La grande consoude (Symphytum officinale)

Synonymes : consoude officinale, langue de vache, oreille de vache, oreille d’âne, herbe aux cochons, herbe aux charpentiers, herbe à la coupure, consyre, grande consyre, pecton, confée (par proximité de l’anglais comfrey qui désigne généralement cette plante ?).

Plante plausiblement connue de certaines tribus gauloises et employée par leurs druides, la grande consoude écrit une histoire depuis au moins 2000 ans. Non mentionnée par les hippocratiques, la plus ancienne référence qui est faite d’elle, on la doit à un médecin militaire romain du II ème siècle avant J.-C., Glaucias, qui en signale l’emploi en cas de lésions et de fractures osseuses, ce que ne lui dénient en rien des médecins plus tardifs comme Dioscoride et Galien dont le premier réunit deux plantes aux propriétés très voisines dont l’une ressemble beaucoup à une consoude : c’est celle qu’il appelle pektê et qui, si elle en est une, ne peut en aucun cas être la consoude officinale, tout juste présente en Grèce septentrionale, même si l’on a ainsi traduit Dioscoride : « La grande consoude que d’aucuns appellent pecton… » (1). Elle y ressemble en effet beaucoup, si ce n’est la couleur jaune de ses fleurs (mais il arrive que la grande consoude, c’est-à-dire Symphytum officinale, porte de temps à autre des fleurs jaunes). L’autre plante concernée correspond merveilleusement aux propriétés que l’on connaît de la consoude, mais la description qu’en fait Dioscoride nous la donne comme une espèce de lamiacée proche de l’origan qui pousse dans la rocaille. Avec le nom de Sumphuton petraion qu’il lui accorde, on s’y tromperait presque : c’est qu’il ne faudrait pas se laisser abuser et y voir une autre forme de consoude, la consoude tubéreuse avec laquelle on a tenté de l’identifier, ce qui est parfaitement ridicule, puisque cette dernière consoude apprécie tout autant que sa grande cousine la proximité des terrains humides, comme j’ai pu le constater en région parisienne. C’est évident qu’en considérant ce mot – sumphuton (ou parfois orthographié symphuton), – on court le risque de n’y voir qu’une consoude, puisque c’est de ce terme dont s’est inspiré Linné pour désigner botaniquement et scientifiquement ces plantes. A raison, bien entendu. Symphytum découle du grec symphyeïn union de deux mots : sun, « ensemble » et pheô, « faire croître ». En synthèse, cela signifie donc « réunir », « unir en un seul tout », explicite référence à la capacité qu’on attribue à cette plante, c’est-à-dire de résoudre ce problème qu’est une fracture et à fermer les plaies dont on dit que le symphuton réunit les lèvres, attendu qu’il est cicatrisant et résolutif, et si puissant que si l’on en saupoudre un plat de viande, il en agglutine les morceaux qui cuisent dans une marmite ! (Il s’agit là d’une jolie fable que l’on croisera jusque sous la plume d’Isidore de Séville…)
Sumphuton est néanmoins passé dans la langue latine sous les mots consolida, solidago, conferua, véhiculant la même idée. Ils ne qualifient pas exactement tous la consoude, mais d’autres plantes dont les propriétés sont identiques. Elles ont donc été réunies sous les mêmes noms en raison de vertus majeures qu’elles possèdent en commun. Cela ne nous facilite pas la tâche. Par exemple, il existe dans un opuscule d’astrologie botanique rédigé en grec une référence nette à un sumphuton, dont il est dit qu’il est plante du signe du Cancer, et donc placée sous la domination de la Lune. Les pouvoirs thérapeutiques que l’auteur anonyme de ce texte attribue à la plante tiennent la route, c’est-à-dire qu’on peut imaginer là qu’une consoude est responsable des bons effets décrits que voilà : cicatrisation des blessures, résolution des nerfs (?) coupés, des artères et des veines rompues, hémorragies internes (et plus précisément pulmonaires comme les crachements de sang), métrorragie, « déchirure et ulcérations qui surviennent sur l’enveloppe cornée des yeux » (?). Mais l’auteur n’accorde aucune ligne à la description physique de cette plante. Alors, voilà…
Durant l’Antiquité tardive, d’autres auteurs bien identifiés (Oribase, Alexandre de Tralles, Paul d’ Égine, Aetius) écrivent des choses qui ressemblent beaucoup au verbe dioscoridien, ce qui fait que le doute persiste.

