L’arroche (Atriplex hortensis)

Synonymes : bonne dame, belle dame des jardins, follette.

Arroche, déformation du latin atriplex, lui-même issu du grec atraphaxos, désigne une plante qui plonge si loin ses racines dans l’histoire qu’on ignore tout de la signification de ces termes. Dans l’histoire ? Bien avant même, car à l’époque préhistorique, déjà connue, elle était récoltée et consommée comme légume. C’est un usage qui va perdurer dans le temps comme nous l’explique Dioscoride, mentionnant qu’alors on la mangeait bouillie : « en cette sorte, elle ramollit le corps (= elle fait office d’émollient) » (1). Ses feuilles s’emplâtrent, « sa graine bue avec de l’hydromel guérit ceux qui ont le fiel répandu au corps (= c’est-à-dire qu’elle est dissipatrice de la jaunisse comme le soulignait également Galien) » (2). Elle est donc non seulement alimentaire mais aussi guérisseuse.

Le Moyen-Âge en fait une espèce végétale très présente, surtout dans les jardins, ce qui lui vaut le surnom d’hortulana (du latin hortus, « jardin »), d’autant qu’elle est inscrite dans le Capitulaire de Villis, c’est donc que l’on cherche à en souligner la valeur et à en encourager la culture et la consommation. Aux VIII ème et IX ème siècles, elle a encore le vent en poupe, ne pâtissant pas de la concurrence rude que lui fera l’épinard non encore parvenu en Europe occidentale. Comme quoi, une introduction très ancienne n’est pas forcément la garantie d’une pérennité dans le temps. En attendant, Platearius la conseille comme adoucissante, Macer Floridus comme laxative à l’intérieur et dissolvante à l’extérieur (en effet, elle dissout les cors et autres endurcissements de la peau). Pour Hildegarde, cette plante, ni trop froide ni trop chaude, est « en fait, juste tempérée et assure une bonne digestion » (3).

Plus qu’aux feuilles, les praticiens de la Renaissance s’attacheront davantage aux semences de cette plante. C’est ainsi que Matthiole en relate l’usage populaire auprès des paysans, et remarque que « ces graines les purgeaient vigoureusement mais avec beaucoup de douleur et de fatigue ». Souvent, les plantes purgatives sont aussi vomitives, c’est ce que soulignèrent Lazare Rivière et Geoffroy, précisant que l’arroche est qualifiée de vomitif doux, ce que contredit Wauters pour lequel l’arroche est un succédané de l’ipécacuanha, une plante pas exactement réputée pour sa douceur.

Plante annuelle, l’arroche met tout en œuvre pour atteindre une taille de près de deux mètres de hauteur. Elle n’est donc pas du genre à lambiner, assurant sa photosynthèse à l’aide de larges feuilles triangulaires plus ou moins cordiformes, ou mieux, hastées, c’est-à-dire en forme de fer de hallebarde. De couleur bleu glauque, parfois rougeâtres, brillantes au-dessus et gris argenté au-dessous, elles sont couvertes d’une fine pellicule rappelant de la farine. Puis viennent de petites fleurs verdâtres assez anonymes qui se groupent en grappes axillaires terminales de juillet à septembre. On peut se demander où d’aussi minuscules fleurs tirent la force de former d’aussi grosses semences qui font fléchir l’extrémité de l’inflorescence sous leurs poids réunis. Ces fruits, akènes ailés, aplatis voire comprimés, de 10 à 15 mn de diamètre, adoptent la vague forme d’un cœur.
Rustique et sobre, l’arroche, aujourd’hui négligée sinon inconnue, était autrefois très répandue surtout en Europe centrale. A l’heure actuelle, il est possible de la rencontrer à l’état subspontané en plaine comme en moyenne montagne, dans les champs, les jardins, les décombres et autres terrains vagues.

L’arroche en phytothérapie

De saveur douce et fade, intermédiaire entre l’oseille et l’épinard, l’arroche ne possède cependant pas les propriétés médicinales des deux plantes sus-dites. Nébuleuse et fantomatique à l’image de son feuillage, elle a à peu près disparu de la circulation et ne se réserve qu’à des usages extrêmement périphériques. Aussi a-t-elle été peu étudiée au contraire d’autres plantes passées sous le microscope et le scalpel de la science moderne, histoire de vérifier si les assertions des Anciens à leur sujet étaient fondées ou non. L’arroche, elle n’a pas véritablement eu cet honneur comme le démontrent assez les quelques maigres sources dont nous disposons à propos des composants biochimiques la constituant : abondante source de sels minéraux, de vitamine C et de chlorophylle, elle contient en outre de la saponine « qui justifie son emploi dans les maladies des voies respiratoires, digestives, urinaires et de l’épiderme » (4). Voyons voir ce que les feuilles et les graines de l’arroche nous réservent.

Propriétés thérapeutiques

  • Purgative (graine), vomitive (graine), laxative, carminative, vermifuge
  • Diurétique, dépurative
  • Maturative, émolliente

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : maladies inflammatoires des organes digestifs, maux de ventre, constipation opiniâtre, dysenterie, parasites intestinaux (ascarides)
  • Troubles de la sphère respiratoire : dyspnée, crachement de sang
  • Affections inflammatoires des voies urinaires
  • Troubles de la sphère hépatique : jaunisse
  • Affections cutanées : furoncle, abcès, enflure, blessure résultant d’un coup, inflammation de la matrice de l’ongle

Modes d’emploi

  • Infusion de feuilles.
  • Décoction de feuilles (= bouillon d’herbes).
  • Décoction de semences.
  • Poudre de semences.
  • Cataplasme de feuilles cuites.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : dès le début du printemps jusqu’aux premiers jours de l’été, l’on peut cueillir les feuilles de l’arroche. Encore jeunes, elles se prêtent mieux à un usage phytothérapeutique et culinaire, leur tendance à devenir âcres avec le temps n’étant pas des plus plaisantes.
  • En cuisine : en potage, cuite comme légume, chiffonnée comme l’oseille, etc., l’arroche est un agréable substitut à l’épinard. Elle forme, avec le chénopode blanc, le chénopode bon-henri et l’amarante, un groupe de sauvageonnes qui font toujours bonne figure dans l’assiette. Toutes se destinent aux mêmes emplois que l’épinard (tarte aux herbes, tourte, farce végétale, etc.).
  • Autres espèces : dans la nature, l’on peut croiser au moins trois autres arroches annuelles : l’arroche du littoral (A. littoralis), l’arroche hastée (A. hastata) et l’arroche étalée (A. patula).
    _______________
    1. Dioscoride, Materia medica, Livre II, chapitre 112.
    2. Ibidem.
    3. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 66.
    4. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 114.

© Books of Dante – 2018

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