Le Pissenlit (Taraxacum officinale)

C’est une plante très commune qu’il est impossible de méconnaître et qui recèle bien des trésors. Casse-tête des botanistes – on ne compte pas moins de 60 groupes d’espèces et plus de 1 200 espèces au total – le pissenlit est très largement répandu dans la plupart des zones tempérées de l’hémisphère nord (Europe, Amérique du Nord, Afrique du Nord, Chine, Inde, Iran…) Cependant, il se fera plus ou moins rare ou inexistant en milieu aride dénué de potassium, et rabougri en fonction du substrat qui le porte.

Il est or ou horreur, tout dépend du point de vue. Avec l’ortie, il partage le statut de plante médicinale de premier ordre, mais négligé, voire honni comme cette dernière. Celle-ci pique, celui-là pousse partout. Ils ne peuvent être que de « mauvaises herbes », cauchemars des jardiniers cordonniers-pas-plus-haut-que-la-chaussure.

Casse-tête du jardinier ? Jugeons plutôt. Le pissenlit est quasiment indestructible. Coupons-le au ras du sol, sa forte racine fera place à de nouvelles pousses. Enfouissons-le sous des gravats, il transpercera pour s’épanouir de nouveau. Labourons la terre qui le porte pour le tronçonner, mauvaise idée, chaque tronçon de racine donnera naissance à une nouvelle plante, ce qui multipliera le nombre de copines de la plante d’origine. Arrachons-le, avec un peu de chance (mais c’est mal connaître sa forte racine pivotante), une dizaine de centimètres de racine sera extraite du sol, mais il restera toujours dans les profondeurs quelques radicelles embryonnaires qui redonneront naissance à la plante. Ajoutons à cela que le pissenlit ne craint ni les dents des ruminants qui l’apprécient fort peu, ni le piétinement, et l’on peut, sans mal aucun, lui assigner son statut de plante vivace, d’autant plus que le pissenlit pratique la parthénogenèse, il peut donc se passer de pollinisateur ! Les bourdons peuvent donc s’échiner à passer d’une fleur de pissenlit à l’autre, le pissenlit n’en a cure et les bourdons s’échinent bien en vain. Et là, impossible de poursuivre sans évoquer les fleurs du pissenlit portées par de longs pédoncules creux : des capitules de 3 à 5 cm de diamètre formés par des fleurons ligulés qui déploient leur jaune d’or très tôt au printemps (mars) et poussant la floraison aux portes de l’hiver (novembre).

Le secret de la vivacité du pissenlit se cache dans ses fleurs dont le géographe Élisée Reclus dira : « Cette fleur qui est un soleil devient une voie lactée, un monde d’astres, après floraison ». Là, on ne peut ignorer les masses globuleuses d’akènes que la Semeuse de Larousse souffle et éparpille à tous les vents depuis 1876. Chacun de ces akènes est surmonté d’une aigrette plumeuse qui aide à la dispersion des graines par aérochorie. Au mieux, une graine peut parcourir des kilomètres, au moins, une centaine de mètres (ce qui est tout de même mieux que les prototypes volants de Clément Ader en son temps).

Image

La tête de moine, autre surnom du pissenlit ;-)

Environ 40 % des espèces végétales ligneuses des pays tempérés dispersent leurs semences grâce au vent, que ce soit à l’aide d’un fruit plumeux (clématite) ou d’une ailette (sycomore), chaque plante met en œuvre une stratégie qui lui est propre. La vitesse et la distance de dispersion des fruits sont fonction de la hauteur de la plante, du poids de la graine, de l’appareil de dissémination, de sa forme et de sa surface portante, des obstacles environnants éventuels, etc.

Quant aux feuilles, elles se présentent sous forme de rosette basale. Largement et profondément dentées, cela a valu au pissenlit le surnom de dent de lion. Ces feuilles – comestibles – forment, avec les racines, tout l’arsenal thérapeutique du pissenlit qui balaie un si grand nombre d’affections qu’au XIX ème siècle on en est venu à inventer la taraxacothérapie, autrement dit, la thérapie par le pissenlit. Ainsi, il a fait l’objet d’une culture intensive au même siècle en raison de ses propriétés alimentaires et médicinales. Tout se mange dans le pissenlit : de la racine (sans mauvais jeu de mots !) à la fleur. Boutons floraux en omelettes, en salades, en gratin, en soupe, au vinaigre, comme la racine, que l’on torréfie parfois en vue d’obtenir un ersatz de café, feuilles crues ou cuites en salades, fleurs en vins, limonades ou confitures (cramaillote), etc.

Bien que rarement mentionné dans les écrits de l’Antiquité, il n’en reste pas moins que le pissenlit a été utilisé à une époque bien plus récente. Par exemple, au Moyen-Âge, les médecins arabes du XI ème siècle vantaient ses mérites, chose que Hildegarde de Bingen réitérera un siècle plus tard : « Le pissenlit est chaud et sec. Si l’on en mange souvent, on purge l’estomac et l’on fait disparaître nombre de troubles de la vue ».

Si la première indication amenée par Hildegarde est toujours d’actualité, rien aujourd’hui ne permet de confirmer la seconde qui est, malgré tout, solidement restée attachée au nom même du pissenlit puisque taraxacum provient du grec taraxis qui signifie « troubles de la vue ».

Penchons-nous maintenant de manière plus précise sur les propriétés médicinales du pissenlit, mais pas avant d’évoquer une phrase de Jacques Brel à son propos : « Le rinçage du filtre rénal, l’essorage de l’éponge hépatique ». Le foie, les reins, trois bonnes raisons de préférer le pissenlit, ce viscéral végétal !

Sur le foie : draineur, dépuratif, tonique, stimulant.

Sur les reins : dépuratif, stimulant.

Sur la vésicule biliaire : draineur, cholagogue, cholérétique.

Le pissenlit sera donc hautement recommandé en cas de lithiases (qu’elles soient urinaires, rénales ou biliaires, le pissenlit boute les sables et la gravelle hors du corps), de crises hépatiques, d’ictères et autres congestions hépatiques, en cas d’insuffisance hépatique et rénale. Il a aussi une action bénéfique sur le sang qu’il purifie. Il est donc tout à fait efficace en cas d’hypercholestérolémie et d’athéromatose. Son action anti-inflammatoire se porte sur les douleurs liées aux rhumatismes et à la goutte. En tant que dépuratif et diurétique (pisse-en-lict !), le pissenlit s’applique à réguler la rétention d’eau et lutte contre les phénomènes d’obésité et de surpoids qui y sont associés. Les principes amers contenus dans les feuilles de pissenlit le rendent apéritif et digestif, il peut donc chasser une constipation opiniâtre. Enfin, en raison des nombreuses vitamines (A, B, C) qu’il contient, ainsi que bon nombre d’oligo-éléments (calcium, potassium, fer, magnésium, phosphore, silice, sodium, soufre, manganèse), le pissenlit est tout indiqué en cas d’anémies et d’asthénies physiques et/ou intellectuelles.

En externe, le pissenlit est très utile pour lutter contre certaines affections cutanées telles que psoriasis, dartres, acnés, furoncles, eczémas. Les vertus nettoyantes et purifiantes de sa racine interviennent en cas de peaux abîmées et fatiguées, peaux que l’on souhaite raffermir, par exemple. On peut renforcer cet usage externe par une cure en interne.

Du pissenlit, on peut appliquer le latex blanc contenu dans les hampes florales sur cors et verrues, ainsi que sur le visage pour en éliminer les impuretés, faire disparaître les taches de rousseur, donner bon teint.

© Books of Dante – 2010

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