Le benjoin (Styrax sp.)

Benjoin de Sumatra. Celui de droite est dit de belle qualité, l’autre de moindre (crédit photo : Wibowo Djatmiko – wikimedia commons)

Synonymes : baumier du Siam, baumier de Java, vray baume, encens de Java, aliboufier, djaoui, gâwi1, ben de Judée, benjoin de Boninas, asa doux (au contraire du fétide, Asa foetida).

Partout où il a été cultivé et/ou commercialisé, le benjoin a laissé une trace pérenne des usages multiples auxquels les hommes voulurent bien le convier. Cela se compte en l’espace de milliers d’années et dans des dizaines de pays.

L’usage qu’on fit du benjoin il y a 2000 ans à Rome et dans les cités grecques a été précédé par des pratiques alternatives propres à la sphère du bouddhisme et à celle du brahmanisme. Le benjoin était alors l’utile et agréable ingrédient parfumé que l’on brûlait dans les temples, seul ou à travers des mélanges que l’on pourrait aujourd’hui considérer comme étant le fruit de la pure fantaisie. Or s’il n’y a pas grand rapport entre le benjoin brûlé en Malaisie lors des cérémonies religieuses et cette coutume familière aux Égyptiens dont le chef des danseurs était autrefois surmonté d’un cône parfumé (dans lequel le benjoin se mêlait à d’autres substances odoriférantes telles que le pin, le genévrier, le cyprès et le galbanum), ces utilisations répondent chacune à des intentions précises et réfléchies.

Je vais m’attacher ci-dessous à rendre compte des principales « recettes » dans lesquelles le benjoin joue un rôle opératif.

Permettant la concrétisation des désirs, le benjoin s’adresse autant à la sphère physique et matérielle que spirituelle et religieuse, le benjoin renvoyant au sacrifice que l’on est capable de consentir afin de se transformer et de se transcender.

Dans la première optique, le benjoin est utilisé pour favoriser la prospérité et la chance, en particulier dans le domaine des activités commerciales, industrielles et artisanales. Ainsi, le benjoin possède un pouvoir attractif sur les clients qui fréquentent une boutique, mais également sur l’argent qu’il permet de faire entrer dans la caisse, d’y rester et d’y fructifier par l’entremise d’habiles placements. Voici quelques compositions destinées à différents types de commerces :

  • Pour un magasin de fruits et légumes : benjoin (80 %) + farine de pois chiches (20 %) + quelques gouttes d’essence de térébenthine
  • Pour une boucherie : benjoin (50 %) + bois d’aloès (25 %) + suint de mouton (25 %)
  • Pour une librairie : benjoin (60 %) + encens (20 %) + myrrhe (20 %)

Pour ce faire, il est tout à fait permis de faire appel au djaoui noir (ou gris), puisque sa qualité terrienne et saturnienne fait intervenir des forces de même nature. Pour les raisons ci-dessus invoquées, le benjoin trouve sa juste place au sein de l’encens de Mercure, puisque Hermès est considéré comme la divinité des marchands et des commerçants (entre autres).

