Le tilleul (Tilia sp.)

Synonymes : teil, til, tillet, tillot, tillaut, thé d’Europe, etc. (1).

L’historien médiéviste Michel Pastoureau remarqua que le tilleul, dans toute son histoire, n’a jamais donné lieu à quelque chose de mauvais ou de sinistre, et que, partout, il a su demeurer à l’image de la majesté et de l’opulence qui l’habille. On lui a anciennement reconnu tant de valeur, qui peut prendre diverses formes, qu’une ordonnance royale prescrivit d’en planter le long des routes, offrant tant l’ombrage que la manne de ses fleurs dont la récolte était expressément réservées aux hospices.
Au XVI ème siècle, autre âge d’or du tilleul, l’engouement gagne tant les rangs des botanistes, que ceux-ci, charmés par son élégance et sans doute conquis par le suave arôme de ses fleurs, promurent l’implantation du tilleul comme essence ornementale, dont on vit se déployer la frondaison dans les parcs, allées et promenades.
Bien avant ce temps faste, le tilleul, bien que connu, était fort peu usité par les Anciens. Par exemple, Théophraste explique quelles sont les différences entre le tilleul qu’il dit mâle et celui qu’on appelle femelle. A ces deux arbres, il donne le nom de phillyra, de même que Dioscoride, à la lecture duquel on s’est laissé à penser qu’il pouvait s’agir d’une espèce balkanique, le tilleul argentée (Tilia argentea). Mais étant donné la description qu’en donne Dioscoride, il est permis d’en douter : « Le tilleul est un arbre de la grandeur du troène, et qui produit des feuilles semblables à celles de l’olivier. » Rien que cette introduction suffit pour disqualifier le tilleul. Quant à Pline, il signale l’existence d’un Tilia femina (peut-être apparentable au Tilia platyphyllos, qu’on surnomme parfois tilleul femelle, à l’inverse du tilleul mâle, Tilia cordata). Le naturaliste dit que son écorce permet de soulager les yeux fatigués, rougies et enflammés, ce qui peut paraître surprenant au premier chef : imaginer qu’une rugueuse écorce va pouvoir venir à bout de telles inflammations… Mais c’est ignorer que cette écorce possède assez de mucilage pour qu’on tire d’elle une mixture émolliente et adoucissante.
Au Moyen-Âge, on se sert toujours de l’écorce de cet arbre, ainsi que de ses feuilles. Mais l’on en dit finalement peu de choses. Dans l’œuvre d’Hildegarde de Bingen, j’ai néanmoins repéré la recommandation qu’elle fait à propos du bain d’écorce de tilleul contre la goutte, un choix, ma foi, fort avisé. Par ailleurs, pour l’abbesse, le Tilia est un arbre qui possède une grande chaleur (plus tard, Jean-Baptiste Porta le dira « merveilleusement chaud »), il est bon pour ceux qui souffrent du cœur et pour s’éclaircir les yeux. (Le tilleul est un arbre du Soleil, planète qui règne sur le cœur et les yeux, entre autres choses.) Puis l’on croise le tilleul dans les ouvrages de Konrad von Megenberg, auteur du XIV ème siècle, puis de Jérôme Bock et de Matthiole, dans la première moitié du XVI ème siècle, mais chez aucun d’entre eux on laisse entendre qu’on connaît et/ou utilise à des fins thérapeutiques la « banale » infusion de fleurs de tilleul. Tout au contraire, on se complique bien inutilement la tâche : qu’on dise que les semences pulvérisées du tilleul, hémostatiques, stoppent les saignements de nez, c’est tout à fait correct. Ou bien encore que l’écorce mucilagineuse est excellente contre les brûlures, que l’arbre est un sédatif des migraines et des vertiges, tout cela est vrai, l’approche est bonne. Mais là où on se fourvoie, c’est par rapport aux capacités calmantes et sédatives du tilleul : on sent bien qu’il agit sur les nerfs, sans pour autant taper dessus, pourrais-je même dire. C’est ainsi qu’on voit Mizauld, Hoffmann, Schröder, Boerhaave, etc. penser que le tilleul est capable de combattre l’épilepsie, et Paullini jusqu’à s’imaginer que la seule ombre projetée de l’arbre sur le malade y suffirait ! Or, « il serait vain d’en espérer, comme l’ont cru d’anciens auteurs, une efficacité réelle contre les grandes névroses, épilepsie et hystérie » (2).
Ces quelques erreurs de jugement n’empêchèrent pas le tilleul d’entrer de plain-pied dans le monde des plantes médicinales majeures, et sur ce point précis, il peut s’appuyer sans trembler sur la mythologie grecque. Au chapitre des métamorphoses, il nous faut bien évidemment évoquer le cas de la nymphe Philyra, séduite pas son oncle Cronos ayant alors pris, pour commettre son méfait, l’allure d’un étalon. De cette union pour le moins contraire à la nature, naquit un être mi-homme mi-cheval (comment s’en étonner !), ce qu’on appelle un monstre : ce nouveau-né n’est autre qu’un centaure, plus connu sous le nom de Chiron, « le fils du tilleul ». Épouvantée face à l’aspect hideux du rejeton (alors que Philyra n’a pas l’air d’être si perturbée que ça d’avoir copulé avec un cheval !), elle supplie – honteuse – les dieux de faire quelque chose. Ceux-ci la transformèrent en cet arbre, le tilleul, à travers lequel resplendit toujours le souvenir de Chiron, qui enseigna la médecine au fils d’Apollon (lui-même bien versé dans ce domaine), c’est-à-dire Asclépios : « Le tilleul, qui est resté une plante médicinale, serait donc à l’origine des médecins ! », s’exclame Michèle Bilimoff (3), ce qui est un aspect séduisant tout à fait envisageable, d’autant plus si l’on considère – rappelons l’innocuité du tilleul soulignée par Pastoureau – que cet arbre répond bien à un principe essentiel en médecine et en pharmacie, inscrit dans une locution latine de trois mots, fort célèbre : primum non nocere (« en premier lieu, ne pas nuire »). Abandonné, Chiron démarre assez mal son existence, mais il est néanmoins placé sous des auspices très favorables : de par sa maîtrise des simples et ses dons oraculaires, il incarne parfaitement bien la quintessence du tilleul : non seulement c’est un arbre qui guérit (en Grèce et en Crète, c’était l’arbre médicinal par excellence ; ses fleurs faisaient déjà partie d’une pharmacopée archaïque) et qui prédit l’avenir : de son liber (ou tille : ainsi désigne-t-on spécifiquement le liber chez cet arbre), on confectionnait une sorte de papier que l’on déchirait ensuite en bandelettes, usitées pour la divination. C’est du moins ce que prétendait Hérodote, historien contemporain des Scythes, dont les énarées, c’est-à-dire les « hommes-femmes » (les eunuques), « pratiquent la divination en se servant d’écorce de tilleul ; ils fendent en trois cette écorce et c’est en entrelaçant les bandes sur leurs doigts et en défaisant l’entrelacement qu’ils rendent leurs oracles ». On peut presque dire du tilleul qu’il est un arbre chamanique, puisqu’il est bien possible que ce peuple nomade à cheval que furent les Scythes, ait hérité d’un lointain passé où ce type de pratiques n’étaient pas étrangères, d’autant plus quand on sait que, à l’instar du bouleau, le tilleul a occupé, en tant qu’arbre météorologique, des fonctions assez semblables. Et l’arbre chamanique rappelle nécessairement l’arbre cosmique, c’est-à-dire l’axis mundis dont tout découle. L’on dit que chez les Saxons, Irminsul aurait pu être un arbre, un frêne, parfois même un tilleul, plus plausiblement une sorte de mat totémique taillé dans le bois de l’un de ces arbres. Et s’il est arbre de vie, « d’autres croyances populaires européennes impliquent même le mythe selon lequel les hommes descendent d’un arbre ; c’est ainsi que, dans la localité de Nierstein, dans le Hesse, se trouvait un grand tilleul ‘qui pourvoyait d’enfants toute la région’ » (4). Il n’y a donc pas lieu d’être surpris de voir cet arbre être placé sous le patronage d’Aphrodite en Crète et en Grèce, mais avant tout sous la houlette de la déesse Frigg, dont les prérogatives – amour, mariage, maternité et divination – embrassent bien mieux le tilleul que ne le fait la belle Dioné.

