L’huile essentielle d’épicéa (Picea abies)

Synonymes : pesse, épinette de Norvège.

L’épicéa est un géant des forêts tempérées de l’hémisphère nord : 50 m de hauteur en moyenne, mais un spécimen isolé (et qui ne souffre pas de la présence intempestive de ses congénères) peut grimper dix mètres au-dessus dans certaines régions européennes.
Bien qu’il soit particulièrement équipé pour résister au froid (1), l’épicéa n’en apprécie pas moins le soleil, les sols acides surtout et parfois calcaires, ce qui lui facilite la vie à haute altitude : aujourd’hui, le fait d’avoir été massivement planté un peu partout en Europe nous fait oublier que l’épicéa est avant tout une essence montagnarde. Malgré ses atouts, il craint par-dessus tout ce que l’on appelle le chablis, c’est-à-dire les arbres tombés au sol, cassés ou déracinés, et l’ensemble des perturbations créées par la chute de ces arbres sur les arbres alentours. De même que l’on ne peut longuement titiller involontairement un arbre aux branches chargées de paquets de neige sans que l’un deux vous tombe sur le râble : c’est ce qu’apprend à ses dépens le personnage principal d’une nouvelle de Jack London intitulée Construire un feu (1902).

Bon an mal an, l’épicéa fait son chemin pendant généralement trois ou quatre siècles, bien que le record de longévité de cet arbre se situe autour du demi millénaire. Mais il y a bien pire comme danger que le chablis pour un épicéa : ses propres congénères ! En effet, l’épicéa est une espèce au sein de laquelle prévaut un phénomène de compétition intraspécifique : les plus frêles spécimens ne font pas le poids très longtemps face à l’ombre portée des dominants. Ils finissent par mourir, leur parure passant du vert au roux. L’on peut donc dire qu’en ce qui concerne l’épicéa, le plus faible n’a que peu de chances de survie et que son salut – loin de cette loi de la jungle sévissant au septentrion – serait de rester, si possible, à l’écart de ses grands frères, ce qui est arrivé à certains, pour leur malheur, hélas. Mais il faut dire qu’ils ont été grandement aidés par ce grand dadais d’homme qui pense toujours bien faire mais qui, assez souvent, ne fait pas autre chose que semer la zizanie quand ça n’est pas tout bonnement la m*rde. Depuis quelques années, je vois passer des informations qui relatent des actions soutenues par une bonne volonté évidente mais menées en dépit du bon sens : je veux parler des bombes à graines et du reboisement à la sauvage. Premier constat : on ne peut pas introduire volontairement ou non une espèce végétale quelle qu’elle soit dans un lieu donné sans courir, tôt ou tard, à la catastrophe. C’est pourquoi les bombes à graines, c’est la plupart du temps idiot, car elles contiennent des semences qu’on fait atterrir dans des lieux où elles n’ont rien à y faire. C’est un truc de fluffy bunny en somme. De même, d’aucuns s’imaginent que planter un arbre est à la portée du premier venu. Que nenni mon brave. C’est affaire de spécialiste. Il faut tout d’abord une solide connaissance du terrain sur lequel on veut réintroduire une espèce ou seulement la multiplier, une question, qu’à l’évidence, l’on ne s’est pas posée à propos de l’épicéa. Comme beaucoup d’autres espèces d’arbres, l’épicéa est très sensible à la symbiose mycorhizienne. Chaque épicéa, s’il peut tuer l’un de son clan que des dispositions fragiles vouent à une mort certaine, ne peut, lui, vivre, sans le champignon souterrain avec lequel ses racines entrent en relation d’échange mutuel : la première tentative d’implantation de l’épicéa en Australie tourna au désastre car il manquait au sol australien le champignon nécessaire à l’épicéa. C’est là qu’on peut dire que l’expression de « terre natale » prend tout son sens : ces épicéas ne purent que dépérir. Bien qu’enracinés, ils demeurèrent déracinés et moururent effectivement d’un mal du pays, ce vague à l’âme qui peut assombrir jusqu’aux plus puissants colosses de la Nature. Ce sont là des données fort intéressantes qui permettent de mieux cerner la personnalité de cet arbre, ce géant au cœur tendre quand les circonstances l’y obligent, sinon il demeure fier et altier : j’en veux pour preuve que, originellement, l’arbre de Noël, ça n’est pas le sapin mais l’épicéa, ce qui est une chose assez étonnante, car nous avons dit que le sapin est le plus frileux des deux, il résiste donc mieux à l’intérieur d’une maison durant la période des fêtes, perdant plus lentement ses aiguilles que l’épicéa. Je vous renvoie à l’occasion à deux articles déjà présents sur le blog depuis quelques années : celui sur le sapin en général et cet autre sur le rôle symbolique de l’arbre de lumière à l’approche du solstice d’hiver.

