Le robinier faux-acacia (Robinia pseudoacacia)

Synonymes : acacia, acacia des jardins, acacia de Robin, faux acacia, cassie, carouge.

Bien avant que le robinier n’envahisse le moindre talus ou abord de voies de chemin de fer, il était, en Amérique du Nord, un arbre auquel pensèrent les Amérindiens pour tirer de ses racines une teinture rouge et consommer ses graines bouillies en un ersatz de café. Très tôt sans doute, il fut repéré par les colons qui ne le connaissaient pas et rapporté en Europe où Jean Robin (1550-1629), apothicaire, botaniste et arboriste sous les règnes des rois Henri III, Henri IV et Louis XIII, en sema la première graine en 1600 place Dauphine à Paris. Mais on indique parfois que ce premier arbre n’a pas survécu. Aussi Jean Robin en planta-t-il un autre en 1601 au square Viviani (Paris V ème) où il existe toujours, dépassant d’un siècle la durée de vie moyenne du robinier. L’on dit aussi que Jean Robin planta celui qui se trouve au jardin des plantes de Paris en 1602, mais cela n’est guère possible, car avant d’être « jardin des plantes », il portait le nom de « jardin du roi », crée à l’initiative de Louis XIII six années après le décès de Jean Robin, dont le fils, Vespasien Robin (1579-1662) est probablement celui qui planta ce second robinier. C’est un épineux sujet ; en tous les cas, en ces deux lieux, vous pourrez croiser les plus vieux arbres de Paris.
La présence du robinier en Europe ne remonte donc pas à plus de 400 ans. Alors, il restait confiné aux jardins botaniques dont il ne s’échappera qu’au XVIII ème siècle par le développement de sa culture en raison de la qualité de son bois dur. Il se répandra assez rapidement à la plus grande partie de l’Europe et de l’Asie tempérée il y a deux siècles.
Son tronc, à l’écorce crevassée, est droit, ses rameaux grêles mais garnis d’épines acérées. Il peut atteindre une taille de 25 à 30 m. Son feuillage est très reconnaissable : ses feuilles portent une grande quantité de folioles toujours en nombre impair (9 à 21), de forme ovale, de consistance molle, et supportant bien la pollution atmosphérique, ce qui en fait un arbre adapté à la vie urbaine. En mai-juin, de longues grappes (25 cm) de fleurs blanches au cœur vert apparaissent. Mellifères, très odorantes, elles sont semblables à celles des pois. La fructification donne lieu à des gousses plates de couleur brune de 5 à 10 cm de longueur contenant chacune 4 à 10 graines en forme de haricot.
Le robinier prend racine sur sol frais et léger, dans des boisements drainés et tempérés, dans les haies et les talus, mais pas uniquement : il lui arrive aussi d’élire domicile sur des terrains plus ingrats. C’est pour cela qu’on se sert de lui comme essence de reboisement des terrains arides, ses racines fixant efficacement le sol, son écorce vénéneuse repoussant les herbivores.

Peu de croyances, peu de superstitions sont rattachées au robinier, hormis ce que j’ai découvert dans le Dictionnaire des superstitions et des croyances populaires de Pierre Canavaggio à la page 13, et encore que cela ne concerne pas le robinier mais l’acacia avec lequel il est souvent confondu. Écoutez un peu, car ça vaut le détour : « Les jeunes filles gauloises affichaient leur virginité et le désir qu’elles avaient de la perdre en ceignant leur front de couronnes d’acacia. Les garçons qui s’en approchaient s’y piquaient les doigts. Aussi proposaient-ils bientôt aux filles une couronne d’oranger : celle du mariage ». Déjà, passons sur le mot « gauloises » et esbaudissons-nous de la loufoquerie grotesque qui verrait un acacia où il n’en existe pas. Et du temps de la Gaule, le robinier, comme nous le savons, était encore à mille lieues de là. Que dire de l’oranger dont on sait que son introduction européenne ne remonte qu’à un seul millier d’années (vers l’an 1000, en Sicile) ? Aussi, bien que l’on ne se couronnait ni d’acacia ni d’oranger, le motif est pourtant sympathique. Pour le rendre plus probant, remplaçons ces deux plantes par du houx et de la reine-des-prés, cela fait tout de même davantage couleur locale.