Il y a, dans le tilleul, une dimension indubitablement festive. A ce titre, il est possible de remonter le fil d’Ariane jusqu’à une belle histoire grecque racontée par un poète d’origine romaine et de langue latine, Ovide. Dans le huitième livre des Métamorphoses, il place dans la bouche d’un de ses narrateurs l’épisode qui met en scène ce vieux couple tranquille, formé de Philémon et de Baucis. Ils accueillent chez eux Zeus et Hermès qui, pour l’occasion, voyagent incognito. Ce couple est la parfaite illustration des vertus de l’aurea mediocratis, qui, en premier lieu, exige que les lois de l’hospitalité soient respectées. Malgré une convivialité toute faite de simplicité, Philémon et Baucis servent à leurs hôtes, dont ils ignorent encore le divin statut, un dîner pour le moins frugal, mais très chaleureux : c’est ainsi que « le repas fut assaisonné par ces manières aimables et cette bonne volonté pleine d’empressement qui donne du prix à toutes choses » (5). Pour les remercier de cela, Zeus et Hermès accèdent à leur requête : Philémon et Baucis, qui vieillissent ensemble, souhaitent aussi être cueillis par la mort dans les bras l’un de l’autre. Ainsi, alors que leurs vieux jours sont déjà comptés depuis longtemps, sentant venir la fin, ils se métamorphosent dans le même temps, l’un à côté de l’autre : Philémon prend l’allure d’un chêne et Baucis, par le signe d’une tendre fidélité, celle d’un tilleul, qui entrelacent leurs feuillages, un peu à la manière de ces arbres aux épousailles, visibles à Lucheux, petit village de la Somme situé à 40 km au nord d’Amiens (6).

Ludwig Knaus, Das kirchweihfest (1883).

L’on sent bien le pouvoir attractif de tels arbres remarquables. Mais sans cela, le tilleul draine derrière lui une telle réputation qu’il ne fut pas rare de voir ses rameaux fleuris, parmi d’autres plantes, composer les bouquets de la Saint-Jean. Théophraste signalait déjà que le tilleul est l’un de ces arbres qui marquent le passage du solstice d’été, parce que, expliquait-il, leurs feuilles se tournent de telle façon. Mais plus qu’à la Saint-Jean/solstice d’été, c’est surtout avec le Premier Mai que le tilleul entretient une forte relation, en particulier dans les pays germaniques où, à cette occasion, il est partout présent et fêté comme il se doit. Parce que s’il est vrai qu’en Allemagne, à proximité des tilleuls, se tenaient les tribunaux et les conseils de villages, il n’est pas moins vrai de dire qu’en ces mêmes lieux, on s’y réunissait aussi pour organiser des banquets, lieux des retrouvailles entre amis, membres de la famille ou encore amoureux. C’est pourquoi, aux valeurs de sagesse, de vérité, d’honnêteté et de sincérité qui représentent symboliquement le tilleul, l’on peut ajouter celles d’amitié et d’affection, le tilleul jouant, comme arbre-fleuve de vie qu’il est, ni plus ni moins que le pivot autour duquel gravitent les fêtes et les danses, rappelant le tanzlinde allemand, autrement dit le « tilleul à danser » : il n’y a pas jusqu’au berger qui, s’étant lavé, se joignait à la danse, « avec veste, ruban et couronnes multicolores, et portant bijoux. Autour du tilleul, il y avait du monde, et tout allait très bien », témoigne Goethe au sujet d’une pratique qui avait encore cours de son temps. L’arbre à danser est parfois aménagé de telle sorte, qu’on construit des échafaudages durables tout autour de lui, parfois sur plusieurs étages, auxquels on accède à l’aide d’escaliers de bois (7). Mais à vrai dire, le plus souvent le tanzlinde est un tilleul isolé à stature imposante, que les places des petits villages du nord de la France, de Belgique, d’Allemagne, de Suisse ou encore de République tchèque connaissent bien. C’est le tilleul de la cour de la ferme également, à l’ombre duquel se tient parfois un banc, où vient s’asseoir, tenant quenouille, la grand-mère filant peut-être les nuages à la manière de la déesse Frigg ; un de ces lieux où l’on tisse aussi d’autres formes de liens, avec les amis ou les enfants qui viennent rejoindre l’aïeule pour qu’elle leur raconte des histoires de l’ancien temps, et dont on ne sait pas toujours pourquoi le récit fait parfois perler une larme sur la joue veloutée de la vieille.

Illustration extraite du Kreüterbuch de Jérôme Bock (1551).

