Le symbolisme du noir

Jéroboam avait pour mère une veuve.

Elle dit en son cœur : je ne suis pas veuve,

Je suis noire mais je suis belle.

S’il n’existe aucune plante aux fleurs noires dans la Nature, ça n’est pas pour rien. Si l’on sait la capacité du noir à absorber la chaleur, on comprendra aisément que les plantes cherchent leur propre bien-être en arborant des fleurs clairs parce que leur intérêt n’est pas de se brûler les ailes, bien au contraire.

De là à en déduire que la couleur noire est forcément négative, il n’y a qu’un pas que nous nous refusons de franchir allègrement.

Chaque couleur représente une énergie vitale, en cela le blanc et le noir n’y font pas exception. Ainsi, selon les traditions, le noir a-t-il été associé à la Mort, comme le blanc d’ailleurs.

L’Occident alloue au noir une connotation malsaine et irréfléchie, irrationnelle presque. Elle est donc, cette ineffable noirceur, symbole de mort, de condamnation, de renoncement face aux vanités terrestres. Elle renvoie aux dangers que représentent les forces hostiles, aux peurs profondes et insondables. Symbole du mal également, c’est elle qui peint les avatars du Malin et des sorcières que sont chat noir, chauve-souris et autre corbeau.

Pour l’Occident, le noir est donc résolument néfaste. Chthonien, il représente le monde souterrain du caveau qui évoque la lourdeur et la stagnation, ainsi que la stérilité [selon l’héraldique médiévale, le noir porte le nom de sable].

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Perceval face aux dangers que représente sa condition d’homme privé de mémoire

En Inde, le noir conserve bien certains de ces aspects. Symbolisant le temps, le noir est couleur de Kali, destructrice des formes et des couleurs. Alors que chez les Égyptiens antiques, on observe une certaine ambivalence sur la valeur accordée au noir. Couleur de la fécondité et de la renaissance d’une part, il n’en reste pas moins, d’autre part, que la colombe noire représentait la femme qui restait veuve jusqu’à la fin de sa vie, le noire représentant ici « l’éros frustré et la vie niée ».

Cependant, si l’on quitte ces noirs territoires et que l’on cherche au-delà de ce que le noir cherche apparemment à nous faire voir [selon l’optique ci-dessus entrevue, pas grand-chose à dire vrai… :D], nous pouvons nous arrêter un moment sur l’arcane XIII du Tarot de Marseille, la Mort :

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Après un cycle de douze, le renouvellement est à l’œuvre par le biais de la faucheuse. Le noir, en tant que valeur chthonienne, représente davantage le ventre de la Terre-Mère, le lieu ou s’opère la régénération du monde diurne, l’humus – terreau fertile – duquel émergera la plante qui cherchera alors le blanc de la lumière solaire.

Cette symbolique, nous la retrouvons également du côté des traditions amérindiennes pour lesquelles l’obscurité est reconnue comme un lieu d’initiation et de changement. C’est ce que l’on retrouve dans la cérémonie de l’inipi qui se déroule dans une tente à sudation, lieu obscure visant à la purification.

[Cette obscurité] « favorise l’émergence du pouvoir intérieur personnel provenant de la confrontation avec la peur. Ces traditions enseignent que le moi que nous pensons être au quotidien, n’est qu’un ensemble de croyances que nous avons forgé, notamment à cause de nos réactions émotionnelles remontant à l’enfance »[Jennie Harding, op. Cité, p. 204]. La peur du noir, quand cela n’est pas celle du loup, est emblématique à ce titre.

Pour les alchimistes, l’œuvre au noir est l’étape qui précède l’œuvre au blanc. L’œuvre au noir est dissolution. Considérons les trois couleurs primaires que sont le magenta, le bleu cyan et le jaune primaire. Mélangeons-les à parts égales. Nous obtiendrons une couleur très proche du noir mais qui n’en est pas. Il s’agit d’un noir dans lequel subsistent quelques traces de blanc, à l’image de la partie Yin du fameux symbole que nous connaissons bien.

Maintenant, considérons à nouveau ces trois mêmes couleurs primaires à l’aide desquelles nous fabriquerons un disque chromatique formé de trois secteurs de 120° chacun. Remplissons chacun des secteurs par l’une des couleurs primaires. Faisons tourner selon l’axe notre disque chromatique. Les trois couleurs se mélangent, non pas pour donner du noir, mais un blanc, un blanc qui n’est pas parfait, un blanc dans lequel subsistent quelques traces de noir, ce qui, bien entendu, n’est pas sans évoquer l’autre partie – Yang, cette fois – du même symbole.

Ces deux expériences mettent surtout en lumière le fait que le blanc parfait n’est qu’une illusion, que le noir parfait n’est, lui aussi, qu’une illusion.

Pour Reynald Boschiero, le noir est la couleur de la conscience. « Protectrice et rassurante, elle absorbe la lumière mais la garde en son sein, nous dit-il avant de poursuivre ainsi : profonde, épaisse, […] ses ténèbres recèlent un trésor ». A l’image d’une pépite dans une gangue. Ce qui n’est pas sans évoquer l’une des lames de l’oracle de la Triade qui porte à merveille son nom : Nadir. Tant il est vrai qu’aller au charbon est l’une des façons de connaître mieux son Zénith.

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Œuvre au noir, charbon, Boschiero… Le lien est assez évident : un grand nombre de pierres de protection sont noires ! Schorl, obsidienne noire, onyx, spinelle noir, shungite et j’en passe. Et là, étrangement, la couleur noire de ces pierres n’effraie pas leurs porteurs ^^

Le noir peut donc être de bon conseil. N’est-ce pas du silence de la nuit qu’émanent les rêves et les songes qui permettent de mettre en lumière certains aspects de la vie diurne ? ^^

Sources :

Symboles et signes, origines et interprétations, Miranda Bruce-Mitford & Philip Wilkinson, Larousse, 2009.

Le langage secret des symboles, David Fontana, Éditions Solar, 1994.

Dictionnaire des symboles, Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Robert Laffont, 1982.

Dictionnaire des superstitions et des croyances populaires, Pierre Canavaggio, Rombaldi, 1977.

Perceval le Gallois, Chrétien de Troyes, Éditions Ipomée-Albin Michel, 1997.

Oracle de la Triade, Dominike Duplaa, Éditions du Gange, 1998.

Signes et présages dans la vie quotidienne, Jean-Louis Victor, Éditions De Vecchi, 1997.

L’univers des cristaux, Jennie Harding, Le courrier du livre, 2007.

Le guide des pierres de soins, Reynald Boschiero, Éditions Vivez Soleil !, 1999.

Conseils et guide d’achat pour bien choisir vos pierres, cristaux et minéraux, Reynald Boschiero, Éditions Vive Valèque, 2010.

Dante

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Une réflexion sur “Le symbolisme du noir

  1. Bonsoir,
    J’aimerais savoir de quelle série est tiré la carte de tarot la Mort. Je trouve cette carte très esthétique et j’aimerais bien voir l’ensemble du jeu et peut-être même l’acquérir.

    Merci par avance de votre réponse.

    J'aime

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