Le saule blanc (Salix alba)

Synonymes : saulx blanc, saux blanc, saule argenté, saule commun, osier blanc, aubier, etc.

Comme nous l’indique sa racine celte sa-lis (ou salik) qui signifie « près de l’eau », le saule affectionne particulièrement les lieux tempérés de l’ensemble de l’hémisphère nord, en bordure de rivières et de ruisseaux, sur terrains frais et humides, voire même marécageux, mais surtout c’est un « arbre vert et bénéfique des eaux vives » et ripisylves. Si l’écorce du tronc est épaisse, rugueuse et crevassée, elle contraste très fortement avec la souplesse des rameaux de couleur jaune orangé. Dès le mois de mars, ils se couvrent de fleurs, des chatons qui peuvent être mâles ou femelles sur le même pied. Les premiers, très velus, sont généralement blanchâtres, ornés de longues anthères jaunes, alors que les seconds, petits et râblés, sont de couleur verte. Ce n’est qu’ensuite que viennent les feuilles. Pointues et lancéolées, légèrement dentées, elles présentent une face vert brillant au-dessus et une autre, velue et argentée, au-dessous, d’où le nom de saule argenté que porte parfois cet arbre, dont la croissance rapide lui permet d’atteindre naturellement 15 à 20 m de hauteur, beaucoup moins lorsqu’il est rabattu, prenant alors la forme « têtard » caractéristique.

La réputation du saule blanc n’est plus à faire. Assyriens et Babyloniens virent déjà dans cet arbre un moyen de lutter contre les fièvres intermittentes. En compagnie du cyprès, le saule dominait la pharmacopée d’alors. C’est du moins ce qu’expliquent des tablettes portant des caractères cunéiformes.
Mentionné dans l’Iliade, le saule apparaît aussi dans l’Odyssée : une parole de la déesse magicienne Circé rappelle l’existence d’un bois sacré dédié à Perséphone composé de peupliers noirs et de saules, ce que reprendra Pausanias à l’identique un millier d’années plus tard. L’on a aussi placé des saules dans la prairie qui mène jusqu’à la demeure de Circé. Au-delà de la mythologie, les premiers Grecs à faire état du saule d’un point de vue médical sont Hippocrate (qui conseillera ses feuilles contre les affections rhumatismales et fébriles) et Théophraste, quand bien même il est dit que le centaure Chiron explique à Asclépios les propriétés thérapeutiques des feuilles de saule. Au tout début de notre ère, il est repéré par Dioscoride pour ses vertus astringentes, cicatrisantes et antalgiques. Usant tant des semences, de l’écorce que de la sève, Dioscoride emploie le saule pour certaines affections cutanées (cals, poireaux), en cas d’hémoptysie et de douleurs auriculaires. Pline, reprenant ouvertement Dioscoride, signale dans son Histoire naturelle que « les feuilles pilées et prises en boisson modèrent les excès amoureux et un usage répété les éteints complètement. » Cette propriété anaphrodisiaque du saule blanc, que d’aucuns, encore récemment, prirent pour une aimable plaisanterie, fait parler d’elle depuis plus de deux millénaires. Par exemple, les athlètes grecs dormaient sur des couches qu’on avait pris soin de parsemer de feuilles de saule, afin de renforcer leur régime qui leur imposait la chasteté un temps assez long avant compétition. Il en allait de même pour les femmes « afin de rafraîchir leur désir de luxure », selon une formule que l’on doit à Jean-Baptiste Porta : c’est ainsi qu’en l’honneur de Déméter, que l’on fêtait et honorait lors des Thesmophories, les femmes pratiquaient une abstinence complète. Lors, le saule faisait partie des végétaux conviés pour cette propriété bien réelle, s’appliquant tant à l’homme qu’à la femme, chose remarquée plus tardivement tant par Albert le Grand que par le médecin français du XVI ème siècle qu’était Jacques Daléchamps qui disait : « Les feuilles pilées et prises en breuvage refroidissent ceux qui sont trop échauffés en cas d’amour et même qui continuerait d’en prendre, elles rendraient la personne tout à fait inhabile à ce métier » (on allait même jusqu’à assurer qu’un emploi du saule au long cours était susceptible de mener à la stérilité).

