Un must have en aromathérapie : la menthe poivrée

Mentha x piperita

Avant toute chose, se rappeler des paroles du moine poète Strabon : « Mais si quelqu’un peut énumérer au complet, les vertus, les espèces et les noms de la menthe, qu’il sache, c’est nécessaire, ou combien nagent de poissons dans la mer Rouge, ou combien Vulcain fait voler dans les airs d’étincelles jaillies des vastes fournaises de l’Etna [N.D.A. : j’allais écrire « enfer », mais nous allons vite y venir ^^]. »

En effet, existe-t-il plante moins méconnue que la menthe ? Plus une plante est connue, et plus on parle d’elle pour, parfois, raconter des âneries à son sujet. C’est, sans doute, parce qu’elle paraît si insaisissable…

Des traces de la culture, du moins de l’emploi de la menthe, remontent à près de 4000 ans. En Égypte, à Edfou, la découverte de caractères hiéroglyphique sur les murs d’un temple nous a permis de savoir que les Égyptiens employaient la menthe dans la fabrication d’un certain nombre de parfums liturgiques. Alors consacrée à Horus, on l’a également retrouvée sous forme de débris dans différents tombeaux. Vous dire s’il s’agissait de la menthe poivrée m’est impossible. Présente chez les Assyriens et les Babyloniens, c’est sans surprise qu’on la rencontre chez les Grecs où elle soignait angines et maux de ventre. Si Hippocrate et Aristote la déclarent anaphrodisiaque, Dioscoride affirme, lui, le contraire : elle est échauffante et incite aux plaisirs de l’amour. Les trois hommes parlent-ils de la même plante ? Cette différence dans l’opinion qu’ils en ont peut-elle s’expliquer par des propriétés spécifiques à plusieurs végétaux ? Notons, au passage, le peu de distinctions botaniques faites par les Anciens. On parle de menthe cultivée (menta), de menthe sauvage (mentastrum) et de pouliot (pulegium, lequel a le mieux résister aux sévices du temps car n’ayant alors pas été classé parmi les menthes, mais désigné comme une espèce à part). Ce sont elles que l’on retrouve presque à l’identique dans le Capitulaire de Villis : menta, mentastrum, sisymbrium. Ici, même interrogation que précédemment : on ignore si, parmi ces noms, se cache la menthe poivrée.
Pour comprendre d’où provient l’apparente dichotomie relatée par les Anciens à propos des qualités aphrodisiaques ou non de la menthe il faut plonger au cœur de la mythologie. Quand on évoque les divinités des panthéons grecs et romains, une structure de base se dégage assez souvent dès lors qu’on aborde le monde végétal : un dieu batifole avec une nymphe, son épouse la punie. C’est ce qui est arrivé à Myntha/Mynthe/Menta, une nymphe aimée/courtisée/surprise dans les bras de Hadès par Perséphone, son épouse. Cette dernière, de jalousie, transforma la jeune nymphe en pied de menthe, une plante sans graine, afin qu’elle ne puisse pas se reproduire. Parfois, il est dit que la menthe aurait été le produit de l’union charnelle d’Hadès et de Myntha que, de rage, Perséphone piétina. Haut en couleur, comme toujours. En revanche, si l’on s’arrête bêtement au niveau du récit mythologique sans creuser au-delà, on rate trois points d’importance :
– Le piétinement de Perséphone attire l’attention sur l’indestructibilité de la menthe ;
– transformer Myntha en plante sans graine c’est lui accorder la stérilité ;
– bien que stérile, la menthe est au cœur d’une passion amoureuse qui rappelle le couple antinomique abordé plus haut.

