Les résines aromatiques : des baumes pour votre peau ! (Mais pas seulement…)

Dans la Nature, de multiples plantes ont, jusqu’alors, permis aux hommes de se soigner. Selon les plantes, ce sont les feuilles, les fleurs, les racines, les graines, le bois, etc. que l’on emploie. Ces parties végétales auront été séchées, concassées, broyées, pilonnées, pulvérisées afin de permettre d’en faire tisanes et décoctions, emplâtres et cataplasmes…
Mais, au sein des plantes, il existe une partie dont on ne parle pas toujours. Il s’agit de la sève. Qui, chez certaines espèces végétales se nomme la résine. On y a tous été confrontés au moins une fois, à cette substance collante que secrètent les troncs de pin et de sapin.
S’il est plus fréquent de distiller les feuilles ou les fleurs des plantes aromatiques pour en extraire l’huile essentielle, n’oublions pas de mentionner qu’on distille également la résine d’un petit nombre de plantes. Ce sont les huiles essentielles qui en sont tirées que je vais vous présenter aujourd’hui, une petite dizaine parmi les plus connues :

  • Baume du Pérou (Myroxylon balsamum var. pereirae)
  • Benjoin de Sumatra (Styrax benzoe)
  • Ciste ladanifère (Cistus ladaniferus)
  • Copaïba (Copaifera officinalis)
  • Élémi de Manille (Canarium luzonicum)
  • Encens (Boswellia carterii)
  • Myrrhe (Commiphora molmol)
  • Styrax d’Anatolie (Liquidambar officinalis)

Les huit espèces végétales listées ci-dessus sont toutes des arbres, des arbustes ou de petits arbres que l’on rencontre dans différentes régions du monde (Amérique du sud, Amérique centrale, Asie du sud-est, Afrique de l’est, péninsule arabique, Europe méditerranéenne). Bien qu’étant issus de plusieurs familles botaniques, ces arbres et arbustes présentent tous une caractéristique commune : de leur tronc exsude naturellement une résine (ou gomme oléorésine pour certains d’entre eux), hormis le ciste pour lequel ce sont les feuilles qui transpirent. Si l’arbre fait l’objet d’une culture par l’homme, il est possible d’inciser son tronc afin de favoriser l’écoulement de la résine qui, selon l’espèce végétale, la localisation géographique, la nature du sol et le moment de l’année, peut être de texture et de couleur variable (par exemple, la résine d’oliban récoltée sur un même arbre variera du blanc au roux en fonction de la saison). Par la suite, les résines sont distillées en alambic traditionnel, c’est-à-dire à la vapeur d’eau (à l’exception du benjoin qui subit un traitement différent permettant d’obtenir, non pas une huile essentielle, mais une absolue). Les substances ainsi créées sont toutes dissemblables par leur couleur (du brun presque noir à l’incolore), leur liquidité (du pâteux à la liquescence), leur composition chimique et leur parfum (vanillé, épicé, boisé, cuir, etc.).
En revanche, si l’on se penche sur les propriétés et usages thérapeutiques de notre petit groupe d’huiles essentielles, on remarque qu’elles ont toutes pour vertu d’agir sur la peau et ses affections. Ce sont donc ces propriétés et multiples usages que nous allons maintenant aborder.

Baume du Pérou
Baume du Pérou

Les propriétés

  • Anti-inflammatoire cutanée : copaïba, myrrhe, styrax
  • Antiparasitaire cutanée : baume du Pérou
  • Antiprurigineuse : baume du Pérou
  • Astringente : ciste, élémi
  • Cicatrisante : baume du Pérou, benjoin, ciste, élémi, encens, myrrhe (1)
  • Coagulante : ciste
  • Désclérosante : ciste, élémi, encens, myrrhe
  • Hémostatique : ciste
  • Régénératrice cutanée : ciste, encens

