Le pavot (Papaver somniferum)

[TOXIQUE – TABLEAU A]

Synonymes : pavot blanc, pavot somnifère, pavot à opium.

L’OPIUM DURANT L’ANTIQUITÉ

Dire depuis combien de temps le pavot est connu des hommes n’est pas une mince affaire. Cependant, si l’on considère le seul opium, sa connaissance fort ancienne déjà permet peu ou prou de dater la connaissance du pavot dont il est extrait.
Tout d’abord, avant de parler d’opium, il faut remonter à 5 000 ans (certaines sources mentionnent 4 000 ans). A cette époque, il s’agit de culture du pavot, principalement pour ses graines qu’on utilisait déjà à la Préhistoire. Mais, à ce moment-là, il n’est encore – semble-t-il – question d’opium car les graines ne contiennent aucun alcaloïde contrairement aux autres parties de la plante.
Quand donc l’homme comprit-il que l’incision des capsules de pavot permettait d’obtenir un latex blanc séchant rapidement à l’air libre ? De même, l’idée de racler cette sève une fois à l’état sec avec une lame puis la recueillir et l’amalgamer sous forme de pain, à quelle époque la doit-on ? Mystère… Ceci étant, on peut recenser les quelques sources qui mentionnent la substance qu’on désigne sous le nom d’opium. Il y a environ 3 500 ans de ça, le mot opium apparaît dans le célèbre Papyrus Ebers. Longtemps après, Homère mentionne une plante qui supprime la douleur sans qu’on sache véritablement s’il s’agit bien du pavot ou d’une autre plante. On ne peut donc que spéculer à ce sujet. Ce ne sont là que quelques mentions isolées. En réalité, il faut attendre les derniers siècles avant notre ère, particulièrement chez les Grecs qui cultivèrent le pavot en grand, pour en apprendre davantage.
Théophraste rendra compte de l’obtention de l’opium. Il fait la description minutieuse de la procédure de scarification des capsules de pavot afin d’en extraire l’opium. Si à cette époque (III ème siècle av. J.-C.) l’opium semble faire partie de la matière médicale grecque, il n’en reste pas moins que son statut de pharmakon, de drogue au sens second, n’a pas tardé à apparaître. Car, alors, tous le monde n’avait pas la sagesse d’un Hippocrate qui se refusait à prescrire du poison… Nicandre de Colophon, dans son Alexipharmaka, propose un antidote à l’opium. C’est donc bien qu’on avait pris connaissance de ses effets toxiques et de sa qualité de poison lesquels occasionnèrent des « accident » qui ne durent rien au hasard. Dans le cas de Socrate, on ne parle pas d’accident puisqu’il s’agissait d’une peine de mort. Il eut donc droit à ce que l’on appelait en Grèce le poison d’état dont Théophraste nous dit qu’il fut très probablement conçu par Thraséas de Mantinée. La mort de Socrate par le poison est une anecdote restée célèbre dans l’histoire de la toxicologie. Même si l’on a tendance à lui associer la ciguë, la mort de Socrate relève davantage d’un mélange de plantes toxiques. Il s’y trouverait possiblement de l’opium. Cependant, Platon, décrivant la mort de Socrate, ne parle pas d’une plante en particulier. Il parle de poison, tout court. Ce qui peut laisser libre court à bien des interprétations. Dans tous les cas, sa mort a été décrite comme calme : le caractère anesthésiant de la substance ingérée par Socrate semble avoir été à l’origine de la façon dont Platon à décrit cet épisode. Or, l’on sait que l’opium est un puissant agent anesthésiant et cela on le savait déjà durant l’Antiquité. Quant au maintien de la conscience jusqu’à la mort, cela semble être le fait de la ciguë.
Le Romain Aulus Cornelius écrit la chose suivante dans son De Medicina : « le jus d’opium a été utilisé pour calmer les humeurs et provoquer des rêves agréables […] Les docteurs doivent l’employer avec circonspection […] car plus les rêves sont doux, plus le réveil est difficile ». Il est possible que cette circonspection n’ait pas été observée par tous les médecins grecs. Une relative méconnaissance engendra des accidents mortels liés à l’emploi de l’opium. C’est ce qui mènera certains d’entre-eux à bannir l’utilisation d’une telle substance tandis que d’autres, Dioscoride par exemple, avertis des dangers d’un excès, ne manquèrent pas de mentionner les bons soins qu’une quantité mesurée d’opium permettait d’obtenir.

