Les nigelles (Nigella sp.)

Nigelle cultivée (Nigella sativa).

  • La nigelle cultivée (Nigella sativa). Synonymes : nigelle des jardins, nielle cultivée, nielle de Crète, nielle romaine, nielle de l’Archipel toscan, nielle du Levant, cumin noir, graine noire, poivrette, poivrette commune, herbe aux épices, quatre épices, toute-épice, barbe de capucin, graine bénite.
  • La nigelle des champs (Nigella arvensis). Synonymes : nielle bâtarde, nielle sauvage, faux cumin, poivrette commune, fleur de sainte Catherine, araignée, œil de chat.
  • La nigelle de Damas (Nigella damascena). Synonymes : barbeau, barbiche, barbe de capucin, toile d’araignée, patte d’araignée, cheveux de Vénus, cheveux de la mariée, belle aux cheveux dénoués, demoiselle au bois, dame en vert, femme en lambeaux, diable dans le buisson, amour dans la brume.

De notre strict point de vue d’Européens occidentaux, l’on pourrait avoir du mal à comprendre et à admettre que la nigelle (plusieurs espèces en fait) est une plante appréciée depuis bien longtemps. Sans doute parce que bordant le bassin méditerranéen, là où l’homme eut aussi l’idée de s’installer, plutôt qu’à l’intérieur des terres desséchées par le soleil, la nigelle, assez souvent messicole, dut tout d’abord être une sauvage côtoyant les cultures entreprises par l’homme (en effet : quid des messicoles avant l’invention de l’agriculture ?), en particulier dans ce pays, l’Égypte, avec lequel la nigelle entretient une très étroite relation : il paraît même que l’on a retrouvé des graines de nigelle (d’aucuns avancent qu’il s’agirait d’un flacon de son huile) dans le tombeau de Toutankhamon (ce serait bien de s’en assurer par la lecture d’un inventaire de tous les objets répertoriés dans ce site lors de sa découverte en 1922). Semences ou flacon, il demeure que la présence de la nigelle en ce lieu atteste un usage ancien, sans qu’on sache trop si son rôle était médicinal, alimentaire ou autre, ou bien tout à la fois, puisqu’on parle parfois de la nigelle comme du remède universel des pharaons, vieux de plus de 3500 ans (ce qui transparaît bien plus tard à travers les mots du prophète Mahomet qui affirmait ceci : « Soignez-vous en utilisant la nigelle, car c’est un remède contre toutes les maladies, à l’exception de la mort ». Promue comme une panacée, il n’est pas très étonnant que la nigelle ait emprunté la même voie que les Arabes, et leur déploiement progressif d’est en ouest. Mais il est bien possible que la nigelle, connue des Grecs au temps d’Hippocrate, n’ait pas attendu l’apparition de l’islam avant de pousser vers l’ouest par le biais d’une autre voie, plus continentale, surtout si l’on en juge par la prégnance de cette graine en Europe de l’est et centrale, jusqu’à ce que son intérêt finisse par s’éteindre plus on progresse vers l’occident. Effectivement mentionnée par les hippocratique (V-IV ème siècles avant J.-C.), la nigelle est vue, par les Anciens, comme apéritive, diurétique, atténuante et incisive, trouvant une application dans les affections catarrhales pulmonaires et pour provoquer les règles. Chez les Grecs, on trouve des recettes fort complexes, destinées à soigner les affections de la matrice, et d’autres encore, qui contiennent de ce mélanthion, comme on l’appelle, un « nom qui évoque la couleur noire (melas) ; la plante a peut-être été ainsi nommée à cause de la couleur sombre de ses graines » (1). Appartenant à la même famille botanique que le bouton d’or et l’aconit, c’est-à-dire les Renonculacées, la nigelle possède un nom renvoyant directement à la couleur de ses graines. Nigelle est un mot provenant du latin nigellus, « noirâtre », et, plus avant, de niger, signifiant « noir ». (C’est l’une des raisons pour laquelle la nigelle est parfois surnommée cumin noir ou, comme disent les Allemands, schwartzkümmel.) De là, qu’on ait pu également l’appeler poivrette ne surprendra pas, petit sobriquet faisant référence à son goût et à sa couleur. C’est ainsi qu’on trouve, dans Dioscoride, une notice spécialement dédiée à « la poivrette, que les Grecs appellent mélanthion, les Latins gith, les Italiens get ». La description botanique qu’en donne Dioscoride a fait dire à Cazin qu’il s’agissait de la nigelle des champs et à Fournier de la nigelle cultivée. Cela n’a que peu d’importance. Voici, en revanche, le portrait thérapeutique qu’il fait de cette nigelle : « La poivrette emplâtrée sur le front soulage les douleurs de tête. Elle résout les fluxions fraîchement survenues aux yeux, broyée avec de l’onguent d’iris, et mise dans le nez. Elle résout aussi la lèpre, les lentilles, les indurations et les vieilles tumeurs, emplâtrée avec du vinaigre. Elle ôte les poireaux en l’appliquant dessus avec de la vieille urine. Cuite dans du vinaigre, avec des copeaux de l’arbre nommé tieda (?), aide aux douleurs dentaires, si on les lave de cette décoction. Ointe avec de l’eau sur le nombril, elle chasse les vers intestinaux hors du corps. Broyée en poudre dans un linge et respirée, elle soulage les catarrheux. Bue durant plusieurs journées, elle s’avère diurétique, emménagogue et galactogène. Bue avec du vin, elle supprime la dyspnée, et avec de l’eau, au poids d’une dragme, elle aide aux morsures de la tarentule. En faisant un parfum de cette plante, l’on fait fuir les serpents. L’on dit que bue en grande abondance, elle tue » (2).

