Le pommier (Malus communis)

Pommier_fleurs

Le pommier est une espèce très anciennement connue et cultivée. Il apparaît que nos pommiers actuels sont le fruit d’hybridations multiples, dont les premières origines remontent au néolithique. Les pommiers sauvages européens sont très certainement les ancêtres des pommiers modernes, et, contrairement aux pêchers et autres cerisiers, le pommier ne serait pas issu du territoire asiatique, du moins est-ce la thèse proposée par Paul-Victor Fournier. Il a été dit que le pommier aurait été localisé en Palestine ainsi qu’en Égypte entre le XIII ème et le X ème siècle avant J.-C. « Les plantations de Ramsès II dont on fait état et les textes bibliques que les traducteurs rapportent au pommier ne peuvent s’entendre d’un arbre qui ne supporte pas le climat de l’Orient » (1). En revanche, le pommier était beaucoup plus répandu chez les Grecs et les Romains en particulier. Du temps de Pline, on connaissait une trentaine de pommiers différents, employés tant pour leurs vertus médicinales qu’alimentaires. Les pommes étaient mangées crues ou cuites à la vapeur, sous la cendre, dans du vin ; on en faisait des marmelades, etc. Il est également dit que les Romains faisaient des pépins de pomme un usage particulier : ayant connaissance du poison qu’ils contiennent, ils s’en servaient lors des exécutions. Cependant, cela reste sujet à controverse du fait de la maigre teneur d’hétérosides cyanogénétiques qu’on y trouve…

Au IX ème siècle, le pommier est présent dans les jardins de l’abbaye de Saint-Gall (Suisse), et inscrit sous le nom de pomarius dans le Capitulaire de Villis carolingien. Il est en faveur à cette époque médiévale, en particulier pour les vertus médicinales de ses feuilles (affections de la rate, du foie, de l’estomac et des intestins), de sa sève (douleurs goutteuses, rénales et stomacales), parfois même de la mousse qui pousse sur son tronc !
Celui qu’Hildegarde appelait Affaldra (un terme proche de l’actuel mot allemand servant à désigner cet arbre : apfelbaum) avait la réputation de donner des fruits digestes pour les bien-portants, même crus. Par contre, Hildegarde les déconseille aux malades, à l’exclusion des vieilles pommes flétries, davantage profitables.
Du côté de l’Italie, l’on met en évidence les propriétés laxatives de la pomme. L’école de Salerne se fendra d’un vers on ne peut plus explicite : post pomum vade cacatum (« après la pomme allez en quelque lieu secret, où vous puissiez en paix laisser votre paquet » !)

Siècle après siècle, nombreux furent les praticiens à employer les différentes parties du pommier. Ainsi de Tabernaemontanus (16 ème siècle) qui destine l’eau distillée des fleurs aux soins de la peau et aux rougeurs du visage ; Simon Pauli (17 ème siècle) recommande la pomme pourrie cuite sous la cendre pour confectionner des cataplasmes applicables sur la gangrène afin d’en limiter la propagation ; Jean-Baptiste Chomel (18 ème siècle) établit quant à lui des propriétés majeures de la pomme (pectorale, antitussive et rafraîchissante) ; le professeur Léon Binet (20 ème siècle) mettra en évidence les propriétés cardiotoniques des pelures de pomme.
Le pommier fut l’objet d’une multitude de préparations magistrales et d’usages populaires. Par exemple, l’écorce de pommier, jugée tonique et astringente, fut utilisée dans les campagnes pour soigner les diarrhées. Quant à la pomme elle-même, elle servait d’agent externe dans des préparations destinées à frictionner la peau ou à panser les plaies et les blessures. On a, très justement, appelé ces préparations des pommades ! Par exemple, pour soigner une blessure, on préparait une pommade à base de jus de pomme et d’huile d’olive. Autrement, un cataplasme de pomme cuite au four puis écrasée et éventuellement mêlée à du saindoux, faisait l’affaire.
Les apothicaires s’emparèrent de la pomme. Certains eurent leur préférence pour la pomme de reinette, d’autres pour la « transparente blanche ». Sur cette base, ils élaborèrent des infusions, des potions, ainsi que des sirops, dont l’un d’eux, le sirop de pomme du roi Sapor, savant mélange de pomme, de bourrache, de buglosse, de safran, etc., fut très en vogue.

