Les roseaux : le roseau à balais (Arundo phragmites) et la canne de Provence (Arundo donax)

Synonymes :

  • Roseau à balais : phragmite commun, jonc à balais, balais de silence, grand jonc, rouche, petit roseau, roseau des marais, cannette, panache, panouille…
  • Canne de Provence : roseau de Provence, roseau de Fréjus, roseau à quenouille, quenouille, cannevelle, canne royale, grand roseau, roseau des jardins…

Qualifier le roseau de « bambou d’Europe » n’est pas immérité, si l’on considère les multiples fonctions qui furent et sont encore les siennes, compagnon de l’homme en bien des circonstances, bien plus nombreuses en réalité que ne furent celles du calame, instrument de l’écriture, et du papyrus, support de cette même écriture.
Effectivement, de ces herbes géantes que sont les roseaux, l’on peut tirer bien des avantages, tant et si bien que cela rendrait jaloux bien des arbres pourtant plus hauts et plus forts que l’humble roseau. Mais à chacun ses fonctions, celles des uns n’annulant en rien celles des autres. Cet attrait de l’homme pour le roseau n’a rien de surprenant ni d’anodin si l’on considère un pan de l’existence de l’homme sur cette terre, en particulier la vie qu’il mena dans les cités lacustres, où la proximité de l’eau, pourvoyeuse de vie, ne pouvait que mettre face à face l’homme et le roseau, car l’on rend le poisson du lac plus accessible lorsque l’homme, du roseau, a compris qu’il pouvait s’en faire une canne à pêche, roseau incarnant à merveille cette relation, cette union même, entre le monde aquatique et celui, plus terrestre, où il érige ses longues frondes. Aux abords de cette inépuisable matrice, qu’elle soit mare, étang, lac ou marais, poussent joncs, papyrus, lotus et autres nénuphars, sans oublier, bien sûr, ces « roseaux », au sens générique du terme. Parce que oui, que ce soit au Japon comme en Égypte antique, l’origine du monde est là, dans les eaux primordiales, puisque ces lieux, mare ou marécage, sont porteurs des germinations invisibles : « les plantes aquatiques étaient donc la matrice ou le berceau des dieux initiaux, grâce à qui tout devenait possible. Les divinités issues de ces créateurs pouvaient prendre possession des planètes, des océans, et de toute la création. La terre surgie des eaux pouvait se couvrir de végétation, les animaux et les hommes apparaître » (1). C’est, semblerait-il, toujours entre les roseaux que l’on revient à la vie, à l’image d’Ulysse dans l’Odyssée, ou bien qu’on en entrevoit une toute différente, comme la petite sirène d’Andersen en fit l’expérience, « risquant un regard entre les verts roseaux »…
Cette attraction de l’homme pour la frange de terre qui borde un lieu où l’eau est maîtresse ne s’est pas démentie, puisque, aujourd’hui encore, près de 40 % de la population mondiale vit sur les littoraux du monde entier. C’est donc bien que le monde aquatique, bien que dangereux à plusieurs égards, a été le fournisseur de ce dont l’homme avait besoin pour prospérer et ne pas finir ratatiné sur les limons du Nil ou d’ailleurs, près de ces lieux pétris d’une vie grouillante et qui aurait pu être inaccessible si le roseau n’avait pas été de la partie. Mais la vie est pourtant bien lisible dans ses intentions quand elle place un roseau/canne à pêche près d’une rivière. Le roseau, de cette vie, en est la voix, sinon le témoin, et, comme l’écrivit Joseph Roques il y a deux siècles, « il ne faut point le dédaigner, puisque ses chaumes servent à couvrir le toit sous lequel repose la vertu indigente » (2). Oui, parce qu’avant