Le citron, un fruit plein de peps !

Citron_fleurs

Tout comme l’oranger, le citronnier aura suivi une route d’est en ouest. S’il est difficile d’en localiser précisément l’origine, tout au moins pouvons-nous dire que ce petit arbre est issu d’Asie du sud-est (Inde, Chine, Birmanie, etc.).
Comme chacun sait, le citron est un agrume, un mot dont les racines étymologiques font directement référence à sa saveur âcre et acide.
Au V ème siècle avant J.-C., Sophocle désignait l’orange et le citron sous le même nom de « pommes d’or » (ce qui a longtemps laissé croire que ces deux fruits pouvaient avoir un quelconque rapport avec les pommes du jardin des Hespérides). La fâcheuse habitude qu’avaient les Grecs d’appeler des plantes différentes par le même nom aura grandement contribué à perpétuer la confusion. Si mèlon citrion fait sans aucun doute référence au citron, mèlon mêdicon s’adresse au cédrat, ou pomme de Médie, c’est-à-dire issu du territoire des Mèdes, situé entre le bassin du fleuve Tigre et la Mer Caspienne (soit à l’emplacement de l’actuelle frontière entre Iran et Irak). Or, les premiers agrumes connus des Grecs sont les cédrats (IV ème siècle avant J.-C.), le citron n’apparaissant en Grèce que quelques siècles plus tard.
A l’approche de l’an mille, Avicenne, originaire de Boukhara (Ouzbékistan actuel) connaissait fort bien le citron, puisqu’il le préconisait en cas de troubles hépatiques. Deux siècles plus tard, il est rencontré, à l’état cultivé, par les croisés en Palestine et en Syrie, puis, il finira par être implanté localement en Europe occidentale au XIII ème siècle (Sicile), avant de se répandre plus largement dans le bassin méditerranéen (Italie, sud de la France, Espagne) et au-delà (Canaries, Açores).
En Allemagne, trop septentrionale pour que le frileux citronnier puisse y être cultivé, il était pourtant connu d’Hildegarde de Bingen au XII ème siècle. L’abbesse en recommandait les feuilles en décoction et le fruit à l’état frais comme fébrifuge.
Dès les tout débuts de la Renaissance, on s’attache à obtenir du citron une huile essentielle. C’est donc logiquement que l’on en distille les zestes. Mais cette technique fut abandonnée au profit de l’expression mécanique à froid, permettant d’obtenir de bien meilleurs résultats, c’est-à-dire l’essence de citron telle que nous la connaissons aujourd’hui. Entre-temps, sous différentes formes, le citron fut employé pour des raisons aussi diverses que rétablir le vin gâté ou chasser les mauvaises odeurs. Il permettait aussi d’éloigner les risques de contagion (on en fit un baume contre la peste) et prodiguait des soins cosmétiques pour le visage et le corps. On trouve même dans le Petit Albert, deux recettes, l’eau céleste et l’eau d’ange, dans lesquelles le citron entre comme ingrédient.

Le citronnier est un petit arbre qui ne dépasse jamais les cinq mètres de hauteur. Certains auteurs le qualifient d’arbuste et lui donnent une taille comprise entre deux et quatre mètres. Les feuilles sont épaisses, coriaces et vert sombre, petites et dentées la plupart du temps. Les fleurs très odorantes sont blanches, avec un brin de rose pâle à l’intérieur, et présentent un nombre irrégulier de pétales (cinq à huit). Elles s’épanouissent toute l’année. Quant au citron, c’est une baie dont le péricarpe charnu, d’abord vert, devient jaune à maturité. Il est segmenté et loge en son centre les pépins. La particularité du citronnier, c’est qu’il ne s’embarrasse pas du calendrier : le même arbre porte dans le même temps des fleurs, des fruits naissants ainsi que des fruits formés verts ou jaunes…
Il a une préférence pour les sols humides et drainés. Il est cultivé également en dehors de ses terres d’origine : on le trouve aux Etats-Unis (Californie), en Argentine, au Brésil, sur le pourtour de la Méditerranée (Espagne, Italie, Grèce).

