La vanille (Vanilla planifolia)

En 1529, un missionnaire franciscain du nom de Bernardino de Sahagun (1500-1590) se trouve au Mexique. Précurseur de l’ethnologie, cet homme a beaucoup fait pour nous rendre compréhensibles la culture et la société aztèque d’alors. C’est ainsi qu’il nous apprend que le tlilxochitl – vanille en langue nahuatl – jouait un rôle d’aromatisant de boissons cacaotées. Cultivée dans les plaines bordant les côtes du golfe du Mexique, la vanille se présente sous la forme d’une liane souple, faiblement ramifiée, portant des feuilles alternes, planes, en forme d’ovale pointu, aux nœuds de laquelle naissent des racines adventives qui, s’élançant en direction du sol, sont suffisamment longues pour y puiser les éléments essentiels à son existence. Parce que, oui, la vanille est une « monte-en-l’air », juchée parfois à près de dix mètres du sol, se servant des arbres comme tuteur. Cette orchidée grimpante porte des fleurs groupées à l’aisselle des feuilles. Généralement de couleur blanches, vertes ou jaunâtres, elles possèdent la particularité de devoir faire appel à un agent extérieur pour assurer leur pollinisation, des abeilles du genre Melipona ou des oiseaux-mouches, au choix. Cela n’est qu’à cette seule condition que la vanille fructifiera, formant des capsules vertes et cylindriques de 15 à 25 cm de longueur, ce que nous appelons improprement « gousses », un terme renvoyant au nom même de la vanille, issu de l’espagnol vainilla, diminutif de vaina, « gaine », « fourreau », un mot provenant du latin vagina. Pour une plante aphrodisiaque, orchidée qui plus est, c’était bien trouvé.

Au XVI ème siècle, la vanille fit partie du contingent de plantes nouvelles, parmi lesquelles nous trouvons la tomate, la pomme de terre, le haricot, le tabac, etc., que l’on ramena en Espagne. Cependant, les Espagnols constatèrent rapidement l’impossible acclimatation de cette liane tropicale sur le sol européen. Cela ne découragea pas les botanistes, par exemple, Charles de l’Escluse en fit la première description en 1602. Un siècle plus tard, Nicolas Lémery « en donna une figure, d’ailleurs assez médiocre, évoquant plutôt l’image de vulgaires haricots grimpant à l’assaut le long d’un échalas » (1). C’est bien là l’inconvénient de représenter une plante n’ayant jamais été observée in situ. Mais, c’est encore grâce aux Espagnols que cet écueil pourra être franchi. En effet, en 1721, la réussite d’un essai de culture de la vanille à Cadix en permettra une plus juste description, d’autant qu’à cette époque, le monopole du Mexique sur la vanille reste d’actualité, la propagation de la plante à d’autres zones géographiques ne prendra effet qu’au XIX ème siècle, et encore, pas sans quelques inconvénients. L’insecte naturellement pollinisateur de la plante n’ayant pu être acclimaté à la Réunion, on fut dans l’obligation de procéder à une pollinisation artificielle selon un procédé imaginé par un jeune Réunionnais du nom d’Edmond Albius en 1841. Passée l’étape de la fécondation manuelle, le travail ne s’arrête pas là pour obtenir les gousses brun noirâtre telles que nous les connaissons, parce que, récoltées au bout de six à quatorze mois, les capsules de vanille sont encore vertes et surtout parfaitement inodores !… Une fois cueillies, les gousses subissent un traitement thermique dont l’objectif est d’en interrompre la maturation. Ensuite vient l’épreuve de la fermentation par étuvage. Enfin, une phase de séchage permet aux gousses de revenir à un taux d’humidité compris entre 25 et 35 %. Tout cela a pour conséquence d’amollir, de flétrir et de noircir les gousses, en même temps que s’opèrent des modifications biochimiques et aromatiques en leur sein. Cela n’a pas eu d’effet dissuasif sur l’homme si l’on en juge par les nombreuses zones du globe qui accueillirent la culture de la vanille : l’Amérique du Sud, l’Afrique, les Antilles, l’Asie du Sud-Est, l’océan Pacifique et l’océan Indien.