pavot

PAVOT ET DIVINITÉS

* Pour les Grecs, le pavot était l’un des attributs de Déméter. « Le pavot que l’on offre à Déméter symbolise la terre, mais représente aussi la force de sommeil et d’oubli qui s’empare des hommes après la mort et avant la renaissance. La terre est, en effet, le lieu où s’opèrent les transmutations : naissance, mort et oubli, résurgence ». (Dictionnaire des symboles, p. 735).
* Il est notable que la morphine tire son nom de Morphée, dieu des songes, fils du Sommeil et de la Nuit. On représente souvent cette divinité tenant un bouquet de pavots à la main.
* L’auteur anonyme des Argonautes orphiques dresse une liste de plantes qui, à l’instar de l’aconit, poussaient dans le bois sacré de la déesse Hécate. Mais on y trouvait également d’autres plantes qui n’ont rien de vénéneux (lavande, camomille, safran…).

LE PAVOT AUX ÉPOQUES MODERNE ET CONTEMPORAINE

Durant la vaste période que fut le Moyen-Âge l’usage du pavot se perpétua à travers ses vertus narcotiques et analgésiques. C’est ce que certaines recettes médiévales que l’on nomme les dwale laissent suggérer : « prélever 3 cuillerées de bile à un sanglier, 3 cuillerées de jus de ciguë, 3 cuillerées de navet sauvage, 3 cuillerées de laitue, 3 cuillerées d’opium, 3 cuillerées de jusquiame noire et 3 cuillerées de vinaigre ». Je ne suggère à personne de réaliser cette recette qui se destine à anesthésier un homme avant opération, il risquerait d’être anesthésié pour toujours puisque comme l’indique Joel Levy qui nous rapporte cette recette dans son Histoire du poison, on y trouve 35 fois la dose létale de ciguë et 10 fois la dose létale d’opium et de jusquiame !
Celui qu’Avicenne déclara être le « plus puissant des stupéfiants » sera employé par Paracelse qui fera connaître au monde le laudanum qui n’est autre que de l’extrait d’opium macéré dans de l’eau-de-vie (au contraire de l’eau, l’alcool permet une meilleure extraction des alcaloïdes). Le laudanum, que Johnny Depp immortalise à l’écran dans From Hell, est donc une teinture alcoolique d’opium. Un siècle plus tard, la standardisation du laudanum fut effectuée par Thomas Sydenham. Ce laudanum nouvelle génération (macération de safran, de cannelle, de clous de girofle et de pavot dans du vin) restera l’un des plus importants médicaments de la médecine occidentale jusqu’à la fin du XIX ème siècle. Parallèlement, lors du même siècle, on allait s’attacher à extraire l’un des principes actifs majeurs de l’opium : la morphine. Il faut attendre 1817 pour que le pharmacien allemand Sertuerner découvre la morphine, hypnotique et puissant analgésique, ce qui fait du pavot la reine de drogues (au sens de remède et non de poison). En 1860, la morphine entre dans la pratique médicale un peu partout dans le monde. En 1879, on procède à la synthèse de la diacétylmorphine qu’on rebaptisera héroïne en 1898, une substance qui, avant de devenir une drogue au sens second, se destinait au rôle de narcotique et d’analgésique. Compte tenu des abus qui en ont été faits, on a dénié à ce stupéfiant toute utilité médicamenteuse. Par la suite, la morphine est devenue suspecte elle aussi. On l’a employée de façon de plus en plus parcimonieuse. Cette tendance s’est inversée depuis quelques décennies en Grande-Bretagne, puis partout dans le monde, avec un net retard pour la France.

Rappel :

-Drogue au sens premier : remède.
-Drogue au sens second : poison.