Arbre festif, l’épicéa est aussi une essence liée d’une manière bien particulière au monde des arts : il est utilisé en lutherie dans la fabrication de la table d’harmonie des violons. Pour cela, on ne s’y prend pas au hasard. Les épicéas faisant l’objet d’un tel traitement sont issus d’une pousse lente à assez haute altitude (environ 1000 m). Souvent, le luthier est présent lors de l’abattage durant lequel on tient compte des phases de la Lune (le volume d’un tronc d’arbre, et donc sa densité, changent selon les phases lunaires, mais également en fonction de l’activité solaire…), et du signe zodiacal dans lequel pérégrine l’astre lunaire au moment précis où l’arbre s’abat, ce qui doit occasionner une autre musique que celle d’un stradivarius, vu que le colosse de 50 m de hauteur possède, au grand maximum, un tronc d’un diamètre de 150 cm à la base : le « timber » du lumberjack prend ici toute son importance : c’est un jeu de mikado puissance 10000 qui s’abat tout autour, çà et là à grand fracas, l’écorce volant en tout sens sous la violence du choc, une écorce que l’épicéa possède lisse et brune dans son jeune âge, puis qui s’écaille, se ride et se fendille une fois que l’arbre repose sur quelques siècles.
L’altitude, encore elle, influe sur la conformation des rameaux : c’est grâce à elle qu’on peut reconnaître un épicéa de basse altitude (les rameaux sont longs et pendants, dit « en draperie » ; cf. image ci-dessus), alors qu’en plus haute altitude, ces mêmes rameaux, plus rigides, ne font pas dans la dentelle et sont de fait beaucoup plus courts. Dans un cas comme dans l’autre, ils portent de brèves aiguilles (1 à 2 cm), vertes et foncées sous toutes leurs faces, ainsi que des chatons dont on distingue ceux qui sont mâles (de couleur rouge puis jaunâtre) des femelles (de couleur rouge carminé ; cf. image ci-dessous). Plus tard, des cônes pendants de 10 à 15 cm de longueur apparaissent. Dès qu’ils parviennent à maturité, ils tombent à terre, bombes à graines naturelles, restants entiers, composés de solides écailles losangiques qui abritent des semences dont se régalent les écureuils.

L’épicéa en aromathérapie

L’épicéa, du latin Picea, ne dira peut-être rien aux personnes qui s’intéressent un tant soit peu à l’univers des huiles essentielles, bien qu’en France, l’on connaisse assez bien, depuis quelques décennies, l’un de ces Picea que l’on dit mariana, autrement dit l’épinette noire qui est, effectivement, une espèce d’épicéa, de même que l’épicéa commun, c’est-à-dire notre Picea abies, est parfois désigné par le surnom d’épinette de Norvège. Outre que ces deux espèces partagent bien des points communs d’un point de vue de la botanique, l’on peut en dire autant concernant l’aspect thérapeutique. De même que pour l’épinette noire (et la blanche, la bleue, la rouge…), ici on distille les aiguilles de l’épicéa par l’intermédiaire d’une distillation à la vapeur d’eau et à basse pression, laquelle permet d’obtenir un liquide léger, très fluide, presque incolore, où dominent essentiellement des molécules appartenant à la famille des monoterpènes : alpha-pinène, bêta-pinène, delta-3-carène, limonène, camphène. On y trouve également un ester que l’on croise dans la plupart des résineux, l’acétate de bornyle.

Propriétés thérapeutiques

  • Anti-infectieuse : antibactérienne, antifongique, antiseptique atmosphérique
  • Immunostimulante
  • Tonique respiratoire, expectorante, mucolytique, balsamique
  • Tonique lymphatique
  • Antispasmodique, sédative, relaxante, inductrice du sommeil
  • Anti-inflammatoire
  • Répulsive insecte

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : toux, bronchite, rhume, asthme
  • Troubles circulatoires : rétention d’eau
  • Troubles locomoteurs : muscles enflammés et/ou douloureux, arthrite, articulations (genoux, hanche, épaules) enflammées et/ou douloureuses
  • Troubles du système nerveux : difficultés d’endormissement, agitation, nervosité, stress
  • Piqûres d’insectes (volants surtout)
  • Suite de convalescence, fatigue après maladie infectieuse, épuisement, asthénie physique et intellectuelle
  • Pour méditer (en fait, on peut méditer avec toutes les huiles essentielles…)

Modes d’emploi

  • Diffusion atmosphérique.
  • Inhalation, olfaction.
  • Usage externe (bain, massage, friction).
  • Voie orale mesurée.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • En ce qui concerne les deux premiers points, on se référera à ce que nous avons naguère énoncé à propos de l’huile essentielle d’épinette noire.
  • Il existe un élixir floral à base d’épicéa qui est destiné aux personnes qui présentent un tempérament rigoureux et austère, qui n’acceptent ni compromis ni remise en cause. Pour qui (re)cherche souplesse.
  • Autres espèces : l’épinette blanche (P. glauca), l’épinette bleue (P. pungens), l’épinette rouge (P. rubens), etc.
    _______________
    1. Jusqu’à – 40° C, contrairement au sapin, bien plus frileux et fragile. Cette capacité permet la présence de l’épicéa aux abords du cercle polaire.

© Books of Dante – 2018

Publicités

2 réflexions sur “L’huile essentielle d’épicéa (Picea abies)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s