La pivoine (Poeonia officinalis)

paeonia officinalis

Synonymes : rose de la Pentecôte, rose de Notre-Dame, fleur aux convulsions, herbe sainte-rose, herbe chaste, etc.

Du grec paiônia, ce qui signifie stricto sensu : plante de Paeon. Très certainement inspiré du nom du médecin qui utilisa cette plante pour soigner Pluton, blessé par Héraclès. Au XII ème siècle, on rencontre la forme peone, puis pyone deux siècles plus tard. Par la suite on obtiendra l’actuelle pivoine.
Au passage, si dans les textes anciens elle est nommé de diverses manières, c’est en raison, dit-on, de ses nombreuses propriétés. Comme si chacun de ses noms évoquait à lui seul une propriété majeure !

S’il existe une plante que l’Antiquité grecque aura largement remarqué, c’est bien la pivoine. Mais attention, c’est un trompe-l-‘œil : il est bon d’attirer l’attention sur le fait qu’elle soit l’une des plantes traitées par de rares (mais précis) opuscules dont peu sont arrivés jusqu’à nous. Peut-être en existait-il d’autres, disparus depuis…

A l’instar de la bétoine, la pivoine est, à cette époque qu’est l’Antiquité grecque, une plante héroïque ainsi qu’une panacée. Non seulement elle soigne tous les maux mais elle est également décrite selon des aspects astrologiques, magiques et religieux. En revanche, discrètes sont les caractéristiques botaniques évoquées par les textes anciens.

MAGIE & ASTROLOGIE

Tout d’abord, savoir qu’elle faisait partie des plantes du bois sacré de la déesse (et magicienne) Hécate donne le ton.
Elle devait être récoltée de nuit selon Théophraste et d’autres auteurs anonymes de l’Antiquité, l’officiant devant veiller à être en état de sainteté (c’est-à-dire non souillé). La procédure d’extraction pouvait être plus ou moins étendue puisque l’on désigne des rituels d’arrachage durant sept jours entiers, d’un lundi au lundi suivant. Puis l’on traçait à l’aide d’un objet un cercle tout autour de la plante afin que le magicien s’en rende maître. Enfin, il se plaçait dans la direction de l’est puis procédait à l’arrachage de la plante dont il séparait soigneusement par la suite les différentes parties (tige, feuilles, racine, semences…).
Bien entendu, en fonction de la période à laquelle se déroulait la cueillette, l’on était soumis aux influences planétaires. Et c’est ici que l’on se rend compte que magie et astrologie sont intimement liées.
L’Antiquité grecque a placé la pivoine sous la domination de Selêné, la Lune. Ainsi les phases lunaires avaient aussi leur importance : « la pivoine croît et décroît en sympathie avec la Lune : si donc on l’arrache pendant la croissance de cet astre, sa racine ne peut être employée pour l’expulsion des démons, tout au contraire cela aggrave la maladie du patient » (Michel Botineau, Les plantes du jardin médiéval). En effet, chasser les démons était l’une des nombreuses vertus magiques de la pivoine. Le livre des Cyranides nous indique même que « les fumigations ou les boissons de racine de pivoine écarte les démons ; si on la porte, elle chasse tous les fantômes » (Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité). Ce ne sont là que quelques propriétés magiques, les textes grecs nous en délivrent beaucoup d’autres telles que : transformer le métal vil en or, arrêter les tempêtes, protéger des serpents et du mauvais œil, etc. De plus, elle avait la réputation d’être lumineuse et d’éclairer dans l’obscurité.

MEDECINE

Lors de l’Antiquité grecque, nous n’observons pas de séparation entre la magie et la médecine, certaines propriétés médicinales de la pivoine tirant une force supplémentaire de rituels incantatoires ainsi que de mélothésies planétaires (influences astrales sur les différentes parties du corps). Par exemple, on pensait que la rate, les reins et le bas-ventre étaient sous domination lunaire, on employait donc la pivoine, plante de la Lune, récoltée selon les rites magico-astrologiques décrits plus haut, pour soulager les affections propres à ces zones précises du corps.

En ces temps, on l’utilise beaucoup en médecine, en particulier la pivoine à semences rougeâtres, dite pivoine mâle, la pivoine femelle présentant des semences noirâtres. On l’emploie contre l’épilepsie depuis Hippocrate, c’est dire son importance dans le traitement de ce que l’on a surnommé le haut-mal (cela explique le surnom de plante aux convulsions donné à la pivoine). Hippocrate, ainsi que Galien et Théophraste, l’indiquaient pour des affections nerveuses ayant leur siège dans la sphère utérine.