Avoir conçu un élixir de fleurs de tilleul, à l’image des fleurs de Bach, c’est un hommage rendu à ce bel et bon arbre. Celui-ci s’utilise en cas de blocages qui empêchent de donner l’affection à qui en demande ou en nécessite, quand les liens entre les générations se distendent. C’est donc un élixir qui facilite la communication et l’échange respectueux et cordial. De plus, il apporte douceur, calme et protection à ceux qui éprouvent des sentiments d’abandon et de solitude. Il y a assurément du Baucis et du Babitchka dans cet élixir ! Et l’on comprend qu’il ait fallu tirer de cet arbre le réconfort au trouble que parfois il suscite, et que du miel de son cœur, on ait dû en appliquer par couches suffisamment épaisses pour faire baume et adoucir le tourment qui oppresse les poitrines, où s’enterrent les sanglots dans une chape de souvenirs brumeux. Ce qui, immanquablement, va nous ramener auprès d’Andersen et de son Jutland natal. Dans un de ses contes (Une histoire de dunes), le Danois n’a de cesse de faire intervenir le sureau tout en fleur et les grands tilleuls qui embaument, non seulement ces arbres en tant que tels, mais les marques qu’ils ont pu laisser dans la mémoire : « il y avait un rayon de soleil qui venait de cet endroit et le pénétrait, c’était le souvenir du sureau en fleur et des tilleuls » (8). La larme à l’œil et dans le cœur. Je l’ai repérée dans (et entre) les lignes d’autres auteurs qu’Andersen. Ils parviennent à articuler les parfums, la mémoire, la fixation des souvenirs et leur rappel par le biais des odeurs. C’est le cas dans un passage que l’on doit à Louis Ramond de Carbonnière (1755-1827) qui, outre le fait qu’il ait été homme politique, occupait aussi les fonctions de géologue (participant activement à l’exploration des hauts sommets pyrénéens) et botaniste : « Il y a je ne sais quoi dans les parfums, qui réveille puissamment le souvenir du passé. Rien ne rappelle à ce point, des lieux chéris, des situations regrettées, de ces minutes dont le passage laisse d’aussi profondes traces dans le cœur, qu’elles en laissent peu dans la mémoire. L’odeur d’une violette rend à l’âme les jouissances de plusieurs printemps. Je ne sais de quels instants plus doux de ma vie le tilleul en fleur fut témoin, mais je sentais vivement qu’il ébranlait des fibres depuis longtemps tranquilles, qu’il excitait d’un profond sommeil, des réminiscences liées à de beaux jours ; je trouvais, entre mon cœur et ma pensée, un voile qu’il m’aurait été doux, peut-être… triste, peut-être… de soulever » (9). Je vous narrerai tout à l’heure mon histoire personnelle avec le tilleul. A ce niveau-là, entre ma pensée et mon cœur, il n’y a pas de voile, où s’il y en a un, je sais m’y abriter quand, au-dehors, tout chavire et se brise. Plus près de nous, c’est dans un ouvrage d’André Theuriet, que je cite de temps à autre dans mes articles quand c’est nécessaire, que nous allons pouvoir puiser. Sous bois : impressions d’un forestier, sorte de carnets de voyages et de vadrouilles romancés. Le narrateur fait souvent intervenir l’un de ses interlocuteurs, Tristan, poète et ami, qui n’a pas été, tant s’en faut, insensible au charme intime du tilleul : « L’arbre tout entier, dit-il, a je ne sais quoi de tendre et d’attirant […] Va te reposer sous son ombre par une belle après-midi de juin, et tu seras pris comme par un charme. Tout le reste de la forêt est assoupi et silencieux ; à peine entend-on au loin un roucoulement de ramiers ; la cime arrondie du tilleul, seule, bourdonne dans la lumière. Au long des branches, les fleurs d’un jaune pâle s’ouvrent par milliers, et dans chaque fleur chante une abeille. C’est une musique aérienne, joyeuse, née en plein soleil, et qui filtre peu à peu jusque dans les dessous assombris où tout est paix et fraîcheur […] C’est surtout pendant les nuits d’été que la magie du tilleul se révèle dans toute sa puissance. Au parfum des prés mûris, la forêt mêle la balsamique odeur des tilleuls. C’est une senteur moins pénétrante que celle des foins coupés, mais plus embaumée et faisant rêver à de lointaines féeries. Le promeneur annuité, qui traverse les longues avenues et à qui le vent apporte l’odeur des tilleuls, se forge, s’il est jeune, quelque idéale chimère, et, s’il est vieux, repense avec attendrissement aux heures d’or de sa jeunesse. Les jeunes filles accoudées aux fenêtres des fermes sentent dans leur cœur un enivrement inexpliqué, dans leurs yeux des larmes soudaines » (10).
Qui s’est déjà aventuré en Drôme provençale sait ce que sont les Baronnies. Il sait peut-être aussi que certains toponymes – Mirabel-aux-Baronnies, Buis-les-Baronnies – rappellent un peu où nous sommes. Dans cette dernière localité, charmante petite bourgade située à l’est de la vauclusienne Vaison-la-Romaine, s’est perpétuée pendant près de deux siècles, la foire annuelle du tilleul, et dont la dernière édition s’est tenue en 2003. Depuis, il ne s’agit plus d’un marché, mais l’événement a su conserver un côté festif. Voyez, dès qu’il est question du tilleul !…
Je ne me souviens pas de m’être jamais rendu, en mes plus jeunes années, à Buis-les-Baronnies lors d’une de ses foires. Il faudrait, pour cela, que j’interroge une mémoire plus ancienne que la mienne, mon grand-père, 101 ans cette année. Il saura me dire, lui. Je vais donc, en attendant, appeler à l’aide Frigg ou Babitchka, afin qu’elles m’aident à remonter le fil de mes souvenirs.
Chez mes grands-parents, à 800 m d’altitude, il n’y avait plus de vignes, depuis longtemps arrachées, ni oliviers, foudroyés par le gel extrême de l’hiver 1956. Mais, des tilleuls, ça, il y en avait, oui ! De l’époque dont je vous parle, la fin de l’année scolaire, et les grandes vacances qui suivaient, n’étaient pas aussi tardives qu’aujourd’hui : c’est grâce à une simple question de calendrier qu’il m’a été donné de me rendre chez mes grands-parents dès les tous premiers jours du mois de juillet, où était annuellement organisée la cueillette des fleurs de tilleul, activité que nous réservions à une seule amplitude familiale. Et encore, n’étions-nous pas nombreux : mon arrière grand-mère, mes grands-parents, mes parents, mes sœurs, ma tante et mon oncle. Soit une petite dizaine de personnes qui allaient s’affairer pendant quelques jours de manière intensive, puisque le tilleul, même en altitude, ne souffre point le retard. Il a besoin du temps qu’on lui consacre, d’espace pour être séché correctement après cueillette et donc d’une main d’œuvre nécessaire et suffisante pour accomplir chaque année ce haut fait. Trois jours. Je crois que c’est ce qu’il nous fallait, à tous, pour cueillir les fleurs de tous les tilleuls qui n’étaient pas si nombreux que ça, mais quand même !
De quoi a-t-on besoin pour la cueillette du tilleul ? Outre l’espace et le temps, il faut des échelles, du style fruitières. Mon grand-père en avait fabriquées de ses propres mains : dans le tronc d’un jeune frêne d’environ dix mètres de haut, il perçait, à intervalles réguliers, des tarières de 4 à 5 cm de diamètre, dans lesquelles il enchâssait les barreaux de l’échelle qui ne comptait donc qu’un seul montant, les barreaux, de part et d’autre, faisant passer l’appareil pour une sorte de peigne géant ou d’arêtes de poisson. La pointe de l’échelle, on la calait en haut entre deux branches et l’on pouvait l’y ficeler si besoin était. Et, au sol, le pied de l’échelle y était fixé grâce à un socle articulé autour d’une rotule. Après cela, il nous fallait une saquette, sorte de sac en toile tubulaire, dont l’ouverture était maintenue grâce à un anneau métallique, fort utile pour que la main qui cueille n’ait pas besoin, à chaque poignée, de chercher l’ouverture du sac passé en bandoulière, et qui vous tapote gentiment la cuisse et le bas de la jambe au fur et à mesure qu’il se garnit du prix et du poids de vos efforts. Une fois la saquette pleine, ce qui n’arrivait qu’au bout de gestes minutieux longuement et patiemment répétés, il nous fallait redescendre l’échelle, tout pareil à un bourdon empégué de nectar ou une abeille alourdie de pollen, pour dévider notre récolte sur un bourras : c’est un morceau de toile de jute de forme carrée (deux mètres sur deux environ), muni d’une patte solidement cousue à chaque angle (à la campagne, le bourras est un instrument précieux, qui sert non seulement au tilleul, mais aussi à la lavande, plus lourde, à la luzerne et au sainfoin, plus lourds encore). On y entrepose le volume de tilleul nécessaire avant de ramener les quatre pattes qui permettent de nouer ce gros baluchon, beaucoup mieux transportable ainsi, jusqu’à l’aire de séchage, claies placées à l’abri de la lumière directe du soleil, mais en des lieux secs et bien aérés : hangars, greniers, etc.
Et ainsi faisions-nous tous le jour, au sein de ce bref espace-temps dans lequel la promiscuité de la chaleur-touffeur sous ombrage avec le bzzz de l’abeille venue là disputer quelques gouttes de nectar ou paillettes de pollen, pouvait aisément faire perdre la tête au premier venu : non pas qu’il devenait fou, mais envisagez bien ceci : vous, le récolteur, êtes enferré au sein d’un globe parfumé qui, de partout, darde ses effluves, comme au cœur d’un gigantesque diffuseur atmosphérique d’arôme. Et vous êtes dans son champ d’action. Comment vous imaginez-vous devenir après quelques heures passées en haut d’une échelle, à cueillir les fleurs de cet arbre qui, si vous n’y prenez pas garde, vous assomment, tant leur parfum enivre et envoûte ? Mais, au bas de l’échelle, il y a la bouteille de limonade toute fraîche que grand-mère vient de sortir du bassin, sonnant l’heure du goûter tout proche, et l’apaisement des esprits. Quelques-uns encore, dont la dextérité et la délicatesse ne sont point trop entamées, s’attardent dans les branches. Alors que le soleil vire à l’ouest en direction de la crête, nous sommes tous là, réunis dans un silence presque total : dans le panier de grand-mère, on découvre le trésor que voile le torchon à carreaux. Il y a des boîtes de sardines à l’huile d’olive, du pain, des tommes de chèvre, de la pâte de coing et de cassis, de la saucisse fermière, des verres et des couteaux. La poussière dorée de l’arbre colle à notre peau. Un criquet stridule. Nous ne sous sentons pas exténués, mais groggy, tant le tilleul est capable de calmer les ardeurs de quiconque et d’imposer la paix. Puis le soir approche. Il nous faut encore aller traire les chèvres qui ne sont guère sorties ces derniers jours, mais que mon arrière grand-mère mène un peu plus bas, vers le ruisseau, chaque fin d’après-midi. Ça carillonne, ça s’impatiente. Nous tendons à chacune un rameau de feuilles de tilleul – elles adorent ça ! – afin de les remercier de leur patience. La traite est bien menée. Une fois achevée, nous laissons grand-mère s’affairer à la fromagerie, tandis que nous autres, vaille que vaille, préparons un frugal repas qui n’est pas sans rappeler celui servi par Philémon et Baucis.
Je n’ai pas, tout comme Theuriet, Ramond et Andersen, les larmes aux yeux à l’évocation de ces moments que parfuma le tilleul. Sa récolte faisait suite à une période urbaine et scolaire. Moi qui haïssais tant l’école que la ville, ne trouvais-je pas autrement mon bonheur qu’au travers de ces longues vacances d’été serties au sein de cette campagne chérie, qui me faisaient presque oublier les brimades des maîtres et les injonctions des professeurs.
Le tilleul, ça n’est pas seulement tout cela. C’est aussi le temps du séchage. Mais il est si simple qu’il n’y a pas lieu d’insister. C’est aussi la sieste passée au sein même de ces greniers où fleurs et bractées de tilleul rendent leurs derniers soupçons d’eau. Sais-tu seulement, lecteur, ce qu’est une sieste, le repos complet et profond qu’elle procure, dès lors que tu la passes sous ce hangar, dans ce grenier, où des milliers et des milliers de fleurs de tilleul sont en train de sécher ? Mais c’est qu’il importait de ne pas s’endormir trop longtemps sur ses lauriers, même une fois le tilleul bien sec, puisque venait ensuite le temps de l’ensachage, puis celui du transport.
Je suis bien incapable de me souvenir du lieu où nous nous rendions pour vendre le tilleul sec en gros (La Motte-Chalancon ? La Charce ?). Y venaient, bien entendu, d’autres que nous, qui pour le tilleul, qui pour la sauge, qui pour le romarin. Pour plus de praticité, nous remplissions de petits sacs de fleurs de tilleul sèches. Les replacer dans les bourras eut été trop volumineux, d’autant que nous nous rendions au marché des simples dans une 4L dont mon grand-père avait ôté la banquette arrière pour gagner un peu en volume. Bien qu’ayant son permis de conduire, ma grande-mère ne conduisait jamais que le tracteur ou sa mobylette. C’était donc à mon grand-père qu’incombait le rôle de mener la voiture à la vitesse du tracteur ! Et moi, à l’arrière, calé entre tout un tas de sacs de tilleul. D’aucuns pourraient se dire que tout cela est bien trop fruste. Alors, on ne sortait pas la voiture pour un oui, pour un non, comme le font beaucoup trop de gens aujourd’hui, mais pour une importante raison participant de l’économie domestique. A faible vitesse, cela laisse largement le temps d’admirer le paysage. Après le coup de feu de la floraison du tilleul, il est bon de prendre un peu son temps pour le mener, une fois sec, à sa dernière destination, avant qu’il ne gagne, avec celui des autres paysans venus de tous les alentours, les grosses centrales d’achat, puis jusque dans ton mug, cher lecteur !
Voir ces sacs de tilleul, si légers, osciller sous le crochet de cette balance romaine au poids massif, c’est quelque chose d’assez mémorable. On s’en souvient d’autant plus quand le marchand annonce et le poids et le prix, qui ne vous semblent absolument pas correspondre au travail accumulé pour en arriver là.