Il est intéressant de constater que le conte mythologique affuble de stérilité la menthe. Cela est d’autant plus pertinent quand on sait que la menthe poivrée est un hybride issu du croisement de la menthe aquatique (Mentha aquatica) et de la menthe verte (Mentha spicata). C’est ce qui explique le x que l’on trouve dans son nom latin, Mentha x piperita. Si la menthe mythologique ne se reproduit pas grâce à ses graines, elle s’hybride très facilement dans la nature (c’est ce qui rend, à juste titre, la botanique des menthes si complexe). Aussi, ce que la menthe ne peut faire par la voie des airs, elle en bénéficie par voie souterraine à l’aide d’un astucieux système racinaire constitué de rhizomes traçants. C’est ainsi qu’elle se propage, à tel point parfois qu’il est très difficile de la déloger des endroits où elle élit domicile. Très invasive, la menthe. Nous verrons au fil de cet article dans quelle mesure cela est vrai. D’où sa force et son invulnérabilité, caractéristiques soulignées par les piétinements vains de Perséphone.
La menthe poivrée condense la fraîcheur de Myntha et le côté poivré et masculin de Hadès qui, dit-on, trouva réconfort dans cette plante dont le parfum lui rappelait la nymphe dont il s’était épris. D’aucuns affirment que Perséphone opéra cette métamorphose afin que le parfum de la menthe dissimule l’odeur de brûlé que portait continuellement son mari… En cela, il est vrai qu’on a souvent qualifié la menthe du nom d’herbe à la mort, car on la faisait brûler dans les maisons mortuaires pour en chasser l’odeur des cadavres. Il est donc aussi question de persistance. Par exemple, dans certaines régions d’Italie, on fit de la menthe un gage de souvenir, sans doute par proximité entre menta et rammentare. Voici un rapprochement orthographique qui n’est pas pour me déplaire, même si, dans l’ensemble, je me méfie de ces raccourcis dont je vais maintenant vous narrer un exemple. On a vu une similitude entre les mots menta et mentula. Ce dernier, dans le langage italien courant, désigne la verge de l’homme. Ah, ah ! On en revient donc à la qualité génésique de la menthe. Alors, cette menthe, elle est aphrodisiaque ou pas ? Nous l’avons dit, Hippocrate et Aristote pensaient que non, alors que Dioscoride qualifiait son hêduosmos d’aphrodisiaque. Pline l’ancien nous explique que, la menthe faisant cailler le lait, elle est à même, par analogie, de figer le sperme de l’homme dans ses conduits, et d’empêcher ainsi toute procréation. Mieux, pour Pline, qui rapportait davantage les propos des autres qu’il ne les expérimentait, s’enduire la verge de suc de menthe était un bon préservatif. Mon cher Pline, je te propose de faire de même avec l’huile essentielle de menthe poivrée, tu m’en diras des nouvelles ! ^^ Le brave homme n’était peut-être pas informé des usages de son temps en ce qui concerne la menthe. Qu’elle fut plante de Vénus aurait dû le renseigner. En Rome impériale, on confectionnait des corona veneris (couronnes ou diadèmes de Vénus) composées de menthe. La tête de la mariée se devait d’en porter. On plaçait aussi des feuilles de menthe sur le sol de la chambre nuptiale afin d’encourager les époux dans leurs ardeurs amoureuses.
Venons-en maintenant, à propos de la menthe, à une équivoque de langage que je trouve fort déplaisante. Je ne sais pour quelle hideuse raison la proximité entre les termes menta et mentula a pu faire dire que la menthe entretenait un rapport avec le verbe mentir. Menteuse comme la menthe, est-il dit. Comme il l’a fait avec tant de bassesse avec les animaux, il n’y a guère que l’homme pour projeter sur une plante l’ombre d’une caractéristique que n’appartient qu’à lui… Faire de la menthe une plante du mensonge, par simplicité orthographique, c’est osé et c’est, en soi, assez déraisonnable. Il est, selon toute apparence, aisé de faire une relation entre menthe et mentir. Ce dernier mot tire son origine de racines gréco-latines, alors que le mot menthe (minthô en grec, à ne pas confondre avec mito… ^^), provient d’une langue non indo-européenne. Aussi, raccorder cette charrette-ci avec ce cheval-là me semble quelque peu spécieux. Il n’empêche, c’est une « thèse » soutenue et relayée par certains aromathérapeutes de ce début de XXI ème siècle. Le pire étant que, parmi eux, des olfactothérapeutes tissent un cadre conceptuel sur la base de cette erreur monumentale…