Au Moyen-Âge, Hildegarde de Bingen indique que le saule suscite mélancolie et amertume (1). Pour l’abbesse, le saule n’a pas bonne presse si l’on en croit ce qu’elle écrit dans Le livre des subtilités des créatures divines : « Le saule est froid ; il est image des vices, parce qu’il semble beau ; il n’est pas très utile pour les hommes, si ce n’est qu’il les accompagne dans certaines choses extérieures [Lesquelles ?], et il ne vaut rien pour les médicaments, car son fruit et sa sève sont amers et ne valent rien pour l’homme ; si celui-ci en mangeait, il ferait naître et augmenter en lui la mélancolie, mettrait en lui de l’amertume et y diminuerait la santé et la joie » (2). En disant cela, elle semble préparer le terrain au docteur Bach qui mettra au point, huit siècles plus tard, l’un de ses fameux élixirs, Willow, dont il dit ceci dans son principal ouvrage : « Pour ceux qui ont souffert de l’adversité et de l’infortune et ne peuvent s’y résigner sans plainte ni ressentiment, car ils jugent surtout la vie en fonction de sa réussite. Ils ont le sentiment de n’avoir pas mérité une si grande épreuve, trouvent cela injuste et s’aigrissent. Il arrive souvent qu’ils prennent moins d’intérêt et s’occupent moins activement des choses auxquelles ils trouvaient auparavant plaisir » (3). Même si elle n’est pas mentionnée explicitement par Bach, l’amertume apparaît néanmoins en filigrane, et ses paroles semblent faire étrangement écho à celles d’Hildegarde… Avec elle, nous avons quelque peu effleuré la théorie des signatures. De l’observation du saule dans son biotope, on peut tirer plusieurs hypothèses :

A : Puisque le saule pousse les pieds dans l’eau des marécages infestés par le paludisme, c’est qu’il doit être capable de lutter contre cette maladie.
B : Du fait que ses racines baignent dans l’eau, c’est qu’il doit être efficace contre les maladies « aux pieds mouillés ».
C : Si l’on considère la souplesse de ses rameaux (qui constituent l’osier), on peut prétendre que l’écorce de ces mêmes rameaux est susceptible de lutter contre les douleurs articulaires et rhumatismales.

En réalité, ces trois signatures se vérifient d’un point de vue thérapeutique :

A’ : Le saule est fébrifuge, bien que son action soit moins puissante que celle du quinquina ; son écorce partage néanmoins son amertume.
B’ : Le saule lutte contre le rhume et la grippe.
C’ : Enfin, il possède des propriétés anti-inflammatoires, antirhumatismales et antalgiques qui viennent à bout de rhumatismes, arthritismes et autres algies rhumatismales.