Malgré sa longue durée, la période médiévale qui suit ne fut pas une époque favorable pour la consoude qui n’a pas pu prendre véritablement ses aises. Étant peu plébiscitée, on en a rarement relayé les emplois, hormis dans quelques réceptuaires qui la classent comme vulnéraire dans les plaies qui suppurent. Elle se distingue – si c’est bien d’elle dont il s’agit – dans l’œuvre d’Hildegarde de Bingen où l’on voit une Consolida devenir, en compagnie de feuilles de cassis et mêlée à de la graisse de loup, un remède contre la goutte. Mais elle a surtout été remarquée par l’abbesse pour intervenir valeureusement « si on a un membre cassé, couvert d’ulcères ou blessé » (2).
A la Renaissance, la consoude, clairement identifiable, poursuit son chemin qui l’amènera à une réputation encore bien plus grande, s’illustrant à travers le sirop de Jean Fernel (1506-1558), médecin du roi de France Henri II (longtemps suivi dans ce sens, le sirop de Fernel se destine essentiellement aux affections pulmonaires comme l’hémoptysie et en tant qu’adjuvant dans la phtisie). De plus, Fernel fait une recommandation aux chirurgiens : celle d’employer la consoude dans les traumatismes osseux et les fractures, parce que « les racines écrasées appliquées sur les membres écrasés les guérissent », soulignera, avec un peu de sympathie en prime, l’Allemand Adam Lonitzer (1528-1586), un écho que renforcera par un son de cloche identique Léonard Fuchs (1501-1566), affirmant que « la consoude est utile pour toutes espèces de plaies et de fractures, c’est pourquoi les chirurgiens doivent la tenir en grand honneur », concert de louanges auquel s’ajoutent, en chœur, les voix de Jérôme Bock, Rembert Dodoens, Guillaume Rondelet, etc.
Puis l’on verra la médecine officielle se détacher de la consoude et revoir à la baisse sa considération d’antan, tandis que cette plante fera toujours autant d’émules auprès de la médecine populaire où elle sut maintenir, tant bien que mal, son prestige. Du côté des officiels, il y eut, sur ce point, un trou noir et béant dans lequel on fit tout simplement choir la consoude, considérant comme pures fables bien des usages qu’on lui fit jouer dans les siècles précédents. C’est ainsi qu’au XIX ème siècle, Cazin soutenait que la consoude « est loin de justifier la haute opinion qu’en avaient conçue les anciens dans le traitement des plaies, des hernies, des fractures, des luxations, de la sciatique, des douleurs de la goutte. Il suffit du plus simple examen pour faire justice de ces erreurs de la crédulité » (3). Croire n’est pas savoir, certes. Mais tout de même ! Qu’à cela ne tienne ! En terme d’examens, l’on peut dire que les décennies qui suivirent surent donner raison à la courageuse consoude. Eh oui, ce qui est ballot, c’est qu’au début du siècle suivant, bien des travaux de différents chercheurs vinrent mettre en relief cette énorme saillie du père Cazin.