Le Moyen-Âge, qu’on se rassure, n’aura pas retenu les pires indications de l’Antiquité à propos de la menthe. Dans son Physica, Hildegarde de Bingen mentionne quatre menthes différentes : la petite menthe, la grande menthe, la menthe d’eau et la menthe romaine. Difficile de savoir si, parmi ces quatre dénominations, se cache la menthe poivrée. Existe-t-elle déjà, du reste ? Cependant, dans l’ensemble, Hildegarde note des qualités antitussives, expectorantes, mucolytiques et digestives. La menthe aurait aussi un pouvoir contre la folie. Bref, on a vite fait d’elle une panacée médiévale, comme la sauge, propre à faciliter le travail du cerveau et à éveiller l’esprit. Un peu plus tard, Matthiole affirmera à nouveau les qualités aphrodisiaques de la menthe, tandis que Lémery, fin observateur, indiquera que les menthes sont aptes à « fortifier le cerveau, le cœur, l’estomac ; elles chassent les vents, elles excitent l’appétit, elles aident à la respiration, elles tuent les vers… ».

En toute fin de XVII ème siècle, un Anglais du nom de John Ray est alerté à propos d’un spécimen particulier apparu au beau milieu d’un champ de menthe verte, près de Mitcham. Cette découverte ayant suscité sa curiosité, il entreprend de décrire cette « nouvelle » plante en 1696. Bien qu’estampillée Mentha x piperita par Linné en 1753, Ray lui donne, dès 1704, le nom de Mentha palustris afin de la différencier de ses consœurs. Il la considère comme bien supérieure par ses propriétés et effets que la plupart des autres menthes connues pour le traitement des troubles digestifs. Au milieu des années 1700, la culture de celle que l’on qualifiera désormais de menthe anglaise ou de peppermint se développe en Angleterre, mais aussi en Hollande et en Allemagne. Cet individu est donc à l’origine des menthes poivrées que l’on cultive encore aujourd’hui en Angleterre (la variété rubescens Mitcham qui, comme son nom l’indique, possède des tiges rougeâtres et des inflorescences de couleur quasiment semblable) et en France (la variété pallescens aux fleurs blanchâtres). On la cultive aussi dans bien d’autres pays tels que la Chine, l’Égypte, l’Inde, l’Italie, les États-Unis, la Russie, le Japon… Et gageons d’avoir affaire, ici ou là, à des huiles essentielles de menthe poivrée assez dissemblables mais rappelant, les unes et les autres, l’antique conte mythologique.

Comme celles de toutes les Lamiacées, les tiges de la menthe poivrée sont quadrangulaires et ligneuses. Ses feuilles, toujours beaucoup plus longues qu’étroites, sont légèrement gaufrées et délicatement dentelées. Quant à ses fleurs, elles se condensent en longs épis terminaux de couleurs diverses (rose, mauve, blanc…).

La menthe poivrée en aromathérapie

Huile essentielle : composition et description

A l’instar de bien d’autres plantes, on peut dire de la menthe poivrée qu’elle offre des crus dont la qualité et la composition sont fonction de facteurs internes comme externes. En effet, la température, le vent, l’humidité, l’ensoleillement… pèsent sur cette composition biochimique finale, à plus forte raison chez la menthe poivrée puisque les zones de stockage des molécules aromatiques, c’est-à-dire les glandes sécrétrices, se situent en surface des feuilles et non à l’intérieur, comme on peut le voir sur ce cliché macroscopique.

menthe-poivrc3a9e-glandes-sc3a9crc3a9trices

La teneur en huile essentielle contenue dans la plante augmente jusqu’à la floraison, puis diminue par la suite. On récolte la menthe poivrée destinée à la distillation à la fin du mois de juillet, voire au mois d’août (la période de récolte change en fonction de la localisation géographique de la zone de culture). Il paraîtrait que la menthe cultivée sous climat océanique froid, comme c’est le cas de l’Angleterre, offre des huiles essentielles parmi les plus fines et les plus réputées. C’est le cas de la variété Mitcham, du nom de la ville anglaise dont nous avons déjà parlé. Cependant, d’autres pays, comme l’Italie, offrent des huiles essentielles de menthe poivrée tout à fait fabuleuses.
Cette huile essentielle incolore, parfois jaune très pâle, à l’odeur puissante, poivrée, plus ou moins anisée, est principalement composée de :

  • Monoterpénols, dont le célèbre menthol : 42 à 50 %
  • Cétones, dont la menthone et la pulégone (déjà abordée par ailleurs) : 20 à 30 %
  • Esters : 7 à 11 %
  • Sesquiterpènes : 5 %
  • Monoterpènes : 2 à 5 %

Le rendement reste assez faible et n’excède pas 1 %.