Comme nous le constatons, à l’inverse d’Hildegarde, certains auteurs ont vu dans l’amertume du saule de bons présages. Si l’on date la réputation fébrifuge du saule au XVII ème siècle (avec Etner en 1694 précisément), il est bon de ne pas oublier qu’Hippocrate connaissait déjà cette propriété propre au saule, de même que Matthiole qui, contrairement à Léonard Fuchs qui se contente de reprendre Dioscoride, innove en 1554, en établissant des propriétés exploitables en cas de fièvre et d’insomnie. Peut-être est-ce l’ensemble de ces observations « empiriques » qui permirent l’étude scientifique du saule. Quoi qu’il en soit, au cours du XVIII ème siècle, on ne compte plus les praticiens qui en font l’éloge. Par exemple, en 1763, l’on voit le Britannique Edmund Stone présenter son Compte-rendu des succès de l’écorce de saule dans le traitement de la fièvre. Si le siècle des Lumières sonne la reconnaissance des vertus curatives du saule, c’est le XIX ème siècle qui va les mettre scientifiquement en évidence. Tout d’abord en 1829, Pierre Leroux, un pharmacien français de Vitry-le-François dans la Marne, isole de l’écorce du saule l’un de ses principes actifs, la salicine. A cette même époque, un autre pharmacien, suisse celui-là, Pagenstecher, obtient par distillation de fleurs de reine-des-prés l’aldéhyde salicylique. On se rend alors compte que salicine et aldéhyde salicylique possèdent la même structure de base. Par oxydation de cet aldéhyde, l’Allemand Lönig parvient à la formation de l’acide salicylique dont Guerland procède à la synthèse dans les années 1850-1860. Ce n’est qu’en toute fin de XIX ème siècle (1897) que Félix Hoffmann, alors chimiste chez Bayer, mène la fabrication à l’échelle industrielle de l’acide acétylsalicylique, autrement dit l’aspirine, un médicament qui a été utilisé de manière massive avant même qu’on en ait compris l’exact mode de fonctionnement et l’ensemble des applications. Plus d’un siècle après sa naissance, l’aspirine fait encore parler d’elle et n’a, semblerait-il, pas encore épuisé la sagacité des chercheurs et autres scientifiques. Cette dernière empruntera une voie fort différente et fera oublier les usages phytothérapeutiques du saule pendant un bon laps de temps. Or, le revers de la médaille, c’est que l’aspirine s’oppose à la coagulation normale du sang et peut présenter des risques d’irritation de la muqueuse gastrique, avec hématémèse à la clé à hautes doses (ce que m’a confirmé une amie médecin gastro-entérologue de ma connaissance). Ainsi, on a longtemps indiqué aux femmes durant leurs règles et aux hémophiles d’éviter le saule en usage interne. Seulement, plusieurs études ont montré que, d’une part, le saule n’augmente pas le flux sanguin et que, d’autre part, il n’irrite pas l’estomac, bien au contraire il est préconisé pour corriger l’acidité gastrique et le pyrosis. Cependant, on déconseillera le saule aux personnes allergiques à l’aspirine et à ses nombreux dérivés.