L’essence de citron en aromathérapie

Bien qu’une réglementation européenne toujours en cours de validité fasse qu’on désigne indifféremment les huiles essentielles et les essences sous l’unique appellation « huile essentielle », avec le citron, il ne faut pas s’y tromper. Le produit extrait par expression mécanique des zestes de citron n’est pas une huile essentielle mais une essence, alors qu’il en allait autrement autrefois : huiles essentielles et essences étaient regroupées sous la seule bannière d’essences. Le mode d’obtention permet néanmoins de distinguer une huile essentielle d’une essence. Par hydrodistillation et entraînement à la vapeur d’eau, c’est une huile essentielle. Par expression mécanique à froid, on parle d’essence. Dans le cas du citron, on procède habituellement de deux façons différentes : on râpe les zestes sous jet d’eau froide, puis l’émulsion eau+essence passe en centrifugeuse, afin que les deux substances soient dissociées. On bien l’on procède par la méthode dite de l’éponge. On scarifie les écorces puis on absorbe l’essence à l’aide d’une éponge que l’on presse par la suite (l’éponge, pas le citron ^^).
L’essence de citron, comme du reste toutes les autres essences, ne subit donc aucune modification chimique, au contraire du procédé de la distillation qui, par la chaleur, peut altérer l’essence d’origine.

Citron_tranche_2

C’est lorsque l’acidité du citron est la plus élevée, soit aux mois de décembre et janvier, que l’on récolte les fruits destinés à l’aromathérapie (a contrario, un citron estival est beaucoup moins acide). L’essence de citron, de couleur jaune vif, développe un parfum frais, fruité et acidulé. Elle se compose essentiellement de monoterpènes (95 % : limonène, alpha-terpinène, gamma-terpinène, béta-pinène…) et d’aldéhydes (3 %). Notons aussi la présence de furanocoumarines typiques des agrumes et des apiacées.
Bien plus fragile que l’huile essentielle, l’essence ne se conserve pas au-delà d’un délai de deux ans environ après ouverture du flacon. Aussi, après chaque utilisation, refermez bien le bouchon et placez votre flacon dans un endroit frais à l’abri de la lumière du soleil.
L’essence de citron, qui nécessite trois mille fruits pour en obtenir un litre, est, parmi les essences et les huiles essentielles, le produit aromathérapeutique le plus produit au monde en terme de tonnage

Propriétés thérapeutiques

  • Anti-infectieuse : antibactérienne, antivirale, antifongique, antiseptique atmosphérique
  • Immunostimulante
  • Positivante
  • Fluidifiante circulatoire, activatrice de la microcirculation, augmente la résistance des capillaires et la tonicité des parois, hypotensive, dépurative du sang, lymphotonique
  • Hépatoprotectrice, dépurative hépatique, cholagogue, cholérétique
  • Hypocholestérolémiante
  • Apéritive, digestive, stomachique, carminative, antinauséeuse, antivomitive, permet de lutter contre un excès d’acidité gastrique
  • Fébrifuge, rafraîchissante
  • Décongestionnante respiratoire
  • Diurétique
  • Cicatrisante, antiprurigineuse, soin des peaux grasses
  • Antivenimeuse (1)
  • Anticancéreuse (l’essence de citron contribue à l’apoptose des cellules)
  • Anxiolytique, antidépressive, neurotrope, tonique psychique

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire + ORL : rhume, rhinopharyngite, bronchite, sinusite, angine, maux de gorge, asthme, otite
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : hyperacidité gastrique (2), ulcère d’estomac, digestion lente et/ou difficile, aérophagie, dysenterie, diarrhée, fièvre typhoïde, parasites intestinaux (oxyures), nausée (y compris celle de la grossesse), vomissement, flatulences, mal des transports, halitose, inappétence
  • Troubles de la sphère hépatique : insuffisance hépatique, congestion hépatique, drainage hépatique, cirrhose, ictère
  • Troubles circulatoires : jambes lourdes, varices, phlébite, hémorroïdes, fragilité capillaire, insuffisance veineuse, artériosclérose, hypertension, cellulite
  • Troubles bucco-dentaires : stomatite, glossite, aphte, gingivite
  • Troubles dermatologiques : mycoses cutanées, herpès, verrue, teigne, gale, furoncle, dartre, plaie infectée, acné, points noirs, séborrhée, engelure, coup de soleil
  • Soins de la peau et des cheveux : tonifier la peau, atténuer les taches brunes, aviver les cheveux blonds, rendre les cheveux souples et brillants, prévenir les rides, renforcer les ongles cassants
  • Troubles locomoteurs : rhumatismes, arthrite, goutte
  • Lithiase urinaire et biliaire
  • Hémorragies : épistaxis, hématurie, gastrorragie, entérorragie
  • Convalescence, asthénie
  • Diabète (l’essence de citron vert ou lime est encore plus efficace)
  • Désinfection des locaux
  • Eloigner les insectes (moustiques, mites, fourmis)