C’est sous ce même nom de gith (ou de git) qu’on voit la nigelle être inscrite, aux environs de 795, dans le Capitulaire de Villis, et présente à peu près à la même époque (820) dans les inventaires du monastère de Saint-Gall, en Suisse. Le mot gith semble d’origine arabe, ce qui n’est pas impossible du fait de l’origine méridionale de cette plante encore très populaire en Turquie, en Grèce et, plus loin, en Inde, où on l’appelle kalinji, et que les praticiens ayurvédiques connaissent très bien, la donnant pour stimulante, tonique et antidépressive, entre autres, des propriétés qui ne sont pas sans rappeler d’anciens usages égyptiens que Cazin rapporte dans son Traité, expliquant que les Égyptiennes torréfiaient des semences de nigelle, qu’elles mêlaient ensuite à diverses autres substances (cannelle, gingembre, musc, ambre gris, sucre, hermodactyle…), afin d’en former une espèce de conserve dont les propriétés consistaient à augmenter l’appétit et l’embonpoint, mais également une autre appétence, sexuelle celle-là.
Ceci dit, dans les textes anciens, le mot gith n’est pas toujours la garantie d’avoir affaire à une nigelle, puisqu’il a été aussi appliqué à ces plantes au nom proche, les nielles, avec lesquelles les nigelles sont parfois tant confondues qu’on les appelle aussi nielles, en particulier la nigelle cultivée. Cela ajoute donc davantage de confusion avec cette autre messicole qu’est la nielle des blés, dont une partie du nom latin trahit sa proximité sémantique avec la nigelle : Agrostemma githago. L’on a alerté dans ce sens pour des raisons moins gravissimes qu’il n’y paraissait à l’époque, puisque l’on était convaincu de la toxicité des saponines contenues dans la nielle des blés : si elles le sont bien lorsque les semences sont fraîches, elles perdent toute dangerosité une fois cuites. La toxicité du pain qu’on cuisait dans certaines régions au XIX ème siècle, doit s’expliquer autrement qu’en traînant la nielle des blés jusqu’au banc des accusés. Mais à une époque où l’alimentation compte essentiellement sur le pain, l’on se méfie de la nielle des blés. Si l’on n’a pas encore de problèmes liés à l’intolérance au gluten, d’autres menaces pèsent sur la vie de tous les jours : l’ergot de seigle et l’ivraie qui, eux aussi, peuvent pervertir, hostie amère, le pain quotidien.