Dans un conte bouleversant de tristesse et d’amour non partagé, Andersen place sous la houlette d’un saule, présent du début à la fin du récit, le personnage de Knud qui cherche à apprendre qu’avouer son amour « c’est ce qu’il faut faire quand cela doit donner quelque chose » et non pas rester comme deux ronds de flan face à celle qui… Or, il ne dit rien de celui qu’il porte à son amie d’enfance, Johanne. Pourtant, il sait bien que « l’amour muet, ça ne mène à rien ». Mais que peut Knud, qui aime tendrement, face à Johanne qui l’aime seulement bien ? « Je t’aime bien ». Est-il véritablement question d’amour dans une phrase pareille ? « Mais à personne il ne parla de son chagrin, personne n’eût pu croire qu’il avait des peines de cœur, les plus profondes qui soient, elles ne sont pas pour ce monde, elles n’ont rien d’amusant, elles ne sont même pas pour les amis » (4). Et le conte se termine sous le saule, là où il avait commencé, mais dans la solitude et la mort.
Les latitudes septentrionales – ce Jutland danois – où naquit Andersen expliquent-elles à elles seules la tristesse et le désarroi qui envahissent ce conte à grandes eaux ? Il parle aussi, de manière à peine voilée, d’Andersen lui-même, dont les rapport avec la gente féminine furent à l’avenant. Le choix du saule pour accompagner la finitude du héros, Knud, par les symboles de mort et de disparition qui lui collent à l’écorce, feraient donc du saule une essence maléfique. Pourtant, Andersen ne nous dit pas si ce saule est précisément « pleureur » : je n’imagine pas, lisant Sous le saule, Salix babylonica, dont la morphologie lui vaut la particularité, par cet aspect tombant, de n’être jamais bien loin de la chute, à se mirer, comme il sait si bien le faire, dans le miroir des eaux tristes, qui lui répondent en murmurant à travers sa longue chevelure de veuve éplorée. Non, ce n’est pas un saule dit pleureur que j’ai en tête lorsque je lis Andersen, bien que cette propension à s’épancher pourrait sertir à merveille le bijou ciselé patiemment par la grâce du Danois, ce « sous le saule » qui charrie de gros cailloux dans mon cœur qui chavire à chaque fois que je le lis. Comme l’explicite bien son nom latin, Salix babylonica n’est pas un arbre d’ici, c’est un importé, un migrant. Est-ce pour cela – le mal du pays – qu’il est triste ? Je ne sais. En revanche, dans ses terres natales, qui n’ont – contrairement à ce que peut laisser penser son nom – rien de mésopotamien (puisque l’arbre est chinois), ce saule laisse exsuder, à l’instar de l’orne (Fraxinus ornus), une espèce de « manne », qui est peut-être la « manne de Perse » dont l’existence a été relevée par plusieurs auteurs antiques. Le saule pleureur pleure-t-il de manne sous nos latitudes ? Il n’est pas reconnu pour cela, et si tel était le cas, cela renverrait, non pas à l’amertume et à la mélancolie, la manne étant ni plus ni moins qu’une bénédiction céleste dont il serait malséant de s’attrister. Méprisant une fois de plus l’histoire de la botanique, le légendaire chrétien reprend à son compte le saule pleureur qui aurait été, dit-on, l’un des nombreux végétaux derrière lesquels la Vierge Marie et l’enfant Jésus se seraient dissimulés durant la fuite en Égypte. Ce qui inverse quelque peu le symbolisme du saule.
Malgré tout, la dimension funeste du saule demeure vivace dans bien des régions du monde. En Russie (5), un proverbe veut que « qui plante un saule dans son jardin prépare une bêche pour creuser sa tombe », alors qu’en Angleterre, on va jusqu’à s’interdire de faire brûler du saule dans les maisons et d’en fabriquer des badines pour guider le bétail, parce que cet arbre porterait malheur. Pour l’expliquer, on évoque sa connexion avec la profondeur des abysses infernaux : n’est-ce pas une baguette de saule que tient à la main cet étrange et mystérieux voyageur des enfers qu’est Orphée ? N’est-il pas l’arbre saturnien qui lie et empêche ? Certains arbres-fées ne comptent-ils pas quelques spécimens de saule ? Ceux-là qu’on dit habités par des fées ont le pouvoir de déterrer leurs racines nuitamment et de suivre les malheureux voyageurs égarés qu’ils effraient de leurs sourds murmures (à propos de murmures, il est recommandé de ne jamais confier de secret à un saule, celui-ci s’empresserait de le répéter à la moindre brise qui viendrait caresser ses feuilles…). Ce n’est, en revanche, pas ce qui ressort du conte nippon qui narre avec quelle grâce et quelle élégance une nymphe habitait un bouquet de saules. Par ailleurs, le saule incarne une dimension bien différente : ainsi joue-t-il le rôle d’arbre de vie au Tibet, comme peuvent le rappeler les saules plantés devant le sanctuaire de Lhassa. En Chine, sa résistance et sa souplesse seraient un gage de protection, puisque d’un rameau de saule il serait possible de chasser les mauvais esprits, les « miasmes empoisonnés et les pestilences ». Symbole de vitalité, le saule exprime merveilleusement cela à travers son aptitude à « repartir ». En effet, des rameaux de saule coupés et fichés en terre s’enracinent et reverdissent sans peine. Le chaman lakota John Fire Lame Deer indique dans son ouvrage De mémoire indienne que certaines huttes de sudation (destinées à la cérémonie de l’Inipi), fabriquées avec des rameaux de saule, se couvraient par la suite d’un feuillage luxuriant, même après avoir été abandonnées. La nature n’attend pas, et souvent n’a pas besoin de l’homme. De même, lorsqu’un saule est décapité par la foudre, à sa base rayonne tout un faisceau de jeunes rameaux. Ce qui explique la symbolique d’immortalité que le saule se trimballe d’est en ouest, assez souvent associé à un oiseau, comme la grue en Suède, où des rameaux de saule mêlés à des plumes soulignent le caractère de fécondité renouvelée d’une telle association. En Chine, on le considère comme si vigoureux qu’il est, dit-on, capable de supporter ce qui ne manquerait pas de faire périr n’importe quel autre arbre. Bien que funéraire, on l’apparente au soleil et, afin de souligner l’indestructibilité de l’astre solaire, on lui fait des offrandes de saule à l’approche de l’été, le saule devenant alors l’arbre solaire et solsticial des portes. Ainsi, cela explique peut-être la coutume qui voulait qu’on couvre les cercueils de branches de saule, « comme une consolation pour les survivants sur la destinée ultérieure du défunt » (6).
Ni bon, ni mauvais dans l’absolu, le saule est sans doute, à l’instar de toutes les autres créatures, les deux à la fois. Il est tout autant la rondeur et la souplesse du panier qui porte l’opulence des fruits de la terre que le fouet cinglant qui écorche ou la batte de cricket qui fracasse.

