La sauge officinale (Salvia officinalis)

Crédit photo : Pescalune photography

Synonymes : grande sauge, sauge de Catalogne, herbe sacrée, thé de Grèce, thé de France, thé d’Europe, etc.

Reine des plantes médicinales, panacée, herbe sacrée, qu’a donc fait la sauge pour mériter un renom aussi élogieux ? Tout d’abord, elle figurait parmi de nombreux autres ingrédients dans le kyphi des anciens Égyptiens qui remarquèrent aussi que son suc administré aux femmes stériles les rendait fertiles et permettait à celles qui étaient enceintes de ne pas concevoir avant terme. Du temps des Ramsès, déjà bien connue, la sauge étendit son hégémonie à la Perse et à l’Europe. Cela signifie qu’il y a environ 3000 ans, la sauge avait déjà partie liée avec le médical et le spirituel, et l’Antiquité gréco-romaine ne lui dénigrera pas ces deux prérogatives. Pour la Grèce et la Rome antiques, l’herba sacra est une panacée, c’est-à-dire un remède universel propre à être employé en toutes circonstances. C’est elle que l’on récoltait ablutions faites, en état de pureté que soulignait le port d’une tunique blanche, et les pieds nus, après avoir procédé à un sacrifice. Cette sauge, elle-même offerte aux divinités, faisait partie des ingrédients de base de rituels aussi bien funéraires que magiques. Il est même accordé à la sauge une origine surnaturelle. Selon une légende, Zeus fut élevé par la chèvre Amalthée, auprès d’un buisson de sauge qui aurait conféré au lait caprin un pouvoir divin. Dans ces circonstances, l’on ne peut guère s’étonner que l’étymologie attribue à la sauge deux sens bien distincts : le latin salvia se scinde en deux origines : de salvare, « sauver, guérir » et de salvus, « sain ». La sauge est donc une plante guérisseuse et assainissante. C’est là faire référence à ses qualités de remède médicinal d’une part, d’autre part à sa capacité à entrer en connexion avec un domaine plus spirituel. Nous verrons, au fil de cet article, que ces deux notions demeurent souvent indissociables.

Les Grecs considérèrent la sauge si tonique et stimulante, qu’elle était interdite aux athlètes sur les stades, à croire que la lutte antidopage ne date pas d’hier. A ce titre, Pline remarquera cette faculté, écrivant que « le voyageur qui porte de l’armoise et de la sauge attachées sur lui ne craint pas la fatigue ». Hippocrate et Dioscoride mentionnent une sauge dont le même Pline rapportera les usages : « nos herboristes d’aujourd’hui nomment elelisphakos en grec et salvia en latin une plante semblable à la menthe, blanchâtre et odorante ». Mais il n’est pas impossible que l’elelisphakos des Grecs ne soit pas, en définitive, la sauge officinale dont Paul-Victor Fournier nous rappelle qu’elle est assez rare en Grèce. Sans doute s’agit-il d’une espèce cousine, puisque Hippocrate l’indique dans la recette d’un breuvage destiné à soigner les affections de la matrice et la diarrhée, alors que Dioscoride, puis Galien, mentionne plusieurs de ses propriétés : tonique, stimulante, diurétique, astringente, emménagogue et abortive, toutes qualités dont la sauge officinale peut s’enorgueillir.

Les Celtes, eux non plus, n’ignorèrent pas la sauge. Ils y accordèrent même une grande importance, puisque d’un point de vue médicinal, les druides employaient cette plante contre la fièvre, la toux, les rhumatismes, les névralgies, la paralysie, l’épilepsie, ainsi que pour favoriser la fertilité des femmes et l’accouchement. Elle passait aussi pour ressusciter les morts ; fréquemment ajoutée à l’hydromel et à la cervoise, elle permettait aux druides de se placer en condition « prophétique », c’est-à-dire en état de conscience modifiée, afin de prédire l’avenir et de communiquer avec l’au-delà. Ceci est d’autant plus valable que, depuis, l’on sait l’action de la sauge officinale au niveau d’un chakra, celui du troisième œil, permettant calme et clarté, incitant à la sagesse (sage, en anglais, signifie autant sauge que sage) et donc au savoir. « Ainsi s’explique en particulier la faculté qu’on lui a prêtée de favoriser la conception, puisque c’est de l’au-delà, du royaume des morts, des ancêtres, que proviennent les âmes des enfants à naître […] Si elle ne ressuscite pas les morts, la sauge a bien le pouvoir de rendre la vitalité à ceux qui ont perdu jusqu’au goût de vivre, et aussi de faciliter la transmission de la vie » (1).