Le tilleul est un arbre assez imposant, dont les essences sont relativement courantes en bien des points d’Europe, tant dans la nature (en forêts de feuillus, de la plaine à la basse montagne), que dans les parcs ou allées où ils sont invités à prospérer. Cependant, du fait d’hybridations, les principales espèces ne sont pas toujours reconnaissables. C’est le cas, par exemple, du tilleul dit commun, vulgaire ou d’Europe, Tilia x europaea dont les parents sont le tilleul à petites feuilles (Tilia cordata ou parvifolia) et le tilleul à grandes feuilles (Tilia platyphyllos ou grandifolia). Cet hybride se reconnaît facilement à ce qu’il porte sur l’avers de ses feuilles des petites cornes rouge vif bien visibles, qui ne sont autres que des galles cornues du tilleul causées par un acarien, Eriophyes tiliae. Nous ne nous attarderons pas davantage sur le tilleul commun. Considérons davantage ses deux parents qui se distinguent presque essentiellement grâce à la surface du limbe de leurs feuilles, dont la forme en cœur est assez semblable d’une espèce à l’autre, de même que leur long pétiole portant des feuilles également vertes, à la différence que celles de Tilia cordata sont glabres et grisâtres en dessous, tandis que celles de Tilia platyphyllos sont couvertes d’un léger duvet recto-verso. Au niveau des inflorescences, c’est kif-kif d’un tilleul à l’autre : on trouve des fleurs très parfumées, de couleur jaune blanchâtre, groupées par trois à cinq, réunies par un pédoncule qui rejoint une large bractée membraneuse de couleur vert pâle, soudée jusqu’à la moitié du pédoncule, et dont la fonction est de faire l’hélicoptère une fois la fructification parvenue à son terme, puisque, comme beaucoup d’autres espèces, le tilleul compte sur la force du vent pour aider les tourniquets tournoyants de ses bractées à transporter les semences aussi loin que possible. C’est ce qui se produit après une floraison très brève, qui s’étale généralement sur une à deux semaines, au début de l’été (elle est plus précoce de quinze jours chez Tilia platyphyllos). Chez l’un et l’autre, les fruits globuleux ne contiennent le plus souvent qu’une seule graine. Leur paroi est fine chez le tilleul à petites feuilles, plus épaisse, plus dure et marquée de cinq côtes saillantes chez le tilleul à grandes feuilles. Ces fruits ont la particularité de ne jamais s’ouvrir : on les dit indéhiscents.
Alors que Tilia cordata est présent un peu partout en France, son cousin se cantonne plutôt à l’Est, au Centre et à l’Île-de-France.
Ces deux arbres possèdent à peu près la même stature : jusqu’à 40 m de hauteur pour un individu isolé poussant sur un sol riche et bien drainé. Mais en général, surtout lorsqu’ils forment des rideaux bien ordonnés le long des routes, leur taille est moindre, comprise entre 15 et 20 m. Sur la question de la longévité, on annonce parfois que le tilleul peut approcher le millénaire ou facilement le dépasser. Il est plus sage de ne lui accorder qu’une durée de vie de 500 ans au grand maximum, quoiqu’on voie en Suisse, dans le canton d’Argovie, un tilleul à petites feuilles – le tilleul de Linn – dont l’âge est estimé entre 500 et 800 ans. En France, le deuxième arbre le plus vieux est un tilleul : c’est la tille d’Ivory dans le Jura, qui a dépassé les cinq siècles d’existence. Plus au nord, dans le département du Doubs, on rencontre, dans la forêt de Chailluz, un tilleul quadricentenaire.