Par ailleurs, comme nous l’avons dit, le benjoin autorise l’esprit à se détacher des choses matérielles et à favoriser les activités plus élevées, comme la quête spirituelle, la méditation ou encore le subtil affinement de l’intellect. Par exemple, en faisant brûler du benjoin avec des feuilles de rue et de menthe, l’on crée une atmosphère propice au travail mental, ce que l’on peut renforcer si l’on accompagne cela par la combustion d’une bougie orange. Remplaçons ces herbes par de l’origan qui accompagnera le benjoin sur le charbon ardent, conservons une bougie de couleur similaire : cela permet de faire retrouver sa clarté à l’esprit et de lutter contre l’envahissement d’une personne, dont l’insistance à paraître dans nos rêves et dans nos pensées diurnes pourrait être mise sur le compte d’un charme ou d’un complot lancé sur notre personne. Le djaoui blanc, dit de qualité supérieure, est ici requis, faisant appel aux entités de nature céleste, ainsi qu’à la force de planètes comme Jupiter ou le Soleil. Par cet effet éminemment protecteur, le benjoin permet de retrouver l’optimisme qui sera plus complet encore à travers l’encens des mages, un trio de résines parfumées où l’oliban (30 %), la myrrhe (30 %) et le benjoin (15 %) condensent leurs pouvoirs respectifs (on complète la formule avec 13 % de charbon de bois pulvérisé et 12 % de nitrate de potassium). Avec un tel encens, on se purifie, on s’élève, on est touché par la grâce divine. C’est un encens très mystique, à la manière de l’encens de Jérusalem (10 % de benjoin) ou encore le très classique encens d’église dont on se sert lors des messes, neuvaines, consécrations et tout autre rite à caractère religieux chrétien. Voici les ingrédients qui en règlent la formule : oliban (35 %), benjoin (20 %), nitre (10 %), charbon de bois pulvérisé (10 %), storax (10 %), sucre (8 %) et cascarille, c’est-à-dire l’écorce d’un arbuste du genre Croton (5 %).

Que pouvons-nous donc rajouter à tout cela ? Qu’il existe des encens favorisant les révélations et la méditation, comme l’encens des Rose-Croix (15 % de benjoin), ou cet autre encore dans lequel le benjoin entre pour un tiers (avec un tiers d’oliban et un tiers de bois de santal). L’on peut aussi élaborer des encens de guérison ou bien encore de purification, le benjoin n’étant pas des moins efficaces pour débarrasser les locaux d’habitation et de travail des miasmes abandonnés dans les coins par les précédents occupants. Sachez, pour finir, que grâce au benjoin vous pouvez convier les énergies de la Lune, des esprits de l’Air (sylphes) et de l’Eau (ondines), etc. J’ai volontairement fait court pour ne pas faire prendre à cet article l’allure d’un extrait encyclopédique. Mais retournons dès à présent dans le concret.

L’on pourrait décrire le benjoin comme un « laurier aux feuilles de citronnier » et l’on en ferait une description assez exacte. D’ailleurs, il porta tout d’abord le nom de Laurus benzoin avant de prendre celui qu’on lui connaît en 1787. Plante arbustive ou arbre de 15 à 25 m selon les circonstances, le benjoin possède un tronc de faible diamètre, inférieur toujours à 30 cm, qu’alimente un système racinaire peu profond, traçant sous la surface du sol. Les feuilles du benjoin sont entières, simples, alternes et pétiolées. Lisses au-dessus, elles sont tomenteuses inférieurement, munies d’un mucron, c’est-à-dire d’une pointe épaisse. Quant aux fleurs, elles sont généralement constituées de cinq pétales blancs, paniculées en grappes de cloches pendantes fixées le long des rameaux, à l’aisselle des feuilles.

Qu’il soit cultivé ou évoluant en milieu naturel, le benjoin est un adepte des forêts humides et pluvieuses qui reçoivent au moins 1300 mm de précipitations dans l’année, et dont les sols présentent une acidité inférieur à 4,5 de pH.

Il est tout particulièrement présent en Inde, en Asie du sud-est (Laos, Thaïlande, Vietnam), ainsi qu’en Indonésie (Java, Sumatra).

