La chélidoine, l’herbe aux verrues

(Chelidonium majus)

Synonymes : herbe aux verrues, herbe d’hirondelle, éclaire, grande éclaire, lait des sorcières

Tout ces synonymes méritent quelques explications. Après quoi, vous constaterez la pertinence de chacun.

– Lait des sorcières : lorsqu’on rompt une tige de chélidoine, un latex jaune orangé s’en échappe. La chélidoine a été une plante sorcière.
– Herbe aux verrues : en référence à la propriété qu’a ce latex contre les verrues.
– Herbe d’hirondelle, éclaire, grande éclaire : tout d’abord, si je vous dis que chelidôn signifie hirondelle en grec, ça devrait éclairer votre lanterne, non ? Mais qu’ont donc à voir l’hirondelle et l’éclaire ? Pour le comprendre, il faut plonger dans la lointaine Antiquité grecque. « Les propriétés accordées à la chélidoine pour guérir les affections des yeux auraient été découvertes en observant la vie des hirondelles, auxquelles on attribuait une vue particulièrement perçante. Mais la relation de la plante à cet oiseau était comprise de différentes manières. Pour les uns (Pline, Dioscoride, plus tard Albert le Grand), la chélidoine sortait de terre à l’arrivée des hirondelles et se fanait à leur départ tandis que pour d’autres (Aristote), les hirondelles soignaient les yeux de leurs petits avec son suc pour leur rendre la vue, même lorsque leurs yeux avaient été crevés ou arrachés. » (Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité, p. 249). Parfois, il ne s’agit pas, pour l’hirondelle, de faire autre chose que d’aider ses petits encore aveugles à ouvrir les yeux. D’où le nom d’éclaire que la plante porte parfois. « Ce type de croyance repose sur des considérations nées de l’observation, de l’expérience, mais aussi de la pure imagination. » (Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité, p. 397). Enfin, son nom de grande éclaire s’explique du fait qu’on a longtemps pensé qu’il existait une petite éclaire, la ficaire (Ficaria verna). Si cette plante, tout comme la chélidoine, possède des fleurs jaunes et une toxicité évidente, la comparaison entre les deux plantes s’arrête là. Grande, que l’on retrouve dans l’adjectif latin majus (comme dans majuscule). Le nom latin actuel de la chélidoine pourrait donc se traduire par : grande hirondelle.

Chélidoine

« Véritable panacée capable de ramener la santé, la vie et la jeunesse aux vieillards les plus débiles et même aux moribonds » (Fabrice Bardeau, La pharmacie du bon dieu, p. 91), la chélidoine ne manque pas d’attraits même si ce portrait est quelque peu emphatique. En l’espace de six siècles, nombreux ont été ceux qui se sont penchés d’une manière ou d’une autre sur la chélidoine : Plaetarius de l’école de Salerne (XII ème siècle), Albert le Grand (XIII ème siècle), Raymond Lulle (XIV ème siècle), Paracelse (XVI ème siècle), Van Helmont (XVII ème siècle). On la trouve aussi mentionnée dans le Hortus sanitatis (fin XV ème siècle). Parmi cette foule de données, il est une chose intéressante à retenir. Elle se situe au XVI ème siècle, en la personne de Tabernaemontanus, botaniste et médecin. Il indique que la chélidoine est cholérétique et qu’elle s’utilise dans les affections hépatiques comme l’ictère. En décoction, elle permet de laver les plaies même ulcérées grâce à ses propriétés détersives. Le plus marquant, c’est qu’il signale de possibles actions anticancéreuses. Mais qu’en est-il exactement ? On a procédé à des injections hypodermiques d’extraits de chélidoine, après quoi on a constaté que cela améliorait les traitements des néoplasmes cancéreux. Au niveau du cancer de l’estomac, cela diminue considérablement les douleurs et apporte un soulagement non négligeable. En 1896, un médecin russe, Denissenko, utilise le suc de chélidoine contre certaines formes de tumeurs cancéreuses. Cela a pour effet de restreindre temporairement l’extension des néoplasmes, de faire cesser les hémorragies et d’atténuer la fétidité des sécrétions. Plus tard, le docteur Henri Leclerc indiquera que la chélidoine ne guérit pas le cancer mais qu’elle en retarde seulement la prolifération. Cependant, « on s’étonne […] que l’expérience clinique de cette action […] n’ait pas été poursuivie, compte tenu de ce qu’affirmaient les Anciens et des vertus particulières de la chélidoine, notamment son action résolutive sur les verrues (reconnue par Leclerc mais pas par Cazin) qui sont, en fait, des épithéliomes bénins dont la nature peut toujours dégénérer. » (Fabrice Bardeau, La pharmacie du bon dieu, p. 93).