Jouissant d’une très grande réputation dans les pays anglo-saxons, il est presque normal qu’il revienne à un Anglais l’honneur de réhabiliter la grande consoude : c’est ce à quoi s’attela le médecin Macalister en 1912, qui parvint à venir à bout d’un ulcère du thorax à l’aide de compresses d’infusion concentrée de racine de consoude. Devant une aussi spectaculaire réussite, il soupçonna l’existence d’un « proliférant cellulaire » dans la racine de cette plante. De même, l’usage de cette même racine dans des cas de gastralgie comme adoucissant eut comme résultat « de favoriser la croissance de nouveaux tissus à la surface irritée et congestionnée de l’ulcère gastrique » (4). La même année, d’autres médecins anglais, Coppin et Thiterley, se penchent sur le cas de Macalister et mettent en évidence que le travail de reconstruction cellulaire dont est capable la consoude est à mettre sur le compte de l’allantoïne qu’elle contient. Puis vient le tour des Américains Robinson et Béthune en 1936, de Kaplan en 1937, une année faste pour la consoude puisque l’éminent docteur Leclerc fera, lui aussi, part de ses observations durant cette même année dans La revue de phytothérapie. Il va donc piocher des informations dans un livre écrit par Philipp Hoechstetter en 1624 (Rararum observationum medicinalum decades tres), informations qui, bien qu’il les considère du niveau de la fable (encore !), ont pour objectif de montrer, de manière certes fantaisiste, le pouvoir styptique, « resserrant », « réunissant » de la grande consoude (accrochez-vous, c’est cocasse et semble tout droit tiré d’un recueil de contes). Voici la première observation repérée par Leclerc. Elle « concerne un paysan à qui des farceurs firent boire du Malvoisie [nda : un vin issu de cépages originaires du bassin de la mer Méditerranée] où avait macéré de la consoude : sa gorge se resserra au point qu’il ne pouvait plus avaler sa salive » (5). La seconde observation tient en ceci : « Une servante qui, pour se donner les apparences d’une pureté depuis longtemps flétrie, utilisa, à la veille de se marier, un bain de consoude : sa maîtresse s’y étant plongée à son tour, sans rien savoir du stratagème, obtint de tels résultats que son époux ne fut pas médiocrement surpris de lui trouver une virginité nouvelle » (6). Le docteur Leclerc, après avoir dépoussiéré tout cela, a retenu ce qui lui a été utile, c’est-à-dire ce pourquoi la consoude est censément renommée : ses propriétés cicatrisantes et épithéliogènes. Ainsi, « il a vu […] les plaies se déterger rapidement, les fongosités s’affaisser, les sécrétions perdre leur fétidité, les bords des plaies se raviver et finalement, la cicatrisation s’opérer » (7). Au grand dam de Cazin, laissons au docteur Leclerc le suave mot de la fin : « La confiance professée par nos ancêtres dans les vertus de la grande consoude n’avait rien que de justifié ».

Cette consoude est dite grande parce qu’il n’y a pas plus élevé qu’elle parmi le clan resserré des Symphytum. En effet, cette vivace herbacée peut atteindre un bon mètre de hauteur au plus fort de son développement. Elle n’est pas seulement grande, elle est aussi touffue. Cespiteuse dirait le botaniste. Il faut dire qu’il y a de quoi : dans le sol, la vigoureuse racine pivotante de la consoude, extérieurement brune, très blanche et légèrement visqueuse à l’intérieur (elle rappelle celle de la scorsonère), aussi longue qu’est haute la plante au-dessus du sol (quoique pas toujours : Fournier lui donne trois bons décimètres comme taille maximale). Eh bien, cette racine, disais-je, projette d’épaisses tiges ramifiées couvertes de poils raides un peu piquants. Et les feuilles inférieures qui les ornent sont les plus grandes : 40 cm est une taille qui n’est pas rare. Un mètre est, en revanche, exceptionnel. Ces feuilles alternes, plus ou moins ovales/lancéolées, partagent la rugosité des tiges, ce qui leur a valu le surnom de langue de vache. Les feuilles supérieures, quasiment sessiles, sont plus étroites et surtout plus courtes. C’est