Le benjoin en phyto-aromathérapie

Le benjoin est une gomme oléorésineuse qui a donné bien du fil à retordre aux Anciens : cette difficulté tenant en ce qu’ils ne purent prendre connaissance de sa nature végétale, ils imaginèrent une étiologie aussi erronée que celle de l’ambre : dans de vieux ouvrages, on illustre la « récolte » du benjoin par une image qui montre un personnage piochant dans une grotte à la manière d’un mineur, attendu qu’on s’était persuadé que le benjoin s’extrayait du sol comme n’importe quel minerai ! On pouvait, tenant du benjoin, nourrir quelques doutes préliminaires. Mais non, le benjoin provient bien d’un arbre du genre Styrax. Nous en distinguerons ici trois types :

  • Styrax benzoin (ou benjoin de Sumatra)
  • Styrax tonkinensis (ou benjoin du Siam, actuelle Thaïlande)
  • Styrax paralleloneurus

En règle générale, d’octobre à décembre, on taraude l’écorce des arbres 30 cm au-dessus du sol, puis on incise le tronc en pratiquant des encoches régulières tous les 20 à 30 cm. En réaction à cette agression pathologique, une matière résineuse s’écoule des plaies une à trois semaines plus tard sous la forme de larmes séchant progressivement au contact de l’air. Elles formeront un « pansement » sur cette plaie faite à l’arbre par l’homme. Quand on constate que le benjoin entre dans la composition de baumes cicatrisants, cela n’a rien d’étonnant. Puis on les recueille en les grattant pour les ôter de leur support. Ceci fait, on trie puis on calibre les fragments de benjoin ainsi obtenu et que chaque arbre fournit à hauteur de 300 à 600 g. Selon l’espèce, cette matière diffère en couleur et en parfum. Par exemple, le benjoin de Sumatra (ou benjoin en larmes, benjoin amygdaloïdes) se présente sous la forme d’une masse agglomérée de couleur grise à jaune rougeâtre à l’extérieur, blanc laiteux à l’intérieur, parsemée de larmes blanchâtres pareilles à des amandes qui, outre le nom, confèrent aussi un parfum qui la rappelle : doux, balsamique, sucré, vanillé, ce benjoin a effectivement tout de l’amande ! Le benjoin du Siam (ou benjoin en sorte), d’une bonne odeur de styrax, semble plus résineux que le précédent, présentant un spectre coloré allant du rougeâtre au brun rougeoyant.

Il existe une grande variabilité chez le benjoin : les conditions de croissance, l’origine géographique, les influences climatiques, l’état nutritionnel des plantes, les facteurs génétiques ou encore le savoir-faire du cultivateur sont autant de critères déterminants pesant sur la substance produite par tel ou tel styrax. Outre les différences induites par l’espèce elle-même, à l’intérieur de chacune, il est bien possible qu’existent divers chémotypes. Les anciens apothicaires eurent donc bien du pain sur la planche pour être certains de proposer du véritable benjoin aux patients que leur adressaient les médecins. Ainsi l’on préférait le benjoin dont la cassure était brillante et l’aspect celui du nougat, au lieu que de ce benjoin trop noirâtre que l’on rejetait pour cela, craignant qu’il ne soit pas autre chose que l’artificieux résultat de gommes diverses fondues ensemble (communelle). Une fois assuré d’avoir en main de la belle et bonne gomme oléorésineuse, on peut la vouer à maintes expériences, histoire de juger comment elle se comporte dans telle ou telle situation. C’est pourquoi l’on peut tout d’abord dire que le benjoin fond à une température de 75° C, qu’il est intégralement soluble dans l’alcool et l’éther, partiellement dans l’eau. A son parfum s’ajoute une saveur âcre, légèrement amère et piquante. Reste maintenant à savoir que faire de cette résine en thérapeutique. On l’a bien évidement employée tel quel, mais surtout en teinture et à travers tout un tas de préparations magistrales dont l’histoire n’a retenu que les plus célèbres. D’un point de vue aromathérapeutique, l’on peut aujourd’hui faire la distinction entre trois produits issus du benjoin. Les premières expérimentations à ce sujet menèrent Michael Faraday (1791-1867) à distiller le benjoin à sec en 1825 : il en tira une série de substances volatiles, ainsi qu’un acide qui se sublime sous forme concrète lors de la distillation. C’est la nature même du benjoin qui explique que son huile essentielle soit ce liquide visqueux très épais, de couleur marron à brun foncé. On a cherché à contourner ce problème en procédant par la technique permettant l’obtention d’un absolu, c’est-à-dire l’extraction par un solvant, en l’occurrence l’alcool. Eh bien, l’absolu de benjoin n’est pas moins pâteux et inemployable en l’état. On peut obvier à cette problématique en diluant cette huile essentielle et cet absolu avec de l’alcool en quantité suffisante. C’est d’ailleurs ce à quoi a procédé un producteur d’huiles essentielles : il propose à la vente une huile essentielle de benjoin obtenue par distillation à la vapeur d’eau et à basse pression, laquelle est ensuite diluée dans une quantité suffisante d’alcool biologique. D’autres fabricants procèdent autrement : ils chauffent doucement la résine de benjoin puis la combine avec de l’huile végétale de ricin afin d’en augmenter la mobilité (on pourrait employer d’autres huiles végétales comme celles de tournesol, de pépins de raisin ou de carthame).