La nigelle de Damas fut-elle, comme soi-disant tant d’autres végétaux, rapportée de terre sainte par les Croisés ? Qu’elle soit dite de Damas ne suffit pas à nous faire avaler cette histoire, puisque nous avons dit que la nigelle était déjà cultivée en Europe au VIII ème et IX ème siècles (au moins), et que les croisades, c’est un peu après, quand même, hein !? Il est bien possible qu’elle ait été ramenée involontairement, comme plante obsidionale, coincée sous le sabot d’un cheval, qui sait ? ^.^
Tandis que les Croisés se font botter les fesses, du côté des thérapeutes, l’on ne chôme pas, tout d’abord en la personne d’Hildegarde de Bingen qui distingue le cumin (Kumel) de ce qu’elle appelle cumin noir : chaud et sec, « il n’a aucune valeur comme nourriture pour l’homme, car il provoquerait de la douleur » (3). Elle donne à cette plante le nom de Ratde, et il est bien difficile de savoir si, sous cette appellation, se dissimule la nigelle, d’autant qu’Hildegarde en donne peu de détails d’utilisation : elle en composait un onguent pour les plaies de tête, et se servait de cette plante comme d’un répulsif contre les insectes (mouches). Plus sérieux, Arnaud de Villeneuve (1240-1311) donnait pour emménagogue la semence de nigelle.
L’enthousiasme, si l’on peut dire, va s’effriter petit à petit, malgré les exhortations de Matthiole, qui, au sujet de la nigelle, ne dévie pas d’un iota de celui dont il établit les commentaires, à savoir Dioscoride. Il insiste même, disant qu’« il n’est pas de meilleur remède chaque fois que l’on doit nettoyer, déterger, dessécher, échauffer ». Au même siècle, Jérôme Bock ne peut cependant pas s’empêcher de considérer la nigelle comme suspecte, de même qu’Hoffmann, Cazin, et jusqu’à Bonnier qui, à la fin du XIX ème siècle, disait les trois espèces toutes plus toxiques les unes que les autres, en raison de la présence d’un alcaloïde, la damascénine, dans leurs semences, qu’il considérait comme un poison du cœur. L’on comprend, par le biais de ces discrédits successifs que la nigelle ait peiné à se faire une place dans l’arsenal des plantes médicinales durant le XX ème siècle. Il n’y eut pas jusqu’à Roques pour commettre la bévue suivante : alors que Wauters propose de substituer la nigelle noire à la noix de muscade, au clou de girofle, au poivre noir et à d’autres épices en provenance d’Inde, hors de prix et surtout inaccessibles en temps de guerre (qu’on se rappelle du blocus continental mené de 1806 à 1814), il écrit en 1837 qu’« il y avait alors du patriotisme à renoncer à tous ces agréables condiments ; mais aujourd’hui, en temps de paix, laissons la nielle ou tout-épice aux palais vulgaires, notre estomac n’en digérera que mieux » (4). Le brave médecin de Valence ignorait sans doute ce que nous savons depuis : s’il existe une huile végétale largement impliquée, thérapeutiquement, dans le traitement des affections gastro-intestinales, c’est bien celle de nigelle !