L’objectif étant de maîtriser les principes actifs toxiques du pavot comme on l’a fait d’autres plantes vénéneuses (belladone, digitale, aconit…) en bénéficiant de ses bienfaits sans toutefois tomber dans les dangers d’intoxication que recèle une telle substance. L’emploi de l’opium ne va pas sans inconvénients : des effets secondaires notables sur le plan strictement médical – dépression du centre respiratoire, propriétés constipantes – sans compter que ses propriétés sédatives sont précédées d’une excitation nerveuse et musculaire des fonctions circulatoires et respiratoires, mais aussi intellectuelles.

C’est sans doute pour ces raisons que le pavot a fini par devenir une plante mal famée. A petite dose, l’opium ralentit la respiration, la digestion et la sécrétion glandulaire en général. Or, à dose massive, elle entraîne le coma et la mort en moins d’une demi-heure. C’est cet usage dévoyé de l’opium qui fit des ravages en Chine au XIX ème siècle, notamment à travers la fameuse Guerre de l’opium. Dans les années 1830, la puissante compagnie des Indes tenue par les Britanniques cultivait massivement le pavot en Inde. Ceux-ci continuaient à vendre de l’opium de contrebande malgré les interdictions du gouvernement chinois. En 1839, la Chine fit détruire plusieurs caisses d’opium, ce qui amena une intervention armée de la part des Britanniques en 1840. Sur pression militaire et politique, les Chinois furent contraints de signer le traité de Nankin en 1842, alors que des indemnités étaient versées à l’Angleterre, Hong-Kong lui fut cédée et cinq autres ports chinois furent ouverts au commerce britannique. Cette contrainte s’accompagna donc de massives importations d’opium en Chine à tel point qu’en 1886 ce ne sont pas moins de 180 000 caisses qui entrèrent en Chine avec les conséquences désastreuses que l’on sait et dont l’une d’elles s’illustre à travers les fameuses fumeries d’opium.

opium

BOTANIQUE

Tout comme c’est le cas de la rose, la botanique du pavot est vaste puisqu’il n’existe pas qu’un seul pavot mais plusieurs (même si nous avons précédemment mis l’accent sur le pavot blanc ou pavot à opium). Comme le coquelicot, le pavot est une plante annuelle dont la taille varie entre 0,5 et 2 m de hauteur. Ses feuilles sont lobées et dentées, d’aspect vert glauque. Mais contrairement au coquelicot, le pavot est une plante glabre. Ses fleurs présentent des teintes et des aspects variés : du blanc au pourpre en passant par toutes les nuances de rose et de violet. Il existe même des spécimens noirâtres ! Elles s’épanouissent en juin/juillet. Après floraison, la capsule verte grossit puis sèche avec la plante. Les compartiments cloisonnés de la tête de pavot renferment de nombreuses petites graines comestibles dont la couleur est fonction de l’espèce (blanc, noir, rouge, bleu, jaune, gris…).


Le pavot en thérapie :

1. Parties utilisées : feuilles, capsules non mûres (vertes), graines, huile végétale contenue dans ces mêmes graines (huile d’œillette).

2. Principes actifs :
un latex, l’opium (ce mot provient du grec opion qui signifie jus de pavot) contenant plus d’une vingtaine d’alcaloïdes dont la fameuse morphine mais également d’autres (codéine, papavérine, narcotine, thébaïne, narcéine…), des résines, de l’acide lactique, de l’acide acétique, etc.

Tout comme nous l’avons évoqué pour l’aconit, la richesse en principes actifs chez le pavot dépend de facteurs géographiques et climatiques entre autres. Les pavots du sud de l’Europe présentent plus d’alcaloïdes que ceux du nord. De même, les années plus chaudes semblent favoriser cette richesse. Aux mois de juin et juillet, les capsules pas encore mûres, donc toujours vertes, présentent de plus importants taux d’alcaloïdes, c’est pourquoi l’on récolte l’opium à cette période de l’année, grâce à des incisions pratiquées dans les capsules desquelles s’écoulent un liquide blanc qui, un fois sec, sera gratté et recueilli.