Après enquête, j’ai pu dénicher des données chiffrées satisfaisantes permettant d’établir les profils biochimiques des trois benjoins plus haut listés :

N° 1 : Styrax tonkinensis N° 2 : Styrax benzoin N° 3 : Styrax paralleloneurus

Propriétés thérapeutiques

  • Antiseptique, anti-infectieux (antiviral, antibactérien, germicide, antifongique puissant)
  • Tonique et stimulant général, hyperthermisant
  • Expectorant, béchique, fluidifiant des sécrétions bronchiques, antiseptique des voies respiratoires, décongestionnant pulmonaire, modificateur des muqueuses trachéo-bronchiques
  • Apéritif, digestif, carminatif, antiflatulent, détend les muscles stomacaux, anti-acide gastrique, augmente la sécrétion biliaire, tonique et stimulant stomacal
  • Diurétique, modificateur des muqueuses génito-urinaires, sudorifique
  • Antispasmodique
  • Anti-inflammatoire, anti-oxydant, antirhumatismal
  • Cicatrisant puissant, vulnéraire, astringent, adoucissant des muqueuses et de la peau, assouplissant cutané, hémostatique
  • Équilibrant du système nerveux central, sédatif, apaisant, relaxant, antidépresseur, inducteur du sommeil
  • Améliore la circulation sanguine et sa rapidité

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : infection pulmonaire, bronchite, congestion bronchique, affections respiratoires catarrhales, asthme, dyspnée, apnée du sommeil, respiration bruyante, pneumonie, toux, laryngite, phtisie tuberculeuse, rhume, maux de gorge, « chat » dans la gorge, extinction de voix
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : douleurs et crampes stomacales, acidité gastrique, retour de l’appétit chez le tuberculeux, gaz intestinaux, flatulences, inflammation intestinale
  • Affections cutanées : peau enflée, fissurée et crevassée (aux genoux, coudes, talons), fatiguée, sèche, asphyxiée, endurcie, gercée, démangeaisons, acné, éruption cutanée, eczéma, psoriasis, plaie, plaie atone, ulcère, engelure, pityriasis, petite coupure, brûlure, taches brunes
  • Troubles locomoteurs : rhumatisme et douleur rhumatismale, arthrite, douleur musculaire, sciatique
  • Troubles du système nerveux : insomnie, difficulté d’endormissement et autres troubles du sommeil, stress, anxiété, tension nerveuse, nervosité, chagrin, tristesse, choc émotionnel
  • Fatigue, convalescence

Propriétés psycho-émotionnelles

Dans la première partie de cet article, nous avons abordé comment le benjoin pouvait représenter un bon moyen d’améliorer son existence, de favoriser sa chance, d’adapter son psychisme aux contingences, etc. Ici, nous pouvons ajouter que le benjoin est de nature réconfortante et consolante. Éliminant les pensées et les émotions polluées et grossières, le benjoin permet donc à l’esprit de se purifier, de chasser les énergies négatives, les idées noires, les tendances dépressives, d’amener la joie et la douceur, interposant une zone « capitonnée » entre soi et les événements extérieurs potentiellement agressifs pour l’esprit fragilisé et endolori.

