne les mêmes lieux que la berce commune : près, talus, bords de chemins et de routes, terrains vagues, les sols humides prioritairement.

Très mellifère, elle est cependant qualifiée de plante invasive à l’instar du raisin d’Amérique et de la renouée du Japon.

La plupart des apiacées (livèche, persil, céleri, angélique, impératoire, etc.) contiennent des furanocoumarines photosensibilisantes. La berce n’y échappe pas. C’est pourquoi il est nécessaire d’être vigilant lorsqu’on a affaire à elle. En effet, à l’état frais, la berce commune peut provoquer des irritations cutanées, des vésicules douloureuses, des brûlures au second degré, des cloques ainsi qu’un érythème de la peau (3). Par la suite, une hyper-pigmentation cutanée peut survenir car la peau devra fabriquer davantage de mélanine afin d’assurer sa défense. Bien pire, de profondes cicatrices peuvent subsister.

Mais ces manifestations ne sont rendues possibles que par une exposition au soleil après contact avec la plante. La manipuler par temps non-ensoleillé ne pose pas de problème, mais il est de bon conseil de se laver les mains ensuite.

Malheureusement, les accidents sont de plus en plus nombreux du fait de la rapide propagation d’une autre berce, la berce du Caucase, qui fut introduite en Europe Occidentale à des vues ornementales à la fin du XIX ème siècle. Ce sont donc des échappées du jardin que nous retrouvons aujourd’hui en pleine nature. Cette plante est loin d’être aussi peu dangereuse que sa cousine, la berce commune. Bien plus chargée en furanocoumarines, elle inflige de vilaines brûlures au moindre contact suivi d’une exposition au soleil.

En cas de pépin, il est conseillé d’atténuer la douleur à l’aide de compresses froides, puis de prendre contact avec un dermatologue, lequel pourra prescrire des anti-inflammatoires stéroïdiens en application locale, par exemple.

Quelques conseils supplémentaires (extrait de Wikipédia) : « En cas de contact de la peau avec de la sève, il faut éliminer la sève le plus rapidement possible, en prenant soin de ne pas étendre la surface de la zone touchée : enlever la sève de la peau avec un papier absorbant sans frotter, puis laver au savon, et rincer abondamment à l’eau l’endroit atteint. Ensuite, il faut éviter l’exposition de la zone touchée à la lumière durant plus de 48 h, le temps de la disparition de l’effet photosensibilisateur. Si les yeux sont atteints, les rincer abondamment à l’eau claire puis porter des lunettes de soleil pour réduire leur exposition à la lumière et penser à consulter un médecin. En cas de contact important, ou si un enfant est atteint, consulter sans tarder un médecin ou le centre antipoison pour tout conseil approprié. »

_________________________

1. Cette anecdote est parlante dans le sens où l’essence de mandarine possède les mêmes propriétés photosensibilisantes que la sève de la berce, qu’elle soit commune ou caucasienne. Peut-on alors considérer cela comme une forme de « signature » ? Quoi qu’il en soit, cela ne m’apparaît pas anodin.

2. Les Amérindiens utilisaient la berce laineuse (Heracleum maximum). Ils en confectionnaient, à l’aide de la racine, des infusions destinées à soigner rhume, grippes, maux de gorge et de tête, crampes musculaires. Ils connaissaient également ses vertus en externe : en cataplasme, la berce vient à bout de contusions et furoncles, mais aussi de cas de rhumatismes déformants.

3. Il s’agit de phytophotodermatites.

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© Books of Dante

La berce en thérapie :

1. Parties utilisées : feuilles, racines, semences

2. Principes actifs : furanocoumarines, huile essentielle, octanol, psoralène

3. Propriétés thérapeutiques : stimulante, tonique, digestive, diurétique, antiseptique urinaire, hypotensive, sédative, aphrodisiaque, emménagogue, résolutive, détersive, vermifuge

4. Usages thérapeutiques

En interne : digestion pénible, insuffisance rénale, diminution de l’urée sanguine, hypertension, épilepsie, blennorragie, asthénie sexuelle (impuissance masculine, frigidité féminine), météorisme (gaz intestinaux), rhumatismes

En externe : oedèmes, tumeurs, abcès, furoncles, ulcères atones, piqûres d’insectes

5. Contre-indications, remarques et autres usages

* Racine, jeunes feuilles et jeunes pousses sont comestibles. Comme nous l’avons indiqué plus haut, les feuilles froissées évoquent un parfum de mandarine. Quant aux jeunes tiges, c’est un arôme de noix de coco et là encore de mandarine qui s’en dégage. Les fruits partagent eux aussi cette odeur d’agrumes et proposent au palais une piquante saveur de gingembre.

* En homéopathie, la berce commune est connue sous le nom de Branca ursina. Elle est utilisée contre maux de tête et douleurs ovariennes et, selon le principe similia similibus curantur, on l’administre contre les… dermatites, c’est-à-dire qu’elle soigne à doses homéopathiques ce qu’elle provoque elle-même à hautes doses. Une fois de plus, nous constatons que le remède se trouve toujours à proximité du poison, encore faut-il bien regarder ;-)

© Books of Dante – 2010

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