Les usages

  • Abcès : élémi, styrax
  • Acné : benjoin, ciste, myrrhe
  • Brûlure : benjoin, ciste, encens, myrrhe
  • Cicatrisation : baume du Pérou, benjoin, ciste, élémi, encens, myrrhe
  • Coupure : ciste
  • Crevasse : ciste, encens
  • Démangeaisons : benjoin, élémi
  • Dermatose parasitaire (gale, teigne) : baume du Pérou
  • Eczéma : benjoin, ciste
  • Engelure : benjoin, encens, styrax
  • Entaille : ciste
  • Escarres : ciste, élémi, encens, myrrhe
  • Gerçures : ciste, encens
  • Peau sèche, fatiguée, asphyxiée : benjoin, ciste, encens
  • Pityriasis : benjoin
  • Plaie : benjoin, copaïba, élémi, encens, myrrhe, styrax
  • Plaie atone : élémi, encens, myrrhe
  • Plaie infectée : ciste
  • Plaie saignante : ciste
  • Psoriasis : benjoin, ciste
  • Rides : ciste, encens
  • Ulcère : benjoin, ciste, copaïba, élémi, encens, myrrhe, styrax
  • Vergetures : ciste, encens

Résine d'oliban
Larmes d’oliban sur le tronc de l’arbre

Comment les utiliser ?

Bien qu’étant bienfaitrices pour la peau, ces huiles essentielles ne sauraient se passer d’une dilution dans une huile végétale ou autre (environ 3 à 5 % d’huile essentielle et 95 à 97 % de substrat) dont la nature variera en fonction de l’action souhaitée :

  • Couche cornée : HV avocat, argan, olive, rose musquée, onagre ; macérât huileux de millepertuis
  • Épiderme : HV calophylle, amande douce, bourrache ; cire liquide de jojoba
  • Derme : HV sésame, noisette, macadamia, noyaux d’abricot

Sachez aussi que les huiles végétales, outre le fait qu’elles offrent une base de dilution aux huiles essentielles, sont aussi douées de propriétés thérapeutiques. Par exemple, le calophylle est anti-inflammatoire alors que le germe de blé permet une régénération cutanée. D’autres sont cicatrisantes, telles l’amande douce et l’olive. Ainsi, il est possible d’élaborer différentes synergies composées de plusieurs huiles essentielles et huiles végétales à destination d’une affection cutanée donnée.

Résine de myrrhe
Résine de myrrhe

Prolongement

Il y a quelques années de cela, travaillant sur l’huile essentielle d’encens d’oliban, une chose m’a frappée. Après étude, je me suis aperçu que cette huile essentielle portait ses actions thérapeutiques sur deux domaines : la peau et la sphère respiratoire. Or, il se trouve que le système respiratoire est constitué de l’interface cutané et de la sphère respiratoire. D’ailleurs, en médecine traditionnelle chinoise, c’est le méridien du poumon qui gère ces deux sous-ensembles, ce qui explique la corrélation entre problèmes cutanés et problèmes respiratoires. Mais ce n’est pas tout. Ayant passé au crible toutes les huiles essentielles présentées dans cet article, l’évidence est là : les deux domaines de prédilection de notre petit groupe aromatique sont la peau et la sphère respiratoire. A noter que peau et poumon sont deux de nos principaux émonctoires.
Les plantes balsamiques, c’est-à-dire qui contiennent du baume, sont bien dotées de la propriété du même nom, balsamique. Autrement dit : sédatif des muqueuses enflammées, en particulier des muqueuses respiratoires.

  • Baume du Pérou : bronchite aiguë, chronique ou asthmatiforme, toux, grippe, tuberculose
  • Benjoin : affections respiratoires catarrhales
  • Ciste : infections ORL
  • Copaïba : infections bronchopulmonaires catarrhales
  • Elémi : bronchite, toux
  • Encens : bronchite, bronchite catarrhale, bronchite asthmatiforme, asthme, laryngite
  • Myrrhe : bronchite
  • Styrax : toux, pneumonie, bronchite catarrhale

Étonnant comme, une fois de plus, la Nature fait bien les choses. Ne trouvez-vous pas ? :-)


  1. « Lorsqu’on incise l’écorce de cette plante [la myrrhe], elle réagit en sécrétant de la gomme-résine, véritable pansement naturel, pour cicatriser son écorce » (Michel Faucon, Traité d’aromathérapie scientifique et médicale, p. 463). On serait tenté de penser de même pour les autres espèces abordées ici.