Le tilleul en phytothérapie

Dire qu’il y a quelques siècles en arrière, on ignorait tout de la si simple infusion de fleurs de tilleul, parce que l’homme n’eut tout bonnement pas cette idée magique ! Incroyable ! Il faut dire que les fleurs avaient d’autres fonctions, aussi était-il difficile d’y voir un remède. Pourtant les deux derniers siècles ont donné raison à l’élégante fleur parfumée du tilleul, dont les puristes recommandent de n’en point conserver la bractée, dénuée selon eux de toute propriété, ce qui est exagéré. La bractée ne diminue pas les propriétés thérapeutiques de la fleur, elle les modifie. C’est ainsi qu’on a pu constater que les fleurs accompagnées de leur bractée étaient plus diurétiques, et que celles qui en étaient séparées, s’avéraient, en revanche, davantage antispasmodiques. Depuis, l’on s’est bien rattrapé, et la fleur de tilleul a été étudiée sous bien des coutures. C’est ainsi qu’on a déterminé chez elle la présence de flavonoïdes (dont quercétine, hespéridine et kaempférol), de différents acides (malique, citrique, tartrique et caféique), de mucilage (3 %), probablement pas de saponine, comme cela fut soulevé. Quoi d’autre ? Du tanin (surtout dans les bractées), de la gomme, de la pectine, du sucre et des matières grasses, de la chlorophylle, des acides-phénols et enfin des pro-anthocyanidols. Est-ce bien tout ? Oh non, j’oublie de la vitamine C, et ajoute à mon panier quelques sels minéraux et oligo-éléments (calcium, manganèse, et sans doute d’autres encore), un peu d’anthoxanthine pour la couleur, et… Et ? Eh bien, la raison pour laquelle la fleur de tilleul que l’on mâche toute fraîche, dégage en bouche une saveur mucilagineuse et liquoreuse, trouve son explication par l’intermédiaire d’un parfum intensément doux et mielleux provenant d’une essence aromatique présente en de si faibles quantités (0,02 à 0,05 %), qu’elle pourrait aisément passer pour une simple anecdote. Mais qu’elle existe à l’état de traces ne veut pas dire qu’elle n’en est pas moins réelle, sans quoi le tilleul ne sentirait pas grand-chose (parfois, les plus infimes choses ont le plus grand effet). Quand on observe la liste des hydrolats aromatiques (HA) que tel ou tel producteur propose à la vente, on est parfois fort étonné du fait que leur nombre excède celui des huiles essentielles disponibles. Souvent, on observe des correspondances :

  • HE lavande fine ↔ HA lavande fine,
  • HE néroli ↔ HA fleurs d’oranger,
  • HE romarin officinal ↔ HA romarin officinal,
  • Etc.

Parfois, l’on découvre un HA de sauge officinale ou d’armoise vulgaire, mais sans jamais que ne soient visibles les HE équivalentes (cela s’explique pour des raisons de monopole pharmaceutique). Mais quid des HE de plantain, de cassis, de buis, d’aubépine, de bambou ou encore de tilleul ? Seraient-elles donc sanctionnées par un quelconque autre décret qui en interdirait la vente, et donc l’accès, pour je ne sais quelle obscure raison ? Il demeure que ces hydrolats, dont celui de tilleul, sont tout à fait vendables et accessibles aux consommateurs français sans avoir à montrer patte blanche. Alors ? Eh bien, l’on distille le tilleul à la vapeur d’eau depuis plusieurs siècles, comme on le fait d’autres plantes. Et l’on sait bien qu’à l’issue de la distillation, l’on est censé retrouver deux produits dans l’essencier, l’hydrolat au-dessous parce que plus dense, l’huile essentielle en surface parce que bien plus légère. Qu’en est-il pour le tilleul sur ce point ? Le tilleul n’étant pas une fleur muette, il doit bien être possible de la faire parler, à la seule condition d’exprimer suffisamment d’intérêt pour cette question perturbante : existe-t-il, oui ou non, de l’huile essentielle de tilleul ? La réponse est oui, mais nous ne la trouverons jamais aux côtés des grandes classiques que sont petit grain bigarade, lavande fine et menthe poivrée, en flacons ambrés de 10 ml. Parce que la quantité de fleurs de tilleul à distiller en vue d’en obtenir ce seul petit volume – dix minuscules millilitres – est si proprement extravagant, qu’on ne s’est jamais, me semble-t-il, versé dans cette expérience (cela n’est pas le cas dans mes souvenirs ; j’imagine très mal mes grands-parents oser une chose pareille, à moins d’être fadas !) Dans le Traité de Cazin, j’ai découvert de bien précieuses informations que je vous livre ci-après in extenso : « M. Brossat, pharmacien à Bourgoin [nda : Bourgoin-Jallieu, en Isère], a préparé l’huile volatile de ces fleurs. A cet effet, il a retiré de plus de 50 kg de fleurs de tilleul à peine développées, 40 kg d’une eau chargée d’un principe balsamique analogue à celui des bourgeons de peuplier. En redistillant celle-ci sur 50 nouveaux kilogrammes de fleurs encore moins développées, il a obtenu 20 kilogrammes d’un liquide chargé d’un arôme très pénétrant et très suave, comme le baume du Pérou noir ; il surnageait des globules d’huile volatile d’un jaune doré. Cette eau, placée à la cave, était, au mois de janvier suivant, transformée en une liqueur épaisse, aromatique. M. Brossat éprouva, après en avoir bu, une sorte d’ivresse mêlée d’accablement, de sommeil, et une excitation toute particulière » (11). Des globules. C’est bien ce qu’il dit : « il surnageait des globules » ! Cela prouve bien que la substance aromatique éthérée s’agrège, mais que le rendement si faible ne permet pas l’exploitation à grande échelle de l’huile essentielle de tilleul, plante médicinale dont les débouchés sous forme de tisane – et donc de plante sèche – sont beaucoup plus lucratifs. Le pharmacien dont parle Cazin procède à une redistillation : c’est la technique du cohobage qui peut prendre au moins deux formes :