Énoncer que le Moyen-Âge est l’âge d’or de la sauge n’est pas peu dire. Naturellement inscrite au Capitulaire de Villis, elle bénéficia donc de la protection des empereurs carolingiens. Walahfrid Strabo, abbé du monastère de Reichenau, lui dédie même une place d’honneur dans son Hortulus (827), lui conservant, en le latinisant, son antique nom grec. De l’elelifagus, il dit ceci : « L’expérience la montre remédiant à plusieurs maladies des hommes, elle mérite donc la verdeur de son éternelle jeunesse » (2), paroles élégiaques édictées à une époque où les bénédictins se chargèrent d’en développer la culture dans les jardins de simples, indispensables dans tout bâtiment ecclésiastique. Et cette expérience, à laquelle Strabo fait référence, est riche et vaste. Macer Floridus en fait un remède diurétique, hépatique, antitussif et emménagogue, précisant que « broyée et appliquée sur la plaie, elle neutralise l’effet des morsures venimeuses, et cicatrise les blessures saignantes » (3). Arnaud de Villeneuve la conseille, également broyée, additionnée de sel et de poivre, comme pansement odontalgique. Platearius ajoute qu’elle « conforte, dégage et chasse les humeurs », ce que ne désapprouve pas le Grand Albert, affirmant que la fumigation de l’alentour des maisons en temps de peste est profitable, conseil qui sera repris plus tard dans le Petit Albert présentant la recette d’un « baume excellent pour se garantir » de cette maladie extrêmement contagieuse et mortelle. La sauge, c’est aussi l’un des ingrédients du vinaigre des quatre voleurs dont la légende veut qu’il leur servait de préservatif contre la peste, afin de plus sûrement dévaliser les maisons abandonnées des pestiférés. Quant à Hildegarde et sa Selba, c’est plus qu’une histoire d’amour tant la sauge est présente dans les écrits de l’abbesse, comme remède du corps bien entendu (inappétence, diarrhée, mauvaise haleine, douleurs gastriques, toux, fièvre, hémorroïdes, douleur goutteuse, céphalée d’origine digestive, léthargie, insomnie, paralysie, contusion, etc.), mais aussi comme soulagement de l’esprit : non seulement la sauge « dessèche » la mélancolie, mais elle apaise la colère, « la chaleur sèche de la sauge redonne force aux humeurs que la colère a détruites » (4).
Dès qu’il est question de la sauge médiévale, il est impossible de passer sous silence le très célèbre aphorisme de l’école de Salerne qu’aucun livre portant sur les plantes médicinales n’omet de mentionner : Cur moriatur homo cui salvia crescit in horto ? Oui, pourquoi mourrait-il, celui qui cultive de la sauge dans son jardin ?, s’interroge-t-on du côté de cette cité de Campanie. Très souvent, dans les livres et sur Internet, on ne trouve que ce premier vers, celui que Cazin, comme tant d’autres, se contente de citer, avant d’ajouter « qu’il n’y a de meilleur remède contre la mort » (5), ce qui est une lecture complètement fausse de cet aphorisme, puisque le deuxième vers nuance très fortement le premier : Contra vim mortes non est medicamem in hortis (Contre la force de la mort, il n’existe aucun médicament dans les jardins). Et la suite, que nous donnons, est d’une limpidité à toute épreuve. Par sa seule lecture, l’on ne risque guère de se tromper : « Oui, nos jours sont bornés ; aux regrets, insensible, la mort doit, tôt ou tard, en terminer le cours. Vouloir l’éterniser, c’est vouloir l’impossible ; n’y songez point. A cela près l’usage de la sauge a d’excellents effets. Pour raffermir la main tremblante, pour conforter les nerfs, la sauge est excellente ; et d’une fièvre aiguë elle arrête l’accès […] L’usage de la sauge est si grand, qu’il est bon d’en avoir en toute maison. Aussi dans la langue latine, son nom du mot sauver tire son origine ». L’erreur commise par Cazin (il n’est pas le seul à l’avoir faite, on la rencontre encore dans des ouvrages bien actuels) sur le sens réel des paroles salernitaines lui fera écrire que « pour faire tomber les meilleures choses dans le discrédit, il suffit d’en faire un éloge outré. Ainsi la sauge, grâce à la sentence de l’école de Salerne, fut condamnée par le scepticisme à un oubli non mérité » (6). Où l’on constate qu’une lecture liminaire et superficielle de l’aphorisme que Salerne consacre à la sauge ne peut que donner naissance à des conclusions pour le moins erronées. Si, comme le pense Cazin, la sauge a été, pendant un temps, écartée du rang des plantes médicinales, ça n’est pas tant à l’école de Salerne qu’on le doit, mais à ceux qui ont compris de travers son message. Dont ce même Cazin ! Incroyable, n’est-ce pas ? Donc, une paire de lunettes et un peu de bon sens permettent d’éviter de faire l’erreur consistant à lire le contraire de ce que l’école de Salerne affirmait au sujet de la sauge, qui, non, n’est pas un remède contre la mort. La valeur de la sauge, tout au contraire, est plus proche de ce qu’en dit le docteur Bernard Vial : elle « réconcilie l’homme avec sa propre nature : elle lui permet de retrouver la mesure, c’est-à-dire de se souvenir qu’il n’est pas un dieu et possède des limitations » (7). N’est pas Zeus qui veut.

