Le silène enflé (Silene vulgaris)

Cette plante vivace commune d’une cinquantaine de centimètres maximum possède un feuillage glabre, des feuilles opposées, assez petites, pointues, assez proches de celles de la mâche, mais c’est la couleur vert glauque des feuilles de silène qui le distingue de cette dernière.
Les tiges portent des inflorescences groupées dont les fleurs périphériques possèdent un plus long pédoncule que les fleurs internes. Les unes comme les autres sont profondément découpées (elles ressemblent en cela à certains œillets), comptent cinq pétales blancs qui exhalent une douce odeur et ont la particularité de ne s’ouvrir que le soir. La floraison se déroule entre mai et septembre. Les calices dans lesquels s’insèrent les fleurs sont ovoïdes, également glabres, nervurés et veinés, teintés de jaune-verdâtre ou de rose-violacé.

Bien qu’il préfère les sols calcaires et drainés de préférence, on trouve le silène assez facilement, aussi bien en plaine qu’en montagne (jusqu’à 1800 m) : jardins, pelouses, prairies, haies, sous-bois très clairs, terrains vagues, bordures des routes, dunes, rochers, éboulis, friches, landes, fourrés forment l’ensemble de son aire de répartition.

Les feuilles et les jeunes pousses sont comestibles et se consomment en salade ou comme légume. Au-delà de cette prime verdeur, elles deviennent dures et amères. Dans certaines régions d’Italie (Vénétie et Frioul), le silène est considéré comme aromate : haché menu, il aromatise les plats de fruits de mer et de crustacés, par exemple. Une confusion est possible avec d’autres silènes tels que le silène penché (Silene nutans) ou le silène blanc (Silene alba), mais ces deux espèces sont également comestibles, aussi, pas de souci à se faire.

Quand le calice est sec, il est utilisé comme un petit sifflet. En revanche, quand il est encore vert, il joue le rôle de pétard si on le fait claquer sur la main, d’où ses surnoms de claquet et de claquot.
Lorsqu’un garçon fait claquer un silène sur le front d’une jeune fille, il lui signifie là son amour, ce qui n’est ni gracieux ni délicat (rien n’empêche la demoiselle de l’envoyer sur les roses le cas échéant…). La relation du silène à l’amour reste, au demeurant, fort étrange, Silène étant ce satyre mythologique qui passe le plus clair de son temps en état d’ivresse (qui n’a pas grand-chose à voir avec celle que peut parfois susciter l’ardeur amoureuse). Cependant, notons la ressemblance entre le silène enflé et le ventre proéminent de ces créatures aux mœurs bien particulières que sont les silènes. Dans ce cadre, nous sommes fort éloignés de la dimension symbolique que le Moyen-Âge attribua au silène, une fleur simple et gracile représentant une certaine idée de la mélancolie, cette disposition à la tristesse qu’il est difficile d’entrevoir à travers sa réputation de claquet. Tout au contraire, il fait figure d’ornement : il apparaît sur les enluminures (c’est ainsi qu’on le croise dans les pages des Grandes heures d’Anne de Bretagne ; cf. illustration ci-dessous), les ouvriers du textile l’insèrent dans les tissus qu’ils confectionnent, on décèle encore sa présence comme motif floral sur certains tapis mille-fleurs. Il est tant apprécié en fin de Moyen-Âge, qu’on en vient même à le surnommer « compagnon blanc ».

© Books of Dante – 2018