Nos trois nigelles sont des plantes annuelles rustiques qui semblent avoir été bercées dans le même landau : leur origine géographique se situe dans une zone placée à cheval entre l’orient de l’Europe et l’occident de l’Asie. Ce qui fait que lorsqu’il nous arrive de croiser une nigelle parmi les trois auxquelles nous nous sommes attachés ici, nous sommes à peu près sûrs qu’il s’agit là de produits d’importation déjà lointaine, tant dans l’espace que dans le temps. En France, soit elles sont cultivées comme plantes alimentaires ou ornementales, soit on les dit échappées des jardins et des cultures, se resemant alors spontanément. Par exemple, en Afrique du Nord, la nigelle cultivée fait maintenant partie du paysage, ainsi qu’en Crète, en Égypte, en Espagne, en France, où, si la culture la néglige, elle retourne à l’état de sauvageonne sur les friches et les terrains vagues. Cependant, celle qui reste la plus fréquente en France, c’est avant tout la nigelle des champs que Cazin disait très commune de son temps, de même que Fournier un siècle plus tard, la situant dans et à proximité des champs de céréales, sur les sols calcaires de toute la France (excepté les zones siliceuses de Bretagne et d’Auvergne). Quant à la Damas, il arrive d’avoir affaire à elle aux abords des champs et des vignes du Midi, de l’Ouest et du Sud-Ouest de la France.
D’assez petit gabarit (une nigelle de 50 cm de hauteur à plein développement reste exceptionnelle), ces plantes formées d’une tige dressée un peu ramifiée, quelque peu velue, se caractérisent par un feuillage très découpé qui donne beaucoup de grâce à ces végétaux, d’autant plus chez la nigelle de Damas dont l’aspect vaporeux, conféré par ses feuilles, lui a valu le nom vernaculaire anglais de love-in-a-mist (que j’ai traduit par : amour dans la brume). D’ailleurs, cette dernière, afin de souligner sa floraison (5) s’enorgueillit de bractées filandreuses et arachnéennes, à faire pâlir la plus fantasque des cardères. Cet aspect démonstratif n’existe pas chez la nigelle des champs, peut-être occupée à ne pas disperser son énergie dans des circonvolutions bien dispendieuses : elle ne possède donc aucun involucre, ni collerette de dentelle, lui permettant de mettre sa robe en valeur, mais cela ne l’empêche pas de porter des fleurs d’un bleu clair veiné de vert qui, bien que brèves, comme toutes les nigelles au reste, étalent leur période de floraison durant les mois de juin et de juillet, parfois même plus tôt, comme c’est le cas de la Damas et de la cultivée, pouvant poindre dès le mois de mai (je puis en témoigner pour avoir vu des nigelles de Damas pleinement fleuries à la mi-mai non loin de chez moi). Toujours solitaires au sommet des tiges, les fleurs de nigelle ont néanmoins un secret à nous apprendre : ce que l’on prend pour leurs pétales, bleus chez l’une, bleu pâle à bleu gris chez la deuxième, blanchâtres à laiteux ponctués de taches verdâtres ou bleuâtres chez la dernière, ne sont, en réalité, non pas des pétales, mais des sépales. Les pétales véritables prennent la forme de petits cornets plus ou moins ventrus qui enserrent ce qui va devenir le fruit central, capsulaire, à cinq divisions non soudées chez N. arvensis, soudées mais obtuses chez N. sativa, enfin réunies dans toute leur étendue, ne formant plus qu’un gros fruit chez N. damascena, non moins surmontées d’un picot par carpelle chez toutes. Puis le fruit grossit, en lui les semences mûrissent peu à peu. La capsule se dessèche, d’où s’échappent, nombreuses, de petits graines (2 mm), plus ou moins noirâtres, dont la forme générale évoque assez celle d’une graine de sésame, et qu’on dit chagrinées, ce qui ne veut pas dire qu’elles sont tristes, mais que leur surface rappelle celle du chagrin, c’est-à-dire un cuir au grain grenu, et dont la peau valut à Balzac d’écrire un sacré roman en 1831. L’autre nom de ce cuir apprêté est galuchat, autrement dit « peau de requin », un peu rude et rêche.

Les graines chagrinées de la nigelle.

Comme son nom l’indique, la N. sativa est la seule, parmi les trois, qui ait fait l’objet d’une culture à grande échelle. Fournier remarquait que, dans les années 1940, cette plante était encore concernée par une exploitation en grand en Allemagne (Erfurt, Ulm, etc.). Aujourd’hui, beaucoup des huiles végétales de N. sativa qu’on trouve dans le commerce de détail (magasins de produits biologiques, boutiques spécialisées en phyto-aromathérapie, etc.), proviennent d’Inde et d’Égypte.

Nigelle cultivée à gauche, nigelle de Damas à droite.

La nigelle en phyto-aromathérapie

Dans l’ensemble, et de ce qu’il ressort de mes lectures, rien d’autre que les semences de ces trois espèces sont citées comme matière médicale, avec une prévalence toutefois en ce qui concerne les semences de la nigelle cultivée, alors que celles de la nigelle des champs, de saveur âcre et poivrée, chaude et brûlante, passent généralement pour suspectes, d’autant plus qu’elles recèlent, dit-on, de cet alcaloïde, la damascénine (ou nigelline) qui, bien qu’à l’état de traces, lui a valu d’être écartée au profit de la nigelle cultivée qui n’en contient pas moins. La nigelle de Damas, à laquelle cet alcaloïde a emprunté son nom, en contient bien davantage : la saveur de ses semences, un peu poivrée, âcre et piquante, se distingue néanmoins de celle de la nigelle des champs, en ce sens que lorsqu’on les écrase, ces graines diffusent un étonnant parfum de fraise des bois (ou même de fraises tagada) ! En revanche, on y a découvert que peu de saponines, contrairement aux semences de nigelle cultivée vers lesquelles nous allons finalement orienter notre travail, puisque c’est avant tout à ces semences que le thérapeute fait habituellement appel en phytothérapie (bien qu’on ait donné les semences de N. damascena et de N. arvensis comme équivalentes en terme de propriétés et d’usages thérapeutiques).

