Le tamaris (Tamarix gallica)

Crédit photo : AnRo0002 – wikimedia commons

Synonymes : tamarise, tamarisc, tamarix, tamarisque, tamarif, tamarin, tamarys, tamariz.

Présent partout autour de la mer Méditerranée sous une forme ou sous une autre, le tamaris est un végétal dont on s’est risqué à écorcher la terminaison, ce qui n’a pas rendu aisée la recherche que j’ai menée à son sujet : vous cherchez « tamaris » et tel auteur l’appelle tamarys ! Bon, je ne me plains pas, la moisson a été bonne, et à la vue du petit paquet de notes que j’ai accumulées, une drôle de sensation me traverse l’esprit : c’est vaporeux et inconstant, balayé par des mouvements qui ne lui appartiennent pas, à la manière d’un petit bout de bois flotté qu’incessamment le flux et le reflux de la mer ballottent entre deux eaux. Mais cette « vaporeusité » pourrait bien être de la grâce, sinon de la légèreté, et cette inconstance une manière de montrer qu’il ne faut pas nécessairement se fier aux apparences… Ce n’est pas parce que le tamaris se courbe devant la force du vent qu’il est pour autant prêt à se plier à toutes les fantaisies !

Tout d’abord, nous pourrions revenir à ses origines : d’où peut donc bien sortir ce mot, tamarix ? Eh bien, l’on n’en sait strictement rien, cela semble bien devoir rester du domaine de l’inconnu. Le latin, hélas, est bien incapable de nous fournir la moindre once d’explication. Et cela ne vaut pas mieux du côté des Grecs. En leur langue, le tamaris, semblable à la bruyère par certains aspects botaniques, s’appelait myrikê1. Parfois, dans les mythes, on nous accorde une ébauche plus ou moins aboutie de l’étymologie d’une plante et de sa phytogonie. Eh bien, là encore, rien. Nada ! Les Grecs sont muets, enfin presque : le peu qu’ils nous disent au sujet du tamaris ne peut que laisser quiconque sur sa faim : Myrikê, l’une des filles de Cinyras, roi de Chypre, et donc sœur de Myrrha, fut métamorphosée en tamaris sans que son histoire mythologique ne nous explique le pourquoi du comment. Hormis accepter ce fait sans pouvoir l’exploiter, il n’est guère plus de chose à faire… Mais l’on peut se rassurer : que le tamaris ait été inscrit à la pharmacie de Thot est déjà un bon indice. Qu’en plus, on ait accordé au Tamaris orientalis le surnom de tamaris d’Osiris permet d’ancrer encore davantage cet arbre/arbuste au sein d’une dimension qui dépasse le seul cadre de la médecine, même s’il est vrai que le tamaris se situe à cheval entre les choses médicales et celles qui sont de nature divine : avec Osiris, n’en doutons pas, mais sachons également qu’un autre tamaris, notre Tamarix gallica, est parfois appelé tamaris d’Apollon : ce dieu, parfois figuré portant un rameau de tamaris, était bien reconnu comme étant celui de la médecine. Mais cet arbre, vénéré au Proche-Orient, est bien davantage que cela : il confine à la prophétie, comme le soulignait Nicandre de Colophon bien après Hérodote qui mentionnait que parmi les peuples de l’Antiquité, comme par exemple les Perses, les mages auguraient en tenant en main un rameau de tamaris. Peut-être bien que les prêtres égyptiens dont Pline évoque le cas faisaient de même lorsqu’ils couronnaient leur chef de souples rameaux de tamaris. Le mystère demeure, de même que dans un épisode biblique qui prend place au sein de la Genèse (XXI, 33) : l’on dit du tamaris qu’il est l’arbre central du pays de Canaan et l’on lit dans la Bible qu’Abraham planta un tamaris à Bersabée avant d’invoquer Yahvé (ce qui bien étonnant, c’est que dans ma bible personnelle, l’on ne parle pas du tout de tamaris à cet endroit précis : j’y vois non pas un arbre mais « une chênaie »…). On prétend encore que la manne que Dieu envoya au peuple d’Israël était en fait de la résine sucrée de tamaris. Je veux bien, mais par « résine sucrée », je ne vois pas à quoi il est fait allusion, considérant que l’on parle bien d’un tamaris et non d’un autre arbre qui aurait fini par se confondre avec lui. Enfin, sans que j’en comprenne bien les raisons, il paraîtrait que l’arbre du Paradis, l’édénique arbre du bien et du mal, serait un tamaris. Inutile d’épiloguer, mais remarquons la présence fortement manifestée du tamaris au sein de la religion chrétienne et de son légendaire. Cette importance est tout aussi marquée en Asie extrême-orientale : en Chine, l’on associe communément le tamaris au pin à travers une triple symbolique de résistance, de longévité et d’immortalité, triplicité que l’on remarque aussi dans la manière dont les Japonais surnomment parfois cet arbre, « l’Unique aux trois printemps », car il est susceptible de fleurir trois fois durant la même année. Un tel prodige annonce un caractère magique et divin : en effet, cette fertilité dont il est capable fait de lui un arbre dont on affirme qu’il est censé annoncer la pluie, ce qui à la fois en fait un arbre fécond et un arbre prophétique.