3. Propriétés thérapeutiques : analgésique (très puissant : à ce jour rien n’a pu détrôner la morphine), sédatif, hypnotique, antispasmodique, eupnéique, antitussif, modérateur des sécrétions intestinales, biliaires et rénales, constipant.

4. Usages thérapeutiques : douleurs de diverses étiologies (viscérales, tumorales, névralgiques…), insomnies causées par la douleur, anxiété, hémoptysie, diarrhée, dysenterie, affections pulmonaires, toux nerveuses…

5. Contre-indications :

Bien évidemment, est-il besoin de le rappeler, le pavot s’emploie dans un cadre médical réglementé. Dans tous les cas suivants, on se gardera de l’utiliser :
-Inflammations et fièvres
-Affections gastro-intestinales : indigestion, embarras gastrique, constipation, irritation de la muqueuse gastrique
-Sueurs excessives
-Pas chez les enfants
-Pas chez la femme enceinte : à une certaine époque, « dans le cadre des accouchements, il fallait trouver une solution pour maintenir la future mère en état de conscience. La potion du sommeil (mélange de morphine et d’hyoscine, ou parfois de scopolamine) était administrée pour soulager la douleur sans provoquer d’insensibilité […] Cependant, le breuvage pouvait provoquer une dangereuse dépression du système nerveux central du bébé » (Joel Levy, Histoire du poison, p. 209).

Pour aller plus loin :

Pourquoi les poisons font-ils du bien ?
Action physiologique de l’opium, intoxication et traitement.

© Books of Dante – 2013

pavot blanc

Le Coquelicot (Papaver rhoeas)

Coquelicot-7

Synonymes : pavot sauvage, pavot des champs, pavot rouge, ponceau (au Moyen-Âge surtout).

Le coquelicot si commun et banal… Enfin, pas tout à fait. Il a longtemps été considéré comme une mauvaise herbe dans les champs de céréales en particulier, mais, que voulez-vous, c’est un habitué des champs, Pline l’Ancien rapporte déjà l’affection que porte le coquelicot aux cultures céréalières : entre « les pavots domestiques et les sauvages, existe une espèce intermédiaire qui croît d’elle-même dans les terres cultivées ; nous l’appelons rhoeas ou pavot erratique ».
C’est une plante qui a presque failli disparaître en raison de l’emploi massif d’herbicides, c’est-à-dire des substances qui visent à détruire les adventices dans un champ, sans s’attaquer à l’espèce cultivée. Par exemple, Roundup est le nom commercial d’un de ces produits fabriqué par Monsanto since… 1975 ; un autre adventice célèbre des champs de céréales, le bleuet, a bien failli subir lui aussi le même sort. Ce n’est pas là une manière de reconnaître le respect que ces deux plantes méritent amplement. Si l’on a découvert des fleurs de coquelicot dans des sépultures égyptiennes datant de plus de 3 000 ans, ça n’est sans doute pas sans raison qu’on les y a placées.
Cette plante, qu’on dit originaire de Bulgarie ou de Turquie, faisait, plus qu’aujourd’hui, partie de la pharmacopée des Grecs anciens. Dioscoride en avait déjà percé les secrets, il employait tant les capsules que les graines, sans omettre les fleurs, dans diverses affections et propriétés qu’on reconnaît encore de nos jours.

