Le mouron des oiseaux (Stellaria media)

Synonymes : mouron blanc, mouron d’hiver, herbe à l’oiseau, bec de moineau, morgeline, alsine, stellaire.

Dans le deuxième livre de la Materia medica de Dioscoride, on rencontre une présentation de deux « morgellines », l’une mâle, l’autre femelle (chapitre 171). Mais il s’agit du mouron rouge dont les fleurs peuvent parfois être bleues. Un peu plus loin, chapitre 176, un mouron aux fleurs célestes est décrit, mais il ressemble fort à un myosotis. C’est seulement au quatrième livre, chapitre 75, qu’on lit ceci : « Du mouron, que les Grecs et les Latins appellent alsine ». Là, pas de doute, c’est bien de notre mouron des oiseaux dont il s’agit, alsine n’étant que l’ancien nom latin de notre plante (Alsine media). « Le mouron […] naît dans les lieux ombragés et couverts », nous raconte Dioscoride qui poursuit en disant qu’il « peut utilement servir, avec de la farine de blé, contre les inflammations oculaires. En cas de douleurs auriculaires, on peut également introduire son jus dans l’oreille. » De plus, il en fait un remède astringent et rafraîchissant.

Puis, c’est le trou noir pour le mouron. Rien au Moyen-Âge, ni à la Renaissance. Au XIX ème siècle, Cazin n’en parle même pas, au suivant Leclerc non plus. En revanche, en France, au XIX ème siècle, on lui voit jouer un rôle autre que médicinal : le mouron des oiseaux était récolté puis vendu par les marchands de mouron, une activité qui permettait de mettre du beurre dans les épinards, à condition d’en avoir, mais elle reflète surtout la grande indigence de nombre d’habitants des faubourgs. « On en pourrait écrire presque autant sur les pauvres diables qui exercent cette industrie très curieuse, spéciale aux grandes villes, consistant à trouver péniblement dans la flore plus ou moins maigre des banlieues, des produits vendables aux pauvres gens et à les offrir en pleine rue… […] Se faire du mouron n’est pas une sinécure et c’est surtout la promesse et la crainte, souvent réalisées, de lendemains difficiles et sombres » (1). Ces vendeurs ambulants vendaient aussi du mouron comme nourriture destinée aux oiseaux qui en raffolent, d’où les noms d’oiseaux que porte la stellaire, dont l’un, morgeline, est la contraction du verbe mordre et du mot geline, terme vieilli désignant la poule qui, dit-on, est friande de mouron.

Annuelle ou vivace à vie courte, le mouron des oiseaux se rencontre tant en Europe qu’en Asie. Il se compose de tiges molles et charnues, relativement ramifiées, portant des feuilles opposées et ovales, s’achevant par une pointe. Souvent étalé sur le sol où il forme d’épais tapis, demi-couché devrions-nous dire, il lui arrive pourtant d’atteindre une vingtaine de centimètres lorsqu’il se dresse. Ses petite fleurs comptent cinq pétales blancs profondément divisés en deux, ce qui donne l’impression qu’il en porte dix en tout. Les sépales forment une étoile à cinq branches, ce qui explique le nom latin de stellaria (stella, « étoile »). Chose remarquable, le mouron des oiseaux peut rester fleuri toute l’année, il lui arrive même d’ouvrir ses pétales sous la neige.
Le mouron des oiseaux est une espèce que l’on peut dire rudérale, ce qui signale sa présence aux abords des activités humaines : décharges, décombres, bordures de chemins, terres en friche ou cultivées. En ville, on peut le croiser au pied des murs, niché dans une anfractuosité du goudron et des trottoirs. Dans tous les cas, il apprécie les sols humides, riches et azotés, et ce jusqu’à 2000 m d’altitude. Et c’est parce qu’il a tendance à coloniser ces terrains – le jardin n’est pas non plus exempté de sa présence – qu’on l’a tout d’abord regardé comme une « mauvaise herbe envahissante ». Mais on s’est par la suite rendu compte que sa présence dans les champs cultivés, les vignes, etc. était profitable pour au moins trois raisons : la préservation de l’humidité du sol, la lutte contre son érosion, favorisant une couverture protectrice même durant les froids hivernaux.