A la Renaissance, l’éloge dithyrambique de la sauge, loin de s’essouffler, se perpétue. Mais c’est surtout au XVII ème siècle que la sauge jouit d’une excellente réputation, tout d’abord à la cour du roi Louis XIV qui prenait chaque soir, d’après Saint-Simon, une infusion de sauge et de véronique, ainsi qu’auprès de Christian-François Paullini (1643-1712), médecin allemand qui consacra à la sauge une monographie de plus de 400 pages en 1688. Puis vinrent Lémery et Van Swieten. Le premier des deux dira des sauges qu’elles « sont céphaliques, nervales, hystériques, stomacales, résolutives, apéritives. On s’en sert pour la paralysie, pour la léthargie, pour l’apoplexie ». Quant au second, il sera le premier à faire de la sauge une utilisation systématique au regard de ses propriétés antisudorifiques. En effet, le vin de sauge dont il se servait supprimait les sueurs nocturnes des malades et des convalescents, action d’un grand secours car elle est rapide, se manifestant seulement deux heures après ingestion et se poursuivant plusieurs jours après l’arrêt des prises. Van Swieten remarqua également l’efficacité de la sauge pour tarir la lactation. Et, comme le soulignait déjà Hildegarde, la sauge assèche. Très « Terre », elle s’oppose à bien des écoulements (hémorragies, pertes utérines, catarrhe, leucorrhée, sécrétion lactée, sueur, etc.). Ce n’est que bien plus tard, au XX ème siècle, que la sauge retrouvera un regain de verdeur au sujet de l’une de ses antiques prescriptions : la sauge est une plante de la femme, de la sage-femme également, une femme pleine de sagesse. C’est le docteur Leclerc qui en fera la remarque à une époque où l’on mit en évidence que la sauge contenait des hormones végétales : des phyto-œstrogènes. Ainsi, des milliers d’années d’usages gynécologiques de la sauge furent confirmés scientifiquement. C’est réellement une plante féminine, tant elle accompagne tous les âges de la vie d’une femme : puberté, conception, accouchement, préménopause, ménopause. N’est-ce pas la sauge que Pte San Win, la Femme Bison Blanc, apporte aux femmes des tribus lakota ? Cette sauge, qui n’est pas l’officinale mais la blanche (Salvia apiana), constituait, avec le tabac, le cèdre et le foin d’odeur le quadrige sacré de bien des tribus amérindiennes. Généralement, les sauges (sclarée, officinale, blanche) possèdent des vertus purificatrices très puissantes. Chez les Amérindiens, la plante brûlée permettait d’écarter les démons, les entités du bas astral et autres « ondes négatives ». Elle était aussi couramment employée lors de la cérémonie de l’Inipi qui se déroulait sous une hutte de sudation : « Il fait très chaud dans la loge, explique Black Elk, mais il est bon de ressentir les qualités purifiantes du feu, de l’air et de l’eau, et de sentir l’odeur de la sauge sacrée » (8).