qu’il ne faudrait pas qu’elles viennent faire de l’ombre aux inflorescences qu’on voit émerger aux environs du mois de mai. Ses fleurs, toutes orientées du même côté, sont tout d’abord enroulées en crosse. Se prendrait-elle pour une fougère, cette consoude à qui l’ombrage de quelque futaie ne fait pas peur ? Ces grappes de fleurs serrées et pendantes, varient d’un point de vue des coloris : les corolles à cinq dents brèves de la consoude empruntent parfois leur teinte à une cousine, la pulmonaire officinale par exemple. Aussi voit-on des fleurs de consoude arborer des rose violacé, des bleu rougeâtre, des rouge purpurin. Il leur arrive aussi d’être roses, violettes, plus rarement blanches ou jaunes. Bien que non parfumées, ces fleurs n’en restent pas moins très mellifères, mais ne sont fréquentées des abeilles qu’après que les bourdons aient mis en perce leur calice. Elles forment des semences d’à peine plus deux millimètres, à l’allure assez étonnante malgré leur couleur gris brun luisant tout à fait banale : elles sont équipées chacune d’un élaïosome, c’est-à-dire d’une petite protubérance dans laquelle les fourmis trouvent une excellente raison de trimballer les graines de consoude : non seulement, cet élaïosome sert de poignée, ce qui est plus pratique pour agripper la charge, mais en échange du transport, il offre quantité de nutriments (lipides, protéines) aux fourmis qui en nourrissent leurs larves. Cela profite donc à la plante qui fait déplacer ses semences par myrmécochorie.
La grande consoude, assez fréquente en France, mais rare en son midi, accapare vigoureusement les sols gras, riches et nutritifs de la plaine et de la moyenne montagne (1500 m), à la condition qu’ils lui offrent assez d’humidité : ainsi ripisylves, fossés, prairies, peupleraies, trouvent-ils grâce à ses yeux. Quand le terrain lui plaît, elle dépose armes et bagages et s’installe en colonies durables.

La grande consoude en phytothérapie

Un rapide survol de l’histoire thérapeutique de la grande consoude conduira sans aucun doute à la prééminence du rôle médicinal de sa racine. Mais depuis qu’on a découvert dans les feuilles environ 2,5 à 3,5 % de protéines et de la cobolamine (c’est-à-dire de la vitamine B12), il apparaît tout naturel que ces feuilles au net parfum de concombre (de même que la bourrache dont ce sont les fleurs qui en ont la saveur) puissent entrer en faveur auprès des végétariens qui trouveront en elles une utile et agréable raison de subsistance. Mais au regard du rôle médicamenteux, c’est bien évident que la racine de consoude remporte la palme. D’odeur quasi nulle, cette racine, lorsqu’elle est fraîche, présente une saveur assez fade, légèrement astringente : il s’agit là de l’effet des tanins (5 à 10 % ; acide gallique en particulier) noyés dans une masse de mucilage visqueux (jusqu’à 30 %) que ne soulignent que quelques traces d’essence aromatique et d’asparagine. Quant aux sucres (du saccharose surtout), ils ne sont pas assez nombreux pour donner envie de faire de cette racine une poêlée comme on en ferait des carottes. Puis viennent de la résine, une gomme, de l’inuline, divers sels minéraux et oligo-éléments (calcium, potassium, phosphore…), des acides phénols, de la choline.
Maintenant, venons-en à ce qui fait qu’on montre d’un doigt vindicatif cette plante qu’est la consoude : des alcaloïdes dont on s’imagine que le nom seul va nous faire trembler. Même pas. Ceux dont il nous faut parler représentent une large classe de plus de 200 membres, les alcaloïdes pirrolizidiniques dont la lycopsamine et la symphytine, dont la racine est le plus gros réservoir (jusqu’à 0,4 % en hiver). Les feuilles sont elles aussi concernées par ces mêmes substances, mais dans des proportions si infiniment plus faibles (0,003 à 0,07 % dans les feuilles sèches), qu’on peut s’autoriser à les considérer comme parfaitement inoffensives (nous verrons un peu plus loin dans la suite de cet article ce qu’il en est de la toxicité globalement retenue et avérée de la grande consoude).