d’être couverture, le roseau est abris, toiture légère, cahute. Son pouvoir protecteur n’est plus à prouver, il s’illustre aussi dans son rôle de palissade et de barrière (haies vives ou sèches) ; il écarte tant les regards que la poussière (balais, paillassons) et les ennemis (corps de flèche). Une fois que tous ces dangers sont éloignés, le roseau permet à l’homme, en excellent instrument qu’il est, de lui faciliter la vie : il est fourrage et litière pour le bétail, tuteur et échalas pour favoriser la pousse des plantes grimpantes du jardin, claies pour y déposer les fruits à sécher, panier pour rapporter du jardin les légumes, faisselle pour égoutter le fromage, natte sur laquelle déposer les « fruits » de la Nature que l’homme emporte au sein de sa demeure. Le roseau est partout ou presque, et il est aussi quenouille afin de seconder son ami le fuseau, sans laquelle le fil de la vie ne pourrait pas se défiler, et c’est en cela, par cette quenouille précisément, que le roseau résulte sur une union du féminin et du masculin, objet autant matriciel que phallique. Et c’est un tour de force assez magistral que d’avoir conçu un objet intégrant tant le masculin que le féminin, quand on sait que le roseau est issu de ces éléments exclusivement passifs et femelles que sont l’eau et la terre. Serait-ce donc l’homme, en fabriquant des flèches mâles, des perches à pêcher, etc. qui aurait tordu, selon son bon plaisir, le rôle essentiel et primordial du roseau ? Que ce soit ou non le cas, force est de reconnaître que le roseau a su excellemment bien s’y soumettre. Et quand il s’agit de roseau, il est bien vrai que la soumission semble être de rigueur, si l’on en juge par certains épisodes de la mythologie grecque, jamais avare de transformations et autres métamorphoses. En voici un exemple frappant. La nymphe Syrinx, pourchassée (comme c’est de coutume trop souvent) par le dieu Pan, parvint auprès du dieu-fleuve Ladon, son père. Les dieux la prirent en pitié, de même qu’ils ont pris en pitié Daphné et Myrrha ; c’est toujours celles qui sont poursuivies des assiduités de tel ou tel que l’on « prend en pitié ». Incroyable !… Bref, pouf !, transformation : Syrinx n’est plus, Syrinx n’est plus que roseau. « Il ne resta plus à Pan, mortifié et déçu, qu’à confectionner avec sa tige la première flûte du monde, grâce à laquelle il put exhaler ses plaintes » (3). Bichette, va… Mythologiquement, le roseau est un bâton, plus précisément une verge. Pas étonnant qu’on l’ait placé entre les mains de cet obsédé sexuel notoire qu’était le dieu Pan, luxurieux et insatiable, de ces êtres comme il y en a tant encore dans nos sociétés qui, sans ombrage et sans ambages, agressent les jeunes femmes dans les lieux publics. Bref. Ainsi, après un peu de bricolage, le dieu Pan, qui écouta le vent gémir dans les roseaux, parvint à réunir ensemble plusieurs morceaux de roseau qui, par leur inégale longueur, formèrent la flûte de… Pan (ces assemblages, comptant 7 à 21 tuyaux, sont encore attestés en Grèce et en Roumanie). En tout état de cause, « la flûte en roseau désigne […] le goût pour la musique et l’idéal d’harmonie, de beauté et d’amour vénusien » (4)… même s’il peut être bien difficilement acceptable de mettre une tentative de viol sur le compte de l’amour vénusien, à moins qu’il ne s’agisse de l’aspect, bien davantage sombre, d’Aphrodite qui est à l’œuvre, parce que, rappelons-le, Pan c’est avant tout la ruse bestiale, c’est aussi l’enchanteur, le charmeur, celui qui, moins que charmant, jette des charmes (5).