La graine de nigelle cultivée, à saveur aromatique un peu poivrée et piquante, rappelle à certains le camphre, à d’autres le carvi ou le cumin, ce qui a valu le surnom de cumin noir à la nigelle (pour être un gros consommateur de semences de cumin, de carvi et de nigelle, je suis bien en mesure d’en repérer les nettes différences, et je n’ai jamais rien trouvé, dans cette graine noire, qui puisse me rappeler les deux Apiacées aromatiques sus-citées).
Tout d’abord, n’oublions pas de mentionner le nom de cette saponoside, la mélanthine, que l’on trouve dans la graine de nigelle, en compagnie d’alcaloïdes : nous avons déjà signalé la damascénine ou nigelline, substance amère présentant une action intéressante sur le système gastro-intestinal. On y trouve aussi de la nigellidine, qu’on étudie actuellement en Algérie pour en vérifier l’efficacité en tant qu’inhibiteur du coronavirus SRAS-CoV-2. Quoi d’autre ? Une pléthore de vitamines : provitamine A, vitamines B1, B2, B3, B9, C, E. Des sels minéraux et oligo-éléments : fer, phosphore, calcium, magnésium, potassium, sélénium, zinc… De la proto-anémonine, une lactone qui n’a rien de particulier, puisqu’on la trouve dans la plupart des plantes de la famille des Renonculacées. Du tanin. Environ 20 % de substances protéiniques, pas loin de 40 % d’hydrates de carbone et 30 à 35 % d’huile végétale, dont nous allons plus longuement parler dans un instant. Produit assez connu en France, l’huile végétale de nigelle cohabite, dans la graine de nigelle, avec une fraction aromatique comprise entre 0,5 et 1,5 % environ. L’on obtient, après distillation des semences à la vapeur d’eau, une huile essentielle liquide et mobile, de couleur jaune, au parfum soutenu, chaud et épicé. D’après le bulletin d’analyse que j’ai sous les yeux, il apparaît très clairement que cette huile essentielle se compose de paracymène pour sa moitié (50 à 55 %) et d’α-thujène (à hauteur de 15 à 18 %). A elles seules, ces deux molécules expliquent l’énorme proportion de monoterpènes contenue dans cette huile essentielle :

  • Monoterpènes : 80 %
  • Éthers : 6 %
  • Sesquiterpènes : 5 %
  • Monoterpénols : 1,5 %
  • Alcanes : 1,5 %
  • Cétones monoterpéniques : 1 %

Il n’est pas impossible que l’essence aromatique qui préexiste dans les semences de nigelle accorde son arôme fort à l’huile végétale qu’on tire des graines par expression mécanique à froid : l’on exprime plus fréquemment cette huile végétale (30 à 40 % quand même !), qu’on ne flanque les mêmes semences dans un alambic pour à peine 1 % d’huile essentielle (dans la plupart des cas). L’huile végétale de nigelle cultivée, de couleur orange ambré, hors de prix dans nos contrées et conditionnée dans un petit flaconnage de 50 à 100 ml le plus souvent (6) est, soi-disant, riche en oméga-6 et oméga-9. Voyons si cette affirmation est à la hauteur des chiffres que j’ai sous le nez. Oui, oui, c’est bien le cas : oméga-6 en tête, avec 56,5 % d’acide linoléique, suivi d’une moindre portion d’oméga-9 : 23,6 % d’acide oléique. Ces acides gras mono-insaturés et poly-insaturés forment, à eux deux, environ 85 % de la composition biochimique de cette huile végétale, le restant étant complété avec plusieurs acides gras saturés : l’acide palmitique (11,8 %) et l’acide stéarique (3,15 %) entre autres.

Propriétés thérapeutiques

SEMENCE :

  • Digestive, carminative, augmente le péristaltisme intestinal, cholagogue, anthelminthique (?)
  • Galactogène, emménagogue (7)
  • Antispasmodique bronchique, anticatarrhale pulmonaire
  • Diurétique
  • Stimulante
  • Résolutive
  • Antiseptique

Note : les semences de N. arvensis et de N. damascena sont de violents sternutatoires ; on accorde aux dernières la propriété d’être hypotensives.