Venons-en maintenant à l’aspect symbolique, mythologique et spirituel de la pomme. Cela n’est pas de la tarte de tout bien démêler tant les informations au sujet de ce fruit sont denses et nombreuses.
Si l’on observe les mythologies scandinave, germanique, celtique et grecque, il en ressort une impression très particulière : on a la sensation que la pomme est partout présente, comme si elle était le Fruit par excellence. Son nom latin de pomum y est sans doute pour quelque chose. En effet, il ne désigne pas que l’unique pomme : il est le nom générique des fruits à pépins ou à graines. Aussi pomum peut-il désigner autant la pomme que la poire, la grenade, la figue, le coing, etc. Mais, par contresens, on en est venu à traduire le mot pomum par pomme, « un sens exclusif qu’il n’eut jamais » (2). Pourtant, la déesse Pomona, qui règne sur l’ensemble des arbres fruitiers, devrait nous rappeler qu’il n’est pas permis de limiter le nom latin pomum au seul fruit qu’on appelle aujourd’hui la pomme. C’est ce qui fera dire à Angelo de Gubernatis que, « avec le nom de pomum, la pomme a hérité de tous les mythes où les poma jouent un rôle » (3). Quant aux Grecs, ils utilisaient un mot unique servant à désigner les fruits listés plus haut : mèlon.

Dans la mythologie grecque, la pomme est assez souvent présentée comme attribut d’Éros, mais surtout comme celui de sa mère, Aphrodite (il en va de même de Vénus dont l’art statuaire la représentera tenant une pomme dans la main). La pomme serait donc, de fait, un symbole d’amour, de génération et d’immortalité. Expliquons pourquoi en choisissant des extraits de la mythologie grecque.
« Au mariage de la déesse grecque Thétis, Éris (la Discorde) suggéra qu’une pomme d’or soit remise à la plus belle des femmes présentes. Les déesses Héra, Athéna et Aphrodite revendiquèrent toutes les trois ce titre. Zeus demanda à Pâris, le fils du roi de Troie Priam, de départager les concurrentes. Pâris offrit la pomme à Aphrodite, qui lui promit qu’il serait aimé de toute femme qu’il choisirait et lui décrivit les charmes d’Hélène, l’épouse du roi de Sparte Ménélas. Pâris séduisit Hélène et l’enleva, ce qui provoqua la guerre de Troie » (4). L’on entrevoit dès lors le caractère ambivalent de la pomme qui n’évoque pas ici l’amour chaste (Athéna) ni l’amour conjugal (Héra), mais l’amour érotique et l’adultère, la convoitise et la concupiscence, à travers la figure d’Aphrodite, déesse des unions clandestines et du désir passionné et aveugle. C’est de ce fragment mythologique qu’est née l’expression « pomme de la discorde ».

Le jugement de Pâris, par Rubens (1639)

Le jugement de Pâris, par Rubens (1639)