Protectrice et purificatrice, la sauge n’a rien à envier à l’armoise et au millepertuis à ce sujet. « Je porte la verveine et la sauge pourprée qui brisent les enchantements », déclamait-on dans Sigurd, opéra en quatre actes d’Ernest Reyer créé en 1884. C’est elle encore dont on croise le chemin à travers le légendaire chrétien, lors de l’angoissant épisode de la fuite de la Vierge Marie devant les atroces bourreaux d’Hérode. Demandant asile à la rose afin qu’elle dissimule l’enfant Jésus, cette fière refusa. Identique refus de la part du coquelicot puis de la giroflée. Mais une petite plante obtempéra et accorda une issue favorable à la requête de Marie et camoufla aux sbires d’Hérode la présence de Jésus. Depuis lors, la rose porte des épines, la robe rouge du coquelicot est toute fripée et la giroflée est dénuée de parfum agréable. Quant à la sauge, Marie lui déclara : « Les botanistes t’appelleront Salvia, ‘celle qui sauve’ et tes pouvoirs seront de guérir les douleurs des hommes » (9).
Du foudroyant dieu de l’Olympe à la Reine de la chrétienté, nul doute n’est permis : la sauge est bel et bien une plante sacrée.

La sauge officinale est un petit sous-arbrisseau ligneux et touffu dont la hauteur est généralement comprise entre 30 et 70 cm. Ses feuilles oblongues, très légèrement dentelées, laissent sous les doigts une sensation rugueuse ainsi qu’une forte odeur aromatique. Velues, de couleur blanc verdâtre, elles donnent à la sauge une allure grisâtre sur laquelle contraste le bleu teinté de violet de ses fleurs. La sauge étant initialement une plante méridionale, inutile de vous dire qu’elle adore la rocaille, les sols secs et bien drainés, et n’apprécie pas du tout, à l’instar du thym, d’avoir les pieds dans l’eau.
Particulière par son caractère semper virens, Pierre Lieutaghi avance que « ce fait a sans doute contribué autrefois à augmenter l’estime en ses vertus » (10) que nous allons maintenant présenter.

La sauge officinale en phyto-aromathérapie

Ses feuilles et ses sommités fleuries, voilà ce que la divine sauge offre au thérapeute. En terme de composition, voici la liste des différents éléments constituant la sauge officinale : du pentosane (9 %), de la résine (6 %), de la gomme (6 %), du tanin (5 %), des principes amers, une saponine, du mucilage. Ajoutons-y des acides (rosmarinique, gallique, oxalique et phosphorique) et des flavonoïdes. Malgré l’étendue de cette liste, l’on retient surtout que la sauge contient une essence aromatique (1,5 à 3,5 %) que l’on distille depuis au moins 1580 et une substance œstrogénique mise en évidence en 1938. La feuille de la sauge, de saveur astringente et amère quand elle est fraîche, possède une odeur chaude, piquante et épicée, un tantinet camphrée, autant d’adjectifs que l’on peut prêter à l’huile essentielle qu’on en tire. Celle-ci, limpide et de couleur jaune très clair, s’obtient par hydrodistillation durant deux heures des feuilles sèches, presque fanées. Comme souvent, le profil biochimique d’une huile essentielle varie selon de nombreux facteurs. Cependant, voici des données moyennes au sujet de la composition moléculaire de l’huile essentielle de sauge officinale :

  • Cétones (dont alpha-thuyone, bêta-thuyone, camphre) : 60 %
  • Monoterpènes : 15 %
  • Oxydes : 10 %
  • Sesquiterpènes : 7 %
  • Monoterpénols : 5 %
  • Esters : 2 %

Propriétés thérapeutiques

Sauge officinale en phytothérapie

  • Tonique gastro-intestinale, stomachique, apéritive, carminative
  • Diurétique, dépurative
  • Antispasmodique
  • Emménagogue, régulatrice des règles, tonique utérine, favorise la conception, antigalactogène
  • Hypertensive
  • Antisudorifique
  • Hypoglycémiante
  • Fébrifuge
  • Astringente, cicatrisante, résolutive, vulnéraire
  • Tonique du système nerveux
  • Antiseptique
  • Anti-oxydante