Avant même que la flûte ne devienne l’écho de la musique céleste, elle reste avant tout son imparfait médium. Mais tout ne fut pas perdu à l’occasion de la métamorphose de Syrinx : en effet, il faut comprendre que cet apparent sacrifice permet (ou est censé permettre) d’accéder à quelque chose de plus élevé : les satyres, tenant compagnie à Pan, communiquèrent, par le biais de ce roseau qui chante et qui écrit, la connaissance nécessaire aux hommes : « c’est ainsi que ces derniers apprirent des satyres la musique, d’abord imitation du chant des oiseaux, du souffle du vent, du bruissement des sources » (6). C’est le mot imitation qui doit ici nous alerter. Il faut comprendre ce qui peut exister de faux dans l’acte d’imiter, de copier (jamais à l’identique), car la mythologie nous explique que la flûte de Pan est aussi l’instrument du mensonge, du vice et de la ruse : « Pan enseigna à Daphnis à jouer de l’instrument afin qu’il séduise la nymphe Chloé » (7). Et parce qu’il peut y avoir mensonge, il peut y avoir dupe. C’est ce que laisse suggérer la légende du roi Midas : « ce roseau serait […] un des symboles de la banalisation qui résulte de la sottise de désirs excessifs. Dans ce contexte légendaire, le roseau figure le penchant de l’âme pervertie qui se plie à tous les vents, se courbe à tous les courants d’opinion » (8). Cette mauvaise réputation faite au roseau semble se distinguer dans les écrits d’anciens auteurs de l’Antiquité tant grecque que romaine. Dans sa Bibliothèque historique, Diodore de Sicile parle de « l’Arabie heureuse » qui pourvoie le monde connu d’alors en joncs et en roseaux, et n’en dit pas davantage, semblerait-il, que Théophraste qui fait, plus ou moins, référence aux mêmes végétaux, précisant néanmoins que le roseau dont il est question est odorant, tandis que Pline évoque une macération huileuse de « jonc odorant très semblable à l’huile de rose » (il ne peut en aucun cas s’agir du roseau à balais et de la canne de Provence, parfaitement inodores ; peut-être d’une plante du style du palmarosa ?…) En tous les cas, ces végétaux apportaient suffisamment de fragrance pour mériter leur présence au sein de parfums plus ou moins élaborés. Cependant, ce sont des matières parfumées bon marché si l’on en croit ce passage de Plaute au sujet de « ces pauvres filles toutes poisseuses d’huile de jonc, qui ne fréquentent que la racaille des esclaves, sales à faire peur, qui te sentent le bouge et le renfermé » (autrement dit, des prostituées de bas étage). C’est une manière de faire une partition bien nette entre ces indigentes et les « parfumés », ce que ne manque pas de souligner cruellement le poète romain Martial dans l’une de ses Épigrammes intitulées « Contre Bassa » : « L’odeur que répandent les joncs d’un marais desséché ; celle des âcres vapeurs que dégagent les sources sulfureuses ou des exhalaisons d’un vivier d’eau de mer corrompue ; l’odeur d’un vieux bouc qui couvre une chèvre… […] J’aimerais mieux sentir tout cela, Bassa, que ce que tu sens ». Il ne peut bien évidemment pas s’agir du roseau, celui-ci ayant plus d’accointance avec le sens de l’ouïe qu’avec celui de l’odorat, et de même que le nénuphar, il représente le soleil au beau milieu des eaux puantes du marécage. Je ne sais pas s’il est permis d’autoriser un parallèle entre roseau et nénuphar, mais « la littérature japonaise fait souvent de cette fleur, si pure au milieu des eaux sales, une image de la moralité, qui peut demeurer pure et intacte au milieu de la société et de ses vilenies » (9). Oui, la relation du roseau avec l’ouïe est manifeste. Basile, dans un de ses contes, emploie l’image suivante : « les oreilles bouchées par de la bouillie de roseau ». Qu’est-ce à dire, exactement ? Cela équivaut-il à être « sourd comme un pot » ou à avoir « les esgourdes ensablées » ? Un élément de réponse, peut-être, à l’aide de Fournier : « Actuellement [il parle en 1947], encore rien ne peut remplacer la canne de Provence pour fabriquer les anches de clarinettes, saxophones, hautbois, cors anglais de nos plus brillants orchestres aussi bien que des cornemuses » (10). Si le roseau s’apparente à la perfection du son, de la bouillie de roseau ne peut être qu’une cacophonie, un vacarme bruyant et discordant, duquel il doit être impossible de démêler le vrai du faux, le sacré du profane, le divin du vulgaire. Dans L’âne d’or d’Apulée, il est présenté fort différemment, ce « roseau verdoyant, d’où sort une musique mélodieuse, [qui] fait entendre, dans le doux murmure de la brise légère, cette prophétie inspirée par le ciel » (11). Pour mieux comprendre ce passage, sachez que le roseau vient en aide à Psyché, alors que celle-ci est tourmentée par Aphrodite qui lui a imposé comme épreuve de se procurer un flacon de toison d’or. « C’est ainsi que ce roseau, tout simple et pitoyable, enseignait à la malheureuse Psyché la façon de se sauver » (12). Un sauveur, ce roseau, qui ne