HUILE VEGETALE :

  • Immunomodulante, revitalisante
  • Stomachique, sédative intestinale, laxative douce, carminative, soutient et fortifie la flore intestinale tout en supprimant les bactéries nuisibles
  • Bénéfique au cœur et à la circulation sanguine, diminue le taux de glucose sanguin
  • Stimulante des glandes mammaires, galactogène
  • Régénératrice des cellules hépatiques, hépatoprotectrice (?)
  • Anti-infectieuse : antibactérienne (sur Staphylococcus aureus, Escherichia coli, Shigella sp.), antivirale, antifongique (sur Candida albicans)
  • Soutient le système respiratoire, apaise l’irritation des muqueuses nasales
  • Anti-allergique

HUILE ESSENTIELLE :

  • Anti-inflammatoire, anti-allergique, antihistaminique
  • Analgésique, antalgique percutanée
  • Anti-oxydante
  • Immunomodulante
  • Décongestionnante respiratoire, bronchodilatatrice
  • Antiseptique atmosphérique

Usages thérapeutiques

SEMENCE :

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : digestion lente, douleur gastrique, catarrhe gastro-intestinal, colique, ballonnement, flatulence, vers intestinaux (?)
  • Troubles de la sphère respiratoire : bronchite, catarrhe pulmonaire, dyspnée, coqueluche, asthme humide
  • Troubles de la sphère gynécologique : aménorrhée, insuffisance lactée
  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : affections biliaires, jaunisse
  • Troubles de la sphère vésico-rénale
  • Hypertension artérielle
  • Maux de dents (N. arvensis)
  • Maux de tête, céphalée (N. damascena)

HUILE VEGETALE :

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : diarrhée, diarrhée chronique, colique, gastrite, gastro-entérite, catarrhe gastro-intestinal, constipation, inappétence, paresse et atonie digestives, lourdeur digestive, hyperacidité gastrique, crampes et spasmes intestinaux, ballonnement, fermentation intestinale, ulcère gastrique, inflammation du colon
  • Troubles de la sphère respiratoire : rhume, bronchite, bronchite chronique, asthme (en prévenir et en atténuer les crises), rhume des foins, allergie aux pollens et à la poussière, catarrhe bronchique, coqueluche, angine, enrouement, amygdalite, sinusite, toux, ronflements
  • Troubles de la sphère génitale féminine : douleur menstruelle, tension mammaire, montée de lait, troubles de la ménopause (maux de tête, etc.)
  • Troubles de la sphère génitale masculine : impuissance (?)
  • Affections cutanées : acné, eczéma, psoriasis, urticaire, furoncle, croûte de lait, herpès labial, zona, verrue, abcès, névrodermite, autres éruptions enflammées, douloureuses et/ou squameuses, soin de la peau, des ongles et des cheveux
  • Troubles locomoteurs : douleur articulaire, goutteuse et rhumatismale, polyarthrite, ostéoporose, névralgie
  • Troubles de la sphère circulatoire : faiblesse veineuse, hypercholestérolémie, hémorroïdes
  • Déficience immunitaire, immunodépression, fatigue générale, fatigue après infection, convalescence, complément en cas de maladies infectieuses (grippe, maladie de Lyme), traitement complémentaire en cas de diabète, hépatite, sclérose en plaques, cancer

HUILE ESSENTIELLE :

  • Troubles de la sphère respiratoire : asthme, bronchite asthmatiforme
  • Affection bucco-dentaires : ulcère de la bouche, gingivite
  • Affections cutanées : brûlure

Note : encore peu de données sûres en ce qui concerne cette huile essentielle qui n’a pas, comme l’huile végétale, transpercé le milieu de l’aromathérapie occidentale (du moins française). Pour cela, il importe de s’écarter des voies toutes tracées, et de ne pas tomber dans l’ornière des erreurs qu’on croise dans tel ouvrage, et qui sont répétées cent fois sur une multitude de sites qui, selon toute apparence, ne font pas l’effort d’aller chercher et vérifier l’information là où elle se trouve. Par exemple, j’ai repéré cette « information » : l’huile essentielle de nigelle cultivée contiendrait, outre une formidable proportion de paracymène, de cette cétone monoterpénique du nom de thymoquinone, ce qui est parfaitement vrai, mais sans doute pas dans les quantités qu’on affiche le plus souvent, c’est-à-dire 30 %. L’observation minutieuse du bulletin d’analyse que j’ai sous les yeux me permet de dire que cette cétone n’est pas présente dans cette huile essentielle à hauteur de plus d’1 % (variation de 0,75 à 1,15 %). Cela exigerait, j’en ai bien conscience, d’autres chromatographies en phase gazeuse pour se faire une idée plus large de cette question que je ne peux, pour le moment, que laisser en suspens, ainsi que celle concernant les usages thérapeutiques de l’huile essentielle de nigelle cultivée.