Médecine traditionnelle chinoise et énergétique

Pour être originaire d’Asie du sud-est, le citron est bien connu de la médecine chinoise. C’est un stimulant de l’énergie des méridiens du foie et de la vésicule biliaire, tous deux liés à l’élément Bois, un principe à travers lequel s’exprime la force vive, la souplesse, la malléabilité, la tonicité. Lorsque tout va bien pour ces deux méridiens, ce sont l’harmonie, la créativité, la combativité et la fiabilité qui règnent. Cela facilite ainsi grandement le démarrage d’un projet puisque la volonté et l’optimisme sont stimulés. En revanche, quand l’énergie y fait défaut, apparaissent irritabilité, colère, désarroi, contrariété, stress, déprime, difficulté à entamer les choses. Ainsi, le citron permet-il de dissiper les pensées sombres, le pessimisme, le cynisme, mais également les troubles physiologiques qui peuvent être occasionnés par une déperdition énergétique au sein de ces deux méridiens (hépatite, fixation des graisses dans le corps, maux de tête, crampes, courbatures, problèmes cutanés, fragilité immunitaire accompagnée d’infections virales ou bactériennes). De plus, le méridien du foie régule le sang et sa composition, tout en en assurant la dépuration. Ce qui fait du citron un remède majeur propre à ces deux méridiens, si l’on superpose les propriétés thérapeutiques occidentales du citron que nous avons exposées plus haut.
Remarquons aussi que le citron permet d’harmoniser l’énergie du méridien de la rate/pancréas, tout en dispersant l’excès de chaleur dans ce même méridien ainsi que celui de l’estomac. Le citron a donc une action manifeste au niveau d’un chakra particulier, celui du plexus solaire, ainsi qu’avec le chakra coronal comme l’atteste la couleur d’aura de l’essence de citron : violet clair. Non seulement cette essence tonifiante et vivifiante porte une action physique sur l’organisme en lui apportant davantage de vitalité, mais, au niveau psychique, cette essence, en prodiguant légèreté et limpidité mentale, crée un pont entre le chakra du plexus solaire et celui de la couronne, par le biais du méridien du foie, lui-même en relation avec le monde onirique, l’inspiration, l’intuition, etc.

Modes d’emploi

  • Diffusion atmosphérique (même en présence d’enfants et de femmes enceintes)
  • Olfaction, inhalation
  • Voie orale pure ou diluée
  • Voie cutanée exceptionnellement (toujours diluée et jamais d’exposition au soleil après application)

