L’huile essentielle de buplèvre ligneux (Bupleurum fruticosum)

Synonymes : seseli d’Éthiopie, lou cabrinu (Sardaigne), lengo de catt (Hérault), cachebugade (Narbonnais), baladre, matabou (Catalogne), albitru muntanacciu (Corse).

Cet étrange nom de buplèvre, nous le devons à Pitton de Tournefort qui établit en 1694 son nom latin – bupleurum – pour désigner cette plante, terme issu du grec boupleuron dans lequel la première syllabe fait référence au bœuf, et les deux dernières à la forme des feuilles de certaines espèces qui prennent l’aspect d’une côte. Bupleurum équivaut, littéralement, à « côte de bœuf ».

Hippocrate, dit-on, évoque un « bupreste », mais le seul bupreste que je connais est un insecte parasite qui s’attaque à des arbres comme le chêne et le thuya. En revanche, il semble avéré que le buplèvre qu’évoque Théophraste est le buplèvre à feuilles rondes (B. rotundifolium), une bien étrange créature. Bien plus tard, Pline fait mention de divers usages de buplèvres médicinaux, avant que ces plantes soient complètement oubliées durant des centaines d’années, jusqu’à ce que Jean Camerarius remette la main dessus au XVI ème siècle : à nouveau, l’on lève le voile sur le buplèvre. Nous sommes à la Re-naissance, faut-il dire. On s’empara donc un peu des buplèvres, en particulier de celui à feuilles rondes et celui dit « en faux » (B. falcatum). Le condensé de ce que dirent différents auteurs au sujet de ces deux plantes permet d’établir, qu’en terme de propriétés, ils étaient astringents, vulnéraires, analgésiques, anti-inflammatoires, sudorifiques et fébrifuges. Cazin, de même que Botan, évoque ces deux plantes. Son constat est sans appel : « Les éloges prodigués au buplèvre sont réduits à bien peu de choses au creuset de l’expérience. Linné l’avait déjà jugée infidèle et superflue ». Un peu plus loin, il assomme le second buplèvre, B. falcatum : « Ses vertus sont tout aussi illusoires que celles du B. rotundifolium. » (1).
Pourtant, bien avant lui, il est question du caractère thérapeutique affirmé des buplèvres : l’odeur forte du feuillage en détourne le bétail et la racine est jugée « narcotique » pour les poissons. Face à une telle activité, il est difficile d’estimer les buplèvres sans action. Aujourd’hui, force est de reconnaître que le « creuset de l’expérience » a permis d’allouer au B. falcatum des propriétés propres à faire pâlir Cazin lui-même : anti-inflammatoire, antinévralgique, détoxifiant, antibactérien, anti-ulcéreux, inducteur d’apoptose. Ce que l’on appelle une plante « inactive »… (Nous verrons, qu’avec le buplèvre ligneux et son huile essentielle, il en va de même, partageant avec le buplèvre en faux bien des vertus médicinales intéressantes et précieuses.)

Comment ne pas reconnaître le buplèvre ligneux ? En France, c’est le seul représentant de la famille des Apiacées possédant un port arbustif. Il est plus convenable de le qualifier d’arbrisseau, atteignant facilement 2 à 2,5 m de hauteur au maximum. Il se distingue par deux autres caractéristiques morphologiques : ses feuilles et ses fleurs.
Dense, semper virens, dégageant une forte odeur aromatique au froissement, le feuillage du buplèvre ligneux se compose de feuilles alternes de 3 à 7 cm de longueur, aux faces supérieures brillantes et inférieures vert terne. Coriaces, lancéolées, à la nervure centrale bien prononcée, les feuilles du buplèvre ligneux s’apparentent assez à celles du laurier noble : eh oui, le feuillage des Apiacées est généralement denté, découpé, lobé ; ici, les limbes entiers du buplèvre séparent cette espèce de la plupart des autres figurants de cette famille botanique. De plus, alors que la très grande majorité des Apiacées possède des feuilles nettement pétiolées, les feuilles du buplèvre ligneux sont sessiles ou embrassantes : tout pour bien se faire remarquer. Des ombelles surmontent cette architecture végétale. 5 à 25 rayons assez courts exposent du mois de mai à celui de septembre des fleurs jaunes, mais surtout jaune verdâtre sans pétales. Pour seule possession, on leur voit porter cinq sépales rikiki. Cela n’empêche pas le buplèvre ligneux de former de doubles akènes « à cinq côtes ailées » de 7 ou 8 mm de longueur, semences rivalisant avec celles du fenouil ou du cumin sur les tables sardes.
Ce sont les sols calcaires qui abritent essentiellement le buplèvre ligneux, qu’il se situe en France (Provence, Aquitaine, Corse) ou ailleurs (Portugal, Espagne, Italie, etc.), tant qu’il trouve un terrain à sa mesure : garrigue, maquis, coteaux secs et arides, etc.