Le robinier faux-acacia en phytothérapie

Cet arbre impose, de même que la glycine avec laquelle il partage maintes caractéristiques botaniques, de ne pas le prendre à la légère. Si nous nous régalons de plantes de la famille des fabacées comme la fève et le fenugrec, le robinier n’est pas exempt de toxicité, assez souvent présente au sein de cette famille. En effet, l’on trouve dans ses racines, son bois et l’écorce qui les recouvre, une toxalbumine dénommée robine dont la structure et les effets la rapprochent de la ricine. Vous souvenez-vous de l’épisode du parapluie bulgare ? Cette robine est également présente dans les fleurs, ainsi que dans les graines qu’elles produisent. Autre substance dont presque toutes les parties de cet arbre (à l’exception de l’aubier et du liber) sont pourvues : du tanin. Les parties vertes quant à elles, constituées de gomme, d’indican, de phosphate de calcium, d’un pigment jaune, partagent avec les fleurs une substance connue sous le nom de robinine. Ces mêmes fleurs, outre ce que nous avons dit d’elles plus haut, par leur odeur très agréablement parfumée, trahissent la présence d’une essence aromatique se situant entre l’absolu de jasmin (indol) et l’huile essentielle de néroli (nérol), une suavité qui pourrait faire oublier que ces grappes florales produisent par la suite des gousses contenant des graines non comestibles en l’état : non seulement elles contiennent comme nous l’avons dit de la robine, mais aussi un principe amer rendant impropre leur consommation, d’autant qu’elles contiennent environ 15 % d’une huile végétale, et de l’amidon dont on a réussi à faire du pain en soustrayant à ces graines leurs principes toxiques.

Propriétés thérapeutiques

  • Écorce (surtout celle de la racine) : tonique et laxative à faible dose, émétique et purgative à haute dose
  • Feuille : cholagogue, laxative
  • Fleur : sédative, tonique, émolliente, astringente, cholagogue, antispasmodique, émétique (à fortes doses)

Usages thérapeutiques

Il sont peu nombreux et ne concernent que les fleurs.

  • Indigestion, vomissement léger, colique venteuse
  • Crampe musculaire d’origine traumatique ou nerveuse
  • Anémie
  • Céphalée par auto-intoxication
  • Leucorrhée

Modes d’emploi

  • Infusion de fleurs
  • Macération vineuse de fleurs

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : les fleurs dès floraison (mois de mai).
  • Toxicité : elle affecte tant les animaux (porcs, chevaux) que l’homme. Par exemple, la racine de saveur douceâtre fut parfois utilisée en lieu et place de celle de la réglisse. Les professionnels du travail du bois peuvent aussi être incommodés par la sciure de ce bois, des cas d’intoxications mortelles en Europe centrale ont été rapportées.
  • Alimentation : d’un point de vue culinaire, l’usage des fleurs de robinier n’est plus à vanter. Très mellifères, ces fleurs produisent un excellent miel. On en confectionne les fameux beignets, mais également thés, limonades, sirops, vins et liqueurs. Il est possible de les déguster en salade, sous forme de boutons floraux, lesquels se confisent au vinaigre.
  • Travail du bois : la croissance rapide du robinier le rend précieux car il est la seule espèce d’essence d’arbre à bois dur en Europe apte à fournir en un temps donné bien plus de bois que n’importe quelle autre espèce à bois dur indigène. De plus, la toxicité de son bois le rend résistant face aux insectes et à la pourriture. Il est utilisé pour la fabrication de meubles, de poteaux et piquets, d’échalas pour la viticulture, etc.
  • Autres usages : l’écorce, par sa richesse en tanin, permettait autrefois le tannage des peaux, ses filaments la fabrication de cordages et de solides tissus ; les fleurs fournissent une matière tinctoriale pour colorer la soie, le coton, le papier.
  • Autres espèce : Robinia coccinea, espèce également américaine.
  • Risque de confusion : avec le cytise (Laburnum anagyroides) qui possède des fleurs en grappes comme celles du robinier, non pas blanches comme lui mais jaunes. Le cytise est une espèce fortement toxique. Par ailleurs, acacia à cachou (Acacia catechu), acacia d’Arabie (Acacia arabica), etc. ne doivent pas être confondus avec le robinier que l’on surnomme acacia par abus de langage. Bien qu’ils soient tous épineux, appartiennent à la famille des Fabacées, et médicinaux de surcroît, la ressemblance ne va pas plus loin.

© Books of Dante – 2017

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