La morelle douce-amère (Solanum dulcamara)

Morelle_douce-amère_feuilles

Synonymes : douce-mère, herbe à la fièvre, vigne de Judas, vigne de Judée, morelle grimpante, crève-chien, etc.

L’Antiquité ne semble pas avoir retenue cette morelle, à moins qu’il ne faille en deviner la présence derrière des appellations trompeuses, chose qui, une fois de plus, rend difficile son identification exacte. Il y a eu diverses tentatives d’identification de la douce-amère dans la littérature antique. On a cru la reconnaître dans le strychnos hypnotikos de Dioscoride, ainsi que dans le smilax des jardins et le smilax lisse du même médecin. Cependant, il est peu probable que ces noms fassent référence à la douce-amère, si l’on en croit les descriptions de Dioscoride qui ne correspondant en rien au portrait de la douce-amère. C’est sans doute Matthiole, grand spécialiste de Dioscoride, qui est celui ayant été capable de discerner la morelle douce-amère sous le masque de celle que Dioscoride appelait ampelos agria, la « vigne sauvage », qu’il disait laxative et antihydropique. Or, il a été reconnu, par la suite, que la morelle douce-amère possédait bel et bien ces deux propriétés. Dioscoride note également que, de son temps, les baies constituaient une matière cosmétique de choix, ce que Matthiole ne manque pas de confirmer : il « rapporte que les femmes de Toscane usent […] de la douce-amère comme cosmétique et qu’elle s’emploie également en décoctions vineuses contre l’hydropisie et la constipation » (1), ce qui semble être une bonne piste. Au temps de Matthiole (XVI ème siècle), on distingue enfin, contrairement au Moyen-Âge, la douce-amère de la morelle noire, comme en atteste la dulcis amara de Jérôme Bock (1546). C’est chez cet auteur qu’on la rencontre pour la première fois sous ce nom, puis chez Dodoens sous sa forme actuelle, dulcamara, qui se décompose en dulcis (« doux ») et amara (« amère »). Ce mot « fait allusion aux deux goûts successifs de la plante sous l’action du ferment salivaire qui dédouble les glucosides » (2). Ce qui n’est pas tout à fait exact, puisque lorsqu’on mâche la tige de la douce-amère, c’est, en premier, l’amertume que l’on perçoit, laquelle laisse place à une saveur douce et sucrée qui pourrait faire oublier la toxicité non négligeable de cette plante…
Dès la Renaissance, on constate une sorte d’engouement pour cette morelle, et nombreux seront ceux qui l’appelleront désormais par son nouveau nom de dulcamara. Cette unanimité sera pourtant de courte durée puisque, tout comme cela s’est produit pour la morelle noire, les siècles suivants verront des avis contradictoires émerger au sujet de la douce-amère : pour certains, elle est tout à fait dénuée d’effets, pour d’autres, c’est tout le contraire. Aussi, dur-dur de s’y retrouver dans cette cacophonie d’experts.
En 1780, Carrère met largement en avant les vertus dépuratives de la douce-amère, suivi en 1820 par Desfosses qui découvre dans la plante ce qu’il croit être de la solanine, mais qui n’en est pas, comme le prouvera Masson près d’un siècle plus tard (1912). Il s’agit non pas de solanine mais de solacéine, un glucoalcaloïde propre à cette morelle.

La douce-amère est un sous-arbrisseau vivace, plus rampant que grimpant, et dont les tiges peuvent atteindre et parfois dépasser deux mètres. Tout comme la salsepareille, elle porte des feuilles aux formes diverses, mais elle est particulièrement reconnaissable en deux points. Le premier, ce sont ses fleurs violettes à grosses anthères jaune vif, disposées en inflorescences lâches (juin-septembre). D’un diamètre de un à deux centimètres, elles présentent des pétales étalés qui se recourbent vers l’arrière, comme celles de la morelle noire. Le second, ce sont des baies, tout d’abord vertes, puis jaunes, enfin rouge écarlate à maturité.
La douce-amère est assez fréquente dans la nature. On la trouve sur sol fertile, dans les bois humides, les haies, les longs des cours d’eau, en bordure de chemin, au pied des vieux murs et, parfois, il lui arrive de pousser sur d’autres végétaux, comme les saules têtards, par exemple (ça, c’est quand elle se prend pour une orchidée ^^).
Endémique à l’Europe, à l’Asie tempérée et au nord de l’Afrique, jusqu’à 1500 m d’altitude.

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La morelle douce-amère en phytothérapie

A l’instar de la morelle noire, la douce-amère est quelque peu passée de mode, même s’il est vrai qu’au contraire d’autres plantes impérissables dans le domaine de la phytothérapie, la douce-amère n’ait jamais vraiment déplacé les montagnes.
Les baies rouge vif de cette morelle sont-elles la matière médicale qui nous intéresse chez cette plante ? Gorgées de fructose, riches d’une huile végétale proche de celle que produit le ricin, ces baies contiennent aussi de l’acide citrique et de l’acide acétique, ainsi qu’un pigment qui leur donne cette jolie couleur rouge, identique à celui de la tomate, la lycopine. De fait, l’on pourrait en juger que ces baies sont sans véritable danger, si ce n’était la présence d’un glucoalcaloïde – la solacéine – très semblable à la solanine de la morelle noire, substance que l’on rencontre également dans une autre partie de la plante : ses tiges. Celles-ci sont récoltées à l’âge d’un an, en fin d’automne, tronçonnées en morceaux de cinq centimètres, fendus dans le sens de la longueur, avant d’être employés tel quel ou bien mis au séchage (délai de garde maximum : un an).

Propriétés thérapeutiques

  • Laxative
  • Diurétique
  • Stimulante
  • Sudorifique
  • Expectorante
  • Dépurative
  • Résolutive
  • Antirhumatismale, antigoutteuse

Ces propriétés peuvent paraître nombreuses concernant une plante peu plébiscitée aujourd’hui. Nombreuses mais légères. On retiendra surtout la propriété dépurative de cette morelle qui s’exprime davantage par le biais d’un usage interne, contrairement à la morelle noire qui vise les mêmes affections mais par voie externe.

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : asthme, coqueluche, pneumonie, bronchite chronique, catarrhe chronique, toux spasmodique
  • Troubles cutanés : acné, eczéma sec et suintant, herpès, psoriasis, dartre, prurigo, ulcère, ichtyose
  • Rhumatismes, goutte, douleurs ostéocopes

Modes d’emploi

  • Infusion
  • Décoction
  • Sirop
  • Vin diurétique

Précautions d’emploi

  • Bien que, au contraire de la morelle noire, la douce-amère ne contienne aucun alcaloïde mydriatique de type solanine, il n’en reste pas moins qu’on observe de l’une à l’autre peu de différences en terme de toxicité.
  • Une utilisation massive de douce-amère provoque les inconvénients suivant : nausée, vomissement, diarrhée, crampes, étourdissement, vertiges, anxiété, agitation, mouvements convulsifs des mains, des lèvres et des paupières, paralysie de la langue, affaiblissement du pouls, dyspnée, mort.
  • En dehors des cas provoqués par surdosage, on prendra soin de ne pas administrer la morelle douce-amère chez l’enfant, la femme enceinte et les personnes sujettes aux irritations des voies digestives et urinaires.

  1. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 899
  2. Ibid.

© Books of Dante – 2016

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Morelle_douce-amère_baies

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