Au XII ème siècle, Hildegarde la préconise contre les fièvres intermittentes et la paralysie. Au XIV ème siècle, les graines de pivoine sont utilisées comme épice en infusion avec de l’hydromel car on pense qu’elles ont comme vertu d’éloigner les cauchemars nocturnes. On les porte aussi en colliers, en guise de talisman, et, pensait-on, elles permettaient aussi de prévenir les convulsions chez les jeunes enfants.
Croyances et superstitions menèrent à bien d’autres usages qui peuvent paraître bien saugrenus aujourd’hui : par exemple, lorsqu’une personne sujette à l’épilepsie sentait venir une crise, il fallait lui placer un morceau de racine de pivoine dans la bouche. Si elle parvenait à la mâcher, la crise s’estompait… Cette même racine fut même taillée sous forme de petites billes qu’on donnait aux enfants afin qu’ils y fassent leurs dents…

BOTANIQUE

Cette vivace à bulbe est présente aussi bien en Europe qu’en Asie bien qu’elle soit originaire d’Extrême-Orient.
Elle n’est pas très haute, 60 cm tout au plus, mais sa magnifique floraison odorante compense sa petite taille. Une tige simple porte de larges feuilles largement dentées, formées de plusieurs folioles divisées en étroits segments. De très grandes fleurs aux pétales rose cramoisi sont ornées au centre d’une myriade d’étamines d’or. La fructification donne lieu à des fruits composés de deux ou trois follicules emplis de petites graines brunâtres. A maturité, les follicules s’arquent et laissent ainsi échapper les graines. C’est une plante qui supporte bien la sécheresse, mais elle fleurit mal à l’ombre. Il est important de déterminer une bonne place pour planter une pivoine, d’autant plus que si elle se plaît, elle fleurira très longtemps. En revanche, il ne faut pas la changer de place sans quoi sa floraison se verrait interrompue pour de nombreuses années.

SYMBOLISME

En Chine, elle est symbole de richesse et d’honneur en raison de sa couleur, laquelle peut varier du rouge/pourpre au blanc, en passant par le rose.

On voit également en elle une fleur symbole d’immortalité. Son nom chinois, meoutan, contient le mot « tan », drogue d’immortalité qui est parfois comparée au cinabre (cf. phénix). Aujourd’hui, sous nos latitudes, elle est immanquablement et étrangement associée à la honte à travers l’expression « rouge comme une pivoine. »

LA PIVOINE AUJOURD’HUI

Après ce glorieux passé, la pivoine est tombée en désuétude, sinon en disgrâce. Nous ne dresserons pas un portrait exhaustif de ses propriétés thérapeutiques encore vivaces. Cependant, brossons un portrait synthétique point par point :

  • On utilise principalement la racine, parfois les fleurs, beaucoup plus rarement les semences.
  • On attribue à la pivoine les propriétés suivantes : tonique, sédative, antispasmodique, antibactérienne, diurétique, anti-épileptique.
  • On l’emploie pour les affections suivantes : tachycardie, émotivité, épilepsie, hystérie, chorée de Huntington (danse de Saint-Guy), convulsions, coqueluche, toux nerveuses, migraines, hydropisie, douleurs intestinales…

Comme on le constatera aisément, la pivoine d’aujourd’hui n’a plus grand chose du faste de la panacée d’hier.

Enfin, j’attire l’attention sur le fait que la pivoine est une plante potentiellement toxique. On en évitera l’emploi en automédication (à moins d’avoir affaire à une personne compétente en la matière).

© Books of Dante – 2014

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La magie des plantes : alchimie et aromathérapie

Considérons une plante x ou y. En tant qu’organisme vivant, elle est dotée d’une aura, comme vous et moi (enfin, j’espère pour vous ^^). Autrement dit, elle est habitée d’une énergie. C’est une partie de cette énergie que la plante vous prodigue lorsque vous utilisez ses feuilles, ses racines, ses graines, etc. à l’occasion d’une infusion, d’une décoction ou à travers n’importe quelle autre forme galénique qui soit. Mais qu’en est-il des huiles essentielles ? Pour tenter de comprendre ce qu’il se passe, revenons quelque peu en arrière.

Avant tout, la matière végétale de base devra être exempte de toute forme de pollution ainsi que de tout autre additif de nature chimique et pernicieuse versé par la main de l’Homme. Ce n’est que dans ces conditions (entre autres) qu’elle pourra être distillée dans un alambic.

Décortiquons.

Pour fonctionner, un alambic a besoin d’une source de chaleur (élément FEU). A l’intérieur de ce même alambic, on dispose une certaine quantité d’eau (élément EAU). Sous l’action combinée du feu et de l’eau, nous obtenons une vapeur d’eau (élément AIR) qui va entraîner les molécules volatiles aromatiques dans le serpentin. La matière métallique avec laquelle l’alambic est fabriquée renvoie, quant à elle, à l’élément TERRE. Nous avons là nos quatre éléments. Mais tout cela n’est que fragmentaire. En effet, les éléments ne se réduisant pas qu’à un seul quaternaire. Observons plutôt.