manque pas d’air, lui qui, entre terre et eau, borde ces lieux qu’on ne côtoie pas sans appréhension, et dans lesquels on ne s’aventure pas sans une solide raison qui n’en est pas, justement, l’absence complète. Quoique… Que vinrent faire aux abords des tourbières du nord de l’Europe ces peuples, tant Celtes que Germains qui, durant des millénaires, s’approchant de ces centres spirituels y immergèrent les cadavres d’hommes, de femmes et même d’enfants ? C’est après avoir été plongés dans l’abîme des profondeurs que, des centaines ou des milliers d’années plus tard, on a exhumé, à Grauballe et à Tollund (Jutland, Danemark), des hommes momifiés en excellent état de conservation, et on a pu dire, entre autres, qu’il s’agissait là des « victimes d’un culte sacrificiel dédié aux dieux de la fertilité/fécondité » (13). Ce qui est séduisant mais, bien évidemment, pas totalement satisfaisant. Si l’on conçoit l’acidité comme matière ignée, il est évident que la tourbière en est bien pourvue, elle qui, de plus, est majoritairement formée d’un mélange d’eau et de terre. Mais quid de l’air ? La tourbière étant un milieu anaérobie, cela explique le parfait état de conservation des hommes des tourbières du nord de l’Europe. Immergés dans la tourbe, c’est certain qu’ils devaient avoir plus que de la bouillie de roseau dans les oreilles. Le son étant plus favorablement porté par l’air, dans un tel milieu qui en est dépourvu, les cadavres – quelle que soit leur fonction – ne devaient plus être en mesure d’entendre, et donc d’écouter la musique des sphères célestes… Ce qui pourrait donner une explication à un des noms vernaculaires du roseau : balais de silence… Était-ce alors une manière de les retrancher du milieu des leurs ? … C’est d’autant plus troublant qu’on a découvert en 1891 un objet circulaire de près de 70 cm de diamètre, formé de plaques d’argent, dans les tourbières de ce même Jutland. Connu sous le nom de « chaudron de Gundestrup », cet objet pourrait dormir dans un quelconque musée sans éveiller le moins du monde la curiosité. Mais sur un des panneaux métalliques intérieurs, il y a la figure d’une divinité celte portant des bois de cervidé, et qu’on dit être Cernunnos. Si tel est le cas, c’est heureux, puisque cette divinité s’apparente assez à Pan, au-delà même de cette proximité avec ces eaux que bordent les roseaux… Mais plus qu’à Cernunnos, le roseau est avant tout lié à Freyr, que l’on présente généralement comme un dieu de la fertilité, fonction accentuée par son emblème animalier, le sanglier. Comme il porte aussi le nom d’Yngvi, il est associé au roseau, puisque dans ce nom, Yngvi, l’on voit deux lettres – ng – que l’on retrouve dans Ngetal, le nom attribué à l’ogham qu’on a confectionné dans un fragment de roseau. Qu’est-ce donc qu’il réquisitionne, cet ogham ? La protection, nous l’avons bien soulignée. La purification aussi, au sens propre comme au sens figuré : l’on n’a pas fait du roseau que des balais, on utilise certaines variétés dans les stations de phyto-épuration. Et pour cela, il doit pouvoir conserver son équilibre entre le masculin et le féminin, le yin et le yang, Mars et Vénus, etc. Il lui faut juste ce qu’il faut d’eau, sans excès pour ne pas s’y noyer, juste ce qu’il faut de terre, assez pour ne pas s’y dessécher, et du vent pour chanter, se griser de brise. C’est à ce prix que peut s’entretenir l’énergie vitale, sexuelle, instinctuelle, qui permet fertilité, richesse, abondance, vitalité et croissance.
L’ogham Ngetal est en relation avec les activités bucoliques et champêtres, les plaisirs sensuels au sens large… « En tirage, les énergies de Ngetal sont très terrestres, sensuelles et joyeuses, explique Julie Conton, ce qui n’exclut en rien, poursuit-elle, une puissante aspiration spirituelle guidée par une forte volonté » (14). Parce qu’on en a fait des flèches et des sceptres, le roseau signifie aussi la droiture, « le cap à suivre selon de justes valeurs » (15), et donc une certaine idée de la justice qui implique modération, tempérance, tolérance, conciliation, diplomatie, etc. Il est donc question d’une adaptation aux modifications brusques d’environnement, de se rendre plus souple face à ces mêmes événements, ce qui permet d’échapper à une cristallisation des énergies, leur calcification. Par exemple, manquer de souplesse expose à l’arthrite et aux algies rhumatismales. Or le roseau est un remède antirhumatismal. C’est cela, entre autres, que l’ogham cherche à communiquer. Il est bien évident que la non observance de quelques règles indispensables, parce qu’il existe un plus ou moins grand degré de crispation ou de sclérose, induit davantage de rigidité dans la tête et dans le corps, ainsi qu’un manque de vitalité et de joie de vivre (y compris d’un point de vue sexuel), enfin une difficulté à faire de sa vie un but, un objectif, à éprouver de la peine à prendre la direction qui convient quand cela est nécessaire.

