La carotte (Daucus carota)

Synonymes : racine jaune, nid d’oiseau, pastenade, pastonade, pastinade (1).

La carotte est agaçante. Non en vertu d’une raison cachée inexplicable. Mais parce que d’elle, l’on parle mal au moins depuis deux millénaires. Cherchez dans ces pages le chou, la pomme de terre, l’ail et l’oignon, vous les trouverez pour vous en faire une bonne soupe. Mais, jusqu’à ce jour, point de carotte. Et ça n’est pas parce qu’elle est d’une banalité écœurante, certes non, sauf lorsqu’elle baigne dans le beurre et le sucre, comme l’a décrété la mode vichyssoise. Comment d’un légume censément aussi connu que la carotte, on a pu commettre bévue sur bévue, comment, finalement, sans aveu d’impuissance pour autant, en est-on venu à n’en pas savoir autant que l’on voudrait à son propos ? Ah ! Mais bien sûr qu’on peut écrire à son sujet, on peut gloser, déblatérer, vitupérer, s’égosiller même, et tant d’autres verbes en -er ou en -ir, pourquoi pas, puisque tout cela peut mener à la colère. Cela n’est pas la première fois que je place l’objet « carotte » sur le métier. Mais, jusqu’à présent, j’ai toujours échoué à en faire quelque chose de valable. Je ne m’explique pas cette réticence ; résistance, même, serait plus juste. Je me suis fâché avec la carotte. Pas à cause d’elle. A cause du fatras que l’on découvre nécessairement dès qu’on ouvre deux ou trois livres, non que tout soit à jeter, loin de là, mais on sent comme quelque chose de peu limpide, de bancal aussi, qui m’a toujours apparu comme très désagréable. Il en faut bien peu pour bâtir une infortune. Et celle-ci débute dès l’Antiquité.

