L’acore calame, un « roseau » pas comme les autres

Synonymes : roseau aromatique, canne aromatique, calame aromatique, roseau odorant, jonc odorant, lis des marais, galanga des marais.

L’acore est-il roseau, jonc ou galanga ? Un peu des trois. Du galanga, il a les fortes racines souterraines qu’il est plus convenable d’appeler rhizome. Avec le jonc, il partage la verdeur et l’opiniâtreté. Enfin, semblable au roseau, l’acore pousse en touffes près des lieux humides. Pourtant, son rhizome n’égale en rien, par sa saveur et son parfum, celui du galanga. Contrairement au roseau cylindrique, les tiges de l’acore sont triangulaires. Quant au jonc, il a plus à voir avec le papyrus qu’avec l’acore.
Nous découvrirons de quelle manière les racines des uns et des autres se sont entremêlées au fil des siècles, à tel point qu’on ne sait plus tout à fait quoi est à qui.

Acore_calame_fleurs

Comme l’iris, l’acore est pourvu d’un épais rhizome ramifié qui forme une souche épaisse. De couleur rosâtre, ses propriétés aromatiques lui valurent d’être utilisé pour parfumer la bière. Bien qu’un peu amer, il dégage une odeur épicée dans laquelle certains retrouvent cannelle et notes d’agrumes. Vivace, l’acore forme des touffes de feuilles vert vif en forme de glaive. Contrairement à d’autres plantes poussant près des eaux stagnantes ou courantes, l’acore possède des tiges à section triangulaire. Quant à ses inflorescences, des « épis » composés de petites fleurs à six divisions de couleur jaune verdâtre, elles ne sont pas sans évoquer le spadice de l’arum. C’est cela qui a valu à l’acore d’être rangé parmi les Aracées, la famille des arums.

Acore_calame_rhizome

Si l’on sait que l’acore est originaire d’Asie méridionale, il a été employé comme plante médicinale en Inde et en Chine. La médecine ayurvédique (1) et la médecine traditionnelle chinoise (2) utilisèrent l’acore autant pour ses vertus sur le physique que sur le psychisme.
Présent en France depuis au moins quatre siècles, il reste relativement rare. Tout au plus le trouve-t-on dans l’Est et dans l’Ouest, à proximité des eaux douces. Si on connaît son point de départ et ses divers points de chute, il est notable qu’avant le XVI ème siècle on ignore tout ou presque de ses pérégrinations. Le premier Européen à prendre connaissance de l’acore est Matthiole. En 1557, il reçoit, alors qu’il est à Prague, des fragments d’acore de la part d’un ambassadeur basé à Constantinople (actuelle Istanbul). Il est donc fort possible que l’acore ait été présent dans cette zone géographique proche de l’Anatolie (ou Asie mineure) à cette époque. Mais avant ? On a évoqué une possible importation involontaire via les invasions mongoles… Que nous disent les sources de l’Antiquité ? Peu de choses à dire vrai. Les textes grecs sont quasiment muets à son sujet. Dioscoride, au I er siècle ap. J.-C., nous parle d’un akoron. Peut-il s’agir de notre acore actuel ? Natif de Cilicie (qui se situe dans l’actuelle Turquie), Dioscoride aurait-il rencontré l’acore à son époque ? Difficile de le savoir, tant les textes antiques manquent parfois cruellement de caractéristiques botaniques précises permettant d’identifier facilement les plantes. On a aussi fait référence à un kalamos aromaticos. Kalamos signifiant roseau en grec, cela n’arrange pas nos affaires. Peut-être s’agit-il, comme le souligne Paul-Victor Fournier, d’un andropogon, une plante de la famille du vétiver et de la citronnelle… C’est ce qui lui a fait dire que l’acore était inconnu des Grecs, des Romains et des Égyptiens, même s’il est vrai que le papyrus Ebers mentionne un « roseau sacré » et que dans la Bible (Exode, XXX, 22-23), il est demandé à Moïse de confectionner un baume sacré composé de myrrhe, de cannelle et de « canne aromatique », dont certains ont vu dans ces deux dénominations l’acore calame.

