L’anémone pulsatille (Anemone pulsatilla)

Anémone pulsatille

Synonymes : coquelourde, fleur de Pâques, passe-velours, fleur de vent, herbe au vent…

Penchée sur sa tige comme une cloche qui se balance au vent, l’anémone pulsatille doit son nom au latin pulsare , « agiter », « secouer », « mettre en branle » et au grec anemos, « vent ».
Il semble donc que les mots pulsatille et pulsatile (relatif aux pulsations) aient le même sens. Ce qui est loin d’être une idée ridicule compte tenu du fait que l’anémone pulsatille est un remarquable antispasmodique. Elle limite donc les spasmes. Peut-être faut-il voir là sa signature…
Pour mieux comprendre l’association de l’anémone pulsatille avec le vent, il faut se pencher sur la mythologie grecque. « Cette fleur était aux temps antiques une jolie nymphe radieuse [Chloris], courtisée par les dieux Borée, le vent du nord, et Zéphyr, le vent d’ouest. La nymphe appartenait à la cour de la déesse Flora, l’épouse de Zéphyr, qui ne supportait pas l’attirance de son mari pour la jeune fille. Alors Flora changea sa rivale en fleur qui désormais dût subir les assauts violents du vent du nord toujours amoureux » (1). Cette fleur fragile, « on ne peut en jouir longtemps, car, mal fixée et trop légère, elle tombe, détachée par celui qui lui donne son nom, le vent » (2). Cela dénote un caractère fluctuant, transitoire et éphémère, inféodé au caprice du vent.
Dans l’épisode mythique d’Aphrodite et d’Adonis, l’anémone prend une connotation plus tragique. Adonis trouve la mort lors d’une partie de chasse, éventré par un sanglier. Aphrodite, son amante, s’arrache vêtements et cheveux comme c’est de coutume dans la poésie antique dès lors qu’on souhaite suggérer une profonde douleur. Elle verse alors autant de larmes qu’Adonis a perdu de sang. Et du jeune éphèbe naît l’anémone purpurine, une fleur qui exprime la fugacité du printemps de l’homme, c’est-à-dire sa jeunesse. Elle est, plus largement, la fleur des dieux qui meurent et ressuscitent (dans le christianisme, elle est assez souvent reliée au symbolisme de la crucifixion) ; « l’anémone montre aussi la richesse et la prodigalité de la vie en même temps que sa précarité » (3).

Inexistante en Grèce, l’anémone pulsatille ne peut être l’anemônê qu’utilisèrent Hippocrate et Dioscoride comme plante emménagogue. Elle semble avoir été remarquée des Celtes. Les sources antiques sont très maigres, le Moyen-Âge ne fera pas mieux puisqu’il l’ignore royalement. Elle apparaît néanmoins clairement enluminée dans les Grandes heures d’Anne de Bretagne (1503-1508) sous le curieux nom latin d’Alius quinque digiti me et, en vieux français, sous celui de Chesnarde.
L’entrée majeure de la pulsatille dans la thérapeutique n’aura véritablement lieu qu’au XVIII ème siècle, quand bien même le sagace Matthiole aura abordé quelques-unes de ses propriétés deux siècles auparavant. On la rencontre dans les travaux du botaniste Georg Andreas Helwing (1719), puis dans les écrits du médecin autrichien Anton von Stoerck (1771) où on lui voit jouer un rôle médical (affections dartreuses, paralysie, syphilis…). Au début du XIX ème siècle, le père de l’homéopathie, Samuel Hahnemann, fait de la pulsatille un spécifique du coryza. Hufeland l’utilise contre l’amaurose en 1824 et Ramon contre la coqueluche quinteuse quatre ans plus tard. Enfin, au tout début du XX ème siècle, la pulsatille est employée comme sédatif dans diverses affections nerveuses.