Ouvrons tout d’abord la foire aux questions. La carotte est-elle originaire d’Europe ? Certains le prétendent, d’autres ne se risquent pas à y répondre, signant l’origine inconnue de cette apiacée. La carotte serait-elle française ? Pourquoi une telle question ? Parce qu’il semblerait que ce soit la carotte que Pline désignait sous le nom latin de pastinaca gallica (= « pastenade de Gaule »). C’est une question qui nous expose à nous perdre dans de très compliqués méandres. Nous n’en ferons donc rien, à moins que l’objectif avéré soit de s’arracher les cheveux. A ceux-ci, j’y tiens. Donc, non, battons courageusement en retraite et passons à la question suivante : la carotte cultivée actuelle est-elle la descendante de la carotte sauvage que nous connaissons encore ? Selon ce que la taxinomie nous enseigne, cela pourrait être le cas, puisque la carotte sauvage s’appelle Daucus carota, et à la cultivée on a ajouté sp. sativa, autrement dit : « sous-espèce cultivée ». Si la cultivée est une sp., autrement dit une sous-espèce, elle est donc fille de sa mère, la carotte sauvage, alias D. carota tout court. Non ? C’est difficile de répondre par l’affirmative à cette question, d’autant que dans l’œuvre de Dioscoride – Materia medica, Livre III, chapitre 50 – on lit la chose suivante : « La domestique est meilleure à manger que la sauvage et est utile aux mêmes choses bien qu’elle ne soit pas aussi valeureuse ». Ces deux points soulevés par Dioscoride sont toujours valables aujourd’hui : la domestication accroît la qualité nutritive des plantes tout en abaissant leurs vertus thérapeutiques. Mais la carotte domestique de Dioscoride est-elle la même que la nôtre ? Certes non. Mais dans ce cas, qui est-elle ? L’ancêtre de notre carotte cultivée, avant que les améliorations maraîchères lui aient fait atteindre le niveau qu’elle occupe aujourd’hui ? On n’en sait rien, et dans le doute, on évacuera cette pénible interrogation. Ne vous ai-je pas dit que la carotte est agaçante ? En revanche, ce que l’on sait via témoignages, c’est que chez les Grecs et les Romains, la carotte, même domestique, est assez proche de la sauvage, et s’éloigne donc, en saveur et en alibilité, de ces carottes que l’on voit réunies – jaunes, rouges, violettes – par poignées, et avec toutes leurs fanes, sur les marchés. Puis, des centaines d’années ont, peut-être, creusé la différence entre carotte sauvage et carotte cultivée, de même que le chien ne rappelle que très fugacement le loup. Fournier, au sujet de la première, écrivit ceci : « Sa racine grêle, dure et presque ligneuse, blanchâtre, de saveur âcre et d’odeur forte, peu agréable, ne rappelle que de très loin le légume charnu, tendre, doux et sucré de nos jardins » (2). Faut-il dire que la seconde est née dans des culottes de soie, alors que la première se râpe les fesses dans du crin ? Comment voulez-vous qu’elle soit aimable ? Son existence de sauvagesse la place en dehors de toute alacrité.
Par ailleurs, du temps de l’Antiquité gréco-romaine, on s’emmêlait quelque peu les pinceaux de la langue. Sans doute peu soucieux d’exactitude morphologique qui fait le cauchemar du premier botaniste en herbe venu encore à l’heure actuelle, respire – nom de Zeus – respire, eh bien, il appert que la carotte sauvage devait tant ressembler au panais, sauvage également, qu’on appela de façon indifférenciée, l’un et l’autre padtinaca, terme aujourd’hui réservé au seul panais. Ce qui ne veut pas dire qu’on appelait cette même carotte par le grec karôton et le latin carota dans le même temps, non ; ceux-ci appartiennent à une terminologie usitée plus tardivement que les daukos et daucus dont le sens pourrait occasionner une nouvelle question propre à la FAQ. Daukos « désigne différentes ombellifères dont la racine ou les semences passaient pour avoir une saveur piquante et brûlante, généralement difficile à déterminer en l’absence de descriptions précises » (3). Parce qu’il n’y a pas que la Daucus carota, certes non ! Durant l’Antiquité, on fait aussi référence, en grec, à la daukus kretikos, autrement dit l’athamante de Crète (Athamanta cretensis), autre apiacée, râblée mais bien jolie. Cette proximité nominale avec la carotte, je l’ai retrouvée dans l’œuvre de Cazin pourtant distante de 2000 ans grosso modo. Voici ce qu’il écrit : « on substitue parfois la semence de carotte à celle de daucus de Crète (Athamanta cretensis), quoiqu’elle soit fort différente » (4). En faire passer l’une pour l’autre, habitude courante durant l’Antiquité, raison pour laquelle, 2000 ans plus tard on pédale encore dans la choucroute, ou la semoule, au choix. C’est pourquoi, lorsqu’on voit ici ou là que les semences de « daucus » entraient dans la composition de recettes plus ou moins élaborées, on peut se poser la question de l’identité de ce « daucus », et surtout ne pas tomber dans le piège qui consiste à croire qu’il s’agit là du seul daucus qu’on connaisse, c’est-à-dire la carotte, quelle qu’elle soit. Parce que des daucus, il n’y en a pas qu’un seul, j’en connais moi-même sept ou huit, et il en existe bien davantage. Qui nous dit qu’il s’agit d’untel et non de tel autre ? Hum ?… Jetons un œil, de nouveau, à la Materia medica. Au sujet de la « pastenade », pastinaca chez les Latins, staphylinos chez les Grecs, nous trouvons une fort belle description de l’apiacée aux fleurs blanches et dont la centrale est pourpre… Cela ne peut être que la carotte ! Que la carotte ? Comme s’il n’en existait qu’une seule ! Il y a, par exemple, une autre carotte, la carotte dorée (Daucus aureus) qui possède cette étonnante fleur de couleur violine, bordeaux, enfin plus ou moins rougeâtre. Pourquoi, aussi, rapporter le monde à ce que l’on connaît de lui ? Le monde est beaucoup plus vaste que l’image qu’on s’en fait bien souvent. Que l’homme prenne bien en compte cet état de fait qui n’est pas autre chose qu’une réalité, et il gagnera en humilité. Aussi, soyons circonspects. Interrogeons-nous toujours avant de bêtement conclure et décréter : à qui appartient cette racine grosse comme le doigt, parfumée, bonne à manger une fois cuite, et dont les semences étaient données comme un des nombreux remèdes de la matrice ? Peut-être à ce staphylinos, nom qu’attribuèrent tant Pline que Dioscoride aux carottes sauvages et domestiques de leur temps. Dioscoride en dit ceci : c’est une plante dont les semences sont diurétiques (difficulté à uriner, hydropisie), cicatrisantes des ulcères, alexitères. Pline, reprenant Dioscoride, souligne une fois encore cette dernière propriété préventive : « ceux qui en portent sur eux et ne sont pas mordus par les serpents et ceux qui viennent d’en manger ne souffrent pas de la morsure ». Comment pourrait-il souffrir celui qu’on ne mord pas ? Oublions cela. Concentrons-nous davantage sur cette réputation déjà fort ancienne associée à la carotte et rapportée par Dioscoride : outre qu’elle soit véritablement emménagogue (elle provoque l’apparition des règles, par exemple), « cet aliment est sans aucun doute un aphrodisiaque. Ainsi certains ont-ils soutenu qu’il favorisait les conceptions ». Aphrodisiaque, la carotte ? Les siècles suivants n’ont pourtant pas manqué de faire la remarque du contraire, comme Vladimir Nabokov qui écrit en 1959 dans Lolita que la carotte fraîchement déterrée n’est en rien pourvue de sex-appeal, ce que contredit Jean-Baptiste Porta qui, dans la Magie naturelle, recommande la carotte pour vaillamment combattre dans le camp de Vénus, réputation qui s’est perpétuée à travers un rite nuptial, la soupe aux mariés dans laquelle « carotte et oignons prennent des formes phalliques pour bien marquer ce rituel de passage » (5). Oignon à la forme phallique, je demande à voir… Quant à la carotte de Porta – XVI ème siècle – elle devait avoir peu de rapport avec celle qu’on employait lors de ces soupes nuptiales, corsées, épicées et poivrées, auxquelles on assistait encore au début du siècle dernier, autre manière de tenir la chandelle, sans tomber dans le graveleux. Or, sachons avant de bêtement nous gausser, que, jusqu’à la Renaissance – époque de Porta, donc –, la carotte reste et demeure coriace comme légume. Afin de l’avaler de manière à ce qu’elle soit plus digeste, il était nécessaire de lui ôter son cœur, cylindre central et filandreux. Pas étonnant, dans ces circonstances, que la carotte ait fini par bander mollement, jusqu’à être moquée par bien des auteurs, parce que racine déplaisante et mal dégrossie. S’en emparer permettait de la réduire au silence : la « ferveur » populaire n’aura pas été tendre avec la carotte : « on sait bien que manger des carottes crues donne des poux et manger trop de carottes rend les fesses dures » (6).