Avant même que la pomme fut attribuée à Aphrodite, le pommier était, avec le poirier, sous le patronage de la déesse Héra, à laquelle on avait offert, lors de son mariage, un pommier aux pommes d’or, habituellement connu sous le nom de pommier du jardin des Hespérides (par « pommes d’or », il ne faut pas entendre par là un véritable fruit, mais une métaphore) et convoité par Hercule, dont le onzième travail est de s’emparer des pommes d’or. Initialement gardé par Atlas, ce jardin fut confié à ses trois filles, les Hespérides (Hesperia, Aeglé et Erythie). Peu soucieuses, elles volaient les pommes. Héra dut se résoudre à faire monter la garde par un dragon duquel, pensait-elle, personne n’oserait s’approcher. Mais c’était sans compter sur le rusé Hercule qui, bernant Atlas, déroba les pommes avant de se rendre à son ultime travail : faire sortir Cerbère des Enfers et mettre en évidence la nature immortelle des pommes du jardin des Hespérides. Après ce vol, il ne resta plus à Héra que la poire qui est, dit-on, une pomme déformée, donc imparfaite…
Ce mythe forme un intéressant contrepoint avec celui dans lequel on rencontre Jason et les Argonautes dont l’objet de la quête n’est autre que la toison d’or qui est, tout comme les pommes d’or, étroitement surveillée par un gigantesque serpent. Deux héros, deux objets de quête, deux défenseurs, mais deux destins différents : si Hercule est un demi-dieu, Jason n’est qu’un mortel. Et c’est là que la symbolique se divise, quand bien même il existe, entre les pommes et la toison, plus d’un lien : si nous savons que le mot mèlon désigne entre autres la pomme, il fait aussi référence au petit bétail (mouton, chèvre). Or, qu’est donc la toison d’or sinon une peau de bélier ?

Quittons la presqu’île balkanique et remontons plus au nord. On rencontre la pomme dans la mythologie germanique. La déesse de « l’amour, du mariage et de la maternité » (une compilation d’Aphrodite, d’Héra et d’Artémis en quelque sorte), Freyja, porte une pomme comme attribut, tandis que, plus au nord encore, la déesse Idhuna s’identifie avec l’arbre de l’immortalité qui se trouve être un pommier. L’on voit ici se profiler les deux principaux symboles qu’incarne la pomme, l’amour et l’immortalité. En effet, Idhuna, « la toujours jeune », a en sa possession des pommes d’or, assurant une jeunesse éternelle aux dieux. La pomme y est décrite comme étant un fruit régénérateur et l’on en extrait un jus qui joue à peu de chose près le même rôle que l’ambroisie olympienne, c’est-à-dire un « nectar » perpétuant l’immortalité des dieux (5).
Du côté de la tradition celtique, des motifs similaires se répètent. La pomme est une nourriture miraculeuse apportant sagesse, connaissance, science, révélation et magie (Merlin n’enseignait-il pas à l’ombre d’un pommier ?). On rencontre, une fois de plus, l’idée de renouvellement et de perpétuelle jeunesse, de fraîcheur, qui rappelle qu’Alexandre le Grand serait parti en Inde pour y rechercher une eau de vie, parce que, disait-on, là-bas, des prêtres, qui buvaient de cette eau, vivaient pendant des siècles.
Bref. L’immortalité, davantage que l’amour, est au cœur du symbolisme celte de la pomme. Le pommier, cet arbre de l’autre monde, est une source intarissable de vie et de santé, et la pomme est typiquement un fruit divin, objet de la convoitise des hommes.
Pour les Celtes, le pommier est partout : l’Ynis Afallach, autrement dit, la latinisée Insula pomorum (ou Insula Avallonis), est l’île de la pomme, l’île de la pommeraie : la célèbre Avallon mythique (6) qui abrite les pommiers magiques dont la surveillance est assurée par Morgane. Ces pommiers forment un bosquet sacré.
On ne peut donc pas s’étonner de retrouver le pommier au sein de l’alphabet oghamique. L’ogham fabriqué à base de bois de pommier porte le nom de Quert. C’est un ogham qui incarne bien des symboliques que nous avons rencontrées jusque là : la santé, la vitalité, la jeunesse, la beauté, l’art, l’amour. Il rend compte de la nécessité de se purifier et de se régénérer corporellement (7). De plus, il invite à se questionner sur l’achèvement de la vie et sur sa posture face à la mort.
Les pommes d’or du jardin des Hespérides ainsi que celles que garde Morgane sur Avallon impliquent, bien entendu, une symbolique solaire. En Lettonie, le pommier est considéré comme un arbre solaire et les pommes décoratives du solstice d’hiver sont le signe de la renaissance de la lumière. « D’après une légende populaire du Hanovre […] une jeune fille descend à l’enfer par un escalier qui se présente à ses yeux sous le pommier de la basse-cour de la maison. Elle voit un jardin, où le soleil semble encore plus beau que sur la terre, les arbres sont en fleurs et chargés de fruits. La jeune fille remplit son tablier de pommes, qui deviennent d’or dès qu’elle revient sur la terre » (8). Cette descente aux enfers se solde par un savoir, une connaissance supérieurs (les secrets de la vie, de la mort, de l’au-delà, de la guérison, de la santé et de l’amour). Il s’agit là d’un conte qui rappelle assez celui de La jeune fille sans mains.