« Il évoque la douceur de la solitude, les vastes étendues désertes, les grandes plaines chinoises, où des civilisations se sont englouties sans qu’on s’en aperçoive, l’indifférence de l’éternité »2.

Partant de ces deux points de vue – le chrétien et l’extrême-oriental – on peut se demander fort à propos ce qui a bien pu se passer pour qu’au tamaris échoit une mauvaise réputation dont Pline se fait le principal (et seul ?) relais : comme on le remarque pour d’autres végétaux, aux temps antiques, l’on recommande de ne pas sectionner les rameaux de tamaris avec un instrument dont la lame est en fer, et cela afin de leur conserver un maximum d’efficacité, laquelle n’est intégralement assurée qu’à la condition de ne pas faire toucher la terre à ces rameaux après leur cueillette3. Après ces considérations d’ordre pseudo-magique, il était possible d’user du tamaris comme on voit Dioscoride le faire. C’est une médecine des yeux et de la bouche, dont l’astringence convient bien aux flux anormaux ou trop appuyés : à ce titre, l’on peut dire sans risque de proférer une ânerie que le tamaris est un condensateur fluidique réussissant très bien dans les crachements de sang, les flux stomacaux et menstruels, etc. Dioscoride en recommandait encore l’usage dans les cas de jaunisse, de morsure d’araignée phalange, de lentes et de poux. Ce qu’il écrit de commun avec Pline concerne la notoriété splénique du tamaris : en effet, par ce nom qu’on lui donne aussi, splenios, on sous-entend que le tamaris est un remède spécifique de la rate que désopile la décoction vineuse de ses feuilles. Mais à tout cela, Pline ajoute bien des étrangetés, par exemple que les cendres de bois de tamaris sont censées mettre fin au désir amoureux. De plus, arguant du fait que cet arbre ne porte pas de fruits (sic), il le considère tout juste bon à faire des balais – accusant par-là une similitude morphologique qu’il partage avec la bruyère –, ce que ses rameaux souples permettent de parfaitement réaliser. Du fait de cette croyance limitante – le tamaris ne fructifie pas ! –, Pline rajoute qu’« on regarde comme sinistre et la religion condamne les arbres que l’on ne sème jamais et qui ne portent pas de fruits ». Ce n’est pas tant qu’il ne fructifie pas, mais il élabore des fruits si petits et insignifiants que l’on peut, à tort, les prendre pour de simples graines…