Pourquoi ? Pourquoi donc dénierait-on à la carotte le sex-appeal que Nabokov lui refuse ? La carotte, c’est ce truc des buralistes, cette enseigne formée d’un double cône rouge, turgescente et parfois luminescente. Cet emblème ne reprend ni plus ni moins que la forme de la « carotte de feuilles de tabac » dont la forme phallique est évidente. Si la carotte est chaude, ça n’est pas parce que ses semences font partie, avec persil, ache et khella, du club des quatre semences chaudes mineures, mais surtout parce qu’on l’associe aux bars-tabac, aux tripots, etc., de ces lieux faunesques où la perdition n’est jamais bien loin, aspect souligné très justement par la couleur – lanterne rouge – de cette enseigne. Pour peu qu’on soit dans une maison close, il y a plus qu’un pas. Bref. Tabac ou cabat, la carotte, il faut choisir. Cabat, ou plutôt cabaret, il faut croire que – rouge – la carotte n’a jamais perdu – rouge – de cette vertu scintillante – rouge – qui fait qu’elle mêle ses fanes au mauvais monde interlope quand il n’est pas nyctalope. Rouge – LED rouge de la carotte : rouge – rouge – rouge !… Agaçant, non ? Paradoxal, peut-être ? Comment se fait-il qu’au XVI ème siècle (et même après), celle qu’on disait emménagogue, galactogène, diurétique, anti-ictérique et alexitère soit, tout à la fois aliment de carême ? Le carême, vous voyez ? Non ? Cette curieuse manie qu’a une religion dont je vais taire le nom de se priver de certains aliments pour les remplacer par d’autres qui, dit-on, y ressemblent ? Ainsi, la carotte, par sa jupe rouge, rappelait-elle la couleur de la viande. Mais bon, il n’y a que le pire abruti qui est incapable de comprendre qu’un bout de viande ressemble plus à un tas de merde qu’à une carotte, même outrancièrement fardée d’orange ou même d’incarnat ! Aussi, dire que la carotte fait les fesses roses n’a plus grand air du vague dicton qu’on dispute entre la poire et le fromage, les frimas et ce grand soleil ardent avec lequel, il faut bien le dire – pourquoi le taire ? – la carotte a une accointance certaine : si cette dernière permet à certaines d’obtenir le hâle qu’elles jalousent, c’est bien que la carotte n’a pas grand rapport avec cette racine anémiée – parce que blafarde – qu’est le panais. Platine de Crémone, qui était plus maître-queue qu’herboriste, martelait tout de même la réputation aphrodisiaque de la carotte : sa racine, écrit-il, est surtout « excitative à la luxure parce qu’elle est caléfactive, ventosive et humectative », ce qui, pour nous, ne veut rien dire du tout. Mais je me promets de vous en donner, tantôt, une « traduction ». Tout cuisinier qu’il ait pu être, Platine n’oublie pas de nous délivrer quelques recettes qui trouvèrent, à son époque, grand presse auprès de ses contemporains. Les carottes, après avoir été roulées dans la farine, étaient ensuite frites. Apprêtées d’épices, on les cuisait sous la cendre. Enfin, on pouvait aussi les cuire avec de la laitue, plante dont la vertu anaphrodisiaque n’est plus à faire. Je pense plutôt que la propriété aphrodisiaque de la carotte relève d’un vieux mythe, de plusieurs erreurs et d’un ou deux mensonges. Autant dire qu’il y a de la malversation là-dessous, laquelle devient plus nettement manifeste lorsque, la carotte, on l’a dans le cul, signalant non pas l’une des nombreuses positions du kama-sutra, mais le fait bien établi qu’on s’est fait carotter, voler, niquer, baiser. Poussant au désespoir, on dit qu’elles sont bien cuites sinon foutues. Quand les carottes sont tirées du feu, il n’y en a plus, juste assez pour « vivre de carottes », c’est-à-dire de peccadilles, chichement, en se faisant du mouron. Comment donc la carotte pourrait-elle bien être le signal de l’absence malheureuse du plus élémentaire bien-être, mais aussi l’expression de sa perte la plus inexorable ? Les carottes, c’est peut-être, pour reprendre la saillie d’une humoriste que j’apprécie beaucoup, tout ce qu’on vous laisse pour ne pas avoir envie de le perdre.
Bref. Ne nous égarons pas en vains débats, rappelons-nous la parole d’une abbesse qui poussait à Bingen : la carotte ne vaut rien. Quelle subtile manière de nous ramener à un point d’équilibre. Mais je n’en crois rien. Comment le puis-je ? Oui, comment le puis-je, sachant qu’il a été bien établi depuis le départ que cet article serait placé selon une lecture prismatique se résumant, si cela était possible, à, non pas démêler le vrai du faux, mais, au moins, à édicter les pouvoirs et contre-pouvoirs de la carotte. Tirons la chasse sur la question aphrodisiaque/pas aphrodisiaque de la carotte au risque de nous entre-tuer. La carotte ne rend-elle pas aimable ? Si tel est le cas, j’ai une liste de personnes longue comme le bras à qui il faudrait impérativement en faire livrer quelques bons quintaux. Au patron de la société « bip », par exemple. Vous avez vu la tête qu’il fait constamment ? Outrepassons ce cuistre. Plongeons-nous plutôt au beau milieu du XIX ème siècle. Et ouvrons le Traité pratique et raisonné du docteur Cazin qui n’accorde pratiquement que peu de place à la carotte sauvage. Aussi, tout ce qui va suivre maintenant concerne-t-il essentiellement et intégralement la racine de la carotte cultivée. Ce que j’ai retenu de la monographie de Cazin, en particulier, tient en les propriétés « anticancéreuses » attribuées à la carotte. Cazin rapporte de nombreux cas où l’usage externe de la carotte par des praticiens des XVIII ème et XIX ème siècles s’est soldé par un franc succès. C’est le cas sur des cancers ulcérés des seins. Il rapporte aussi le propos d’un autre médecin, le docteur Desbois, qui fit intervenir la carotte dans le cas d’un chancre génital de nature cancéreuse : « L’amputation de la verge était résolue, dit-il ; on voulut avant essayer quelques moyens anticancéreux. On appliqua donc sur le chancre la pulpe de carotte, et en même temps on donna à l’intérieur l’extrait de ciguë à certaines doses, et les sucs antiscorbutiques. Au bout de six semaines, le malade éprouva un grand soulagement, et en trois mois il fut tout à fait guéri » (7). Deux apiacées, que d’aucuns opposent – carotte vs ciguë – selon un précepte erroné et dangereux, plante utile vs plante nuisible, réussissent, ensemble, à chasser une affection vénérienne, trace d’une trop grande luxure… Ce qui ne veut pas dire que la carotte, comme certains l’ont soutenu, n’est pas aphrodisiaque, mais se livrer à une telle débauche, jusqu’à en perdre l’instrument principal (la biroute en déroute), ça n’est pas de l’amour, n’est-ce pas ?…
Mais… ces affections cancéreuses (tumeurs, carcinomes…) le sont-elles vraiment ? Certains praticiens, il y a deux siècles, se posèrent la question, avançant qu’il fallait faire le distinguo entre affections cancéreuses et affections dartreuses, scrofuleuses, etc. ayant toutes l’apparence d’un cancer. Roques, plus mesuré, assurera que la carotte, si elle soulage en effet la douleur et les irritations des cancers cutanés, ne les guérit point pour autant.