Maintenant, nous allons avoir tout le loisir de constater que le légendaire chrétien a réservé à la pomme des attributions dont la communauté avec ce que nous avons exposé jusque là ne fait pas de doute. Mais, d’un autre côté, la pomme chrétienne s’en détache résolument. L’on connaît tous l’épisode biblique durant lequel la « fautive » Eve croque dans une pomme, ce qui lui vaut, ainsi qu’à Adam, son expulsion du Paradis. C’est ce que nous explique la Genèse à propos de ce fruit capable « d’ouvrir l’intelligence ». Le hic, c’est que nulle part dans la Bible la pomme est mentionnée explicitement. L’on sait que ce fruit est présenté comme celui de l’arbre du bien et du mal. Pour les chrétiens d’Occident, la pomme serait le fruit le plus à même de correspondre à celui de l’arbre de la connaissance. Et la tentation d’Eve va coller à la pomme comme une seconde peau. Or, l’idée de tentation et de péché annexée à la pomme n’est, pour Paul-Victor Fournier, qu’un enfantillage procédant d’une énorme confusion. Nous avons dit plus haut que chez les Grecs, le mot mèlon s’appliquait à l’ensemble des fruits à graines et à pépins. Pour le christianisme, le mot latin qui désigne la pomme est malum (le mot malus est l’actuel nom latin scientifique du pommier). Mais malum, c’est aussi le mal. On comprend un peu mieux pourquoi la pomme fut choisie pour symboliser le mal dans lequel Eve, sous les conseils du serpent, a croqué. Croquer la pomme peut alors signifier deux choses : abuser de sa sensibilité pour désirer le mal et abuser de son intelligence et de sa liberté pour le commettre.
Si l’identité botanique de l’arbre de la connaissance est sujette à caution, on a voulu voir dans cet arbre un figuier, en relation avec les feuilles dont Eve et Adam se parent afin de masquer leur nudité. Mais aussi la mandragore, dont on dit qu’elle serait née de la semence d’Adam assoupi, attendant la venue d’Eve. Contrairement au pommier absent de la Bible, la mandragore y est bel et bien mentionnée. Ses fruits, en forme de petites pommes, entretiennent le trouble, d’autant que la mandragore fut autrefois appelée malum terrae : elle est donc aussi bien une « pomme de la terre » qu’un « mal issu de la terre »… Mais, me direz-vous, la mandragore n’est pas un arbre. S’il est permis de penser que l’arbre de la connaissance du bien et du mal est une mandragore, il faudrait alors entendre le mot « arbre » comme une manière amphigourique de désigner la mandragore.
Beaucoup plus tard, afin d’amoindrir les symboliques chrétiennes de la pomme, on dira qu’elle est la matérialisation de la parole divine et de la rédemption (au Moyen-Âge, on représente Jésus et Marie une pomme à la main).

