Le pétasite (Petasites officinalis)

Synonymes : rhubarbe des marais, pétasite vulgaire, tussilage pétasite, grand pas d’âne, grand taconnet, grand bonnet, chapelière, herbe aux teigneux, herbe à la peste, contre peste.

Durant l’Antiquité ont été associés au pétasite les noms de divinités et de médecins de grande réputation : Arès et Hermès en ce qui concerne la première catégorie, Dioscoride et Galien au sujet de la seconde. Mais cela fut pour en dire, finalement, bien peu de choses. Galien se borne à reprendre Dioscoride, lui-même tenant en quelques lignes : « Le pétasite possède une tige plus grande d’une coudée, grosse d’un doigt, de laquelle naît une feuille très grande, à la grandeur d’un chapeau, attachée à la manière d’un champignon. Cette feuille s’emplâtre avec efficacité sur les ulcères corrosifs qui mangent la chair et qui sont malaisés à résoudre » (1). Pas de quoi pavoiser comme l’on peut voir. Et sur la question de ce qui échoit aux deux dieux du panthéon grec que nous avons cités, cela n’est guère mieux : la relation du pétasite avec Hermès tient seulement en raison de la forme de la feuille de cette plante ; en effet, le mot pétasite est issu du grec petasitês, « chapeau à larges bords », qui rappelle qu’autrefois, à la campagne, les enfants s’amusaient à s’en coiffer, vue la taille phénoménale du limbe de ces feuilles. Or, le pétase c’est avant tout le chapeau avec lequel Hermès est souvent figuré dans l’iconographie qui le concerne. Maintenant, que le pétasite tienne d’Arès relève des observations d’anciens astrologues et botanistes grecs. Selon eux, cette plante est réputée garantir contre les nuisances de ceux qui nous veulent du mal, censée guérir les blessures sanglantes, permettre la victoire lors de combats, etc. De plus, « celui qui porte sur lui la fleur de la plante est envié de tous les hommes, admiré et puissant. » Il s’agit probablement d’un pétasite, mais pas celui auquel cet article est dédié, puisque l’un des textes astrologiques grecs dans lequel se trouve cette information affirme que les fleurs de cette plante sont bleu foncé, chose que la partie botanique contredira nécessairement un peu plus loin. En plus de cela, nous pouvons dire que le pétasite eut une belle réputation dans l’ancien temps : comme le montrent certains de ses noms vernaculaires, une croyance médiévale voulut faire du pétasite le remède royal contre la peste en raison de ses qualités sudorifiques ; dans le Morbihan, il était surnommé « guéritout », etc. Aujourd’hui, l’oubli dans lequel est tombé le pétasite s’illustre parfaitement par la faiblesse de la pile de livres que j’ai pu regrouper pour élaborer ce nouveau sujet.

Uni au tussilage par Linné pour d’évidentes raisons morphologiques, il ne faudrait cependant pas s’imaginer que le pétasite n’est que la version XL du tussilage.
Plante vivace à rhizomes irréguliers, horizontaux, projetant de longs rejets traçants, elle n’en est pas moins, dans ses parties souterraines, creuse et gorgée d’eau. Ces rhizomes s’apparentent, en quelque sorte, à des espèces d’éponges blanches à l’intérieur, brunes à l’extérieur. C’est une de ses caractéristiques : le pétasite fréquente assidûment les lieux humides : berges instables, rives sableuses, prairies et bois clairs frais, fossés, etc., autant en Europe qu’en Asie occidentale. Tant qu’un climat adéquat et une altitude comprise entre 0 et 1400 m lui conviennent, il demeure assez commun et forme parfois de vastes colonies.
Très tôt au printemps, apparaissent des hampes florales assez courtes, sorte de gros bourgeons turgescents, où l’on distingue, au sommet, une masse ovoïde compacte, formée d’une multitude de fleurs serrées les unes contre les autres. Puis cette tige florale va prendre de la hauteur, et les fleurs s’épanouir, blanches ou rosées, organisées en épis terminaux, surplombant de leurs écailles rougeâtres teintées de violet, de gigantesques feuilles plus ou moins cordiformes, portées par de solides pétioles en gouttière, vert frais sur le dessus, blanchâtres et cotonneuses sur le dessous, avoisinant parfois un bon mètre de longueur, ce qui, en botanique européenne, fait figure de monstre.