Forcé de s’exiler, le coquelicot a pris possession de terrains justement dédaignés par l’agriculture. Par son adaptabilité, il a su assurer sa survie. Les points rouge sang qui constellaient naguère les champs de blé mûris au soleil s’en sont allés… ailleurs ! Le coquelicot, même s’il a eu la vie dure, a donc colonisé d’autres contrées : terrains vagues, décombres, vieilles ruines, friches, jachères, dépotoirs, bordures de chemin, etc. Ceci étant, il n’est pas rare d’en voir quelques-uns parader en plein champ, en guise de pied-de-nez ! Et cela lui réussit plutôt bien d’autant que, au contraire de certaines espèces végétales dont le territoire est limité, le coquelicot se trouve presque partout dans le monde.
Nous comprendrons un peu plus loin pour quelle raison le coquelicot, espèce messicole et emblème floral de la France aux côtés du bleuet et de la marguerite, a été harcelé de la sorte. Ce qui ne lui aura pas empêché de faire ses preuves médicinales. Dès l’Antiquité, au IV ème siècle AV. JC., Théophraste relate des usages culinaires de la plante. Plus tard, le coquelicot trouve grâce aux yeux de Dioscoride comme nous l’avons évoqué plus haut. Durant une grande partie de la Renaissance, les pétales pulvérisés entrent dans la composition d’un remède contre la pleurésie (Matthiole, Chomel) mais il tombera en désuétude au XVIII ème siècle, siècle durant lequel il fut employé comme succédané de l’opium (le coquelicot agit à sa manière bien que de façon beaucoup plus atténuée, sans en observer les inconvénients).
On ne peut évoquer le coquelicot sans parler de l’opium, cette substance extraite d’un des cousins du coquelicot, le pavot, opium dont on a tiré un antalgique qu’à ce jour aucune molécule synthétique n’est parvenue à égaler : la morphine (ainsi que la codéine). Bien sûr, lier le coquelicot au pavot n’est pas sans danger. Mais, comme souvent, le danger réside dans l’ignorance.

LE COQUELICOT, TOXIQUE OU PAS ?

Qu’on le qualifie de petit cousin du pavot pourrait le laisser penser, sans compter qu’ils sont tous les deux des Papaver. Si l’on connaît l’un rouge sang et l’autre portant des fleurs généralement blanches ou mauves, il se trouve que la fleur du coquelicot peut parfois présenter des coloris proches de celles du pavot. Cependant, entre les deux, un détail d’importance demeure : botaniquement, on ne peut que les distinguer. Mais cela ne répond pas à la question de la toxicité du coquelicot me direz-vous. Nous y venons ! ^^

La fleur du coquelicot développe, lorsqu’on la froisse, une odeur vireuse d’opium, ce qui n’est pas, d’emblée, rassurant, d’autant plus que des capsules fraîches du coquelicot exsude, quand on les incise, un suc blanc, du latex en fait, qui se concrète comme l’opium, substance dont les propriétés narcotiques, analgésique et antispasmodiques sont connues depuis 3 000 ans.
Cazin, célèbre médecin français du XIX ème siècle, employait énormément les plantes dans un but thérapeutique. Voici porté à la lecture un fait très curieux dont il a été le témoin : « un de mes enfants, âgé de trois ans, atteint de coqueluche, ayant pris le soir 16 g de sirop de coquelicot, eut pendant toute la nuit des hallucinations continuelles. La même dose, répétée 4 jours après, produisit le même effet ». On ne peut raisonnablement penser que Cazin ait commis la bourde d’employer du pavot en lieu et place du coquelicot ! Pline l’Ancien rapporte, à propos du rhoeas, que « quelques-uns le cueillent et le mangent avec le calice. Cinq têtes de rhoeas, bouillies dans trois hémines de vin, purgent et procurent le sommeil ». Rien que de très normal, le coquelicot présentant la particularité d’être un narcotique léger. La médecine arabe employait également les graines qui étaient pilées puis mêlées à du miel en cas d’insomnie.

DOIT-ON METTRE EN DOUTE LE COQUELICOT ?

Tout dépend duquel l’on parle, du rhoeas ou bien de l’un de ses confrères, Papaver dubium, qui, bien que coquelicot présenterait une toxicité que ne possède pas rhoeas. Papaver dubium, autrement dit : coquelicot douteux. Comme son nom l’indique, il est permis d’avoir un doute sur son innocuité. Ce dernier contiendrait un alcaloïde toxique dans ses pétales, l’aporéine. Aussi, le coquelicot employé par Cazin pourrait-il être celui-là ? Dans tel cas, on comprend mieux les effets hallucinatoires du sirop sur l’enfant. Ceci étant dit, rien n’est clair à ce sujet, le mot même d’aporéine étant construit sur une racine grecque – aporon – un terme qui signifie lui-même doute ! L’aporéine serait donc une substance douteuse contenue dans un coquelicot non moins douteux et faux ami…
Dès lors, l’on comprendra pourquoi le charmant coquelicot a été banni des champs de céréales. Ne rien faire, c’était courir le risque de voir des graines (dont la toxicité reste à prouver) se mêler aux céréales, et donc à la farine et au pain (qu’on se rappelle les intoxications provoquées par des graines de nielle des blés, un autre adventice des champs de céréales…).