Tout comme la pomme de discorde de Pâris, avec la pomme d’Eve il est question de choix. « Suivant l’analyse de Paul Diel, la pomme, par sa forme sphérique, signifierait globalement les désirs terrestres ou la complaisance en ces désirs. L’interdit prononcé par Yahvé mettrait l’homme en garde contre la prédominance de ces désirs, qui l’entraînent vers une vie matérialiste par une sorte de régression, à l’opposé de la vie spiritualisée, qui est le sens de l’évolution progressive. Cet avertissement divin donne à connaître à l’homme deux directions et à choisir entre la voie des désirs terrestres et celle de la spiritualité. La pomme serait le symbole de cette connaissance et de la mise en présence d’une nécessité, celle de choisir » (9). Le choix peut s’expliquer par la simplicité et la rusticité de la pomme, au regard de son aspect rassurant et de sa rotondité rappelant le monde. L’abondance, la prospérité, la puissance et, nous l’avons souligné, la liberté et la connaissance, font de la pomme un symbole complexe contenant l’homme mais duquel ce dernier est, dans le même temps, exclu.
J’ignore qui, le premier, aura remarqué que, lorsqu’on coupe une pomme perpendiculairement au pédoncule, l’on voit une étoile à cinq branches formée par les réceptacles dans lesquels logent les pépins. Leur disposition dessine un pentagramme. Le nombre cinq, formé du trois masculin et du deux féminin, était, selon les pythagoriciens, le nombre de l’amour et de l’harmonie (10). On y a aussi vu les quatre éléments – Eau, Terre, Feu, Air – réunis dans un cinquième, la quintessence. Il a même été dit que l’enclosement du pentagramme au cœur même de la chair de la pomme, mais sans jamais faire partie de celle-ci, représentait l’involution de l’esprit dans la matière charnelle. L’inquiétude de l’homme vis-à-vis de la pomme trouve sa source dans le fait que, bien qu’on puisse la tourner dans tous les sens, la pomme place l’homme devant une forme d’initiation, de connaissance jamais acquise sans danger. Elle lui rappelle la vigueur du désir perturbateur qui n’est qu’illusion et, par-dessus tout, l’immortalité qui ne lui est pas réservée.

Pomme_pentagramme

Bien loin des dieux, l’homme du peuple s’est, lui aussi, emparé de la pomme. L’on devinera dans les lignes qui vont suivre, comme une forme d’héritage symbolique qui a su se perpétuer dans bien des pays européens. A travers ces divers rites, la pomme a valeur pré-nuptiale et mariale, mais c’est aussi elle qui détermine la fécondité. Petit tour d’horizon.
– Envoyer des pommes à une femme, en jeter à ses pieds (Europe du nord, Autriche) est un signe d’amour de la part du prétendant. En Serbie, la femme qui reçoit et accepte une pomme se sait engagée. En Sicile, une jeune fille qui désire connaître son futur conjugal, jette une pomme dans la rue et attend de voir qui la ramasse. Si c’est un homme, un mariage n’est pas loin ; si c’est une femme, il lui faut tenter sa chance l’année suivante ; enfin, si c’est un prêtre, c’est le signe, pour elle, qu’elle demeurera à jamais « vieille fille ».
– En Hongrie, après l’échange des anneaux, l’époux offre une pomme à son épouse, tandis qu’en Grèce, les époux se partagent une pomme avant d’entrer dans la chambre nuptiale.
– Enfin, au Monténégro, « la belle-mère offre une pomme à la jeune mariée, qui doit la jeter sur le toit de l’époux ; si la pomme tombe bien sur le toit, le mariage sera bien béni, c’est-à-dire, il y aura des enfants » (11).