Propriétés thérapeutiques

  • Anti-infectieuse : antibactérienne, antivirale, antifongique, antiparasitaire
  • Immunomodulante
  • Antispasmodique puissante (au niveau gastro-intestinale surtout)
  • Anti-inflammatoire gastro-intestinale et urinaire, antalgique, anesthésiante locale, décongestionnante prostatique, décontractante musculaire
  • Apéritive, digestive, carminative, cholagogue, cholérétique, anti-émétique
  • Cardiotonique, hypertensive, vasoconstrictrice
  • Expectorante, mucolytique, fluidifiante des sécrétions bronchiques
  • Emménagogue, utérotonique, aphrodisiaque
  • Cicatrisante, antiprurigineuse
  • Antiradicalaire, dépurative
  • Tonique, stimulante du système nerveux central, neurotrope, musculotrope
  • Répulsive, insectifuge (puces, mouches, moustiques)
  • Positivante
  • Anti-oxydante

Par ailleurs, elle favorise, comme la plupart des menthes, la respiration cellulaire et potentialise les effets des autres huiles essentielles qu’on pourra lui associer.

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire + ORL : toux, rhinite, sinusite, laryngite, rhume, bronchite chronique, asthme, coryza, otalgie
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : spasmes, colite spasmodique, colite infectieuse (shigellose), gastrite, gastralgie, entéralgie, atonie digestive, indigestion, crampe d’estomac, acidité gastrique, reflux gastro-oesophagien, gastro-entérite, diarrhée, ballonnement, flatulences, côlon irritable, nausée (y compris post-opératoire), vomissement, halitose
  • Troubles de la sphère hépatopancréatique : insuffisance hépatopancréatique, hépatite virale, congestion hépatique
  • Troubles de la sphère génito-urinaire : cystite, prostatite, colique néphrétique, goutte
  • Troubles locomoteurs : rhumatismes, arthrite, tendinite, sciatique, douleurs musculaires (on trouve le menthol dans le baume du tigre)
  • Troubles de la sphère bucco-dentaire : maux de dents, abcès dentaire, gingivite, herpès labial
  • Troubles cutanés d’étiologies diverses : ecchymose, furoncle, ulcère, abcès, gale, coup de soleil, piqûre d’insecte, démangeaisons, irritations, prurit, eczéma, acné, zona
  • Coup, choc, chute, doigt dans la porte et orteil dans le pied de table, céphalée, migraine, mal de tête chronique
  • Hypotension

D’un point de vue psycho-émotionnel… Si l’on revient à rebours, consignons des mots comme force, persévérance, opiniâtreté et, pourquoi pas, calme et courage, afin de mieux comprendre les différents champs d’application de la menthe poivrée.
Par son effet de froid, la menthe poivrée dissipe la chaleur, à condition de ne pas en abuser, auquel cas elle produit l’effet contraire. Elle apaise les tempéraments sanguins et peut être utilisée pour tonifier l’énergie du méridien du cœur, mais jamais si tout va bien de ce côté-là (cf. hypertensivité de la menthe poivrée).
Rafraîchissante, la menthe poivrée aide à conserver la tête froide en de multiples circonstances telles que confusion mentale, irritabilité, agressivité, colère, hyperémotivité. S’il existe bien une huile essentielle qui peut faire voir une route comme une ligne bien droite, c’est bien elle. Mais elle n’est jamais cassante, ni bourrée d’angles droits (contrairement à ses tiges ^^). Il y a quelques années de cela, j’ai été amené à déménager. Je devais parcourir 500 km en peu de temps, menant seul mon camion ampli de diverses parties de moi. Je n’ai eu alors comme seule compagne de route que ma petite bouteille de menthe poivrée. J’ai parcouru cette distance en cinq heures. La menthe poivrée augmente la capacité de concentration, tient en éveil, stimule l’attention. En l’occurrence, c’était bienvenu. Avant ce voyage, je n’avais lu cela que dans les livres. Il m’a été permis d’en vérifier en situation réelle l’efficiente efficacité. En fait, il faut savoir (je l’ignorais à l’époque) que l’huile essentielle de menthe poivrée stimule l’intellect et le sens analytique, en agissant au niveau de l’hémisphère gauche du cerveau. Elle est donc particulièrement adaptée lors de périodes d’examens, de préparations aux compétitions sportives et, donc, de déménagements, c’est-à-dire un ensemble de tâches longues, pénibles et répétitives.