  • on redistille autant de fois que nécessaire la même eau sur une même matière végétale que l’on ne renouvelle pas à chaque redistillation ;
  • on fait de même mais en changeant la matière végétale à chaque redistillation (c’est que ce fait Brossat dans l’exemple présenté par Cazin : ici, cela semble pouvoir s’expliquer par la fragilité des fleurs de tilleul qui, je pense, ne supporteraient pas de distillations répétées sans rapidement se détériorer).

Dans un cas comme dans l’autre, l’objectif est d’augmenter le rendement. C’est une technique qu’on applique à la distillation de la rose de Damas, entre autres.
Ainsi, dans le cas du tilleul, il est bien trop dispendieux d’envisager une distillation : compter deux fois 50 kg de fleurs de tilleul pour ne, finalement, obtenir que quelques millilitres de son huile essentielle est un jeu qui n’en vaut pas la chandelle. En attendant, le mystère de l’huile essentielle de tilleul est résolu, elle ne disparaît pas par magie à la sortie de l’alambic, bien qu’elle m’apparaisse fort fragile, puisque extrêmement volatile. Voici maintenant, afin de se donner une petite idée de la chose, des chiffres qui concernent l’huile essentielle extraite des fleurs de Tilia cordata :

  • Monoterpénols : linalol (4 %), menthol (3 %), p-cymène-8-ol (2 %), bornéol (2 %), terpinène-4-ol (1 %)
  • Éthers : E-anéthole (8 %), méthyle-eugénol (4 %)
  • Cétones : menthone (3 %), carvone (6 %), géranylacétone (4 %), β-damascénone (4 %), 6,10,14-triméthyl-2-pentadécanone (11 à 20 %)
  • Sesquiterpènes : δ-amorphène (2 %), kaurène (4 %), humulène (1 %), épi-α-muurolol (1 %)
  • Phénols : thymol (3 %)
  • Aldéhydes : lilial (2 %), nonanal (7 %)
  • Alcanes : tricosane (6 à 17 %), heneicosane (3 à 9 %)
  • Acide linoléique : octadéca-9,12-diénoicacide (7 %)

Pour continuer, se charger de la composition biochimique des autres fractions végétales que le tilleul met à la disposition du phytothérapeute, va vite s’avérer moins séduisant. De l’écorce, l’on sait peu de choses, hormis qu’elle contient une suffisante quantité de mucilage pour avoir été qualifiée d’adoucissante et d’émolliente, ainsi qu’un principe amer (la tiliadine), de la vanilline et du calcium. Du côté des feuilles, l’on n’est guère mieux loti : contenant aussi du mucilage, on y trouve du saccharose et du carotène. Avec l’aubier, ce n’est pas non plus la franche rigolade : au menu, tanin, acides-phénols, acides aminés, des glucosides (esculoside, fraxoside). Enfin, derniers mots, puis nous nous arrêterons là sur la question biochimique : dans les semences contenues dans les fruits, on a exprimé entre 30 et 60 % d’une huile végétale dont la qualité, paraît-il, ne le cède en rien à celle de la meilleure huile d’olive.

Propriétés thérapeutiques

FLEUR :

  • Sédative du système nerveux, calmante, hypnotique légère, inductrice du sommeil
  • Antispasmodique
  • Hypotensive, abaisse la tension artérielle, préventive de l’artériosclérose
  • Digestive
  • Diurétique
  • Sudorifique, réductrice des sécrétions nasales
  • Antipléthorique
  • Adoucissante, émolliente, rafraîchissante cutanée, éclaircissante du teint

AUBIER :

  • Draineur hépatobiliaire, stimulant hépatique, régulateur de la sécrétion biliaire, cholérétique, dissolvant de l’acide urique, éliminateur de l’urée et de l’albumine, antirhumatismal, antilithiasique
  • Antispasmodique (?)
  • Hypotenseur (?)

FEUILLE :

  • Adoucissante, émolliente
  • Diurétique (à l’état sec)
  • Hémostatique (à l’état sec)

ÉCORCE :

  • Adoucissante, émolliente

Usages thérapeutiques

FLEUR :

  • Troubles de la sphère pulmonaire + ORL : toux (spasmodique, convulsive), rhume, refroidissement grippal (accompagné de son habituel cortège de délices : maux de tête, frissons fébriles, fièvre, courbature, « mal aux reins »), fièvre intense, bronchite, asthme
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : indigestion, digestion difficile d’origine nerveuse, « mal au ventre » après repas, gastro-entérite chronique, colique, diarrhée séreuse, diarrhée chronique, vomissements d’origine nerveuse
  • Troubles de la sphère cardiovasculaire et circulatoire : éréthisme cardiaque, spasmes vasculaires, palpitations d’origine nerveuse, cardialgie, tension artérielle relative à une artériosclérose, tension artérielle d’origine psycho-nerveuse, hyperviscosité sanguine, hypercoagulabilité sanguine
  • Troubles locomoteurs : crampe, douleur rhumatismale, sciatique
  • Affections cutanées : plaie enflammée et/ou douloureuse, insolation, brûlure, peau flasque, sèche, fissurée, peau à démangeaisons et à impuretés (boutons, etc.), dartre, taches de rousseur, rides et ridules
  • Troubles du système nerveux : stress, angoisse, fatigue, tension et excitation nerveuse (y compris et surtout chez l’enfant), convulsions (y compris infantiles), insomnie, autres troubles du sommeil
  • Migraine, migraine carabinée

AUBIER :

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : digestion lente
  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : hépatisme, lithiase biliaire, colique hépatique
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : albuminurie, lithiase urinaire et rénale, colique néphrétique, oligurie, goutte, rhumatismes, arthritisme
  • Pléthore, cellulite
  • Hypertension
  • Sciatique
  • États migraineux

FEUILLE :