Avant de clôturer ce bref paragraphe, attardons nous un peu devant une autre substance, l’allantoïne (son suffixe en -ine n’en fait en rien un alcaloïde, soyons rassurés), découverte parallèlement en 1800 par le médecin italien Michele Francesco Buniva (1761-1834) et le chimiste français Louis-Nicolas Vauquelin (1763-1829), lequel fit l’erreur de croire que cette allantoïne était issue du liquide amniotique de la vache. C’est finalement Jean-Louis Lassaigne (1800-1859), assistant de Vauquelin, qui isola cette matière en 1821, en la découvrant dans le fluide de l’allantoïde duquel l’allantoïne tire son nom.
L’allantoïne, présente à hauteur de 0,8 à 4,7 % dans la racine de consoude, est aussi existante chez d’autres boraginacées (pulmonaire, bourrache, buglosse officinale), mais également dans des plantes toutes différentes : la sanicle, l’asaret, le sceau-de-Salomon, les bourgeons d’érable champêtre et de platane oriental, les graines de blé, de tabac et de datura metel, l’écorce du marronnier d’Inde, les cosses de haricot à grains, etc.

Propriétés thérapeutiques

  • Cicatrisante, stimulante de la cicatrisation des plaies, régénératrice tissulaire, accélère la formation des néoplasmes, épithéliogène, stimulante de la desquamation, vulnéraire, sédative de la douleur causée par brûlure
  • Antihémorragique, hémostatique, favorise la coagulation du sang
  • Détersive, tarit les suppurations
  • Participe à la résorption des œdèmes
  • Accélère la consolidation des fractures
  • Antalgique, analgésique, anti-inflammatoire
  • Adoucissante, émolliente, rafraîchissante, favorise l’hydratation de l’épiderme
  • Diurétique
  • Béchique
  • Nutritive et reminéralisante (la feuille)

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : ulcère (gastrique, gastro-duodénal, intestinal), cancer gastrique (l’allantoïne en est un des spécifiques), diarrhée, diarrhée sanguinolente, dysenterie, entérite tenace, entérite du tuberculeux, colite
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : dysurie, hématurie
  • Troubles locomoteurs : inflammation et douleur articulaire, arthrose, articulation goutteuse, tendinite, élongation, luxation, entorse, foulure, fracture, lésion du périoste et du tissu osseux
  • Troubles de la sphère respiratoire : toux, toux persistante, trachéite, catarrhe pulmonaire, bronchite, pleurésie, tuberculose pulmonaire : adjuvant dans ses manifestations hémophiles comme les crachements de sang et l’hémoptysie (8)
  • Troubles de la sphère gynécologique : hémorragie utérine sans gravité, métrorragie, métrite, vaginite, salpingite, leucorrhée
  • Affections cutanées : éraflure, écorchure, coupure, contusion, hématome, plaie (purulente, suppurante, sanieuse, fongueuse, infectée, eczémateuse), plaie de cicatrisation lente et/ou difficile (plaie rebelle, plaie atone, retard ou absence d’épidermisation), perte de substance au niveau du derme, escarres, ulcère (torpide, variqueux), brûlure, brûlure profonde, crevasse (dont celle du mamelon), gerçure (dont celle des seins), furoncle, panaris, psoriasis, acné, piqûre d’insecte

Modes d’emploi

  • Décoction de racine fraîche, décoction concentrée de racine fraîche (ou sèche, si l’on n’en a pas de fraîche sous la main : pour usage externe en lavage et compresses ; à employer tiède).