Modes d’emploi

  • Voie orale avec mesure
  • Diffusion atmosphérique à vos risques et périls : ne pas l’employer seule dans un diffuseur, elle peut devenir rapidement entêtante, piquer les yeux, etc. Minimiser les proportions et accompagner l’huile essentielle de menthe poivrée d’autres huiles moins agressives, et sur un laps de temps limité (15 mn)
  • Olfaction, inhalation : caustique pour les muqueuses (oculaires, nasales, buccales, pulmonaires)
  • Voie cutanée : diluée à hauteur de 5 à 15 %. En éviter l’application massive sur la poitrine.

Contre-indications

Elles sont assez nombreuses, presque autant que les propriétés de cette huile essentielle.

  • Pas chez la femme enceinte ou allaitante
  • Pas en cas de règles abondantes, de mastose, de cancer hormono-dépendant, de pathologie liée à un excès d’œstrogènes
  • Pas chez l’hypertendu
  • Pas chez les personnes sujettes à des pathologies hépatobiliaires (lithiase, inflammation de la vésicule biliaire, trouble hépatique grave)
  • Pas en cas d’ulcère gastrique
  • Pas chez l’enfant de moins de sept ans
  • Pas en bain (risque de choc thermique)

A hautes doses, l’huile essentielle de menthe poivrée est neurotoxique (cétones), excito-stupéfiante, enfin elle entrave le sommeil (mais elle est parfaite pour ceux qui doivent veiller). Elle peut aussi provoquer des aigreurs d’estomac alors qu’à faibles doses, nous l’avons vu, c’est une amie du ventre. De même, elle peut provoquer des céphalées, alors que quelques gouttes en viennent à bout.