Le pétasite en phytothérapie

Déjà que pèse sur le tussilage le spectre des alcaloïdes pyrrolizidiniques, disons que le pétasite, bien que plus grand et visible, n’est point en faveur. Oui monsieur, je contiens de ces alcaloïdes, le pavot n’en contient-il pas d’autres ? Le pétasite est un père tranquille, il est un peu comme le séneçon, il ne comprend pas pourquoi on lui en veut, alors que, dans le même temps, il ne comprend pas que l’homme ne comprenne pas que, dans la Nature, tout est vert mais tout n’est pas rose. Parfois, il le plaint, ce grand dadais qui met ses pieds partout, jusqu’à lui, même, et où, déconfit, il se rend compte qu’il aurait dû chausser des bottes. Puis, il s’en retourne, pestant contre l’hostilité de la Nature, lançant moult imprécations, en direction de son 2 pièces/garage, à l’urbanité qui n’en a que le nom. Bon débarras. Des tocards comme ça, à la campagne, on n’en veut pas. Des fois, ils tombent dans un ravin. Oups.
Ces alcaloïdes se localisent surtout au niveau des racines, mais les feuilles en contiennent aussi une fraction. C’est peut-être cela qui communique aux parties de cette plante que nous venons d’édicter, des odeurs et saveurs particulières et contradictoires : la racine est aromatique, cela est certain, mais selon les sources, elle est âcre, amère, douce ; d’aucuns, même, lui accordent une odeur de punaise : ce n’est pas le meilleur compliment qu’on puisse faire à une fleur dont on dit qu’elle exhale une légère odeur de vanille.
Mais de ces alcaloïdes, il ne faut pas en faire toute une montagne ; ce ne sont pas quelques emplois malheureux du pétasite qui doivent faire oublier les nombreux autres principes actifs que contient encore cette plante : quelques sucres (glucose, saccharose : 1,5 %), de nombreux hydrates de carbone dont de l’inuline (6 %), de la pectine (2 %), du tanin, de la pétasine, etc. Les parties aériennes, elles, s’enorgueillissent d’accueillir en leurs chairs d’indispensables principes parmi lesquels nous trouvons : du tanin, un principe amer, de la résine, un mucilage, des substances albuminoïdes en quantité, un flavonoïde du nom d’astragaline, enfin une forte proportion de manganèse.

Propriétés thérapeutiques

  • Diurétique, sudorifique
  • Détersif, vulnéraire, résolutif, astringent
  • Antispasmodique
  • Expectorant
  • Vermifuge

Note : du rhizome, l’on extrait une huile essentielle réputée pour ses qualités anti-asthmatiques et anti-allergiques entre autres.

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : bronchite, catarrhe pulmonaire, enrouement, asthme, asthme humide, coryza, rhinite allergique
  • Affections cutanées : plaie, plaie de cicatrisation difficile, ulcère, ulcère de mauvaise nature, inflammation cutanée, brûlure, enflure, foulure, entorse
  • Affections gynécologiques : aménorrhée, douleurs menstruelles
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : goutte, inflammation urinaire
  • Douleurs hépatobiliaires et gastro-intestinales
  • Maux de tête, céphalée

Modes d’emploi

  • Infusion de fleurs et de feuilles.
  • Décoction de rhizome.
  • Teinture-mère de rhizome.
  • Poudre de feuilles sèches.
  • Cataplasme de feuilles fraîches hachées.
  • Enveloppement de feuilles fraîches (en Bretagne, on appliquait la feuille, côté lisse, sur furoncle et abcès pour les faire mûrir, puis sur le côté « rugueux » pour faire « sécher » le mal).

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : les fleurs, de mars à mai (attention : même une fois coupées, les fleurs de pétasite poursuivent leur cycle végétatif ; il faut donc partir en quête de ces fleurs alors qu’elles ne sont pas encore ouvertes et les utiliser promptement). Les feuilles : dès le mois d’avril jusqu’au cœur de l’été. Le rhizome : dès septembre jusqu’en hiver. Hôte des lieux humides, le pétasite demande grande attention lors de sa dessiccation, vue l’énorme quantité d’eau contenue dans les tissus de son rhizome : pour son séchage, il faut prévoir de le sectionner en tranches assez fines, et, plutôt que de les déposer à plat sur une claie, les enfiler sans qu’aucune tranche ne touche ses voisines, sur un fil où l’air libre aura soin de les dessécher tranquillement.
  • Toxicité : les alcaloïdes pyrrolizidiniques sont hépatotoxiques, potentiellement cancérigènes, à même de provoquer des modifications génétiques. Cela s’exprime en particulier par des phénomènes d’occlusion veineuse du foie, de modification des enzymes hépatiques, de cirrhose et de cancer du foie. Surtout présents dans les racines, ces alcaloïdes exposent leur toxicité en particulier par le biais d’un usage chronique de la plante d’où la nécessité de procéder par de courtes cures. C’est la non observance de ces précautions qui présente le plus de risque (un nouveau né est décédé cinq jours après sa naissance en Suisse il y a une trentaine d’années parce que la mère avait pris l’habitude, durant sa grossesse, de consommer journellement une infusion dans laquelle on a décelé de la racine de pétasite). Généralement, les symptômes d’intoxication sont les suivants : « Une fatigue inhabituelle, un état de faiblesse ou un manque d’appétit, lié à une perte de poids involontaire, une coloration jaune de la peau ou de la conjonctivite oculaire, des urines foncées ou des selles décolorées peuvent être l’indice d’une lésion hépatique » (2).
  • Autres espèces : un pétasite méditerranéen, Petasites fragrans, et un autre, alpin, Petasites albus.
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    1. Dioscoride, Materia medica, Livre IV, chapitre 93.
    2. Kurt Hostettmann, Tout savoir sur les poisons naturels, p. 30.

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