  • Macération longue de racine dans l’eau bouillante qu’on laisse froidir durant le temps d’une bonne nuit.
  • Infusion légère de racine fraîche.
  • Sirop simple ou composé, à la manière de celui de Fernel. Ce dernier comprenait des pétales de rose rouge, du plantain, de la bétoine, de la scabieuse, de la pimprenelle, du tussilage, enfin des sommités et de la racine râpée de consoude.
  • Pommade de racine fraîche, épluchée, bien lavée, ébouillantée, broyée (on peut aussi tout simplement se servir de la pulpe râpée en cataplasme).
  • Cataplasme de feuilles fraîches hachées.
  • Macérât huileux de feuilles ou de racine.
  • Gel de consoude ainsi composé : 50 % de teinture-mère de consoude et 50 % de gel neutre.
  • « Cupule » à mamelon : si mamelon pas trop gros et racine de consoude pas trop petite, l’on peut y tailler une rondelle creusée d’un trou du genre d’un dé à coudre qui viendra épouser au mieux le mamelon, y formant un pansement tout naturel qu’on maintiendra en place à l’aide d’un bout de sparadrap.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : les parties aériennes de la consoude (jeunes pousses et feuilles) peuvent être ramassées du mois d’avril jusqu’en août. Quant à la racine, les choses sont peu claires : on s’est néanmoins entendu pour dire qu’il n’était pas profitable de déchausser la racine de consoude à l’été parce qu’elle était plus pauvre en allantoïne, substance qui trouve son niveau maximum à l’automne (plus précisément en octobre). Par ailleurs, on conseille l’automne et le printemps : de préférence l’automne (Fournier) ou le printemps (Lieutaghi). Cazin, qui ne s’embêtait pas, conseillait de la recueillir en tout temps (cela lui a, semble-t-il, joué quelques tours).
  • Dessiccation : malgré le formidable taux de mucilage que recèle la racine de consoude qui ne facilite pas l’opération (cette racine peut réabsorber l’humidité ambiante), le séchage est cependant possible, à la condition d’être réalisé bien au sec : la preuve, en herboristerie, l’on trouve des tronçons de racine de consoude officinale.
  • Les tanins (ici, l’acide gallique surtout) contenus dans la racine de consoude sont incompatibles avec le fer : on veillera donc à ne pas réaliser une décoction de cette plante dans une casserole en ferraille.
  • Alimentation : les jeunes pousses et les feuilles de consoude sont comestibles. Les premières peuvent se préparer à la manière des asperges, les secondes à celle des épinards ou, tout simplement, de la bourrache, autre sauvage que l’on peut également manger sans risque. Crues (quand elles sont jeunes) ou cuites (une fois plus âgées), elles font parfaitement l’office dans des salades composées, des soupes, des potages, des farces, des pâtés végétaux, des tartes, des tourtes, des poêlées, etc. Ce à quoi les contempteurs de la consoude pourraient doucement rigoler. A ceux-là, je vais devoir expliquer deux-trois choses : nous parlons bien ici des parties aériennes utilisées dans un cadre culinaire, non des racines qui, bien qu’autrefois consommées de temps à autre, sont d’une « fadeur telle qu’on croirait absorber un fragment de guimauve échappé à une décoction pour lavement émollient » (9). Il n’y a pas d’intérêt gastronomique dans cette racine. Si, autrefois, l’on a fait appel à elle, c’est très probablement en raison de la famine et de la disette, et au plus bas mépris de tout risque d’intoxication. Mais le problème n’est pas là. Il tient essentiellement à la toxicité de la consoude, un bien grand mot pour elle, comme il va nous falloir maintenant le montrer.