Peut-on parler d’arbre à l’endroit du tamaris dit de France (Tamarix gallica) ? Non, pas vraiment. Si certains tamaris peuplant le pourtour de la Méditerranée sont véritablement de petits arbres, notre tamaris est tout au plus un arbuste (et non un arbrisseau : par définition, un arbrisseau n’est pas pourvu d’un tronc). Trois à quatre mètres, c’est, grand maximum, la taille que se permet d’atteindre ce tamaris au plus fort de son développement. Ses rameaux grêles, étalés et touffus sont très flexibles, ce qui lui offre une résistance bienvenue face au vent des bords de mer. Le brun rougeâtre de leur écorce se piquette du vert pâle de feuilles construites à la manière de celles du cyprès, par cet aspect écailleux qu’on leur voit adopter. Longues et menues, ces feuilles sont très proches les unes des autres, ce qui donne à l’ensemble du feuillage du tamaris un aspect abondant mais néanmoins aérien. Cette densité est imitée lors de la floraison du tamaris, qui compte une multitude de petites fleurs à cinq pétales, cinq étamines et un style à deux ou trois stigmates. Blanches et purpurines, ces fleurs pendent en grappes lourdes à l’extrémité des rameaux. A fructification, ces fleurs produisent des fruits lanugineux contenant des semences noires et dont Pierre Pomet signalait l’emploi comme matière tinctoriale équivalente à la noix de galle.

Le tamaris, arbuste à qui l’on confie souvent le rôle d’ornementer les jardins, réussit particulièrement en des zones où il n’aura pas à craindre de trop grands froids hivernaux. On le rencontre, naturellement, le plus souvent sur les terrains incultes, humides et sablonneux d’Espagne et d’Italie, mais également dans les prairies, le long des rivières dauphinoises et en bordure de mer du pays languedocien.

Ferdinand de Puigaudeau (1864-1930) Tamaris et champ de coquelicots

Le tamaris en phytothérapie

Quand je vis mes parents planter ce tamaris dans leur jardin, je ne me doutais guère qu’il pût avoir quelques vertus qu’habituellement l’on réserve aux plantes médicinales. Mais, en cette époque reculée, je ne m’en souciais pas encore, je me contentai de vérifier le fait que, pour le volume qu’il occupe, l’ombre de cet arbuste est ingrate.

Plus à même d’emplir les pages du catalogue d’une pépinière que de susciter l’engouement du phytothérapeute, l’on peut aujourd’hui constater ce désamour auquel on a livré le tamaris qui, nous l’avons vu, jouissait autrefois d’un certain privilège.

Nous pouvons tout de même amener quelques éléments relatifs à la composition biochimique de cet arbuste : beaucoup de tanin (dont de l’acide gallique), des flavonoïdes (catéchine, isoquercétine), de l’acide syringique, beaucoup de potassium et de sodium surtout (en particulier chez les tamaris vivant à proximité des bords de mer, puisque cette espèce est halophile), un pigment jaune, une coumarine (l’esculine), etc.

Le bois de tamaris n’a pas enflammé l’imagination des thérapeutes. Presque sans odeur, il ne vaut pas grand-chose en médecine, à l’exception des gobelets qu’on en fait, tel que le rapportait Pierre Pomet, reprenant un usage remontant au moins à Dioscoride : après avoir fabriqué un baril en bois de tamaris (du moins, un barillet tant cet arbuste fournit peu de matière ligneuse propre à honorer cet emploi), il faut l’emplir de bon vin qui, au contact du bois, s’imprègne de ses qualités. C’est donc qu’il n’est pas si mauvais que cela, ce bois. En buvant ce vin dans des tasses ou des gobelets apprêtés eux-mêmes dans du bois de tamaris, on renforce la médication. On a vu que l’histoire thérapeutique offrait d’autres exemples similaires, comme, par exemple, les gobelets de bois de lierre. Au contraire, les feuilles offrent davantage d’intérêt bien que la palme revienne en premier lieu à l’écorce du tamaris, plus précisément la seconde écorce des jeunes rameaux : rude, grise au dehors et rougeâtre en dedans, cette écorce légèrement aromatique, est imprégnée d’une saveur styptique, acerbe et amère.