La carotte sauvage est une apiacée bisannuelle à racine ligneuse, pivotante, blanchâtre et à forte odeur. Elle porte des tiges pubescentes dont la taille varie du simple au triple (de 30 à 100 cm), parce que, comme l’explique Marie-Hélène le Roux, « c’est une espèce pionnière à large amplitude écologique » (8), ce qui explique ce polymorphisme : par exemple, en haute altitude, la carotte sauvage devient plus rustique et moins élevée, alors qu’ailleurs, sur le littoral de la mer Méditerranée, elle exsude une gomme-résine qui lui vaut le surnom de bdellium de Sicile. Sur ces tiges, l’on voit des feuilles aux étroites folioles, pennées deux ou trois fois, dont un parfum de carotte s’échappe lorsqu’on les froisse. Les fleurs sont disposées en ombelles comptant de très nombreux rayons serrés et circonscrits à un involucre formé de longues bractées. Au fur et à mesure que s’avance la maturité de ces inflorescences, les rayons, comme voilés, se courbent vers l’intérieur, tout en aménageant un creux au centre de l’ombelle, ce qui fait mériter à la carotte sauvage le surnom de nid d’oiseau. Les fleurs, très petites, n’excèdent jamais 2 mm de diamètre et sont généralement blanches, mais l’adaptabilité de la carotte sauvage s’exprime à travers des coloris différents. C’est ainsi qu’il arrive à ces fleurs d’être jaunâtres ou rose pâle. Mais, quel que soit leur couleur, il n’en reste pas moins que demeure toujours au centre une fleur unique dont la teinte oscille du rouge pourpre vineux au violet foncé. Ainsi, de mai à octobre, les autres fleurs se prosternent devant cette fleur, puis les rayons viennent l’encager, enfermant cette fleur dans la fleur, dans une révérence à la grâce subtile. Cette autoprotection, on peut aussi la lire dans la forme des petites semences ovales et toutes hérissées d’aiguillons, pointes crochues qui font comme des petits hérissons. Ces croches ont sans doute une fonction – zoochorie ? – mais compte tenu du fait que la carotte sauvage a un fort caractère, on peut penser que de ces aiguillons elle n’en a pas besoin, tant elle s’adapte, de toute façon, à bien des supports. Très commune, la carotte peuple l’Europe autant qu’une bonne partie de l’Asie jusqu’à l’Inde. Elle colonise les plaines ainsi que les montagnes, bien que rarement au-delà de 1000 m d’altitude, 1500 au grand maximum. On peut la croiser en maints endroits : pelouses et prairies sèches, bordures de chemins et de champs cultivés, talus, friches, lisières de forêts, balmes, garrigues, maquis, etc., essentiellement sur sols calcaires cependant.