Sauge officinale en aromathérapie

  • Anticatarrhale, expectorante, mucolytique
  • Tonique hépatique, cholagogue, cholérétique
  • Anti-infectieuse (antibactérienne, antivirale, antifongique)
  • Emménagogue, œstrogen like, favorise la conception et la fertilité, décongestionnante pelvienne, tarit la lactation
  • Antispasmodique
  • Tonique et stimulante générale
  • Lipolytique
  • Fébrifuge
  • Antiputride
  • Antisudorifique (elle réprime les sécrétions abondantes et stimule celles qui sont insuffisantes)
  • Cicatrisante
  • Décongestionnante et tonique artérielle et veineuse
  • Hypocholestérolémiante
  • Stimulante glandulaire (hypophyse, surrénales, pancréas)

Usages thérapeutiques

Sauge officinale en phytothérapie

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : inappétence, dyspepsie, atonie gastro-intestinale, digestion lente et/ou difficile, diarrhée (du tuberculeux et du nourrisson), vomissement spasmodique, nausée, ballonnement
  • Troubles de la sphère pulmonaire + ORL : bronchite chronique ou aiguë, asthme, toux grasse, angine, maux de gorge, laryngite
  • Affections bucco-dentaires : aphte, stomatite, ulcère bucco-gingival, névralgie dentaire, maux de dents, muguet, carie, engorgement gingival
  • Troubles de la sphère gynécologique : leucorrhée, stérilité, préparation à l’accouchement (réduit les douleurs prise en infusion environ un mois avant le terme), douleurs menstruelles, congestion du petit bassin
  • Affections cutanées : plaie, plaie atone, ulcère, ulcère atone, ulcère de jambe, blessure, contusion, luxation, engelure, eczéma, dartre, piqûre d’insecte (guêpe)
  • Éphidrose nocturne des pieds, des mains et des aisselles, fétide ou non, chez le tuberculeux, le rhumatisant, le malade, le convalescent
  • Hypotension, vertiges, étourdissement
  • Neurasthénie, fatigue après convalescence, dépression psychique et physique, surmenage
  • Alopécie et soin du cuir chevelu
  • Paralysie et tremblements
  • Fièvre intermittente
  • Diurèse insuffisante, goutte, rhumatismes
  • Hydropisie, œdème, engorgement articulaire
  • Migraine, maux de tête d’origine nerveuse et digestive
  • Désinfection des locaux (par exemple, ceux dans lesquels un malade a séjourné longtemps)

Sauge officinale en aromathérapie

  • Troubles de la sphère pulmonaire + ORL : bronchite chronique, catarrhe bronchique, sinusite
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : entérite virale, fermentation intestinale
  • Troubles de la sphère gynécologique et génitale : aménorrhée, dysménorrhée, oligoménorrhée, leucorrhée, règles douloureuses, préménopause, ménopause, herpès génital
  • Affections cutanées : plaie, ulcère, escarre, lésion, mycose de la peau et des ongles, cicatrice, chéloïde
  • Affections bucco-dentaires : aphte, névralgie dentaire, herpès labial
  • Troubles de la sphère cardiovasculaire et circulatoire : hypotension, artérite, hémorroïdes, jambes lourdes, varices, couperose
  • Insuffisance hépatobiliaire
  • Alopécie d’origine hormonale
  • Œdème
  • Grippe
  • Transpiration excessive

