La pervenche de Madagascar (Catharanthus roseus)

Pervenche_de_Madagascar

C’est au milieu du XVII ème siècle que le chef de colonie à Madagascar, Étienne de Flacourt, rencontre la pervenche malgache. Plante exotique et ornementale prisée, on verra arriver au jardin du roi à Paris des graines de la plante à la fin du même siècle. Par la suite, elle gagnera rapidement les collections botaniques des principaux jardins européens. Aujourd’hui, cette plante, parfois surnommée « rose amère », a conquis bon nombre de zones tropicales ainsi que le bassin de la Mer méditerranée.

Dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale, on cherche à vérifier sa réputation de « coupe-faim » (elle était employée dans ce sens par les marins) et d’antidiabétique. Au Canada, en 1949, le Professeur Noble rejette cette dernière propriété. En revanche, ses expérimentations montrent que les injections de pervenche de Madagascar font brutalement chuter le nombre de globules blancs sanguins. Fort de ce résultat inattendu, il teste la pervenche de Madagascar sur des malades atteints de leucémie, une maladie caractérisée par une prolifération massive et anarchiques de globules blancs dans le sang. Le professeur Noble obtient d’encourageants résultats alors que, dans le même temps, le Professeur américain Svoboda parvient aux mêmes conclusions. C’est ainsi que les équipes américaine et canadienne collaborent. De ces recherches communes naissent deux médicaments obtenus à partir de deux molécules, des alcaloïdes, parmi les 150 que la pervenche de Madagascar contient. La vincristine donne l’Oncovin et la vinblastine le Velbé. Le premier de ces médicaments se destine aux leucémies aiguës, tandis que le second se réserve au traitement de la maladie de Hodgkin, c’est-à-dire le cancer des ganglions, autrefois presque toujours fatal. Malgré tous ces excellents résultats, un problème de taille demeure : la synthèse des deux molécules est très complexe ; il faut alors de contenter de cultiver la plante et d’en extraire ces deux alcaloïdes. Le souci suivant réside dans les rendements très très faibles, puisqu’une tonne de plante sèche ne permet guère d’obtenir que 6 à 10 g de vinblastine et de 0,3 à 1 g de vincristine ! Aujourd’hui encore, la production est assurée par le biais de la culture de cette pervenche à grande échelle à Madagascar (1000 tonnes de plante sèche par an environ).

En France, le Professeur Potier accorde un grand intérêt à la pervenche de Madagascar. S’il sait qu’il est très compliqué de synthétiser vincristine et vinblastine, il parvient tout de même à créer une molécule qui n’existe pas à l’état naturel dans la plante. Elle donne naissance au premier médicament antitumoral fabriqué en France, la Navelbine, qui acquière son autorisation de mise sur le marché en 1989. Ce médicament est surtout utilisé contre le cancer du poumon et parfois dans ceux du sein et de la vessie.

Tous ces médicaments, administrés par injection intraveineuse ou par perfusion, ne doivent pas faire oublier qu’ils proviennent d’alcaloïdes puissants non dénués de toxicité. Ils peuvent ainsi occasionner des troubles intestinaux et/ou neurologiques, des difficultés respiratoires, ainsi qu’une alopécie médicamenteuse.

© Books of Dante – 2016

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s