Ce qui attache le plus mon attention, dès lors qu’il est question du benjoin considéré sous l’aspect psycho-émotionnel, c’est d’avoir trouvé un écho favorable dans l’extrait d’un livre que je vous dévoile ci-après : « L’absolu de benjoin, et son fond odorant lacté, renvoie certaines et certains sur leur propre enfance, lorsqu’ils vivaient des moments d’échanges maternels très forts… et par résonance, il aide et apaise celles et ceux qui portent encore en eux le manque ou la nostalgie de ces moments magiques »2. Et dans ce délicat moment qu’est l’enfance, le benjoin évoque la difficulté de s’incarner véritablement, de prendre sa juste et véritable place (tant physique que psychique), le tout empêché par cette sensation que l’âme est étriquée, par probable incidence du syndrome du jumeau perdu. L’on se sent alors obligé de ne pas vivre (ou seulement à moitié), de ne pas « manger », de ne pas se réjouir. L’on s’empêche d’être, tout bonnement. Cette culpabilité qui entrave la vie est sans doute à chercher du côté de la vie utérine et des neufs mois qui la constituent. Culpabilité d’avoir mal fait quelque chose durant ce laps de temps. Par privation d’une grande partie des délices et de la beauté qu’apporte la vie, on chercherait à racheter cette faute qui n’existe pas, mais pour laquelle nous payons un châtiment bien réel que nous nous imposons à nous-même.

Le benjoin agit donc à la manière d’un baume, ce qu’il est au reste, mais aussi d’une baume, au sens où l’on connaît mieux ce second mot et dont il est synonyme : celui de balme. Une baume, une balme, c’est un abri sous roche, à la fois orienté vers l’extérieur, mais offrant un repli, un renfoncement, qui permet de s’abriter ponctuellement et de reprendre son souffle, participant, tout comme le baume, à adoucir les peines et à dissiper les inquiétudes, parce qu’avoir un toit au-dessus de la tête, même non pérenne, cela autorise, en un temps T, ce dont le corps et le psychisme ont besoin pour identifier la nécessité de se poser/reposer sur quelqu’un/quelque chose de manière passagère. Cette cavité naturelle dans l’écorce de la Terre-Mère n’est pas sans rappeler le ventre maternel qui offre, lui, un bien curieux abri : en temps normal, le foie, les intestins et le pancréas ne sont protégés de l’extérieur que par la peau tendue du ventre, ils n’ont pas la chance, comme les poumons, de se défendre derrière les barreaux d’une cage. Plus l’enfant grandit dans le ventre de sa mère, et plus il dessine l’arrondissement du ventre dans lequel il loge, et, partant, le surexpose tout en concurrençant l’appendice nasal au statut de la partie la plus avancée de l’anatomie de la femme enceinte (ce dernier mot est lui aussi fort intéressant : durant la grossesse, qui est enceint ? La mère ou l’enfant ?). Par sa position, l’enfant se propulse en direction du futur, qu’il incarne au reste. Symboliquement, il en serait allé bien différemment si la femme avait porté l’enfant dans son dos. Mais trêve de digression, revenons-en plutôt à notre benjoin et à son absolu, valeur refuge et tempérante. Savoir qu’il existe, quelque part, cela, est un véritable réconfort pour l’âme car le benjoin permet de mener à nouveau à soi.