La carotte en phyto-aromathérapie

Par où commencer ?… Afin de rendre mon propos moins indigeste, nous sectoriserons les informations au sujet de la carotte en l’abordant sous au moins trois formes différentes : la carotte racine cultivée en tant que tel, les huiles essentielles issues, d’une part des semences de la carotte cultivée, d’autre part des parties aériennes fleuries de la carotte sauvage. Si éventuellement il reste un peu de place, nous dirons quelques mots au sujet des usages phytothérapeutiques des semences et des fanes.
Riche en eau (87 %), la carotte est sans doute aucun la racine du potager qui est également la plus riche de substances minérales (1 % : potassium, sodium, calcium, phosphore, magnésium, soufre, cuivre, arsenic, brome, manganèse, fer) et vitaminiques (B1, B2, B9, C, D, E, F, PP), sans omettre ce qui fait l’identité de la carotte, le carotène ou provitamine A, « substance capable, à doses infimes, d’accumuler dans le foie d’abondantes réserves de vitamine A, de renforcer les réactions de défense de l’organisme contre les agents infectieux et d’augmenter le nombre des hématies et leur richesse en hémoglobine » (9). Cette extrême prodigalité renforce la faiblesse qu’apporte la carotte en terme d’hydrates de carbone (environ 10 %), parmi lesquels nous trouvons divers sucres (saccharose, dextrose, lévulose), de substances azotées (1 %) et très peu de lipides (0,2 %). Dans cette racine, on a aussi mis en évidence la présence d’acides (pectique, malique), d’albumine, de glutamine, d’asparagine et de daucarine, principe vasodilatateur coronarien. Avant de passer aux huiles essentielles, mentionnons l’existence, dans la carotte cultivée, d’une fraction aromatique, essence incolore à forte saveur et à parfum évoquant celui de la cannelle.
Sur le marché de l’aromathérapie, nous trouvons principalement deux huiles essentielles : celle issue des semences de la carotte cultivée et celle que l’on distille à partir des parties aériennes fleuries de la carotte sauvage. Le peu de distinction qui est fait dans la littérature ne rend que plus difficile la bonne identification de telle ou telle, en particulier d’un point de vue moléculaire. Connaissant l’une et l’autre, je puis en parler avec davantage d’assurance. L’huile essentielle des semences de carotte cultivée est assez épaisse, liquoreuse pourrait-on dire, bien que limpide, de couleur rouge orangé à jaune brunâtre, possédant un parfum chaud et épicé sans excès, dans lequel il serait bien difficile de ne pas distinguer l’odeur caractéristique de la carotte que nous connaissons tous. Loin de cette couleur d’ambre, de ce parfum que d’aucuns disent boisé, voire musqué, l’on a, du côté de l’huile essentielle des parties aériennes fleuries de la carotte sauvage, un aspect incolore, liquide, extrêmement mobile, dans lequel on décèle aussi une odeur de carotte, bien qu’elle s’exprime fort différemment : il ne faut pas être grand clerc pour oser mettre cela sur une distinction très nette d’un point de vue de la composition biochimique. Et c’est là que ça se gâte, n’ayant pas pu mettre la main sur des bulletins d’analyse CPG sérieux. Nous ne nous risquerons donc pas à proférer des âneries. Tout au plus pouvons-nous mentionner que l’huile essentielle de semences de carotte cultivée présente une spécificité biochimique à sesquiterpénols (daucol, carotol), monoterpènes (α et β-pinène, sabinène) et sesquiterpènes (β-caryophyllène, β-sélinène, β-farnesène, β-bisabolène, etc.), tandis que la seconde huile essentielle s’oriente davantage vers les esters (acétate de géranyle) et les monoterpènes (pinènes, myrcène, etc.).
Concernant la carotte cultivée, indiquons que ses semences, outre leur essence aromatique, disposent de tanin, d’un principe amer et de flavonoïdes, alors que les fanes, c’est-à-dire les feuilles, riches en éléments minéraux elles aussi (fer, etc.), contiennent du falcarinol (ou carotatoxine), pesticide naturel, ainsi que des porphyrines.