Le mouron des oiseaux en phytothérapie

La plante fleurie fraîche propose bien des choses intéressantes : source de vitamines (A, B, C) et de sels minéraux (fer, magnésium, calcium, potassium, silice), la stellaire contient des flavonoïdes dont la rutine, de la coumarine, de la saponine, enfin des acides carboxyliques.

Propriétés thérapeutiques

  • Pectorale, expectorante
  • Tonique générale
  • Digestive
  • Diurétique
  • Adoucissante, calmante, rafraîchissante
  • Astringente légère, détersive, résolutive, cicatrisante
  • Purifiante
  • Permet le tarissement de la lactation

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère pulmonaire : pneumonie, hémoptysie, catarrhe pulmonaire (2)
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : inflammation et catarrhe des reins et de la vessie, néphrite, cystite
  • Affections cutanées : inflammation et irritation cutanée, démangeaisons eczémateuses et psoriasiques, urticaire, plaie superficielle, plaie ouverte, ulcère de jambe, ulcère de mauvaise nature, lupus, érythème fessier du nourrisson
  • Inflammations intestinales
  • Hémorroïdes
  • Rhumatisme articulaire
  • Troubles oculaires

Modes d’emploi

  • Infusion de plante fraîche
  • Décoction de plante fraîche
  • Suc frais
  • Teinture
  • Cataplasme de feuilles fraîches hachées

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : elle peut se pratiquer dès le mois de mars (j’en cueille moi-même depuis une quinzaine de jours) et se poursuivre durant de longs mois, au fur et à mesure des besoins. Je ne conseille pas le séchage, il amoindrit grandement la qualité de la plante qu’il est, au contraire, préférable de consommer fraîche. Une fois cueillie, elle se conserve facilement pendant quarante-huit heures au bas du réfrigérateur, elle présente cet intérêt de ne pas être des ces plantes qui se flétrissent rapidement. Mais ne tardez pas trop pour en faire la consommation, que ce soit pour un usage phytothérapeutique ou alimentaire. Lors de vos cueillettes, prenez soin d’éviter les lieux passants, les abords de route, etc., enfin toutes sortes de lieux qui pourraient vous laisser craindre que le mouron qui y pousse ait subi une quelconque pollution. Ce qui est assez frustrant, car, justement, le mouron adore ces endroits !
  • Cuisine : le mouron des oiseaux est une plante nutritive et doucement savoureuse. Même fleuri, il est excellent en salade (soit seul, soit accompagné de pissenlit, de lierre terrestre, de lamier blanc, etc.). Cuit, on peut l’incorporer à une soupe, un velouté, une omelette, une farce ou tout simplement le cuire à la manière des épinards.
  • Autres espèces : la stellaire des bois (Stellaria nemorum) et la stellaire holostée (Stellaria holostea).
  • Faux ami : le mouron rouge des champs (Anagallis arvensis). Petite plante tapissante comme le mouron des oiseaux, ce mouron s’en distingue aisément, ayant les fleurs rouges. Si elles peuvent parfois être bleues ou roses, il leur arrive d’être blanches, ce qui renforce la ressemblance avec le mouron des oiseaux. Si j’attire l’attention sur ce faux ami, c’est que le mouron rouge se révèle non dénué de toxicité.
    _______________
    1. La Garance Voyageuse, n° 83, p. 16
    2. L’abbé Sébastien Kneipp préconisait l’usage du mouron des oiseaux pour soigner diverses affections respiratoires. A cette plante, il adjoignait prêle, plantain et absinthe.

© Books of Dante – 2017

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2 réflexions sur “Le mouron des oiseaux (Stellaria media)

    • Bonjour Annick, merci pour ce commentaire :) Il ne faut pas se faire de mouron si on en a dans son jardin ^^ Il est généralement un bon indicateur de la qualité du sol qui le porte. Il est bien évidemment possible d’en arracher s’il y en a trop et de l’ajouter au compost, par exemple, compte tenu de sa richesse en silice et en potassium entre autres. Et puis, bien sûr, s’en servir comme légume dont les usages ne manquent pas :)

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