Modes d’emploi

  • Teinture alcoolique de benjoin.
  • Huile essentielle ou absolu dilué : olfaction, dispersion atmosphérique, voie cutanée.
  • Déodorant : mêler un peu d’argile blanche à quelques gouttes d’huile essentielle de benjoin, délayer le tout avec un hydrolat de rose, de romarin ou encore de lavande.
  • Lait virginal (lotion démaquillante pour les peaux grasses) : 10 ml de teinture de benjoin, 20 ml de glycérine et 250 ml d’hydrolat de rose. Le benjoin précipite au contact de l’eau, il lui donne alors un aspect laiteux d’où le nom de cette préparation.
  • Exposer un morceau de flanelle à la fumée du benjoin, puis en frictionner les membres endoloris.
  • Papier d’Arménie® : malgré son nom, il n’a rien d’arménien, mais il est le résultat d’une découverte faite par Auguste Ponsot lors d’un voyage en Arménie effectué à la fin du XIXe siècle  : afin de parfumer et de désinfecter l’intérieur des habitations, il remarqua qu’on faisait brûler du benjoin. Avec l’aide de son ami pharmacien Henri Rivier, ils élaborèrent une teinture composée de benjoin et d’autres ingrédients tenus secrets, dont ils imbibèrent du papier buvard. Cela donna lieu au papier d’Arménie, toujours fabriqué dans la commune de Montrouge située au sud de Paris, et ce depuis 1885 ! Au traditionnel papier d’Arménie®, l’on a adjoint quelques nouveautés comme le papier « Arménie » en 2006 (sauge, myrrhe, cèdre et lavande), suivi en 2009 par celui à la rose. On le brûle fugacement à la flamme d’une bougie ou bien on en glisse les feuilles dans les meubles et endroits clos de la maison dont émanent de mauvaises odeurs. Pourquoi ne pas en placer une feuille ou deux entre les pages d’un livre, afin de donner une touche vanillée et ambrée à la bibliothèque ? Ou bien dans le porte-monnaie, puisque nous avons indiqué que le benjoin attirait la chance ? Bien plus tôt, le Petit Albert avait donné une recette permettant de fabriquer des pastilles de benjoin destinées à parfumer agréablement les chambres et autres pièces.
  • Inutile de poursuivre la liste des modes d’emploi en tirant à la ligne puisque des pages n’y satisferaient pas tant sont nombreuses les diverses préparations ayant fait du benjoin leur ingrédient fétiche depuis des siècles. Pour la forme et l’exotisme des appellations, faisons tout de même quelques mentions : le vinaigre de Bully, la poudre céphalique de Charas, l’emplâtre stomachique et céphalique, la pommade ordinaire des boutiques, la pommade blanche pour la peau, le baume apoplectique, les trochisques aliptae moschatae, l’huile de scorpion composée, etc. L’une des plus célèbre reste encore le baume du commandeur dont l’origine n’est pas certaine. Pierre Pomet en faisait grand cas il y a trois siècles, lui accordant plus qu’un crédit : hémostatique, cicatrisant et protecteur, il remédiait à bien des maux dont les plaies causées par coup de fer ou de feu, les maux de dents, la goutte, etc. A l’application, « il fait grande douleur, mais cela ne dure pas un Ave Maria » !3.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • On a parfois expliqué que le benjoin du Siam possédait une visée plus pharmaceutique que celui de Sumatra, réservé, lui, à jouer le rôle d’encens. Je ne sais pas si tout cela est bien pertinent. En tous les cas, nous pouvons ajouter que le benjoin, en général, s’affiche très clairement dans différents autres domaines : la parfumerie, bien entendu, pour laquelle il remplit les fonctions de fixateur et de note de fond (celle qui met le plus de temps à s’exprimer et qui peut persister jusqu’à huit heures, parfois davantage), la savonnerie, la fabrication de bougies, la cosmétique, les produits de toilette, la médecine vétérinaire, l’industrie alimentaire (comme agent aromatisant : boissons gazeuses et alcooliques, bonbons, gâteaux et spécialités de boulangerie). Mais, le plus souvent, c’est l’additif alimentaire E210 qui est concerné, c’est-à-dire l’acide benzoïque, obtenu synthétiquement à partir du toluène. Or ce produit est problématique à plus d’un titre, puisqu’il est susceptible de provoquer, tout comme la fumigation de résine de benjoin, des crises d’asthme chez le sujet sensible. De plus, on soupçonne E210 d’être mutagène, cancérigène et neurotoxique. En tous les cas, à haute dose, l’acide benzoïque provoque nausée, vomissement, sueur profuse, etc.