Papavéracée comme le coquelicot et le pavot, la chélidoine est une plante très fréquente en plaine comme en moyenne montagne (jusqu’à 1 500 m d’altitude maximum). Plante vivace, la chélidoine est munie d’une épaisse et robuste racine fusiforme de couleur brun rougeâtre et de tiges droites et ramifiées. Ses feuilles composées, dentées et lobées, sont molles et d’une couleur qui peut parfois tendre vers le bleu vert glauque. Des ombelles de fleurs jaunes à quatre pétales culminent à près de 80 cm du sol chez les sujets les plus vigoureux. Elles produisent par la suite des siliques (caractéristique des Brassicacées comme le colza par exemple) contenant de petites graines noires que les fourmis se font un plaisir de disséminer.
Si l’on casse une tige de chélidoine, on voit rapidement apparaître un liquide laiteux de couleur jaune orangé (un latex en fait, tout comme on peut en trouver chez le pissenlit et le figuier). Dès le Moyen-Âge, ce latex a été comparé à de la bile, c’est pourquoi la chélidoine a été classée parmi les plantes soignant les affections hépatiques en vertu de la théorie des signatures. Et on verra plus loin à quel point les Anciens avaient raison.
chélidoine_latex

La chélidoine en phytothérapie

Bien qu’extrêmement courante un peu partout en France, on ne peut pas dire que ses usages thérapeutiques le soient autant, du moins à l’heure actuelle. Feuilles et racines sont employées. Cependant, on note une participation plus active des secondes contrairement aux premières. Conformément à sa famille botanique, la chélidoine contient différents alcaloïdes (chélidonine, protopine, sanguinarine, homochélidonines, chélérythine, etc.) dont les proportions varient selon si on utilise feuilles ou racine, mais également d’une année sur l’autre, d’une localité à l’autre… Cela pose un relatif problème en phytothérapie car il est difficile de connaître à l’avance la composition exacte de la plante qu’on récolte.

1. Propriétés thérapeutiques

  • Stimulante hépatique, sédative hépatique et vésiculaire, cholérétique (trois fois plus puissante que l’artichaut)
  • Dépurative, diurétique, purgative
  • Antispasmodique
  • Vermifuge
  • Coricide
  • Caustique, détersive, rubéfiante, vésicante

2. Usages thérapeutiques

  • Troubles hépato-vésiculaires : insuffisance biliaire, lithiase biliaire, hépatite chronique et aiguë, ictère
  • Troubles gastro-intestinaux : hypertonie gastrique, spasmes intestinaux, crampes digestives, parasites intestinaux
  • Troubles oculaires : ophtalmies chroniques, blépharite, taie de la cornée
  • Troubles circulatoires et vasculaires : hypertension, artériosclérose, angine de poitrine
  • Troubles cutanés : verrues, cors, durillons, dartres, teigne
  • Hydropisie, ascite
  • Asthme
  • Adénite

3. Modes d’emploi

  • Infusion : les feuilles. Fraîches comme sèches, elles présentent avantages et inconvénients. Fraîches, elles sont plus actives mais plus toxiques et ont un goût âcre. Sèches, elles ont moins toxiques, moins actives et amères.
  • Décoction : la racine. Fraîche ou sèche, son emploi reste délicat.
  • Suc frais : en application locale sur verrues, cors, durillons.

L’auto-médication en phytothérapie étant parfois hasardeuse, elle l’est d’autant plus avec une plante comme la chélidoine. Mieux vaut alors se tourner vers des extraits de plantes standardisés comme la teinture-mère. Mais aussi en homéopathie (maladies hépatiques et vésiculaires, pneumonie, coqueluche, grippe, lupus, carcinomes, cancroïdes, taches psoriasiques…).

4. Contre-indications

  • La chélidoine, passé un certain seuil, devient narcotique et toxique. Elle peut provoquer des désordres digestifs, nerveux et cardiaques. Des accidents mortels ont été observés (congestion pulmonaire suivie d’asphyxie).
  • Il existe un élixir floral à base de chélidoine. On l’utilise afin de faciliter la communication, l’échange et la réceptivité. Il se destine tout particulièrement aux tempéraments obtus et obstinés éprouvant des difficultés de communication.

© Books of Dante – 2014

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2 réflexions sur “La chélidoine, l’herbe aux verrues

  1. Salut
    Un jour en cassant une tige de chélidoine, une goutte de latex a volé droit dans mon œil .
    J’ai eu l’impression d’avoir une goutte d’ acide, ça brulait très fort, j’ai cru perdre mon oeil, LOL .
    J’ai fait couler de l’eau dessus et hop fini.

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  2. Tu as fait la connaissance avec le caractère caustique du latex de la chélidoine. De fait, on pourrait émettre un doute au sujet de ses propriétés ophtalmiques. Bien évidemment, contrairement à l’hirondelle, pour les troubles oculaires, on emploie le latex mais à de hautes dilutions.

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