Acore_calame_fleurs_gros-plan

Revenons à l’Égypte et à son Nil, afin d’en fouiller les berges fertiles. Si, comme nous l’avons dit, il n’est pas du tout certain que le delta du Nil ait abrité l’acore, il apparaît quelque chose de fort curieux au pays du papyrus, plante aquatique ayant pratiquement disparu à l’état naturel. Si l’on connaît mieux ce que l’on nomme papyrus, c’est-à-dire un papier ancestral fabriqué à base des fibres de la plante du même nom, il se trouve que ce papier recevait des traces écrites grâce à un instrument que l’on appelle calame. Cet ancêtre du stylo fonctionne à la manière d’une plume. Biseauté à son extrémité, on le trempe dans l’encre puis on l’applique sur le papier : c’est le calame humide. Il existe aussi la technique du calame à sec. Le support d’écriture est une tablette d’argile tendre. La pointe du calame laisse des empreintes dont la forme rappelle celle des clous. Cette technique aura été à l’origine de ce que l’on appelle l’écriture cunéiforme. Ce qui est étonnant, c’est que ce calame n’est pas fabriqué à l’aide de la plante du même nom, c’est-à-dire l’acore calame, mais grâce à du roseau ! Ainsi, le calame qui grave la plaquette d’argile représente-t-il le moyen qu’a la materia prima – ici l’argile – de manifester le verbe, à la manière de l’acore émergeant des eaux primordiales, prenant pied dans le limon argileux des berges qui l’accueillent. Il est vrai que le roseau et le papyrus étaient vénérés au nom des différents dieux auxquels ils ont donné naissance. Et quand l’on connaît le dieu égyptien Khnoum, on comprend mieux le pouvoir symbolique du roseau issu des eaux argileuses qui, taillé, devient calame, gravant cette même argile afin que du secret on passe à la révélation, du non-manifesté au manifesté. « Représenté avec une tête de bélier, le dieu créateur Khnoum était associé à la fertilité du sol et à la crue annuelle du Nil. Selon le récit égyptien de la Création, il aurait formé les humains à partir d’argile sur un tour de potier. Il symboliserait la source de la vie » (David Fontana, Le nouveau langage secret des symboles, p. 95).

calame

tablette_argile


  1. L’ayurvéda emploie l’acore comme remède dans certains troubles nerveux et cérébraux. Il est dit que de la poudre d’acore mêlée à de l’huile de sésame permettrait de faire ressortir les émotions.
  2. La médecine traditionnelle chinoise qualifie d’amer et de piquant le parfum du rhizome d’acore. Cette racine élimine l’humidité car elle possède un pouvoir asséchant. Elle harmonise le ch’i, « vivifie le sang, disperse le vent, calme la toux » (Serge Hernicot, Les huiles essentielles énergétiques, p. 45).

L’acore calame en thérapie

1. Huile essentielle d’acore calame : composition et description

Bien que n’étant pas la principale huile essentielle qu’on trouve dans une trousse d’aromathérapie, on ne peut aborder l’acore sans évoquer son huile essentielle, enfin, ses huiles essentielles, puisqu’il existe deux chémotypes : CT asarone et CT shyobunone. Chacun d’eux est de nature complexe et, malgré le fait qu’ils soient l’un et l’autre issus de la même plante, ils différent en tout (propriétés, usages, contre-indications). Nous nous attarderons uniquement sur le premier chémotype qui présente l’intérêt d’être moins dénué de toxicité aux doses physiologiques normales (l’autre est neurotoxique et abortif). La molécule qui signe ce chémotype, l’asarone, est présente à hauteur de 10 % dans cette huile essentielle extraite des rhizomes de l’acore par entraînement à la vapeur d’eau. A l’état frais, ces rhizomes ont une odeur pénétrante. Sous forme d’huile essentielle, on a affaire à un parfum lourd, âcre et aqueux qui n’est pas forcément des plus agréables.

2. Propriétés thérapeutiques

  • Apéritive, digestive, carminative, stomachique
  • Anti-inflammatoire gastrique, intestinale et rénale
  • Antispasmodique
  • Sudorifique
  • Diurétique
  • Fébrifuge
  • Emménagogue
  • Stimulante, tonique
  • Diaphorétique
  • Hémostatique

3. Usages thérapeutiques

  • Troubles gastro-intestinaux : gastrite, entérite, entérocolite spasmodique, atonie digestive, digestion difficile, ballonnements, vomissements, catarrhe stomacal, ulcères gastriques, pyrosis
  • Troubles de la sphère respiratoire : bronchite asthmatiforme, taux, rhume, enrouement, affections des cordes vocales
  • Troubles génito-urinaires : règles insuffisantes, hémorragies utérines, douleurs utérines, aménorrhée, cystite, congestion rénale, oligurie
  • Maux de dents, ramollissement gingival
  • Grippe, fièvre intermittente
  • Troubles cutanés : chlorose, scrofule
  • Rachitisme, anémie
  • Rhumatismes
  • Hypotension artérielle
  • Épistaxis

4. Modes d’emploi

En interne comme en externe, l’emploi de cette huile essentielle est soumis à vigilance. En phytothérapie en revanche, il est possible d’employer l’acore sous diverses formes moins problématiques : poudre, infusion, décoction, vin, alcoolature, sirop, teinture-mère, etc.

5. Contre-indications et usages alternatifs

  • Toxicité : l’huile essentielle d’acore calame CT asarone ne devra pas être utilisée pour un emploi prolongé. Elle est potentiellement carcinogène. Sous forme de rhizome frais, de trop fortes doses d’acore sont capables de provoquer des vomissements.
  • Les feuilles broyées puis pulvérisées formaient un insectifuge efficace contre les fourmis.
  • Attention ! Certains petits malins, eu égard à la forme priapique de l’inflorescence, indiquent l’acore comme aphrodisiaque. Selon eux, il est même recommandé de prendre de grandes doses afin de décupler les effets érectiles. Non, l’acore n’est pas du gingembre… Oo A voir des signatures partout, on risquerait de faire n’importe quoi.

© Books of Dante – 2014

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