  • « Toxicité » : les guillemets n’entendent pas souligner le fait que je ne prends pas au sérieux cet état de réalité, mais il importe de comprendre comment, de Fournier et de Lieutaghi qui disaient à peu près la même chose (10), on a pu passer à l’état d’alerte qui entoure aujourd’hui la consoude. Comprendre et nuancer cette soi-disant toxicité, c’est cela qui importe : comment un même auteur est-il capable d’écrire qu’on court un risque à la seule condition de consommer des dizaines de kilogrammes de la plante fraîche par jour, alors qu’il conseille de « dissuader les usagers d’ingérer feuilles et racines de consoude », lesquelles dernières contiennent, généralement, dix à cent fois plus d’alcaloïdes que les feuilles, qui sont les seules à faire l’objet d’une consommation alimentaire. Or, comme le précise Bernard Bertrand, « s’inquiéter de la consommation de cette dernière [il parle de la racine], c’est soulever un faux problème » (11). Quels arguments les tenanciers de la toxicité de la consoude ont-ils bien soulevés et placés sur la table ? Que les alcaloïdes pirrolizidiniques administrés à hautes doses à des animaux de laboratoire leur causent des tumeurs hépatiques, ces alcaloïdes étant hépatotoxiques. Or, comme l’on sait qu’ils se concentrent avant toute chose dans la racine et que celle-ci n’est (presque) jamais consommée au travers de l’alimentation, il n’y a donc aucune raison de tirer la sonnette d’alarme, non ? Pourtant, certains s’y acharnent. En effet, il y a tout lieu de penser qu’une absorption régulière de consoude peut induire des « atteintes hépatiques graves, dont la cirrhose et le cancer du foie » chez l’être humain, ainsi que des syndromes veino-occlusifs imputables à un usage interne et au long cours de racine de consoude officinale. Donc, pour se départir du danger, on évitera ce que nous commandent ces trois injonctions : interne, longue durée, racine. Si la racine de consoude doit faire l’objet d’un usage médicinal, il faut prévoir une cure de trois semaines maximum, et préférer l’infusion ou la décoction (au contraire des gélules de poudre par exemple), les alcaloïdes pirrolizidiniques n’étant quasiment pas hydrosolubles. Ils ont donc une chance infime d’accéder au foie. Voilà. On arrête de prendre les gens pour des benêts, parce qu’« il semble qu’une consommation raisonnable soit sans danger : en Angleterre et aux États-Unis, de nombreuses personnes en mangent occasionnellement depuis 30 ans sans connaître de problèmes de santé » (12). Ainsi parlent les auteurs du Petit Larousse des plantes médicinales, avant d’ajouter, hélas, que « par mesure de précaution… » Bla-bla-bla. Oui. Mais non. « On » appelle de plus en plus au sacro-saint principe de précaution/vigilance, une sale bête qui s’infiltre dans toutes les chaumières à la moindre occasion, attisé qu’il est par une crainte fabriquée de toute pièce : on rend « toxique » une plante qui ne l’était pas autant que ça. La souris qui accouche d’une montagne. Thierry Thévenin cherche à expliquer la vindicte orchestrée par ce « on » derrière lequel il dit que se dissimulent les autorités médicales et pharmaceutiques. Quand on prend connaissance des recherches menées par Henri Leclerc et consorts, on s’oblige à penser que la grande consoude est investie d’un gros potentiel, or il ne faudrait pas que cette plante vienne faire de la concurrence aux molécules « prometteuses » de la pharmacochimie. Les gens qui connaissent les vertus de la consoude et en font un usage raisonné, on ne les impressionne pas avec quelque menace de ce type, mais les citadins qui auraient l’envie de se tourner vers la consoude ne le peuvent qu’à la condition de respecter scrupuleusement cette « autorité » qui veille au grain (de ses intérêts et/ou de ceux des lobbies qui font pression sur elle par les moyens habituellement connus). Cet excès de zèle précautionneux a ainsi mené certains pays à réglementer l’usage de cette plante, quitte à en interdire certaines préparations, comme au Canada, aux États-Unis, en Belgique, en France (où elle est interdite à la vente libre en vertu du décret n° 2008-841 du 22 août 2008).