C’est une plante vivace de 10 à 40 cm de haut, à feuilles divisées en segments étroits et longuement pétiolées. Les fleurs apparaissent en premier : de grosses clochettes (5-9 cm) dont la couleur va du mauve au bleu en passant par le violet rougeâtre. Six pétales pointus forment un sombre écrin à ses nombreuses étamines jaune d’or. Et, particularité de cette plante, l’extérieur de la corolle est recouvert de poils mous et soyeux. De toute manière, tout est laineux, soyeux, velu, ce que vous voudrez… chez elle, et les feuilles n’échappent pas à cette règle. Elles se développent au moment où les cloches sont déjà largement ouvertes, presque flétries. Elles portent de longs poils blanchâtres et soyeux qui s’épaississent avec le temps. Les fruits, quant à eux, sont regroupés en une tête chevelue formés d’akènes velus et oblongs, terminés par une longue arête plumeuse et persistante que le vent aidera à sa dispersion.
Plante assez commune, l’anémone pulsatille croît dans les pâturages, pelouses sèches et coteaux de presque toute l’Europe (hormis la région méditerranéenne) qu’elle ponctue, au printemps, du violet sombre de ses fleurs.
Elle a sa référence pour les sols calcaires et volcaniques pauvres, les terrains assez secs ou très bien drainés, en plein soleil, jusqu’à 1000 m d’altitude.

Anémone_pulsatille_fruits

L’anémone pulsatille en phytothérapie

Les parties les plus actives de cette plante sont celles qui se situent au-dessus du sol, celles qui sont donc exposées au vent. Le camphre d’anémone ou anémomine a été extrait des feuilles dès 1771. Cette substance, ainsi que les acides phénoliques et les hétérosides que la plante recèle, donnent toute sa valeur à l’anémone pulsatille.

Propriétés thérapeutiques

  • Antispasmodique puissante, sédative génitale et cardiaque (elle influence et diminue l’irritabilité et la suractivité du système nerveux ganglionnaire, diminue de façon progressive l’intensité des battements cardiaques sans modifier la pression sanguine)
  • Expectorante
  • Diurétique
  • Diaphorétique
  • Rubéfiante, vésicante
  • Antibactérienne

Note : la poudre de feuilles sèches est sternutatoire

Usages thérapeutiques

  • Spasmes génitaux (ovarite, orchite), spasmes gastro-intestinaux, spasmes respiratoires (coqueluche, asthme, toux quinteuse), éréthisme cardiovasculaire
  • Coryza
  • Douleurs menstruelles, névralgiques et céphaliques, migraine
  • Anxiété, stress, angoisse
  • Dartres, taches de rousseur

Modes d’emploi

Il est possible d’employer les feuilles fraîches en infusion ainsi qu’en cataplasme. Cependant, la meilleure option concerne quand même l’alcoolature. On obtient cette dernière en plaçant dans de l’alcool (90 à 95°), autant de plante que d’alcool, et l’on fait macérer le tout pendant huit à dix jours. Secouer de temps à autre, puis, à l’issue, passer en pressant les plantes, puis filtrer. Pour un usage interne, compter 20 à 40 gouttes par jour.

Contre-indications et précautions

Comme toutes les plantes de la famille des Renonculacées, du commun « bouton d’or » (renoncule âcre) au fatal aconit napel, il est nécessaire de ne pas procéder à la légère avec l’anémone pulsatille, même si elle n’arrive pas à la cheville de l’aconit en terme de toxicité. A l’état frais, la pulsatille est donc toxique, un aspect que l’on ne rencontre plus une fois que la plante est sèche. Celle-ci devient alors inoffensive mais inactive. Âcre et corrosive, la pulsatille fraîche peut provoquer, en externe, des érythèmes, une vésication, une ulcération, parfois même un début de gangrène. Une intoxication en interne se traduit par une brûlure de la bouche et de la gorge, des stomatites, une abondante salivation, une inflammation du tube digestif, des vomissements, de la diarrhée, une inflammation rénale, une miction douloureuse, des vertiges, des convulsions, enfin, des troubles respiratoires.


  1. Josy Marty-Dufaut, Jardin médiéval et biodiversité, p. 46
  2. Ovide, Métamorphoses, Livre 10, p. 383
  3. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 43

© Books of Dante – 2016

Grandes_heures_Anne_Bretagne_Anémone_pulsatille

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