Contre-indications et autres emplois

  • Essence photosensibilisante et irritante pour la peau si employée pure. Allergie cutanée possible (cf. haute teneur en limonène, molécule fortement allergisante). L’essence de citron, à doses élevées, provoque une irritation gastro-intestinale, des nausées et des vomissements. Quelques cas d’hématurie sont parfois relevés. A plus fortes doses (50 à 80 gouttes, ce qui est énorme), des expériences chez l’homme, relatées par Paul-Victor Fournier, ont montré « au bout de dix minutes une vive stimulation cérébrale et musculaire, au bout d’une demi-heure, l’obscurcissement de la pensée, l’affaiblissement de la mémoire ; au bout d’une heure, un sommeil-rêve irrésistible. Après trois heures, tous ces phénomènes disparaissent » (3). Le même auteur signale que « la simple décortication des citrons et des oranges pour l’industrie peut provoquer […] des maux de tête, des vertiges, des névralgies, des éruptions avec gonflement, vésicules et pustules » (4). Dans le premier cas, il s’agit d’une intoxication aiguë alors que dans l’autre, elle est chronique et beaucoup plus pernicieuse.
  • Cosmétique et parfumerie : comme le regrette Serge Schall, « avec d’autres senteurs, comme la lavande, celle du citron a rencontré un tel succès qu’elle a été largement galvaudée par l’industrie de l’hygiène. Son omniprésence, synonyme de fraîcheur et de propreté, est un peu pesante. C’est fort dommage car par ailleurs, utilisée avec tact, elle fait merveille en parfumerie » (5). C’est évident qu’il y a plus qu’un pas entre le « paic citron » et les plus grands crus d’essence de citron entrant dans la composition d’eaux de Cologne somptueuses ainsi que d’autres parfums. Mais, dans ce cadre, il s’agit d’essences rectifiées, « allégées » en monoterpènes.
  • Autrefois, on distillait le citron entier, comme n’importe quelle substance végétale aromatique. Cela se fait encore, bien que rarement. En revanche, ce qui intéresse de plus en plus l’aromathérapie, c’est l’huile essentielle obtenue en distillant les feuilles et les jeunes rameaux du citronnier. Si l’on connaît davantage l’huile essentielle de petit grain bigarade, cela relève du même procédé, à la différence qu’on obtient une huile essentielle de petit grain citron (tous les agrumes s’y prêtent). Moins riche en monoterpènes (55 %) que l’essence de citron, le petit grain citron contient plus d’aldéhydes (10-20 %), ainsi que quelques esters et monoterpénols. De plus, cette huile essentielle est dénuée de furanocoumarines. Bien que la littérature soit peu loquace à son sujet, nous pouvons dire que cette huile essentielle intervient sur des domaines assez semblables à ceux qu’occupe l’essence de citron : sphères gastro-intestinale, respiratoire et cardiaque. Elle fait aussi merveille en cas d’oedème et de rétention d’eau. Une huile qui n’a pas encore livré tous ses secrets mais qu’il faut garder à l’oeil ! ;)
  • Quelques mots sur le citron dans son entier maintenant. Si commun (je ne pense pas qu’un seul poissonnier digne de ce nom ne vous proposera pas un citron avec votre commande par exemple), le citron, par sa banalité, ferait presque oublier qu’il n’est, ni plus ni moins, qu’une « bombe » médicinale ! Des sels minéraux en abondance (calcium, fer, cuivre, silice, phosphore, manganèse…), des vitamines à foison (provitamine A pour la peau, C comme antioxydante et stimulante des glandes endocrines, B1, B2 et B3 jouant un rôle dans la nutrition et l’équilibre nerveux, P en tant que protectrice vasculaire, etc.). Acide citrique et glucides complètent l’arsenal, sans oublier les flavonoïdes, auxquels la belle couleur jaune du citron a donné le nom (de flavus, jaune ; dans le citron, le flavedo est la couche supérieure du zeste, l’albedo est l’enveloppe blanche se situant juste au dessous, comme le montre cette illustration).Citron_tranche_1On pensera avant tout au jus de citron (pH 2,3 environ), énergétique, vitalisant et minéralisant. C’est aussi un bon dépuratif et purgatif de la vésicule biliaire et des reins (il draine calculs biliaires et acide urique). De plus, il entretient les vaisseaux sanguins en bon état et, par voie cutanée, il s’avère être un tonique d’excellence ! Le jus de citron est aussi un antidote à l’empoisonnement aux substances alcalines (soude, eau de Javel, ammoniaque…).
    On peut employer le citron de diverses manières : du jus de citron mêlé à de l’eau tiède sucrée ou non, une infusion de tranches de citron finement coupées, le fruit découpé en morceaux en décoction, l’écorce et les pépins écrasés en macération à froid… Ici, cela concerne essentiellement les usages internes. En externe, il est surtout préconisé d’utiliser le jus de citron en application locale (dans les narines, les oreilles, bain de bouche, gargarisme, lotion, compresse…). Ce ne sont là que quelques exemples. Il faudrait écrire un livre entier pour recenser l’étendue des pouvoirs curatifs, des modes d’administration et autres usages du citron, tant il représente une panacée ! Sans compter les usages culinaires (tarte au citron, ça, c’est pour Gab !) et domestiques (nettoyer des objets en cuivre ou en inox, raviver du marbre taché…).
    Ceci étant, n’oublions pas que le jus de citron, à doses élevées, provoque ce qu’il supprime à doses faibles : vomissements, nausées, désordres gastro-intestinaux, ainsi qu’une vive purgation. Des cas de caries dentaires ont aussi été observés.

  1. Au Vème siècle avant J.-C., Démocrite raconte que le citron serait un préservatif contre le venin de la vipère aspic.
    2. « Il paraît étonnant de lire que le citron est un alcalinisant et un antiacide gastrique. […] La saveur acide n’implique pas, en effet, que le citron soit acide pour l’organisme, car le goût est dû à des acides organiques qui ne restent pas l’état d’acides dans les cellules. Des expériences ont prouvé que l’usage prolongé du citron entraîne dans l’organisme, la production de carbonate de potasse permettant de neutraliser l’excès d’acidité du milieu humoral. » (Jean Valnet, Se soigner par les légumes, les fruits et les céréales, pp. 278-279)
  2. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 289
  3. Ibid., p. 288
  4. Serge Schall, Plantes à parfums, p. 79

© Books of Dante – 2015

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6 réflexions sur “Le citron, un fruit plein de peps !

  1. Ah ah ! Oui, menthe poivrée et lavande fine font bien partie du club des 5 ! :) A l’eucalyptus radié je préfère le ravintsara. Quant à l’arbre à thé, j’ai peu d’affinité avec cette huile. Mon cinquième larron, c’est le petit grain bigarade ! :)

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