Le grec ancien nous apprend que le mot poa signifie herbe. A l’évocation de ce nom générique, qui englobe un grand nombre de végétaux dont on ignore le nom, l’on pense davantage à une colonie de pâturin des prés ou de chiendent, qu’à ce géant qu’est le roseau de Provence ou même le plus humble roseau à balais. Pourtant, pas de doute, ces plantes appartiennent bien à la famille des Poacées ou, mieux connue, à celle des Graminées. Les roseaux sont exemplaires dans le sens où, parmi la flore européenne, ils figurent les plus grands spécimens, d’où le surnom de bambou d’Europe qu’on leur voir parfois porter.
Hôtes des bords d’eau tranquilles, roseau à balais et canne de Provence sont des plantes vivaces à tiges noueuses et ligneuses dont la section à la base est fonction de leur hauteur : 1 à 2 m pour le roseau à balais, jusqu’à 8 m pour la canne de Provence. Si ces tiges ne sont généralement pas plus grosses que le doigt chez le roseau à balais, elles tiennent largement dans la main en ce qui concerne les plus gros spécimens de canne de Provence.
Ces deux espèces se ressemblent encore par leurs feuilles qu’elles ont longues, étroites, très aiguës, d’un vert plus ou moins grisâtre et rudes au toucher. Quant aux inflorescences, elles s’épanouissent l’été, formant des panicules plus ou moins denses comptant de très nombreuses petites fleurs jaunâtres, verdâtres ou brunâtres.
Vivant en colonies, plus exactement en roselières, nos deux roseaux se localisent essentiellement à la plaine, sur des lieux humides bien sûr, en bordures d’étangs, de mares, de marais, de marécages et de rivières. Originaire d’Orient, implantée dans le Midi de la France durant l’Antiquité, la canne de Provence y est aujourd’hui entièrement naturalisée, mais s’y cantonne exclusivement, tandis que le roseau à balais, plante cosmopolite, est présent dans la France entière, s’accommodant tant des eaux douces que salées.