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : diarrhée chronique, gastro-entérite chronique, toutes autres inflammations gastriques ou intestinales
  • Affections cutanées : brûlure, plaie, plaie douloureuse, dartre, dartre vive, furoncle, « clou »
  • Hémorroïdes enflammées
  • Douleur goutteuse
  • Migraine

Modes d’emploi

  • Infusion de fleurs ; décoction concentrée de fleurs (= « eau de beauté » : ça n’est pas tout à fait un hydrolat, plutôt une « eau florale » qu’il faut préparer en petite quantité afin d’éviter qu’elle ne se gâte).
  • Hydrolat aromatique de fleurs : nous en avons parlé, c’est l’eau aromatique résultant de la distillation des fleurs de tilleul à l’aide de la vapeur d’eau. Cette eau distillée peut être utilisée en externe comme bain de bouche et gargarisme, en lotion cutanée, en particulier pour la peau du visage, en utilisation quotidienne, et dans certains cas par voie interne. Par exemple, on peut envisager ce trio d’hydrolats proposé par le docteur Leclerc : HA de fleurs d’oranger ½ part + HA de tilleul ¼ de part + HA de laitue ¼ de part. Ou bien couper la poire en deux – tilleul/fleurs d’oranger – si vous ne trouvez pas d’HA de laitue, plus tellement fréquent, il est vrai.
  • Extrait fluide de fleurs de tilleul.
  • Sirop de fleurs de tilleul (sur une base de décoction concentrée de fleurs).
  • Bain : traditionnellement, on dit qu’un bain chaud additionné d’une forte infusion de fleurs de tilleul assure un prompt endormissement (dans la baignoire ?…) et qu’il est d’autant plus efficace pour amender l’organisme des fatigues qui l’accablent, qu’elles soient d’ordre nerveux ou physique (ou les deux : les rhumatisants sur les nerfs y trouveront très certainement une consolation ; leur entourage également ^.^), qu’il aura été plus longuement prolongé.
  • Décoction de feuilles sèches (assez rarement).
  • Cataplasme de feuilles fraîches.
  • Décoction d’écorce (très rarement).
  • Pommade d’écorce broyée dans l’axonge.
  • Décoction d’aubier.

Quelques suggestions de recettes :