Modes d’emploi

  • Infusion.
  • Décoction aqueuse et vineuse.
  • Macération vineuse.
  • Bain.
  • Teinture-mère.
  • Poudre dentifrice.
  • Feuille fraîche frictionnée sur la peau (en cas de piqûre d’insecte).
  • Fumigation sèche de feuilles de sauge.
  • Huile essentielle par voie cutanée diluée, par voie orale sous les conseils et la prescription d’un médecin aromathérapeute, en olfaction.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : s’il s’agit des feuilles, elles se cueillent avant la floraison, quant aux sommités fleuries, c’est au cœur de l’été qu’elles se ramassent.
  • Séchage : assez facile et rapide ; songer à retourner les feuilles de temps à autre. Les sommités fleuries peuvent être suspendues en bouquets lâches d’une dizaine de tiges. Bien conservée, la sauge, une fois sèche, nous fait bénéficier de ses bienfaits pour un long temps, ne s’altérant que très peu.
  • En phytothérapie, on évitera l’usage de la sauge en cas d’allaitement, proscription qui vaut également pour son huile essentielle, à quoi il faut ajouter les contre-indications suivantes : grossesse, enfant de moins de six ans, personnes sujettes à l’épilepsie ou présentant un terrain neurologiquement fragile. En effet, tout comme l’huile essentielle d’hysope officinale, cette huile essentielle est neurotoxique, épileptisante et convulsivante, à plus forte raison lorsque des doses inappropriées sont administrées sur le long cours. De même, de par ses propriétés hormonales, il est déconseillé d’user de cette huile essentielle en cas de pathologies cancéreuses hormono-dépendantes. Cette huile est aussi placée sous le monopole pharmaceutique, sa vente est réglementée par le JO n° 182 du 8 août 2007.
  • La sauge officinale est exposée au même « souci » que bien d’autres plantes médicinales : cultivée, elle est généralement moins active que sous sa forme sauvage. Ce qui est, en somme, tout à fait normal.
  • Par ses tanins, la sauge est incompatible avec le fer. Lors de préparation d’infusion, de décoction, etc., on évitera les casseroles non émaillées.
  • Cuisine : dans le Midi de la France l’on utilise l’expression « c’est sans sauge ni sel » pour qualifier un plat à la fadeur désolante. Comme l’on sait, au Moyen-Âge, la sauge avait la faveur du cuisinier qui, d’après Arnaud de Villeneuve, avait parfois la main lourde. Lui-même conseillait « de bourrer de sauge l’oie rôtie et le cochon de lait à la broche ; vous pouvez l’utiliser plus discrètement dans les farces », explique, parcimonieux, Pierre Lieutaghi (11). La sauge est un parfait condiment des viandes (en particulier le porc), volailles (le poulet en froide sauge est un exemple médiéval typique) et gibiers. Elle se marie bien avec les légumineuses (fèves, petits pois, lentilles, pois chiches), le riz, la graine de couscous, la pomme de terre, la tomate. Notons quelques usages assez méconnus : aromatiser les châtaignes et la confiture de pastèque, élaborer un vin chaud de sauge qui n’est pas sans évoquer le sauget de la cuisine médiévale qui mit largement à l’honneur cette plante dès le XII ème siècle. Très appréciée, elle demeure incontournable pour le Viandier de Taillevent et le Mesnagier de Paris.
  • Autres espèces : parmi les nombreuses espèces de sauges, il existe des cultivars de la sauge officinale offrant des coloris différents : S. officinalis tricolor, S. officinalis purpurascens, etc. Quant à la sauge officinale de base, elle se décline sous deux formes, à grandes feuilles ou à petites feuilles. Par ailleurs, il est bon de faire la distinction entre toutes ces sauges et d’autres sauges médicinales telles que la sauge sclarée (S. sclarea), la sauge verte (S. viridis), la sauge des prés (S. pratensis), la sauge rouge (S. miltiorrhiza), la sauge verveine (S. verbenaca), la sauge éthiopienne (S. aethiopis), la sauge blanche (S. apiana), etc.
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    1. Jacques Brosse, La magie des plantes, p. 284.
    2. Walahfrid Strabo, Hortulus, p. 21.
    3. Macer Floridus, De viribus herbarum, p. 113.
    4. Hildegarde de Bingen, Les causes et les remèdes, p. 233.
    5. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 858.
    6. Ibidem.
    7. Bernard Vial, Affectif et plantes d’Amazonie, les formules du Père Bourdoux, p. 40.
    8. Black Elk, Les rites secrets des Indiens sioux.
    9. Michel Lis, Les miscellanées illustrées des plantes et des fleurs, p. 110.
    10. Pierre Lieutaghi, Le livre des bonnes herbes, p. 411.
    11. Ibidem, p. 416.

© Books of Dante – 2018

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