Propriétés thérapeutiques

  • Carotte cultivée (racine) :
    – Anti-anémique, antirachitique, facteur de croissance, immunostimulante, antiradicalaire
    – Antidiarrhéique, laxative, antiputride et cicatrisante gastro-intestinale, vermifuge
    – Diurétique, dépurative
    – Hypoglycémiante, hypocholestérolémiante
    – Adoucissante, émolliente, cicatrisante, résolutive
    – Expectorante
    – Accroît l’acuité visuelle nocturne
    – Favorise la sortie des dents chez les bébés
  • Huile essentielle semences :
    – Dépurative, détoxicante, drainante et stimulante hépatorénale, stimulante biliaire, régénératrice hépatorénale et pancréatique
    – Stimulante veineuse et lymphatique, équilibrante de la tension artérielle (hyper et hypotensive), anticoagulante légère
    – Apéritive, digestive, carminative, vermifuge
    – Emménagogue, galactogène
    – Anti-infectieuse : antibactérienne, antifongique
    – Tonique générale, neurotonique, anti-anémique
    – Cicatrisante, régénératrice et draineuse cutanée, revitalisante de l’épiderme, s’oppose à la formation des rides et ridules
  • Huile essentielle parties aériennes fleuries :
    – Décongestionnante veineuse et lymphatique
    – Anti-inflammatoire, antiprurigineuse
    – Drainante du foie et des reins
    – Diurétique, antiseptique urinaire
    – Adoucissante et calmante cutanée
  • Semence de la carotte sauvage (en phytothérapie) :
    – Diurétique
    – Apéritive, stomachique, carminative
    – Emménagogue, galactogène
    – Stimulante générale

Usages thérapeutiques

  • Carotte cultivée (racine) :
    – Anémie, déminéralisation, avitaminose, convalescence, enfant maladif et affaibli, rachitisme, femme enceinte, épuisement, asthénie
    – Troubles de la sphère gastro-intestinale : troubles chroniques de la digestion, constipation, diarrhée, diarrhée du nourrisson, infection intestinale, entérocolite, hémorragie gastro-intestinale, inflammation intestinale, irritation des voies digestives, ulcération de l’estomac et du duodénum, vers intestinaux (ténia, oxyures)
    – Troubles de la sphère vésico-rénale : insuffisance rénale, cystite, inflammation urinaire, colibacillose, élimination de l’acide urique, prévention des lithiases, goutte, rhumatisme, arthrite, anurie
    – Troubles de la sphère hépatobiliaire : insuffisance hépatobiliaire, irritation hépatique, ictère, jaunisse
    – Affections cutanées : plaie (récente, atone, enflammée), ulcère (scorbutique, scrofuleux, putride), dartre, eczéma, impétigo, furoncle, brûlure (premier et deuxième degré), dermatose, engelure, gerçure, crevasse du mamelon durant l’allaitement, abcès du sein, acné, peau sèche ou dévitalisée
    – Troubles de la sphère cardiovasculaire et circulatoire : hypotension, hypertension, artériosclérose, couperose
    – Insuffisance lactée
  • Huile essentielle semences :
    – Troubles de la sphère hépatobiliaire : insuffisance et congestion hépatique, hépatite virale, cirrhose du foie, insuffisance biliaire, insuffisance pancréatique
    – Excès de cholestérol
    – Troubles de la sphère vésico-rénale : insuffisance rénale, néphrite chronique, colique néphrétique, cystite
    – Troubles de la sphère gastro-intestinale : diarrhée infectieuse, flatulences
    – Troubles de la sphère cardiovasculaire et circulatoire : hypertension, hypotension, insuffisance veineuse et lymphatique, artériosclérose, phlébite, varice, couperose
    – Affections cutanées : acné, dermatophytose, ulcère, furoncle, dartre, eczéma sec, abcès, crevasse, brûlure, coup de soleil, cicatrise, peau sèche, fatiguée ou dévitalisée, rides, taches brunes
    – Asthénie nerveuse, psychique et intellectuelle, surmenage
  • Huile essentielle parties aériennes fleuries :
    – Troubles de la sphère hépatique : insuffisance hépatique
    – Troubles de la sphère rénale : insuffisance rénale
    – Troubles de la sphère circulatoire : varice, couperose, œdème des membres inférieurs, jambes lourdes
    – Affections cutanées : acné, eczéma, psoriasis, furoncle, prurit, démangeaison, dermatose inflammatoire
  • Semence de la carotte sauvage (en phytothérapie) :
    – Troubles de la sphère gastro-intestinale : digestion difficile, flatulences
    – Troubles de la sphère vésico-rénale : dysurie, rétention urinaire, colique néphrétique, hydropisie
  • Fanes des carottes cultivées :
    – Aphte, abcès buccal