© Books of Dante – 2014

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Le Pin Sylvestre (Pinus sylvester)

Le pin sylvestre est un arbre de taille et de forme variable en fonction du climat et de la nature du sol. Au grand maximum, il culmine à près de 35 m et porte généralement une couronne arrondie ou aplatie. De loin, le tronc paraît rougeâtre, les aiguilles bleuâtres. Rapprochons-nous. Du bout des doigts, touchons l’écorce. Rugueuse et écailleuse, elle présente, en effet, une jolie couleur brun-rouge caractéristique. Levons les yeux. Là-haut, le tronc porte une couleur bien plus orangée et les branches, des rameaux dont l’écorce est verte quand l’arbre est tout jeune, rouille et enfin grisâtre quand nous avons affaire à un vieux sujet. Et, partout, torsadées et piquantes, une myriade de paires d’aiguilles passant du bleu-vert au vert sombre avec l’âge.

Si nous sommes à la fin du printemps, nous aurons l’opportunité de voir réunis sur le même arbre des chatons mâles de couleur jaune soufre et de petits cônes ovoïdes femelles rougeâtres. Bien plus tard dans l’année, si nous revenons auprès du même arbre, il est fort possible que nous recevions une pomme de pin sur la tête. Ploc ! Alors, si elle nous apparaît brune et écailleuse, sur l’arbre, elle aura d’abord été verte aux écailles serrées, en forme de cône.

Face à cet arbre, nous pouvons nous trouver aussi bien en Europe qu’au nord de l’Asie, aussi bien en plaine qu’en région montagneuse, sur sols sablonneux, landes ou rochers.

En Extrême-Orient, le pin, de par son feuillage semper virens et sa résine imputrescible, est symbole d’immortalité. Les taoïstes n’en mangeaient-ils pas les graines, les aiguilles et la résine – nourriture suffisante – afin de rendre plus légère leur enveloppe charnelle ? Qui dit immortalité, dit longévité. Toujours en Chine, le pin s’organise en triades – d’une part avec la grue et le champignon, d’autre part avec le bambou et le prunier – qui symbolise cette puissance vitale. Au Japon, on associe le pin à la force inébranlable. A l’image du pin résistant aux assauts du vent, il est le symbole de ces Hommes dont les idées battues en brèche par les critiques ont résisté aux paroles infamantes.

Quant à la pomme de pin, elle est l’attribut de Dionysos. Comme nous le voyons sur cette image :

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Nous nommons thyrse ce qu’il tient en main. Ce dernier était confectionné d’une longe tige (thyrse, du grec thursos, tige) de férule commune (Ferula communis), une plante de la famille des apiacées assez proche du fenouil, au bout de laquelle était enchâssée une pomme de pin. On retrouve également ce thyrse à la pomme de pin chez Bacchus, Osiris, Thor, Adonis, etc.

ImageLa pomme de pain est l’expression de la fécondité et de la puissance vitale, de la permanence de la vie végétative et animale. Elle fut également un attribut de Cybèle, déesse de la fécondité, le pin étant la métamorphose d’une nymphe aimée du dieu Pan…

Retournons une pomme de pin, que voyons-nous ? Ceci :

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La spirale est symbole de développement cyclique. En elle, il y a émanation, évolution, rotation créationnelle. Cela n’est donc pas pour rien que la pomme de pin porte peu ou prou la même charge symbolique et, par extension, le pin lui-même.

Comme dans le labyrinthe, la spirale évolue à partir d’un centre, l’involution étant marquée par le retour au centre. Sans doute parce que le parallélisme pomme de pin/spirale évoque la cyclicité du rythme Vie-Mort à l’infini et met en exergue l’impermanence dans la permanence, l’équilibre dans le déséquilibre.

© Books of Dante – 2010

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