Nous ne saurions clôturer cette première partie sans évoquer l’élixir de Garus. De Garus, l’on connaît aujourd’hui encore davantage l’élixir qu’il a cédé à la postérité que l’homme lui-même. A son sujet, les informations étant pour le moins contradictoires, nous ne nous y attarderons donc pas. En revanche, des prospectus datant du XVIII ème siècle nous vantent cet élixir en des termes pour le moins dithyrambiques. Il avait pour effet de « fortifier la Nature, conserver la santé, la maintenir et la rétablir » (2). Insistant sur le caractère universel de cet élixir, la réclame de l’époque proclamait l’utilité et l’intérêt de cette originale boisson dans des affections aussi variées que la dysenterie, la rougeole, l’apoplexie, la léthargie, etc., ce qui n’est pas rien, bien que sensiblement exagéré. Mais comme rien ne se fait de rien, au-delà de la poudre aux yeux qu’on cherche à nous faire miroiter, il est aisé de savoir, si on le veut bien, que l’élixir de Garus est d’inspiration paracelsienne. C’est ainsi qu’ont en commun ces deux préparations la myrrhe, le safran et l’aloès, mais bien évidemment pas la vanille que, probablement, Paracelse ne connaissait pas. Si les pouvoirs superfétatoires qu’on a prêté à l’élixir de Garus ne font plus autant d’émules qu’autrefois, il peut faire, comme le relate Leclerc, « bonne figure comme liqueur de table » (3), ce que ne désapprouverait pas le regretté Jean-Marie Pelt qui ne connaissait « aucun apéritif qui puisse lui tenir tête » (4). Outre les ingrédients cités ci-dessus, cet élixir contenait aussi de la cannelle, des clous de girofle, de la muscade, de l’eau de fleur d’oranger, du sucre et, donc, un soupçon de vanille dont on peut douter que l’usage fut simplement thérapeutique.

La vanille en phytothérapie

Il va de soi que la sur-représentation de la vanille dans les domaines de l’industrie de la parfumerie et de la gastronomie n’a laissé que peu de place à la phytothérapie. Cependant, nous pouvons tout de même en dire quelques mots.
Tout d’abord, évoquons un aldéhyde aromatique plus connu sous le nom de vanilline. C’est lui qui, parfois cristallisé, forme à la surface des gousses ce que l’on appelle le « givre de la vanille ». On a longtemps cru que la vanille devait son parfum à un dérivé benzoïque ou à la coumarine avant que soit mise en évidence la vanilline dans le courant du XIX ème siècle, ainsi qu’un autre aldéhyde aromatique, le pipéronal à parfum d’héliotrope.

Propriétés thérapeutiques

  • Stimulante, aphrodisiaque
  • Antiseptique
  • Modificatrice des sécrétions bronchiques, expectorante

Usages thérapeutiques

  • Bronchite chronique, catarrhe bronchique, trachéite, toux du fumeur
  • Dyspepsie, flatulence
  • Asthénie physique et psychique, convalescence

Modes d’emploi

  • Alcoolat
  • Teinture
  • Extrait pur (sous forme liquide, tel que proposé par la gamme Valnet, l’extrait mou, sorte d’absolu, étant réservé à la parfumerie)

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • La vanille, en excès, peut provoquer des maux de tête. C’est d’ailleurs à ce type de désagrément que sont exposées les personnes restant longtemps en contact avec la plante, en particulier les cueilleurs. Cette affection connue sous le nom de vanillisme peut également provoquer des troubles gastro-intestinaux ainsi que de l’urticaire, en raison de moisissures se développant sur les gousses de vanille, lesquelles attirent un petit acarien agissant comme le sarcopte de la gale. Mais cela reste avant tout une maladie professionnelle.
  • Parfumerie : Guerlain, Cartier, Calvin Klein sont quelques-uns des parfumeurs qui font entrer la vanille dans la composition de certains de leurs parfums.
  • Alimentation : confiserie, liquoristerie, pâtisserie, etc. Nombreuses sont les branches de l’art culinaire qui font appel à la vanille.
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    1. Henri Leclerc, Les épices, p. 40.
    2. Henri Leclerc, En marge du codex, p. 92.
    3. Ibidem, p. 93.
    4. Jean-Marie Pelt, Les vertus des plantes, p. 135.

© Books of Dante – 2017