Modes d’emploi

  • Huiles essentielles : voie orale, voie cutanée, inhalation, olfaction. Quant à la diffusion atmosphérique, c’est vraiment affaire personnelle. L’huile essentielle de semences de carotte cultivée apparaissant un peu « lourde » à certains aromathérapeutes, ceux-ci en déconseillent l’usage par voie aérienne. Et j’ai envie de dire : qu’est-ce que ça peut bien (leur) faire, sérieusement ?
  • Décoction de racine (sauvage, cultivée).
  • Suc frais de carotte cultivée.
  • Jus frais de carotte cultivée (obtenu grâce à un extracteur si possible).
  • Infusion de semences (sauvage, cultivée).
  • Infusion d’ombelles fleuries (sauvage).
  • Soupe de carottes.
  • Cataplasme de pulpe de carotte cultivée cuite ou râpée crue.
  • Macérât huileux de carotte cultivée crue.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Depuis que l’exode rural a drainé des millions de personnes des campagnes jusqu’aux villes, la catégorie des paysans autosuffisants n’a cessé de se réduire comme peau de chagrin. Celui qui, auparavant, arrachait lui-même ses carottes, doit aujourd’hui s’en remettre à quelqu’un qui le fait à sa place. Le nombre d’agriculteurs ayant fondu comme neige au soleil, la taille des exploitations a explosé, la mécanisation à outrance s’est intensifiée pour compenser la perte de tout ces bras devenus smicards dans les usines. On n’est, dit-on, jamais mieux servi que par soi-même, et il faut bien du courage sinon de l’abnégation pour abandonner à autre que soi le soin des aliments qu’on met à sa disposition. Ceux qui ravitaillèrent en masse les grandes villes en fruits et en légumes ne pensaient sans doute pas à mal au début de ce phénomène. Peut-être que l’agriculteur 2.0 qui fait de la carotte son gagne-pain et qu’il cultive à perte de vue ne pense toujours pas à mal, malgré les adjonctions massives qu’on fait subir aux terres cultivables et, partant, à ce qui y pousse. Si l’on considère la plante comme un extracteur de ce que le sol lui apporte et qu’il contient, on comprend, hélas, qu’engrais chimiques, herbicides, pesticides, toutes ces choses en -cides qui vont contre la vie, se retrouvent dans une fraction problématique dans les fruits et les légumes cultivés de cette façon. Dans le cas de la carotte, la plupart de ces saletés se cantonnent en surface, c’est-à-dire au niveau de ce que l’on appelle la « peau ». Qu’importe puisqu’on les épluche, les carottes. Celles-là, oui, et dans un sens, c’est assez heureux, car on ôte à ces légumes non biologiques une pellicule intoxiquée et l’on mange le reste. Où est le problème ? En réalité, il y en a plusieurs : c’est justement dans cette peau de la carotte que l’on trouve la plus grosse partie des substances minérales et vitaminiques. En épluchant, on flanque à la poubelle une vingtaine d’éléments indispensables. C’est ballot, n’est-ce pas ? Secundo, le porte-monnaie en pâtit forcément. Petit calcul :
    – 1 kg de carottes non biologiques : 0,99 €
    – 1 kg de carottes biologiques : 2,25 €
    Comme il est inutile d’éplucher les secondes (les brosser suffit largement), je n’en perds donc pas un gramme. En revanche, l’épluchage des premières élimine environ 15 % de matière qui atterrit avec les déchets. Pour disposer d’un kilogramme effectif de ces carottes épluchées, il faut m’en procurer davantage, soit 1,2 kg, ce qui fait passer ma facture à 1,20 € environ. On est, bien entendu, encore loin des 2,25 €/kg des carottes biologiques, mais avec la carotte biologique, je m’épargne une « corvée » d’épluchage, je bénéficie de toutes les qualités organoleptiques du légume concerné, je n’ai donc pas affaire à des soucis de carence qui m’exposeraient à aller me procurer des compléments alimentaires dont le prix me fera, sans doute, regretter de ne pas acheter de carottes biologiques, sans compter la médiocre efficacité de ces produits dont on sait depuis longtemps qu’ils s’absorbent plus difficilement en l’état que lorsqu’ils sont naturellement présents dans les aliments. Enfin, dernière astuce toute bête : au même poids, la force vitale est bien plus importante chez la carotte biologique, ce qui fait qu’il m’en faut en manger moins que la carotte non biologique pour atteindre un équilibre presque équivalent. En définitive, mieux vaut pas de carotte du tout plutôt que de consommer des carottes non biologiques qui sont des aliments extrêmement médiocres qu’il faut écarter. Je ne suis, bien évidemment, pas le premier à le souligner, rappelons les paroles du docteur Valnet : « Il est évident, dans le cas de ce légume comme beaucoup d’autres, que les erreurs de beaucoup d’agriculteurs actuels, par l’abus de certains engrais et surtout de pesticides, entraînent la livraison d’aliments qui deviennent des poisons. Aussi certains membres de l’Académie de Médecine se sont-ils élevés contre ces pratiques et leurs mises en garde ont été relatées par la grande Presse en 1971. On ne saurait trop conseiller aux consommateurs de se fournir dans les maisons de diététique de qualité et surtout chez le petit paysan ou le tout petit jardinier, généralement sur les marchés. Ces hommes de bien sont finalement nos derniers protecteurs » (10). Il découle donc de ces deux manières d’opérer des dissemblances criantes entre un légume biologique et son homologue qui ne l’est pas. Ces quelques chiffres permettent de s’en assurer :