Oui, le saule, ou osier comme on le surnomme parfois, est bien connu pour se plier avec bonne grâce sous les doigts du vanneur. Et ces objets ainsi fabriqués, corbeilles, paniers et corbillons, empruntent, par leur forme, celle du ventre féminin à son apogée. Rien d’étonnant à ce que le saule et son ogham Saille soient placés sous le patronage de divinités féminines telles qu’Ana, Dana, Brigit, Déméter, Héra, Épona, etc., qui, toutes, qu’on se trouve en Grèce ou en territoire celte, impliquent des considérations de féminité, de fécondité et de fertilité (7).
Avec Saille, s’agit-il d’une naissance à venir (quelle qu’elle soit), d’une figure maternelle pour laquelle il est bon de prendre en considération les doctes et sages conseils ou, plus largement, une référence faite à la lignée maternelle dans ce qu’elle comporte de sensibilité et de réceptivité, Saille étant placé sous le couvert de la Lune, un astre qui implique une forte accointance avec le domaine de l’intuition, des choses cachées et mystérieuses dont on prend connaissance par un médium tel que l’onirisme par exemple. Il peut aussi s’agir d’une révélation qui concerne le passé proche ou mémoriel, portant sur le foyer au sein duquel on siège, ou bien la famille qui, par ses membres plus ou moins éloignés dans le temps, nous a précédé, et parmi lesquels, peut-être, y a-t-il une noueuse d’osier dont l’excès peut pousser à la passivité, voire à la soumission, quand bien même il est d’autres figures qui peuvent lier, la sorcière par exemple, de même que la nymphe, comme celle qui anime le bouquet de saules, tel que rapporté par ce conte d’origine japonaise dont j’ai souligné l’apport plus haut. On peut, dès lors, sombrer dans des zones plus profondes et inquiétantes, parce que d’essence plutonienne : rappelons l’Orphée transitant par les territoires d’Hadès et de celle qui est son épouse, Perséphone, deux divinités qui peuvent être mal comprises si on les extrémise, alors que si l’on prend en compte le signe astrologique que gouverne Pluton, le Scorpion, on comprend mieux la relation du saule à ces régions prétendument infernales. C’est cela que rappelle l’ogham Saille quand il survient lors d’un tirage.

Le saule blanc en phytothérapie

Du saule, on utilise l’écorce des jeunes rameaux de deux à quatre ans, ainsi que les feuilles et les chatons qui, selon s’ils sont mâles ou femelles, ne possèdent pas les mêmes destinations : les mâles contiennent une hormone proche de la testostérone, les femelles un principe œstrogène, l’œstriol.
Dans l’écorce, on trouve des tanins (6 à 20 %), des flavonoïdes ainsi que ce fameux glucoside qu’est la salicine (2 à 7 %), substance cristalline, blanche et nacrée, très amère, peu soluble dans l’eau froide, extrêmement soluble dans l’eau chaude. En plus de cela, la composition biochimique de la jeune écorce du saule blanc affiche de la cire, de la résine, de la gomme et de l’oxalate de calcium. Du côté des feuilles, on remarque des sucres, plusieurs acides (gallique, tannique) et de la catéchine, flavonoïde commun au saule blanc et au thé vert.
A sujet de la salicine, on a remarqué que son action fébrifuge était moins efficace que celle de l’écorce brute. On prend conscience (si besoin est) que le tout est bien évidemment supérieur en efficacité à l’un des éléments issus de ce tout, car sinon comment comprendre que la Nature se casse le bonnet à agencer, de manière fort complexe parfois, tel composant avec tel autre ? Il en va de même avec les molécules que l’on croise dans la littérature aromathérapique telles que le menthol, le thymol, l’eucalyptol (ou 1.8 cinéole), etc. Toutes ces molécules agissent mieux en synergie avec celles qui naturellement les accompagnent plutôt que seules, constat que, déjà au XIX ème siècle, Cazin avait établi.