Maintenant, qu’en est-il de la Lumière ? (celle-là même que la plupart des ésotériqueux boutonneux ainsi que d’autres qui ne sont plus en âge d’être infestés de bubons acnéiques oublient, ou méconnaissent, ou ignorent, etc.). On la retrouve dans la plante même, grâce au fabuleux système qui s’appelle selon ce terme magique : photosynthèse (photos, en grec, signifiant lumière). Laquelle même photosynthèse permet à la plante de tirer ses bienfaits grâce à l’étoile que nous nommons Soleil. L’Obscurité, le pendant nécessaire de la Lumière, quant à elle, est symbolisée par l’intérieur de l’alambic, véritable athanor. Mais arrivé là, cela n’est pas fini. Il nous manque le septième et dernier élément, et pas des moindres : la Nature. Ceux qui savent compter auront constater que nous avons entre nos mains 7 éléments, chiffre magique. La Nature n’étant autre que la plante placée dans l’alambic.

Comme nous le savons, après des réglages techniques minutieux digne d’un horloger et un modus operandi qui varie d’une plante à l’autre, nous obtenons l’huile essentielle (ou huile éthérée comme disent nos cousins « germains » :) ) qui flotte sur un hydrolat aromatique. Cette distillation est donc une séparation entre le subtile et l’épais (étant, lui, représenté, par la masse végétale initiale que l’on retrouve à l’état de « gâteau » dans l’alambic en fin de distillation quand les petites fées s’en sont allées ailleurs).

La distillation permet donc l’extraction (étymologie : tirer au dehors) d’une substance extirpée d’une plante par la force et le bon vouloir des éléments (que l’on se penche sur la distillation de l’hélichryse d’Italie – Helichrysum italicum ssp. serotinum – ou de la rose de Damas – Rosa damascena, et l’on se rendra très rapidement compte qu’il s’agit d’une toute autre histoire).

Comme si l’on mettait à l’air libre, comme si l’on faisait exploser à la face du monde ce que la plante possède de plus précieux mais que nous, trop pressés, ne savons voir, ne sachant que passer auprès de la plante d’un pas trop rapide. Ce que cette distillation permet d’obtenir est ce que Paracelse nommait la quinte essence, c’est-à-dire la cinquième essence, pur produit des quatre éléments réunis. Nous pouvons aisément dépasser le concept paracelsien (une connaissance s’appuyant sur une autre connaissance pour ne pas grandir ne saurait être nommée connaissance). Nous parlerons désormais, non plus de quinte essence mais d’octople essence, autrement dit : la réunion des 7 éléments cités plus haut qui en donnent un autre, le huitième, symbole d’infinitude.

Quand sonne le glas, l’esprit d’une personne se détache de son corps physique. N’en est-il pas de même lors du procédé que l’on nomme distillation, épreuve de séparation d’une infime fraction éthérée/énergétique/spirituelle du corps même de la plante ? Le parallèle est, par trop, flagrant pour ne pas être repéré sinon souligné. De ce fait, un flacon d’huile essentielle, empli de l’âme/esprit d’une plante, quand bien même la plante utilisée pour la produire est morte, cette huile essentielle est, toujours et encore, capable de nous délivrer de multiples messages. Si elle le veut. Parce que, sachez qu’une huile essentielle ne vous donnera jamais plus que ce que vous êtes capable de donner pour elle.

Entrer en communication plus profonde avec l’esprit d’une plante (enfermé dans un flacon à l’image du génie dans sa lampe ^^) ne saurait se passer d’un certain savoir-faire qui demande de s’aligner avec elle selon un même diapason. Moui, je vois d’où je suis assis les dubitatifs sarcastiques qui, dans leur fors intérieur, se disent : « Il est fou, il parle aux plantes… » De là, je leurs rétorque qu’on apprend davantage des plantes, en bonne communion, qu’avec bien des êtres humains (qu’ils se rappellent ce que l’on nomme les réseaux trophiques. La plante est, et sera, toujours le premier maillon avant l’Homme).

Ainsi donc, lorsque j’observe l’aura que propage une huile essentielle, en vertu du même principe de séparation que j’ai indiqué plus haut, je suis en mesure de dire qu’en aucun cas une huile essentielle, disons de gingembre, ne possède la même couleur d’aura qu’une main de gingembre toute fraîche.

L’Aromathérapie ne saurait donc être reléguée au vague rang d’une seule et simple technique thérapeutique. C’est une poly-technique énergétique et, partant, magique, selon la simple équation qui veut que énergie => magie. Et notez bien que je n’ai pas placé un « = » entre ces deux termes, la magie procédant de l’énergie et non l’inverse comme cela est bien trop souvent dit malgré mon goût.

Pas magique, l’Aromathérapie ?

© Books of Dante – 2012.

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