  • Maintenant que cette évidence a été établie, apportons quelques précisions pour bénéficier au mieux de la carotte comme légume : tout d’abord, sachons que les principes actifs, vitamines notamment, sont plus efficaces si la carotte est consommée crue, et dans cet état, le mieux est encore de la râper le plus finement possible, ce qui facilite d’autant l’absorption des principes actifs. De même que l’on met du vinaigre sur la mâche, on ajoute du jus de citron, autre acide, sur les carottes râpées, non seulement pour une simple question gustative, mais parce que l’acidité du vinaigre et du citron protège cette vitamine C, fort fragile. Et là, heureusement, l’on peut lier l’utile à l’agréable : j’en profite pour transmettre ici même une recette que l’on a récemment partagée avec moi : on râpe des carottes bio avec une râpe à main (oublions ces robots, voulez-vous, nous ne sommes pas à la cantine scolaire qui, à mon avis, a fait beaucoup pour la détestation de la carotte auprès des écoliers). On sale, on poivre à juste mesure. Et on ajoute du jus de citron, mais aussi du jus d’orange et de l’eau de fleur d’oranger. Essayez, c’est suave !
    Hormis la traditionnelle carotte râpée, il est possible, en utilisant un extracteur, de tirer profit de la carotte : un jus frais de carottes, surtout obtenu par le biais d’un tel appareillage, est sans doute ce qui se fait de mieux et de plus efficace qu’un mixer. En effet, avec l’extracteur, les cellules des légumes sont plus largement exprimées qu’avec un blender ou tout autre machine plus ou moins équivalente. Ce légume qu’est la carotte s’apparie bien, dans le cas d’un jus frais, avec la pomme, l’orange, l’ananas. Seule ou accompagnée, la carotte en jus mérite qu’on lui additionne quelques gouttes d’huile végétale – colza, germe de blé – parce qu’elle favorise l’absorption de la provitamine A. Enfin, si vous souhaitez conserver du jus de carotte au réfrigérateur, il est de bon conseil de lui ajouter quelques gouttes de jus de citron afin d’en éviter l’oxydation (ou bien de la vitamine E, de l’extrait de pépins de pamplemousse, etc.).
    Si vous préférez plutôt la carotte en plat chaud, outre les écœurantes carottes Vichy et la purée Marie-Louise, il reste encore un bon potage à la carotte, laquelle a l’avantage de se bien marier à deux autres légumes à soupe, la pomme de terre et le poireau. Avec la tomate, l’union est salutaire, davantage encore avec le céleri branche, etc. (11). Dans le registre des autres usages alimentaires moins connus (et qui méritent de l’être), signalons la carotte déshydratée (à l’aide d’un déshydratateur). Une fois bien sèches, on peut les pulvériser et s’en servir ultérieurement dans une soupe par exemple. Ou, si l’on préfère, il est possible de torréfier les carottes puis de les pulvériser de même : autrefois, on en ajoutait au café et/ou à la chicorée, puis, de cette mixture, l’on faisait du café. J’ai encore vu passer une recette de « sucre » de carotte que l’on obtient en faisant cuire à feu long et doux du suc de carotte qui prend l’aspect d’un miel dont, à mon avis, le parfum doit être magnifique. Ailleurs, j’ai lu encore que les semences de la carotte participaient de la production brassicole en certaines régions. Il n’est pas impossible, non plus, d’en user, de ces semences, de même que celles de cumin, de carvi, de fenouil ou d’anis. En cuisine, comme en liquoristerie du reste.
  • Dans quelques ouvrages, on lit que l’huile essentielle de carotte (laquelle ?) est de bonne tolérance générale, y compris cutanée. C’est heureux pour une (des) huile(s) essentielle(s) dont on exploite les exceptionnelles qualités cutanées. La littérature aromathérapeutique française a encore beaucoup de travail devant elle afin de se rendre davantage intelligible et surtout moins rébarbative (et que les éditeurs concernés s’y mettent aussi, car sinon on n’en sortira pas).
    _______________
    1. Ces trois derniers termes ont, durant longtemps, désigné carotte et panais. On y retrouve la racine du Pastinaca sativa, c’est-à-dire le panais.
    2. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 218.
    3. Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité, p. 583.
    4. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 236.
    5. Christophe Auray, Remèdes traditionnels de paysans, p. 32.
    6. Jean-Luc Hennig, Dictionnaire littéraire et érotique des fruits et légumes, p. 110.
    7. Docteur Desbois, Matière médicale, Tome 2, p. 256.
    8. Marie-Hélène le Roux, Herbier de la Drôme provençale, p. 246.
    9. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 89.
    10. Jean Valnet, Se soigner avec les légumes, les fruits et les céréales, pp. 210-211.
    11. « En la combinant avec des légumes plus nutritifs (pommes de terre, légumineuses, céréales), on en obtient une meilleure utilisation, tout en conservant la propriété qu’elle possède de rendre les selles plus abondantes, de faciliter leur évacuation et d’exercer ainsi, indirectement, une action favorable sur les fonctions hépatiques, propriété qui la recommande particulièrement dans les cas de constipation consécutives à une alimentation trop carnée » (Henri Leclerc, Les légumes de France, pp. 158-159).

© Books of Dante – 2018

2 réflexions sur “La carotte (Daucus carota)

  1. Mazette ! Voilà ce que j’appelle un bel exposé des plus complets, avec des infos pour en contenter et à toutes les sauces. L’H.E de Daucus carota (graines), un choix à ne pas négliger est aussi dépigmentaire sur les taches cutanées..

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