En cas de doute, il faudra s’en remettre à la botanique qui décrit rigoureusement la morphologie de la plante. Rhoeas et dubium ont beau énormément se ressembler (forme des fleurs, aire de répartition, etc.), ils se distinguent au niveau du feuillage comme nous le constatons ci-dessous :

Feuilles-rhoeas-dubium

Papaver rhoeas à gauche, P. dubium à droite

Ainsi, en l’absence de toute preuve quant à la toxicité du coquelicot douteux qu’est Papaver dubium, je ne saurais trop vous conseiller de vous en remettre à Papaver rhoeas que vous pourrez récolter entre mai et juillet.
Quoi qu’il en soit, le cas relevé par Cazin ne doit pas faire en sorte de condamner notre rhoeas. A l’évidence, cela pose la question de la sensibilité du sujet face à une substance donnée, il me souvient bien avoir eu des hallucinations dignes du serpent cosmique il y a quelques années de cela après la prise d’un quart de comprimé d’un somnifère que l’on trouve encore en vente dans la plupart des pharmacies…

Le coquelicot préfère un sol calcaire, sec et bien ensoleillé jusqu’à une altitude de 1 800 m. C’est une espèce qui peut être très fréquente dans un lieu et totalement absente dans un autre. Mais, malgré ces irrégularités, le coquelicot est une espèce qui est bien moins menacée qu’à une époque.
C’est une plante annuelle qui assure sa reproduction par de petites graines noires (quand elles sont sèches) contenues dans une capsule que quatre pétales écarlates protègent quelques temps avant de flétrir et de tomber au sol rapidement (floraison mai à juillet). Ses fleurs, sans nectar ni parfum, sont tout de même visitées par les abeilles auxquelles elles fournissent un abondant pollen. Il atteint une taille maximale comprise entre 60 et 80 cm. Ses tiges sont simples ou bien très ramifiées et contiennent un latex blanc. Les feuilles sont poilues et profondément découpées.

Dans le langage symbolique des fleurs, le coquelicot représente la beauté éphémère… Eu égard à la fragilité de ses fleurs et à la brièveté de sa floraison. C’est, tout comme le bleuet, une plante d’amour et de poète.

Coquelicots

Le coquelicot en thérapie :

1. Parties utilisées : pétales, capsules, graines.

2. Principes actifs : alcaloïdes (papavérine, rhoéadine), mucilages, tannins, anthocyanoside (responsable de la couleur des pétales du coquelicot, rouge comme une crête de coq, d’où son nom, très probablement).

3. Propriétés médicinales : sédative, anxiolytique, narcotique léger, sudorifique, antitussive, antispasmodique, expectorante (à l’origine le coquelicot fait partie des quatre fleurs pectorales avec le bouillon-blanc, la violette et la mauve. Plus tard, on y adjoindra le tussilage, le pied de chat et la guimauve. A elles sept, elles forment désormais les sept plantes pectorales), adoucissante, émolliente.

4. Usages médicinaux : insomnie, trouble du sommeil (chez le vieillard et l’enfant), nervosité, anxiété, émotivité, troubles de la sphère respiratoire (coqueluche, asthme, bronchite, catarrhe pulmonaire, pneumonie, pleurésie, toux spasmodique, quinteuse, sèche, rebelle, irritation de la gorge, enrouement), inflammations oculaires (c’est bien un « cousin » du bleuet), colique, abcès dentaire.

5. Autres usages:

On confectionne des liqueurs, sirops, bonbons, crèmes glacées avec les pétales de coquelicot. On peut aussi les confire.
En plus des pétales, jeunes feuilles et graines sont également comestibles. Les feuilles, en salades ou bien dans des potages ; les graines, grillées et mélangées à du sel afin de confectionner un agréable condiment.

© Books of Dante – 2013