© Books of Dante – 2015

Publicités

Le pouliot, la reine des menthes

S’il existe une menthe qui se distingue de ses consœurs, c’est bien le pouliot. Il n’échappa d’ailleurs pas aux Grecs et aux Romains de l’Antiquité. Le pouliot, chez les Grecs, c’est le glêchon. Hippocrate, Théophraste et Dioscoride sont unanimes. C’est aussi le pulegium (ou herba puleium) chez les Romains que sont Cicéron, Apicius et Pline. Pour les Anciens, le pouliot ne s’apparentait pas à une menthe. C’est Linné, en 1756, qui classera le pouliot dans le groupe des menthes. Il est vrai qu’il est très différent. C’est une espèce à part. L’agencement de ses hampes florales rappelle fortement le marrube, la couleur de ses fleurs celle de l’origan ou du serpolet. Avec des feuilles presque rondes, des tiges circulaires et une arcature « anarchique », on n’a pas l’impression d’avoir affaire à une menthe. Peut-être sont-ce ces caractéristiques qui auront permis aux Anciens de nettement singulariser la plante, et qu’ainsi il nous est permis de la reconnaître dans les textes antiques. Sans doute parce qu’elle est stable, n’étant pas un hybride. Contrairement à ces derniers, le pouliot forme des graines fertiles. Alors que la menthe poivrée, un hybride issu de deux autres menthes, est stérile par ses graines mais pas par ses rhizomes. Une chose est certaine : cette plante méridionale était bien connue des Grecs, des Romains et des Égyptiens.
Pouliot
Comme beaucoup d’autres plantes employées durant l’Antiquité, les usages mêlaient tant la magie que la médecine. Par exemple, Pline l’Ancien rapporte que la cueillette du pouliot devait s’effectuer à jeun. On nouait ensuite la plante dans le dos ou sous les couvertures du malade avant que ce dernier ne s’y installe, afin de faire tomber la fièvre tierce. Pour la même affection, le Pseudo-Apulée recommandait de prendre trois brins de pouliot et de les nouer de laine. « Si le malade les porte comme une couronne sur la tête avant l’accès, le mal de tête partira ». La magie et la médecine étaient alors si intimement liées qu’on n’hésitait pas à prononcer des incantations durant l’administration des remèdes. Le pouliot n’y fit pas exception et était communément employé dans les usages antiques suivants : morsure de serpent et piqûre de scorpion (comme tant d’autres plantes, de l’Antiquité au Moyen-Âge), toux, vomissements, crampes d’estomac, maux de tête, calculs, rétention d’urine, asthénie, troubles menstruels, etc.
Les divinités étaient aussi de la partie. Une légende raconte qu’une jeune nymphe, du nom de Mintha, refusa les avances du dieu des enfers, Hadès (il est vrai qu’elle l’aurait bien rafraîchi, le vieux charbonneux). Perséphone, la femme à la grenade mais également épouse d’Hadès, transforma Mintha en plante. Selon une autre version, la menthe serait née de l’infidélité de Hadès avec la nymphe Mintha. Celle-ci, surprise par Perséphone, fut transformée en plante sans graines afin qu’elle ne se reproduise pas, puis envoyée en enfer, c’est-à-dire sur Terre. Les dieux sont bizarres parfois. Passons. A moins que… Perséphone ait fait de Mintha une plante, le pouliot, propre à chasser les créatures infernales que sont les puces, pourvoyeuses de bien des malheurs, confortablement juchées sur leur monture. On dit que le nom de la plante, pulegium proviendrait du latin pulex qui signifie puce. Les connaissances empiriques de l’Antiquité ont été vérifiées de façon scientifique : le pouliot est véritablement un tueur de puce. Tout comme l’absinthe et la tanaisie, il les chasse et les tue. Et tout cela ne date pas d’hier. Il était de commune mesure de placer la plante sous les matelas pour se prémunir de la bébête en question. De même, au XIV ème siècle, selon le Hortus sanitatis, on procédait à des fumigations de pouliot pour chasser les puces. En cela, il n’est pas étonnant qu’il ait été tenu en grande estime au Moyen-Âge. Les parasites, qu’ils soient puces ou vers, faisaient florès. Pour cette raison, le pouliot fut inscrit aux Capitulaires et autres Inventaires impériaux. Durant les temps médiévaux, ce ne sont pas moins que Walafried Strabon (IX ème siècle) et Hildegarde (XII ème siècle) qui feront appel à ses services. Mais pas seulement sur la question des puces. Le premier, tout comme à son habitude, en fait l’apologie (comme il l’aura fait de la sauge et de l’armoise) ; le bonhomme n’a pas eu tort. La seconde, puissante abbesse (pour ne pas dire magicienne) a bien connu le pouliot. Elle l’administrait en cas de fièvre, de troubles de la vue et d’aphonie. Mais aussi : toux, nausées, vomissements, maladies pectorales et asthénies. Autant dire que l’abbesse avait l’ouïe fine !
Un peu plus tard, au XVI ème siècle, Matthiole établira certaines des propriétés du pouliot : diurétique, eutocique (c’est-à-dire qui permet à un accouchement de se dérouler normalement), anti-ictérique, antihydropisique… Mais, comme toute panacée, « depuis lors, la plante est bien déchue de son antique réputation et ne se rencontre presque plus jamais dans les jardins «  (Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 624).

1. Huile essentielle : composition et description

tableau cétones pouliot poivrée

Ce petit tableau permet de remarquer que l’huile essentielle de menthe pouliot contient, en moyenne, trois fois plus de cétones que l’huile essentielle de menthe poivrée. L’huile essentielle de pouliot se présente sous forme liquide et mobile. De couleur rouge jaunâtre (couleur identique à celle d’huile essentielle de sarriette des montagnes), elle est fortement parfumée.