Le genre pommier regroupe un ensemble d’arbres et d’arbustes localisé uniquement dans l’hémisphère Nord. Il se distingue nettement du poirier par son fruit qui est une drupe, alors que la poire est un piridion. Ces arbres ou arbustes ne sont généralement pas de grande taille, dix mètres de hauteur tout au plus. Le tronc est généralement gris et tortueux. Le bois de pommier, bien que recherché par l’ébéniste et le tourneur, est bien moins réputé que celui du poirier. Ses branches, velues quand l’arbre est jeune, glabres plus tard, ont un port tombant. Elles se parent de feuilles ovales, alternes, légèrement crénelées, sombres au-dessus, plus claires sur la face opposée. Floraison printanière pour la plupart des variétés. Les boutons rose vif se groupent en petits bouquets qui déploient ensuite leur corolle blanche à cinq pétales. Légèrement odorantes, mais davantage parfumées la nuit, elles produiront la pomme à l’endocarpe coriace, à la chaire douce, acidulée ou acerbe.
Aujourd’hui, il existe plus de 5000 variétés de pommiers qui se distinguent les unes des autres par la forme, la taille, la couleur, l’odeur et la saveur du fruit. On peut distinguer trois groupes de variétés issues du pommier commun :
– Le pommier doux (Malus communis, var. mitis) : ensemble des pommiers à pommes douces ou pommes à couteau, telles que la reinette, la pomme d’api, le cœur-de-pigeon, etc.
– Le pommier acerbe (Malus communis, var. acerba) : ensemble des pommiers destinés à la production de pommes à cidre.
– Le pommier paradis (Malus communis, var. paradisiaca) : variétés de pommiers précoces.

Le pommier en phytothérapie

De cet arbre fruitier, l’on utilise surtout le fruit, beaucoup plus rarement les feuilles, l’écorce et les fleurs. De la pomme, l’on distingue la pelure de la pulpe. Bien que formant un tout indissociable, les principes actifs se répartissent différemment. Par exemple, on trouve davantage de vitamines dans la « peau » que dans la pulpe de la pomme (12).
Dans l’ensemble, la pomme contient du fructose, de la pectine, des acides organiques, des vitamines (A, B1, B2, C, PP), des sels minéraux (calcium, manganèse, fer, magnésium…), ainsi que des hétérosides cyanogénétiques logés dans les pépins.

Propriétés thérapeutiques

  • Digestive, régulatrice des fonctions intestinales, antiseptique intestinale, protectrice gastrique, déconstipante, laxative douce, purgative, antidiarrhéique
  • Béchique, pectorale, anticatarrhale
  • Hypotensive, préventive de l’artériosclérose et de l’infarctus du myocarde, dépurative sanguine, hypocholestérolémiante
  • Diurétique et éliminatrice de l’acide urique (s’oppose surtout à sa formation)
  • Décongestionnante et stimulante hépatique
  • Sédative nerveuse, tonique nerveuse, stimulante nerveuse, inductrice du sommeil
  • Fébrifuge légère, rafraîchissante
  • Antirhumatismale
  • Tonique musculaire
  • Antilithiasique (concerne le cidre)

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : toux, maux de gorge, enrouement, rhume, bronchite, angine, diphtérie, otalgie
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : constipation, ulcère gastrique, gastrite, gastro-entérite chronique, entérite aiguë chez l’enfant, entérocolite, colite, colite muqueuse, dyspepsie, diarrhée (infantile, aiguë, chronique), dysenterie
  • Troubles urinaires et rénaux : lithiase urinaire, oligurie, rétention urinaire (+ goutte, rhumatismes, arthrite)
  • Hypertension, cholestérol sanguin en excès
  • Insomnie et troubles du sommeil, anxiété, nervosité, neurasthénie, asthénie physique et intellectuelle, surmenage
  • Grossesse, convalescence, anémie, déminéralisation, obésité
  • Troubles cutanés : acné, eczéma, herpès, gale, teigne, tanne, comédons, petit ulcère, plaie atone, lésion cutanée, brûlure, gerçure, crevasse
  • Fièvre, fièvre typhoïde
  • Diabète
  • Nettoyage dentaire, douleur dentaire

L’écorce s’avère tonique, astringente et un peu fébrifuge. Elle doit faire l’objet d’une décoction. Quant aux feuilles, il faut longuement les laisser infuser (10 à 15 mn). Elles sont avant tout diurétiques (dysurie, inflammations des voies rénales et urinaires). Enfin, l’infusion de fleurs de pommier adoucit la gorge et calme la toux.