  • Infusion post-prandiale : 20 g de semences d’angélique + 30 g de semences d’aneth + 50 g de fleurs de tilleul ; une cuillère à soupe de ce mélange pour la valeur d’une tasse d’eau (ça peut paraître lourd comme ça, mais l’indigestion, entre autres, ne se chasse pas avec un dé à coudre, et nous ne sommes pas là au niveau de l’infusette de confort). On laisse cela infuser pendant 15 mn, et l’on consomme de préférence après le repas de midi.
  • Infusion en prévention des maladies infectieuses : 20 g de fleurs de tilleul + 20 g de feuilles de fraisier + 10 g de sommités fleuries de thym (ou de serpolet) + 50 g de cynorrhodons ; une cuillère à soupe de ce mélange pour la quantité d’une tasse d’eau, à infuser au moins pendant 10 mn et à absorber le matin et à midi (et à éviter le soir, compte tenu de la haute valeur excitante de ce mélange).
  • Infusion « Dodo, l’enfant do » : 50 g de fleurs de tilleul + 50 g de feuilles d’oranger amer. Une cuillère à soupe de ce mélange pour une tasse d’eau bouillante, à faire infuser 5 mn grand maximum.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • S’il est un remède végétal dont l’innocuité est avérée depuis belle heurette, c’est bien le tilleul. Dans un cas répertorié, il peut être quelque peu incommodant, mais ce n’est jamais de sa faute, puisque c’est à l’opérateur qu’incombe généralement la bêtise de le laisser infuser au-delà des limites raisonnables : la durée d’infusion, je le répète, des fleurs dans l’eau bouillante, ne doit pas excéder 5 mn. Là, on obtient un infusé de belle couleur jaune. Mais lorsque le tilleul demeure trop longtemps dans son eau chaude, il vire petit à petit au rougeâtre. L’on a vu des infusions de tilleul vieilles de quelques heures mener directement – revers de la médaille – à l’insomnie, cet « oubli » ayant révélé un caractère pour le moins très excitant. Passé ce faible écueil, avec le tilleul, il y a un autre problème et pour lequel le pauvre n’y est pas pour grand-chose : l’aubier. C’est-à-dire la couche de bois tendre et VIVANT, située entre le cœur et l’écorce du tronc de l’arbre. Le lui ôter, c’est – désolé de le dire et répéter – tuer l’arbre. Si. Si, si. Et c’est insoutenable. « Malheureusement, cet emploi médicinal a détruit de nombreux tilleuls sauvages (Tilia sylvestris), en particulier dans le Roussillon, dont les tilleuls sont réputés pour cet usage » (12). Et à ceux qui se permettent cette offense, le tilleul réserve une bonne surprise : la décoction d’aubier est une mixture résolument atroce à avaler. Tout ceci est incompréhensible : on nous alerte, nous autres petits Européens, pétris et bouffis de notre suffisance, qu’il est primordial d’œuvrer à la protection d’arbres tropicaux, de remédier par-là au triste sort de tous ces bois de rose et de tous ces santals, ici ou là, à travers la planète, que saccagent des « sauvages ». Certes, l’intention est louable. Mais tout cela ne relève-t-il pas d’une forme de schizophrénie (voire de schizoïdie) ? Celui qui est ici pleure sur le sort d’un arbre lointain qu’il n’a peut-être jamais vu en vrai, mais il est incapable de sourciller dès lors qu’on fait de même juste à côté de sa porte ? Tu sais, la destruction de la biosphère, elle n’a pas lieu qu’en Indonésie. Ainsi, autant de souffrance et pas de moins de destruction – tout cela pour des usages auxquels il est tout à fait possible de substituer d’autres plantes qui n’auront pas tant à en pâtir – est proprement scandaleux. Surtout en cette époque – c’est-à-dire la nôtre – où chaque arbre compte plus que jamais. Aujourd’hui, alors que le tilleul sauvage dit du Roussillon, dont on tirait principalement l’aubier médicinal, a été dévasté, il est proposé à la vente l’aubier du Tilia platyphyllos, non pas sauvage, mais de culture biologique. Et je ne vois pas ce que ça change : l’arbre n’en est pas moins abattu.
  • Récolte : selon les régions (latitude, altitude et exposition sont des données importantes à prendre en compte), on cueille les fleurs de tilleul à cheval sur les mois de juin et de juillet, lorsqu’elles sont à peine ouvertes, ce qui exige une observation minutieuse au préalable, puisque cette fragile et précieuse matière végétale ne peut souffrir d’être abordée à la légère. Bien entendu, le temps doit être au sec au moment de cet acte qui n’est plus seulement une récolte mais quasiment une cérémonie. De plus, il faut se tenir prêt, une telle opération n’acceptant aucune place à l’improvisation. C’est-à-dire qu’il faut mettre à disposition le matériel et surtout la main-d’œuvre, sachant que, à cette époque de l’année, la chaleur est parfois telle qu’elle peut rapidement accélérer le cours de la floraison et donc gâter une partie de la récolte. La fenêtre d’action est assez brève, trois à cinq jours la plupart du temps. Notez également que Tilia platyphyllos est plus précoce d’environ deux semaines par rapport à Tilia cordata, information assez capitale qui peut avoir son importance.
  • Le séchage, de même que la récolte, ne peut attendre. Il n’est pas possible d’imaginer laisser à l’abandon un bourras bourré de tilleul, au risque qu’une sorte d’échauffement, de fermentation presque, ne se produise. Il faut donc placer les fleurs en couche mince sur des claies bien ajourées et, une fois installées, ne plus les toucher, pas même pour les remuer. Selon le volume de tilleul à faire sécher, cela nécessite parfois d’énormes surfaces allouées à cette tâche. Ceci est encore un point auquel il faut bien avoir réfléchi en amont, bien entendu. Quant à la conservation, elle s’opérera au sec et à l’ombre.
  • Cazin écrivait que « toutes les parties de ce précieux végétal sont utiles aux arts et à l’économie domestique » (13). Considérant l’ensemble de ses autres fonctions, l’on ne peut que donner raison au médecin calaisien :
    – Le bois de tilleul, autrefois objet du minutieux travail du charbonnier, intervenait au XIX ème siècle surtout, dans l’élaboration du charbon de Belloc par exemple (à ce titre, je n’en dis pas davantage ici, et vous laisse la liberté de consulter l’article rédigé l’année dernière au sujet du Carbo ligni). De ce charbon, l’on tira aussi du fusain pour que l’artiste puisse esquisser et de la poudre à… canon, pour que l’artilleur puisse tirailler. Je crée ou je détruis. On a toujours le choix.
    – Ce même bois, lorsqu’il n’est pas réduit à l’état de pulvérulence noire comme du goudron, s’avère facile à travailler et se trouve utile au sculpteur, au tourneur, ainsi qu’au layetier, c’est-à-dire l’artisan qui fabrique des coffres, des caisses et des boîtes d’emballage.
    – Sur le bois, l’écorce : apprêtée de telle manière, on parvint à en tirer des cordes, des nattes et de la toile.
    – Dans les branches, les feuilles : âgées, elles représentent, sans mal, le délice des vaches, chèvres et moutons, qui goûtent là un bon fourrage. Si le cœur vous en dit, n’oubliez pas que les petites feuilles toutes jeunes du tilleul sont comestibles, même crues ! Cela, c’est lorsqu’on a le luxe de se permettre une récolte printanière. Dans d’autres circonstances, certains n’eurent pas d’autre choix que de chercher à tirer un assez maigre profit des feuilles de tilleul. Ainsi, Léon Binet expliquait-il qu’en 1940, alors que l’Allemagne nazie cherchait à affamer le peuple de France, on eut l’idée de fabriquer à l’aide de feuilles de tilleul sèches, une poudre que l’on mélangeait à de la farine d’orge ou de sarrasin, ce qui permettait de confectionner du pain, des galettes et des gâteaux. Selon Henri Leclerc, ce palliatif suffisamment azoté, était « capable de combattre les méfaits d’une sous-alimentation carnée ». En Suède, c’est avec l’écorce moulue qu’on fabriquait du pain, non sans l’avoir mêlé à de la farine de froment ou d’orge.
    – Ce que nous venons de dire à propos des emplois alimentaires étonnants du tilleul s’explique par la grande douceur dont cet arbre est capable : cette nature, on l’entrevoit indirectement à travers le miel de tilleul tout d’abord (même s’il n’est pas le fait du seul tilleul). Mais aussi via quelques autres points bien moins connus : nous avons dit plus haut que les semences du tilleul, logées dans ces fruits qui ne s’ouvrent jamais, même lorsqu’ils sont secs, contiennent 1/3 à 2/3 de leur poids d’huile végétale. Dans le courant du XIX ème siècle, on s’ingénia à les triturer de telle façon que, en y ajoutant du sucre, on parvint à en modeler quelque chose qui fut présenté comme un ersatz de chocolat, et qui fut bien rapidement oublié, puisque n’étant pas assez rentable pour en envisager l’exploitation en grand (cela signifie aussi que si l’on souhaite s’engager dans cette entreprise, il faut des fruits, et que si, du tilleul, l’on en veut les graines, l’on n’en aura pas les fleurs ^.^). D’autres aventuriers tentèrent même de torréfier le fruit entier pour voir s’il pouvait offrir quelque chose de semblable au café, mais cela ne fut pas, non plus, suivi d’effet. Enfin, celles et ceux qui souhaiteraient un sucre pour leur café, doivent savoir qu’on tirait du tronc du tilleul une sève suffisamment sucrée, produisant, à l’aide de procédés techniques assez élaborés, de la moscouade, c’est-à-dire du sucre brut coloré par de la mélasse, du sucre brun, etc. Mais là encore, de même qu’avec l’huile essentielle de fleurs de tilleul, les rendements s’avérèrent bien trop insuffisants pour envisager une exploitation à large échelle de la sève édulcorée du tilleul.
  • Précaution : le tilleul possède une action sur le système de régulation commandant les glandes sudoripares et le système immunitaire, ce qui en fait un allié de choix en cas d’états fébriles et/ou grippaux. Cependant, il est bon de ne point abuser du tilleul, car à la longue il peut affecter le système de thermorégulation du corps. On sait que le tilleul est sudorifique. En cas de fièvre, il est bon de transpirer, parce que c’est grâce à la sudation que l’organisme parvient à évacuer les excédents de chaleur. Ainsi, lorsque vous êtes fiévreux, ne faites pas l’erreur de boire froid, voire glacé, pensant faire chuter la température. Un liquide ingéré froid oblige l’organisme à un travail supplémentaire pour le réchauffer à la température du corps, ce qui augmente obligatoirement la sensation de chaleur au lieu de l’étouffer. Il importe donc d’ingérer un liquide dont la température est proche de celle du corps.
  • Autres espèces : le tilleul noir (Tilia americana), le tilleul argenté (Tilia argentea ou tomentosa), etc.
    _______________
    1. Teil et til sont des mots de vieux français encore lisibles dans de nombreux toponymes.
    2. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 934.
    3. Michèle Bilimoff, Les plantes, les hommes et les dieux, p. 33.
    4. Mircea Eliade, Traité d’histoire des religions, pp. 307-308.
    5. Ovide, Les Métamorphoses, Livre VIII, p. 310.
    6. Il s’agit bien de deux tilleuls distincts, non d’un tilleul au tronc double.
    7. Pour en savoir davantage sur les arbres à danser, je vous suggère la visite de ce petit site très bien fait.
    8. Hans Christian Andersen, Contes, pp. 279-280.
    9. Cité par Alain Corbin, Le miasme et la jonquille, p. 125.
    10. André Theuriet, Sous bois : impressions d’un forestier, pp. 51-52.
    11. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, pp. 953-954.
    12. Gérard Debuigne et François Couplan, Petit Larousse des plantes médicinales, p. 200.
    13. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 953.

© Books of Dante – 2020

Arbre exceptionnel, la tille d’Ivory.

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