Le buplèvre ligneux en aromathérapie

Certains prétendent que de cette huile essentielle l’on parle peu parce qu’elle est rare (et donc chère par voie de conséquence). Depuis qu’en Provence (par exemple), les boulangers ne se servent (presque) plus de ses rameaux comme bois d’allumage des fours à pain, la population des buplèvres méridionaux a fortement augmenté, ce qui fait de cette plante une espèce commune et fréquente aujourd’hui. Or, comme le buplèvre n’est pas rare, son huile essentielle ne devrait pas afficher des tarifs prohibitifs. Eh bien… Hum… Pour avoir relevé les prix affichés sur une dizaine de sites internet qui vendent cette huile essentielle (sites français et suisses), on tourne, en moyenne, à une trentaine d’euros pour un flacon de 10 ml, ce qui est parfaitement aberrant !
Non, le buplèvre est peu connu parce qu’une foultitude de sites – qui s’octroient le droit de procéder au copier-coller – proposent à la lecture du visiteur des informations émaillées d’approximations souvent, d’inepties parfois. On comprend dès lors pourquoi et comment le buplèvre se cantonne à l’anonymat. Mais grâce aux informations qui vont maintenant suivre, j’espère qu’il ne se maintiendra pas trop longtemps dans cette posture.
Au buplèvre, l’on fait subir une distillation à la vapeur d’eau et à basse pression. Dans l’alambic, l’on entrepose différentes fractions végétales (semences, feuilles ou sommités fleuries) qui produisent chacune une huile essentielle spécifique. Nous nous attarderons uniquement sur la dernière des trois, produit transparent, clair, très fluide, à la composition biochimique fort variable selon la localisation géographique où pousse tel ou tel buplèvre ligneux. Ces quelques données permettent de bien mettre en évidence des chémotypes évidents :

Dans tous les cas, on remarque de fortes proportions de monoterpènes (de 56 à 85 %). Deux chémotypes se distinguent :

  • huile essentielle portugaise : CT pinènes
  • huiles essentielles italienne, sarde et corse : CT β-phellandrène

C’est sur l’huile essentielle provenant de Corse que nous avons jeter notre dévolu. Elle contient jusqu’à 87,50 % de monoterpènes et un peu de cétones (cryptone : 2 %).

Propriétés thérapeutiques

  • Anti-infectieuse : antifongique majeure, antivirale (on doit ces deux activités au β-phellandrène)
  • Expectorante, mucolytique, anti-asthmatique
  • Digestive, détoxifiante intestinale
  • Tonique, stimulante, positivante
  • Anti-inflammatoire, antirhumatismale
  • Antispasmodique
  • Diurétique
  • Emménagogue

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : toux, toux opiniâtre, gêne respiratoire, bronchite, pneumonie, asthme
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : inappétence, indigestion, diarrhée, constipation, ulcère gastrique et/ou intestinal, infection des voies digestives
  • Troubles de la sphère gynécologique : aménorrhée, dysménorrhée, candidose vaginale
  • Troubles locomoteurs : crampe, courbature, élongation, contractures et spasmes musculaires, tétanie musculaire, hypertonie musculaire, foulure, entorse, tendinite, sciatique, arthrite, coxalgie, coup, séquelle de choc (pour bon nombre de ces raisons, l’huile essentielle de buplèvre ligneux peut s’employer pour l’échauffement ainsi qu’en traumatologie sportive)
  • Rétention urinaire
  • Fatigue physique et intellectuelle, insomnie, déprime
  • Maux de tête
  • Grippe, fièvre

Modes d’emploi

  • Diffusion atmosphérique.
  • Inhalation, olfaction.
  • Voie cutanée (massage, friction).
  • Voie orale (avec mesure).

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • L’huile essentielle de buplèvre ligneux contient quelques substances potentiellement allergisantes (limonène, pinènes, etc.). Assurez-vous que votre peau n’y est pas sensible avant toute application. Par ailleurs, elle est contre-indiquée en cas de grossesse et d’allaitement, chez l’enfant de moins de sept ans, enfin en cas d’insuffisance rénale (elle peut causer une inflammation rénale).
  • Autres espèces : buplèvre du mont Baldo (B. baldense), buplèvre de Toulon (B. ranunculoides), buplèvre rigide (B. rigidum), buplèvre en faux (B. falcatum), buplèvre étoilé (B. stellatum), etc.
    _______________
    1. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p.212.

© Books of Dante – 2018

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