Propriétés thérapeutiques

  • Analgésique, antalgique, antinévralgique, anti-inflammatoire, antirhumatismal
  • Apéritif, digestif, tonique puissant des voies digestives, stomachique, astringent intestinal
  • Antispasmodique, calmant, sédatif nerveux et génital
  • Fébrifuge
  • Vulnéraire, cicatrisant, astringent
  • Antiseptique

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère digestive : atonie des voies digestives, dyspepsie, dyspepsie hyperchlorhydrique et lientérique, oligotrophie stomacale, gastralgie d’origine nerveuse, diarrhée chronique, manque d’appétit, aigreur d’estomac, hyperacidité gastrique, pyrosis, vers intestinaux (ascarides)
  • Troubles locomoteurs : rhumatismes aigus ou chroniques, musculaires et/ou articulaires, des genoux, des hanches et du dos, arthrose, arthritisme, polyarthrite, sciatique, goutte
  • Troubles de la sphère génitale masculine et féminine : douleurs menstruelles, douleurs utérines et ovariennes, dysménorrhée, leucorrhée, spermatorrhée, aphrodisie maladive (nymphomanie chez la femme, satyriasis chez l’homme), priapisme, éréthisme génital
  • Affections cutanées : plaie, ulcère, ulcère atone, ulcère fongueux, cors, gangrène, « pourriture » d’hôpital (= gangrène nosocomiale)
  • Troubles de la sphère respiratoire + ORL : rhume, grippe, soutien des malades qui relèvent d’affections broncho-pulmonaires
  • Fièvre, fièvre intermittente
  • Maux de tête, migraine
  • Troubles du système nerveux : insomnie d’origine nerveuse, anxiété, angoisse, angoisse de guerre, nervosité, neurasthénie

Modes d’emploi

  • Infusion à froid de feuilles.
  • Infusion à chaud de feuilles.
  • Infusion à chaud de chatons.
  • Extrait fluide de chatons.
  • Décoction d’écorce.
  • Macération vineuse d’écorce (dans du vin rouge ou blanc).
  • Teinture-mère d’écorce.
  • Poudre d’écorce.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Contrairement à l’aspirine, l’acide salicylique ne cause aucune fluidification du sang, ni irritation de la muqueuse gastrique. En revanche, une trop grande consommation d’écorce de saule blanc peut, éventuellement, provoquer un léger effet constipant.
  • Récolte : l’écorce se prélève sur de jeunes rameaux (2 à 4 ans maximum) à la fin de l’hiver (février), avant l’apparition des feuilles. Puis elle est séchée rapidement à l’étuve, conservée à l’abri de l’air et de la lumière.
  • Autres espèces : saule marsault (S. capraea), saule-amandier (S. triandra), saule-laurier (S. pentandra), saule cassant (S. fragilis), osier blanc (S. viminalis), osier rouge (S. purpurea), etc.
    _______________
    1. En réalité, elle distingue deux saules : celui qu’elle appelle De wida et l’autre De salivera qu’on croit être le saule marsault : c’est là la seule distinction qu’elle fait. Selon elle l’un et l’autre se valent.
    2. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 179.
    3. Edward Bach, La guérison par les fleurs, p. 107.
    4. Hans Christian Andersen, Contes – Sous le saule, pp. 207-208.
    5. En Russie, des brins de saule sont utilisés à l’instar de ceux de buis lors du dimanche des Rameaux, ainsi que dans d’autres contrées du nord de l’Europe comme l’Allemagne.
    6. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 339.
    7. L’ogham Saille, par son nom, est assez proche du mot français seille : il s’agit d’un seau dont on se sert pour recueillir le lait issu de la traite des vaches et des chèvres. Ainsi était-ce la manière dont ma grand-mère appelait cet objet. Avec le lait, l’on n’est jamais bien loin de la féminité.

© Books of Dante – 2019

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