Les roseaux en phytothérapie

Conviés dans bien d’autres domaines, l’on ne peut pas dire que les roseaux aient largement été pris en considération par la phytothérapie, d’autant qu’ils sont, depuis quelques années, complètement éclipsés par une autre poacée, le bambou et sa silice. Pourtant, question silice, les roseaux s’y connaissent quand même un peu, le roseau à balais pouvant en contenir jusqu’à 70 %. Ils partagent aussi un autre point commun avec un autre « roseau » qu’on appelle canne à sucre : du saccharose, qu’on trouve en moindre quantité cependant (3 à 5 %), ce qui confère néanmoins aux parties aériennes du roseau à balais et de la canne de Provence un goût sucré évident.
A cela, ajoutons de la résine, un principe amer, de l’acide malique, ainsi qu’une essence aromatique.

Propriétés thérapeutiques

  • Diurétiques, éliminateurs de l’acide urique, sudorifiques, dépuratifs
  • Expectorante (canne de Provence)
  • Carminative (canne de Provence)
  • Antilaiteuse (canne de Provence)

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère vésico-rénale : cystite, oligurie, goutte, rhumatismes goutteux, rhumatismes chroniques
  • Engorgement, hydropisie
  • Fièvre éruptive
  • Plaies, ulcères
  • Tarir la lactation : au III ème siècle après J.-C., Serenus Sammonicus indiquait déjà un roseau, sans qu’on sache lequel, à destination des « affections des seins ». Mais, selon des auteurs plus récents, cette réputation antilaiteuse de la canne de Provence est usurpée…

Modes d’emploi

  • Décoction de rhizome.
  • Extrait fluide.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • La récolte ne pose pas de problème particulier. Se déroulant généralement fin septembre, elle permet d’obtenir des rhizomes traçants desquels s’éparpillent tout un tas de petites radicelles. Une fois qu’on a supprimé ces dernières, qu’on a lavé et brossé les rhizomes, on peut leur faire subir une dessiccation : « on doit la couper [nda : la racine] par tranches et la faire bien sécher : en cet état, elle est d’un blanc sale, cassante, et se conserve aisément en la privant du contact de l’air humide » (16). Après séchage, le rhizome des roseaux prend une couleur jaune paille et se strie de rides profondes placées longitudinalement, mais demeure, qu’il soit frais ou sec, parfaitement inodore.
    _______________
    1. Michèle Bilimoff, Les plantes, les hommes et les dieux, p. 19.
    2. Joseph Roques, Plantes usuelles, Tome IV, p. 259.
    3. Jacques Brosse, La magie des plantes, p. 281.
    4. Julie Conton, L’ogham celtique, p. 206.
    5. Le roseau est aussi l’apanage de figures mythologiques à forte valeur sexuelle : Sylvain et Priape, pour n’en citer que quelques-uns, furent figurés couronnés de feuilles de roseau.
    6. Jacques Brosse, La magie des plantes, p. 281.
    7. David Fontana, Le nouveau langage secret des symboles, p. 155.
    8. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 824.
    9. Ibidem, p. 582.
    10. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 840.
    11. Apulée, L’âne d’or, p. 185.
    12. Ibidem, p. 186.
    13. Wikipédia : cf. homme de Tollund, homme de Grauballe.
    14. Julie Conton, L’ogham celtique, p. 209.
    15. Ibidem.
    16. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 835.

© Books of Dante – 2018

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