Le cumin ? Un boutefeu !

Si certains auteurs situent l’aire d’origine du cumin au sein d’une vaste zone géographique ancienne située à l’ouest de la mer Caspienne et s’étendant jusqu’à la Chine – le Turkestan (cf. carte) –, d’autres le disent égyptien (vallée du Nil). D’où qu’il puisse venir, le cumin s’est très tôt propagé à l’ensemble du pourtour méditerranéen. Ainsi, il a d’abord fait son apparition comme plante cultivée au Proche-Orient, en Afrique du nord, en Arabie, en Grèce… et ce dès l’Antiquité comme en témoignent le papyrus d’Ebers (-1550 ans av. J.-C.), Théophraste qui se fendra d’un conseil de culture pour le moins original (1) (IV ème siècle av. J.-C.), Dioscoride enfin qui voyait dans cette plante pas moins qu’une panacée (I er siècle ap. J.-C.).
Les Juifs le cultivaient déjà au temps d’Isaïe (Ancien Testament), tandis qu’au premier siècle de notre ère il est déjà implanté dans le vaste empire romain, au sujet duquel le Docteur Leclerc relate une (d)étonnante anecdote. Il « rappelle plaisamment, à propos [des] vertus carminatives [du cumin], que non seulement les Romains n’étaient pas choqués par les bruits incongrus que produisait son usage, mais que l’empereur Claude les avait, par un édit, permis à sa table » (Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 321). Et quand les Romains n’avaient pas de poivre, ils utilisaient le cumin, comme les Arabes qui, le mêlant à ce même poivre et à du miel, en firent un mélange aphrodisiaque. Par la suite, ces mêmes Arabes introduisirent le cumin en péninsule ibérique au XII ème siècle. En Europe occidentale/centrale, cette plante parvint bien plus tôt puisqu’elle est mentionnée dès le VIII ème siècle dans le Capitulaire de Villis, puis, au siècle suivant, elle est mise en culture au monastère de Saint-Gall (Suisse). Hildegarde de Bingen en fera l’une des plantes de sa pharmacopée, à destination du mal de mer et des maux de cœur. Elle s’en servira aussi comme vomitif et antidysentérique.

Turkestan_carte_ancienne

Plante annuelle, le cumin est un modeste ressortissant de la vaste famille des Apiacées vu qu’il ne mesure pas plus de 30 cm de hauteur. Sa racine, en pivot, très semblable à celle du carvi ou de la carotte sauvage, porte une tige fourchue et rameuse, dépourvue de « poils ». Son feuillage lumineux est constitué de fines lanières très découpées. Classique chez cette famille botanique, les fleurs sont organisées en petites ombelles comptant peu de rayons, trois ou cinq tout au plus. Les fleurs, minuscules et blanches (parfois légèrement rosées), donnent naissance à des fruits verdâtres, allongés, sur lesquels on compte un certain nombre de côtes.
A l’heure actuelle, les principaux pays producteurs sont l’Inde, l’Iran, la Turquie, la Chine et le Sri-Lanka.

Cumin_officinal

1. Huile essentielle de cumin : description et composition

Après que la plante ait été fauchée, elle est séchée puis vannée. Pour produire l’huile essentielle de cumin on distille les graines broyées à la vapeur d’eau. On obtient alors un liquide limpide et mobile, d’abord incolore et qui jaunit avec le temps. Son odeur chaude et épicée est puissante. A tel point qu’elle peut rebuter certaines narines délicates. Le rendement, aussi bon que celui du carvi, se situe entre 2 et 6 %.

  • Aldéhydes aromatiques : aldéhyde cuminique (20 à 32 %)
  • Monoterpènes : gamma-terpinène (10 à 30 %), béta-pinène (13 à 22 %), paracymène (3 à 17 %)
  • Monoterpénols (30 à 40 %)
  • Coumarines (traces)

2. Propriétés thérapeutiques

Elles sont proches de celles de l’anis et du carvi. Ces plantes ont beaucoup en commun, comme nous allons le constater.

  • Apéritive, digestive, carminative, stomachique
  • Emménagogue, galactogène
  • Diurétique
  • Anti-inflammatoire
  • Antispasmodique
  • Calmante du SNC
  • Décongestionnante (hépatique, pelvienne)
  • Vermifuge

3. Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère digestive : ballonnement, aérophagie, flatulences, gastralgie, épigastralgie, entérocolite spasmodique et inflammatoire, dyspepsie, parasites intestinaux
  • Troubles gynécologiques : règles insuffisantes, aménorrhée, leucorrhée, métrorragie, insuffisance lactée
  • Troubles auditifs : baisse de l’acuité auditive, orchite, tympanite
  • Troubles cardiaques : éréthisme cardiovasculaire
  • Troubles respiratoires : catarrhe bronchique chronique
  • Hépatite
  • Hyperthyroïdie
  • Insomnie
  • Arthrite, rhumatisme

4. Contre-indications et autres usages

  • Toxicité : compte tenu de la présence d’aldéhydes aromatiques dermocaustiques et de monoterpènes potentiellement allergisants, on veillera à diluer cette huile essentielle dans une huile végétale avant tout application cutanée. Dans le cas contraire, des dermatoses d’irritation peuvent survenir, particulièrement sur les peaux sensibles ainsi qu’après un usage intensif. Par voie interne, on observe parfois un effet stupéfiant à doses élevées.
  • Faux amis : attention de ne pas faire de confusion entre notre cumin officinal et d’autres plantes appelées, à tort, cumin : carvi (cumin des Vosges, cumin de montagne, cumin des prés) et nigelle (cumin noir).
  • Cuisine : indispensable à la cuisine orientale, méditerranéenne et maghrébine, le cumin est une épice qui a été beaucoup utilisée durant des milliers d’années. Si aujourd’hui en Europe occidentale elle n’est plus guère usitée, au Moyen-Âge elle était très réputée en cuisine (comminée : volaille ou poison à la sauce au cumin). Il n’empêche, elle fait encore le délice des amateurs de curry, de couscous et de tajines.
  • Usage vétérinaire : quand il est mêlé à leur nourriture, le cumin se comporte comme un « aphrodisiaque » pour les femelles d’un certain nombre d’animaux domestiques (truies, vaches, juments).

  1. « On dit qu’il faut injurier le cumin quand on le sème, afin d’obtenir une belle et abondante récolte ».

© Books of Dante – 2014

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