Propriétés thérapeutiques

  • Apéritif, antidiarrhéique
  • Hépatoprotecteur, augmente la capacité de détoxication du foie, antidiabétique
  • Diurétique, sudorifique
  • Tonique astringent puissant
  • Détersif, abstersif
  • Anti-inflammatoire
  • Fébrifuge
  • Anti-oxydant
  • Antibactérien
  • Anticancéreux (?)
  • Splénique

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : flux et évacuations séreuses et muqueuses des membranes muqueuses, diarrhée par atonie intestinale, autres dévoiements intestinaux
  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : jaunisse, obstruction hépatique
  • Troubles de la sphère respiratoire : crachement de sang, affection catarrhale chronique, histiocytose
  • Anémie, anorexie, mononucléose infectieuse, carence en globules rouges et en plaquettes, baisse de l’immunité, convalescence
  • Goutte, hydropisie
  • Obstruction de la rate
  • Leucorrhée, rappeler les règles supprimées
  • Hémorragies

Modes d’emploi

  • Poudre d’écorce : 15 à 30 g par jour par fraction unitaire de 1 à 1,5 g prise dans du vin, du bouillon, etc.
  • Décoction d’écorce : 15 à 50 g en décoction dans deux litres d’eau jusqu’à réduction de moitié.
  • Macération vineuse d’écorce : 15 à 25 g en macération à froid pendant quelques jours dans un litre de vin.
  • Teinture-mère alcoolique d’écorce.
  • Macérat glycériné de bourgeons de tamaris : 5 à 15 gouttes par jour selon l’âge et la constitution.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : la seconde écorce du tamaris se prélève au printemps, les feuilles durant toute la bonne saison.
  • Associations possibles : les propriétés et usages thérapeutiques du saule blanc, de la tormentille, de la benoîte et du frêne, évoquent en bien des points celles et ceux du tamaris. On peut additionner toutes ces plantes au tamaris ou bien les y substituer.
  • Le tamaris, sous sa forme de macérât glycériné, s’avère être un remède hypercoagulant. Il est donc contre-indiqué en cas de traitement anticoagulant, de thrombose, d’hyperviscosité du sang et d’hépatite chronique. En dehors de ces cas précis, on en évitera l’emploi chez la femme enceinte ou celle qui allaite, ainsi que chez le jeune enfant.
  • Autres espèces : le tamarin anglais (T. anglica), le tamarin à cinq étamines ou tamarin chinois (T. sinensis), le tamarin athel (T. aphylla), le tamarin d’Afrique (T. africana), etc.
  • Feuilles et rameaux furent employés par les Danois dans l’industrie brassicole, remplaçant alors le houblon.

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  1. Myrikê est le mot qui a été retenu pour transformer l’ex Tamarix germanica en Myricaria germanica. On appelait autrefois cet arbrisseau tamaris d’Allemagne ou petit tamaris. Contrairement au tamaris objet de cet article, le petit tamaris est une espèce beaucoup moins développée dans sa stature et de tempérament plutôt continental.
  2. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 919.
  3. La recommandation de ne point user d’instrument en fer revient souvent chez Pline et consorts, sans qu’on puisse parfaitement l’expliquer. Le fer n’est pourtant pas un nouveau venu à l’époque du naturaliste, puisque même s’il n’est pas encore question d’acier, un Âge de fer se met en place dès le VIIIe siècle avant J.-C., soit près d’un millénaire avant Pline. Réprouver le fer était-il une manière de démontrer sa nostalgie envers l’Âge de bronze (2200 à 750 avant J.-C.) ?

© Books of Dante – 2021

Crédit photo : Fabricio Cardenas – wikimedia commons

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