    « Eu égard à l’intérêt exceptionnel de la plante, notamment en terme d’autonomisation des systèmes de production agricoles, […] elle devrait rapidement être réhabilitée… Mais ce n’est pas le cas, pourquoi ? Ne soyons pas naïfs, c’est justement ce qu’on lui reproche à la consoude, d’être trop performante ! » (13). Pas de doute, Bernard Bertrand y voit clair et Thierry Thévenin l’accompagne sur ce point, avançant qu’« en ce qui concerne la consoude, sa ‘mise à l’index’ permettrait de lever les inquiétudes d’un lobby comme celui du soja, pour qui sa culture pourrait constituer une sérieuse concurrence » (14). En revanche, la consoude est fort appréciée de la permaculture en raison du purin insectifuge qu’on en tire, de l’engrais vert qu’elle fournit (pour bien démarrer les semis, en apport régulier lors de la croissance des plantes – légumes et arbres fruitiers entre autres), et de son rôle d’activateur de compost.
    Tout cela pourrait presque nous faire oublier que par ses feuilles la consoude n’est pas – c’est une évidence – riche de dangereux alcaloïdes : elles ont pourtant subi l’effet dévastateur d’une erreur bête et humaine, de même que l’épinard dont on croît encore dur comme fer qu’il en contient des tonnes. Au départ, il y a un scoop fébrile, à la fin un flop qui laisse une trace baveuse et dont le bruit ressemble assez à celui que cause une serpillière qu’on jette mollement dans son seau : s’en servira-t-on pour laver l’offense ? Pas si sûr.
  • Donc, l’on consommera la consoude avec prudence, mais sans psychose, dans le juste respect de la posologie (rappelons, pour l’exemple, que même l’eau, mal employée, peut tuer…). Aussi, s’en interdire l’emploi à cause d’une fable relève-t-il de la bêtise ! On l’évitera cependant chez l’enfant en bas âge, la femme enceinte et celle qui allaite. Quant aux cataplasmes, on prendra soin de ne pas les appliquer sur une plaie non nettoyée et aseptisée au préalable.
  • La consoude permet de teindre la laine en un brun assez solide.
  • Ses feuilles, tout comme celles du tussilage, furent fumées comme tabac.
  • Autres espèces présentes en France : la consoude tubéreuse (Symphytum tuberosum), la consoude d’Orient (Symphytum orientale), la consoude bulbeuse (Symphytum bulbosum).
    _______________
    1. Dioscoride, Materia medica, Livre IV, chapitre 8.
    2. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 84.
    3. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 324.
    4. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 120.
    5. Ibidem, p. 119.
    6. Ibidem.
    7. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 307.
    8. « Dans ce dernier cas, elle ne peut évidemment jouer qu’un rôle secondaire, en calmant la toux par son mucilage, en tonifiant l’organisme par son tanin, en travaillant par son allantoïne à la réparation des cellules lésées, en refrénant les diarrhées rebelles liées à la tuberculose ; ce rôle néanmoins n’est pas négligeable ». Et comment ! (Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 307).
    9. Henri Leclerc, Les légumes de France, p. 279.
    10. Compte tenu de l’infime taux d’alcaloïdes présents dans les tissus de la consoude, cela en fait une plante parfaitement inoffensive aux doses thérapeutiques. Cela résume bien l’avis de ces deux auteurs sur la question.
    11. Bernard Bertrand, L’herbier toxique, p. 86.
    12. Petit Larousse des plantes médicinales, p. 188.
    13. Bernard Bertrand, L’herbier toxique, p. 86.
    14. Thierry Thévenin, Les plantes sauvages. Connaître, cueillir et utiliser, p. 227.

© Books of Dante – 2020

Cousine de la grande consoude, la consoude tubéreuse apprécie aussi de vivre en colonies familiales de plusieurs individus.

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