Modes d’emploi

  • Cure de pommes très mûres, râpées, sans trognon ni pépins : c’est un usage populaire déjà relaté du temps de Matthiole (16 ème siècle). Il faut compter 0,5 à 1,5 kg de pommes par jour pendant deux jours. En cas de dépuration de l’organisme, de constipation, de troubles diarrhéiques aigus… Prise le matin, la pomme est dépurative, alors que le soir elle est laxative.
  • Décoction : couper une pomme entière en tranches, couvrir d’un demi-litre d’eau bouillante dans une casserole. Laisser réduire de moitié, ajouter un peu de sucre et mélanger le tout. A prendre avant le coucher en cas de difficultés d’endormissement, d’insomnie, etc.
  • Suc de pomme : outre le fait qu’il soit diurétique, c’est un excellent raffermissant des tissus cutanés. En cas d’affaissement des traits du visage, pour raffermir les seins et l’abdomen.
  • Pommade : anciennement, la pomata était un mélange de pulpe de pomme et d’axonge (c’est-à-dire du saindoux). Depuis, le mot pommade s’est généralisé à l’ensemble des onguents. La pommade de pomme est adoucissante.

Remarque

Il serait trop long de parler du cidre dans cet article. Nous pouvons cependant en dire quelques mots, puisqu’il est à l’origine de bien d’autres liquides. Par exemple, en distillant du cidre normand, on obtient le calvados, alors que le cidre breton donne naissance au lambig.
Bien sûr, du cidre, on tire le fameux vinaigre de cidre (ou de pomme, comme disent nos amis suisses). Il a été chroniqué ici et .
Le cidre, diurétique à l’instar du jus de pomme, ne doit pas faire l’objet d’un abus, puisqu’il prédispose aux gastrites hyperchlorhydriques par transformation de l’acide malique en acide acétique.
Quant à l’implantation normande du pommier, elle remonte au XI ème siècle selon certains, au XVI ème selon d’autres sources. Mai le cidre n’est pas une invention normande. Ce sont les marins basques qui ont fait découvrir au VI ème siècle aux marins normands le sagarnoa, autrement dit le vin de pomme, connu au Pays basque depuis l’Antiquité. Le cidre breton sera plus tardif, lui : XIII ème siècle.


  1. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 776
  2. Ibid.
  3. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 300
  4. David Fontana, Le langage secret des symboles, p. 127
  5. Au Danemark, on a découvert des tumulus vieux d’environ 3500 ans qui contenaient des cercueils en chêne abritant des pommes, du moins ce qu’il en restait. Pommier et chêne furent également sacrés pour les Gaulois. Rédemption et espoir de résurrection sont à l’origine de la coutume consistant à déposer des pommes sur les tombes.
  6. Avallon est un nom dérivé du celte abellio qui veut tout simplement dire pomme. Le gallois afal, l’irlandais abhal, le breton aval, qui sont autant de façons de nommer la pomme, font écho à l’anglais apple, à l’allemand apfel, à l’ancien allemand aepfel, etc.
  7. Élixir floral du Docteur Bach : Crab Apple. Inscrit dans le groupe du découragement, cet élixir traite les sensations de souillures. C’est donc un élixir de purification destiné aux personnes qui ont la sensation d’être intoxiquées ou salies, dans leur corps et/ou dans leur âme. Crab est le mot anglais qui désigne le crabe mais aussi le morpion et le cancer.
  8. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, pp. 303-304
  9. Jean Chevalier/Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 777
  10. Il existe dans le Petit Albert, une recette magique, celle de la pomme d’amour, dans laquelle on retrouve les nombres deux et trois, la pomme coupée en deux, le vendredi, jour de Vénus, ainsi que des éléments végétaux extérieurs : le myrte, autre plante d’Aphrodite, et le laurier, plante assurant victoire dans ses entreprises.
  11. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, pp. 301-302
  12. Ce taux est très variable ; il dépend de multiples facteurs : variété sauvage ou cultivée, épiderme rouge ou vert, climats, régions…

© Books of Dante – 2016

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