  • Faux-ami : à cette petite apiacée qu’est l’impératoire (Peucedanum ostruthium), on accorde parfois les surnoms de benjoin de pays, benjoin français, bien que son huile essentielle, majoritairement composée de monoterpènes, n’ait pas beaucoup de rapport avec celle de benjoin.
  • Confusion : un autre « benjoin » avait autrefois cours dans les communes forestières du Vercors. Cette originale panacée vertacomicorienne n’est pas autre chose que la substance liquide et visqueuse qui s’écoule des cloques percées de l’écorce du sapin pectiné (Abies alba). « Ces abcès de l’arbre sont pressés à l’aide d’un cône pointu ou, mieux, avec le bec effilé d’une corne de vache »4. On procède de préférence par temps chaud, le mois d’août étant le plus favorable à l’exsudation de ce « benjoin » et de préférence lors de la pleine lune, alors que les cloques sont bien gonflées. Interrogeons-nous sur la question de savoir à quoi peut bien servir ce « benjoin » du Vercors : d’après un habitant, « le benjoin, c’est bon pour tout. Faut avoir l’estomac sain, ça remonte de façon extraordinaire »5. On n’en attendait pas moins de la part d’une substance issue du plus grand arbre qui pousse sur le territoire français (le sapin pectiné qui voisine souvent à 60 m de hauteur peut en atteindre vingt de plus). Bien. Mais plus précisément ? Eh bien, ce remède de bûcheron désinfecte tout d’abord et tire toute la saleté en particulier à travers les affections respiratoires (bronchite, rhume, grippe), les affections cutanées (abcès, plaie, furoncle, début de gangrène) et les blessures résultant du travail (contusion, coup, traumatisme, coupure qui ne cicatrise pas, écorchure, déchirure musculaire, écharde). Les modes d’emploi sont variés : on peut tout d’abord mêler le benjoin à un jaune d’œuf puis déposer cette préparation sur une gaze que l’on applique localement, puis que l’on renouvelle autant de fois que nécessaire. On peut aussi en diluer une petite quantité dans une infusion de tilleul ou de bourrache par exemple. Enfin, un des modes d’emploi qui confine à la confiserie consistait à tremper une petite baguette de bois dans le flacon de benjoin pour y faire adhérer une petite partie de cette substance que l’on roulait ensuite dans le sucre en poudre avant de le suçoter comme une sucette. Dans les régions où il n’y avait pas de sapin pectiné, on récupérait la résine du pin mugho (Pinus mugo) pour lui faire jouer un rôle identique.

_______________

  1. Les sites d’origine, de même que les activités liées au commerce du benjoin, donnèrent lieu à une terminologie précisant les spécificités de tel ou tel benjoin, en particulier par les marchands arabes : ainsi, l’on distingue le benjoin du Siam (gâwi tanârisi) plus blanc et plus onéreux, au parfum doucement vanillé, du benjoin de Singapour qui venait parfois substituer le précédent. A ce dernier, l’on attribua le nom de djaoui mekkaoui. Enfin, le plus célèbre d’entre tous, avec celui du Siam, est sans doute le benjoin de Sumatra ou luban gâwi (lûban djâwi est une orthographe alternative).
  2. Collectif, Le guide de l’olfactothérapie, p. 131.
  3. Pierre Pomet, Histoire générale des drogues, p. 279.
  4. Claire Bonnelle, Des hommes et des plantes. Usages traditionnels des plantes dans le Vercors, p. 53.
  5. Ibidem, p. 42.

© Books of Dante – 2021

Benjoin du Siam (crédit photo : Masa Sinreih – wikimedia commons)

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