Modes d’emploi

  • La semence, en nature, dans l’alimentation : pour ne pas en perdre le bénéfice total, il est préférable de la broyer un peu. J’ai évoqué récemment, je ne sais plus exactement où sur le blog, la possibilité de préparer un gomasio avec des graines de nigelle et de sésame, et du sel marin non raffiné. Pour cela, il faut prévoir un tiers de chaque. Vous pouvez aussi réduire la proportion de sel à 20 % et augmenter à 40 % celles de sésame et de nigelle.
  • Infusion de semences : peu fréquemment. Si l’on compte en passer par là, même chose que précédemment, mieux vaut les concasser un peu avant toute utilisation.
  • Huile végétale : par voie interne, en application locale (seule ou accompagnée des huiles essentielles adéquates pour telle ou telle affection).
  • Huile essentielle : en olfaction, en application locale (diluée dans une huile végétale adaptée à la cause).

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : les semences de nigelle cultivée se prélèvent à maturité, soit aux mois d’août et de septembre.
  • Dans l’ensemble, on ne recense pas d’effets secondaires à l’usage de la nigelle cultivée, en particulier son huile végétale.
  • Alimentation : il est possible d’employer « l’or noir des condiments » de bien des manières. Outre le gomasio que nous avons évoqué plus haut, la graine de nigelle, une fois grillée à sec et pulvérisée, se mêle à d’autres plantes, composant des mélanges d’épices comme le paanch phoron (littéralement : « cinq épices ») constitué de fenouil, de cumin, de moutarde noire, de nigelle et de fenugrec. Les graines de nigelle se retrouvent souvent sur ou dans les pâtes à pain, les pâtisseries, que ce soit en Europe méridionale (« cette graine noire, dure et odorante, se met usuellement dans le pain », écrivait Dioscoride), au Proche-Orient, ou plus loin encore, comme en Inde, où on les voit décorer ces pains typiques, les naans, que tout amateur de cuisine indienne est censé connaître. Par ailleurs, la nigelle fait bon ménage avec les légumes cuits, les légumineuses, les salades de crudités (comme le concombre, la tomate, etc.).
  • Autres espèces : la nigelle orientale (N. orientalis), aux étonnantes inflorescences de couleur jaune, la nigelle de France (N. gallica ou hispanica) aux douces fleurs violettes, espèce devenue rare et protégée en France, de même que ces quelques autres messicoles que sont la garidelle fausse-nigelle (Garidella nigellastrum) et le pied-d’alouette de Verdun (Delphinium verdunense).
    _______________
    1. Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité, p. 547.
    2. Dioscoride, Materia medica, Livre III, chapitre 75.
    3. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 27.
    4. Joseph Roques, Nouveau traité des plantes usuelles, spécialement appliqué à la médecine domestique, et au régime alimentaire de l’homme sain ou malade, Tome 1, p. 126.
    5. Ce n’est pas pour rien qu’on a fait d’elle une ornementale – tant à l’état frais que sec –, ses fleurs pouvant doubler sous l’effet de la culture, comme celles de la camomille romaine, et varier de coloris : si on lui connaît généralement le bleu ciel, elle peut aussi être azur, blanche ou rose.
    6. Néanmoins, en cherchant bien, il est tout à fait possible de s’affranchir de cet écueil. Je viens récemment de faire l’acquisition d’un litre d’huile végétale de nigelle cultivée en qualité biologique pour la somme d’à peine 55 €…
    7. Selon Cazin, « la semence de nielle aurait sur l’utérus une action spéciale qui mérite toute l’attention des thérapeutistes », (François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 631).

© Books of Dante – 2020

Nigelle de Damas (Nigella damascena).

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