Le carvi (Carum carvi)

Si on le qualifie de cumin des Vosges ou d’anis vert, c’est rendre compte des liens qu’entretient le carvi avec les graines aromatiques que sont cumin et anis. Ce sont toutes des plantes qui se ressemblent beaucoup, mais qui bien entendu conservent des caractéristiques qui font leur particularité.
Si les anciens textes grecs mentionnent le cumin, nulle part on ne trouve la trace du carvi. S’il était inconnu des Grecs, en revanche on a trouvé sur certains sites néolithiques des graines de carvi, ainsi que dans la tombe de Toutankhamon (XIV ème siècle av. J.-C.).
Au Moyen-Âge, on le retrouve dans les cuisines et chez l’apothicaire, tant en Europe qu’en Arabie. En toute fin du XVI ème siècle, on le rencontre sous la plume de Shakespeare qui vantera les vertus digestives du carvi (caraway en anglais) dans sa pièce de théâtre Henri IV. Au XVII ème siècle, il est prescrit en cas de refroidissement (c’est une des quatre semences chaudes, ne l’oublions pas) et de flatulences, ainsi que pour favoriser la diurèse.

Carvi_fleurs

Contrairement à ce qu’indique Nicolas Lémery au XVII ème siècle, le carvi ne porte pas le nom du pays d’Asie dont il fut ramené, puisqu’au contraire d’autres plantes, le carvi est endémique au sol européen, il ne s’agit donc pas d’une épice « exotique » comme la cannelle et le clou de girofle. On rencontre cette plante dans les prairies montagneuses d’Europe et d’Asie de l’ouest. En France, elle est localisée dans l’Est, le Sud-Est, le Centre et les Pyrénées.
Plante bisannuelle, le carvi ressemble beaucoup à la carotte sauvage (Daucus carotta). Il possède une épaisse racine pivotante (à odeur de carotte !), un feuillage plumeux découpé en fines lanières (mais sans être aussi vaporeux que celui de l’aneth), des tiges fines et cannelées, et de minuscules fleurs blanches, parfois rosâtres, qui se présentent en ombelles. Ses graines, brunes et allongées, mesurent entre 3 et 7 mm de longueur.

D’un point de vue plus spirituel, « les Hollandais prétendent que manger du carvi aiguise la mémoire et aide à passer les examens. Ses graines aideraient les artistes à trouver l’inspiration » (Petit Larousse des plantes médicinales, p. 262).

Carvi_graines

1. Huile essentielle : description et composition

Deux molécules – la carvone (1) et le limonène (2) – forment à elles deux 80 % de cette huile essentielle. On y trouve aussi d’autres molécules mais dans des proportions extrêmement faibles (cis-carvéol, myrcène, herniarine…).
Les graines broyées ou pulvérisées sont distillées grâce à la vapeur d’eau. Elles permettent d’obtenir un bon rendement (3 à 8 %). Le produit obtenu est de couleur jaune pâle, à l’odeur chaude, épicée et anisée.

2. Propriétés thérapeutiques

Elles sont relativement proches de celles de l’huile essentielle d’anis vert, à quelques exceptions près.

  • Apéritive, digestive, carminative, antiputride intestinale
  • Cholagogue, cholérétique
  • Antibactérienne sur germes Gram + et Gram -, parasiticide
  • Mucolytique
  • Drainante rénale, diurétique
  • Galactogène, emménagogue
  • Sédative, calmante, antinociceptive
  • Antispasmodique

L’action conjuguée du limonène et de la carvone favorise la production de glutathion-S-transférase, une enzyme détoxicante qui agit au niveau du foie.

3. Propriétés thérapeutiques

  • Troubles respiratoires : bronchite catarrhale aiguë, encombrement bronchique
  • Troubles gastro-intestinaux : dyspepsie, ballonnement, aérophagie, météorisme, fermentations intestinales, flatulences, spasmes gastriques, indigestion, inappétence, crampes gastro-intestinales, constipation par atonie, colique (y compris du nourrisson), halitose
  • Insuffisance hépatobiliaire
  • Règles difficiles, insuffisance lactée
  • Palpitations
  • Sciatique
  • Vertiges
  • Coliques néphrétiques

4. Contre-indications et autres usages

  • Toxicité : huile essentielle déconseillée chez le bébé, le jeune enfant, la femme enceinte, la femme qui allaite et la personne fragile neurologiquement. Cette huile essentielle est abortive et neurotoxique aux doses non thérapeutiques.
  • Cuisine : les graines de carvi sont une épice populaire en Europe centrale surtout. Elles entrent dans la composition du goulasch, de la choucroute, de gâteaux et pâtisseries, de conserves au vinaigre, de confitures et compotes… Il accompagne à merveille la viande de porc, les crustacés ainsi que certains fromages (gouda, munster). Les feuilles, également aromatiques, se consomment en salade ou à la manière des épinards. La racine du carvi cultivé se cuisine de la même manière que le panais et la carotte dont elle partage l’arôme.
  • Cosmétique : bain de bouche, dentifrice, savons, après-rasage, parfums…
  • Liquoristerie : une liqueur, le Kümmel, a emprunté son nom au terme grâce auquel les Allemands désignent le carvi.
  • Usage vétérinaire : l’huile essentielle de carvi additionnée d’alcool peut être employée en friction contre la gale du chien.

  1. On retrouve cette cétone monoterpénique dans les huiles de menthe verte (Mentha spicata) et d’aneth (Anethum graveolens).
  2. Le limonène est la molécule majoritairement représentative des essences d’agrumes. Voilà pourquoi les fruits frais du carvi sentent l’orange.

© Books of Dante – 2014

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