2. Propriétés thérapeutiques

  • Mucolytique, anticatarrhale, expectorante
  • Stomachique, eupeptique, carminative, digestive, cholagogue, cholérétique
  • Hypertensive, cardiotonique, vagotonique
  • Stimulante et tonique du SNC
  • Lipolytique
  • Cicatrisante
  • Insecticide, parasiticide
  • Décongestionnante
  • Antifongique (action moins puissante que celle des phénols)
  • Antispasmodique
  • Anti-oxydante (activité faible)

3. Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : coqueluche, toux quinteuse, insuffisance respiratoire, bronchite chronique, bronchite asthmatiforme, asthme, trachéo-bronchite, mucoviscidose
  • Troubles de la sphère hépatique : insuffisance hépatobiliaire, ictère, cholécystite (inflammation de la vésicule biliaire), lithiase biliaire
  • Troubles de la sphère digestive : atonie gastrique, hoquet, vomissement, douleurs intestinales
  • Troubles génitaux : leucorrhée, dysménorrhée
  • Cellulite

4. Modes d’emploi

  • Voie cutanée diluée
  • Voie orale : elle est réservée aux spécialistes. Je déconseille fortement l’auto-médication.

5. Contre-indications

Comme nous l’avons constaté précedemment, l’huile essentielle de menthe pouliot contient trois fois plus de cétones monoterpéniques que celle de menthe poivrée. Déjà que cette dernière doit être utilisée avec prudence, on comprendra que le pouliot doive faire l’objet de la plus grande circonspection. Parce que, avec le pouliot, nous sommes loin de l’hélichryse d’Italie avec ses diones (presque) inoffensives, par exemple. L’huile essentielle de menthe pouliot contient plusieurs cétones différentes qui sont responsables des effets thérapeutiques vus plus haut. Seulement, cette huile essentielle est une arme à double tranchant, elle est aux menthes ce que la stoechade est aux lavandes. Son potentiel toxique s’illustre à travers les propriétés suivantes :

– Neurotoxique : « les huiles essentielles riches en cétones monoterpéniques provoquent les mêmes effets : elles déclenchent une dégradation du tissu neuronal et provoquent des convulsions » (Fabienne Millet, Le guide Marabout des huiles essentielles, p. 30). Des crises d’épilepsie sont donc possibles.
– Hépatotoxique : « en inhibant le cytochrome P450, elle [la pulégone] perturbe la métabolisation des autres substances traitées par le foie. Elle agit également au niveau du glutathion et provoque une toxicité hépatique même à faible doses, altérant tous les métabolismes de détoxification » (Fabienne Millet, Le guide Marabout des huiles essentielles, p. 29).
– Abortive
– Stupéfiante

A noter que pulégone et menthone sont particulièrement toxiques par voie orale, un peu moins par voie cutanée.
Il va sans dire que :
– Ni les bébés, enfants, femmes enceintes ou allaitant ne l’utiliseront.
– Les personnes sujettes à des troubles hépatiques et à l’hypertension ne pourront s’en faire une copine.

Bon. Vous avez remarqué ? Mes apparentes contradictions ? Je ne souhaite pas faire de procès à une plante qui a rendu d’admirables services pendant des siècles. Pourtant, lorsqu’on relit ce que je viens d’écrire, on pourrait être en droit de repousser le pouliot, du moins son huile essentielle. Avez-vous aussi remarqué que ce sont toujours les huiles essentielles les plus puissantes (d’un point de vue thérapeutique) qui ont mauvaise presse à cause de leurs néfastes propriétés ? Le remède est dans le poison. Et ce remède demande à être justement approprié. Car les substances les plus puissantes occasionnent, à la fois, les plus grands bienfaits mais aussi de grands malheurs pour ceux qui n’y sont pas initiés. Et c’est là que j’interviens, afin d’empêcher quiconque de faire une bêtise. D’une part, s’intoxiquer bêtement, d’autre part répudier une plante parce qu’on aura crié haro sur elle. Ami(e)s, souvenez-vous que la plante n’y est jamais pour rien. C’est le mauvais usage que l’on peut en faire qui est seul dommageable.
Toutefois, si vous souhaitez faire usage du pouliot sans risquer d’inconvénient, optez pour les infusions de plante sèches. Sachez aussi qu’il existe un chémotype d’huile essentielle de menthe pouliot moins chargé en cétones monoterpéniques.

© Books of Dante – 2014

Découvrez mon nouveau livre !