Les chèvrefeuilles (Lonicera sp.)

Le chèvrefeuille des bois (Lonicera periclymenum).

Synonymes : lait de la bonne Vierge, herbe de la Pentecôte, fleur de miel, broque-bique, barbe de chèvre, cranquillier, etc.

Bien loin de nous, d’antiques médecins, qu’ils soient arabes, grecs ou latins, se penchèrent sur un chèvrefeuille dont il est probablement difficile de bien déterminer l’identité, tant est vaste la famille à laquelle appartiennent les chèvrefeuilles que nous connaissons. Par exemple, Théophraste puis Dioscoride évoquent dans leurs écrits un klumenon et un periklumenon. Les exégètes spécialisés en botanique ont formé bien des hypothèses quant à l’identification de ces deux plantes, chose la plupart du temps ardue, les auteurs anciens s’adonnant très souvent au principe du « satis notum », estimant que telle ou telle plante était bien suffisamment connue pour qu’ils n’aient pas à en faire de très longs descriptifs, ce qui aujourd’hui nous embête forcément, parce que lorsque je lis ce qui est censément attribué à ces klumenon et periklumenon, je reste quelque peu dubitatif. Mais je vous en livre néanmoins quelques bribes, la curiosité cela ne fait pas de mal. Que nous raconte donc Dioscoride au quatrième livre de sa Materia medica ? « Le clymenon produit une tige de section quadrangulaire comme celle des fèves. Il a des feuilles semblables à celles du plantain et aux sommités des tiges, des escosses (?) courbées sur elles-mêmes comme il se voit dans les plissures de l’iris ». Tout cela vous parait-il très clair ? A moi, pas vraiment. Passons-en maintenant à la seconde plante, le periclymenum : il « croît simplement avec des feuilles blanchâtres, et séparées par intervalles, qui l’habillent en figure de lierre. Il y a quelques jettons (bourgeons ?) qui sortent entre les feuilles, dans laquelle est la graine semblable à celle du lierre. Il produit une fleur blanche, semblable à celle des fèves, quelque peu ronde, laquelle s’étend quasiment sur les feuilles. Sa graine est dure et ronde, et difficile à recueillir. La racine est ronde et grosse. Elle naît par les champs et les haies et s’entortille à toutes les plantes qui lui sont proches » (1). Hormis cette ultime phrase, je ne vois pas grand-chose d’autre qui pourrait rappeler un chèvrefeuille, qu’il soit des bois ou des jardins. Tout cela m’évoque davantage une vesce…
Il n’y a donc pas de quoi envisager une carrière thérapeutique fulgurante, d’autant qu’il ne s’agit pas d’un chèvrefeuille. Bien sûr, aujourd’hui, le chèvrefeuille des bois porte le nom de Lonicera periclymenum, dernier terme dans lequel on aurait tort de ne pas remarquer le periklumenon de Dioscoride. Ce serait une erreur ; d’ailleurs, c’est une fausse piste comme nous l’explique Fournier : le mot periclymenum fait référence aux « feuilles soudées en petite cuvette ou s’amasse l’eau de pluie. Il s’appliquait aux espèces du midi de l’Europe et a été malencontreusement reporté par Linné à celle-ci [nda : c’est-à-dire au chèvrefeuille des bois], qui, elle, n’a pas les feuilles soudées et ne forme donc pas de cuvettes » (2). Donc, la ressemblance entre le chèvrefeuille des bois et le pseudo-chèvrefeuille de Dioscoride s’arrête là, tout cela n’étant que le fruit d’une erreur du botaniste suédois.
« En fait, les médecins ont laissé le chèvrefeuille dans les buissons, et ils ont bien fait. Heureux les malades qui peuvent, quand vient la convalescence, aller respirer son doux parfum dans quelque joli paysage ! La pureté de l’air, les émanations balsamiques des fleurs sont aussi de forts bons remèdes », s’exclamait Joseph Roques il y a près de deux siècles (3). Voilà une très belle observation de la part de ce médecin qui en rappelle un autre, anglais celui-là et plus tardif, le docteur Edward Bach qui, lui aussi, succomba sous le charme du chèvrefeuille que l’on nomme honeysuckle en anglais (de honey, « miel » et suckle, « téter »), car de même qu’en France, les bambins anglais ont l’habitude de sucer les fleurs de chèvrefeuille en raison de leur goût sucré. Par le biais d’un élixir floral, le docteur Bach exploita les vertus du chèvrefeuille pour les personnes qui n’ont « pas assez d’intérêt pour le présent », nous dit-il. A qui se destine-t-il plus exactement, cet élixir inscrit dans le groupe de l’indifférence ? « Pour ceux qui vivent beaucoup dans le passé, un temps peut-être de grand bonheur, ou dans le souvenir d’un ami perdu, ou d’ambitions qui ne se sont pas réalisées. Ils ne comptent pas retrouver un bonheur tel que celui qu’ils ont connu » (4). De même, Uilleand, l’ogham associé au chèvrefeuille, nous montre des personnes incapables de rompre avec le passé et d’accorder leur confiance en l’avenir, tout abîmées qu’elles sont à se morfondre dans la tristesse mélancolique et languissante, dans cette nostalgie que les Anglais appellent homesick. Le passé, sa prise en compte, son exploration, son étude, tout cela est très profitable, à l’ultime condition de ne pas oublier que nous n’en faisons plus partie. S’il est besoin d’aller fouiller en arrière, il faut bien avoir clairement à l’esprit que l’on peut revenir à soi, ici et maintenant, sans avoir la nette sensation d’être happé par le grappin qui s’agrippe à nous-mêmes, de même que ces personnes, justiciables d’Honeysuckle et Uilleand, se cramponnent à des personnes qui ne sont plus là, des lieux qui n’existent plus, toute chose qui forme, en quelque sorte, un summum indépassable, une montagne dont on ne franchira jamais le col menant à l’autre versant. On s’enchaîne à des souvenirs, non seulement aux lieux et aux personnes, mais aux souvenirs que l’on conserve encore soi-même de ces lieux et de ces personnes ; souvenirs qui, soit dit en passant, peuvent tout à fait avoir subi, en plus de l’épreuve du temps, celle du fantasme. A quoi donc se rattache « réellement » le type Uilleand ? A du vent, du vide, du rien ? Est-ce bien concret ? Est-ce seulement une illusion ? Peut-on dire de ce passé (« c’était le bon temps », « c’était mieux avant », …), dans lequel se cristallise une stagnation, qu’il est le fruit d’une ignorance ? Cela en dit long sur l’incapacité de celui qui requiert Uilleand de prendre en compte le fait que l’être humain est apte à se parfaire continuellement. Pourtant, le chèvrefeuille est une liane à la croissance rapide, il est donc marqué par une action végétative soutenue. Mais il nécessite des supports auxquels il s’enroule, se vrille, se spirale, s’entortille ; supports tant inanimés que vivants en l’image des autres végétaux qui se trouvent à sa portée. Peut-on alors dire du chèvrefeuille qu’il est incapable de vivre sans les autres, voire même à leur détriment, puisqu’un chèvrefeuille, à terme, possède la puissance nécessaire pour étouffer un jeune arbre et le faire périr ? C’est une signature symbolique que l’on retrouve dans Uilleand. A l’image de son glyphe formant comme un treillage (ᚘ), Uilleand, par sa proximité avec le lierre Gort (ᚌ) et la vigne Muin (ᚋ), appelle au lien qu’en tant que liane elle connaît bien : la magie liante, c’est-à-dire la magie du lien, du charme et du philtre, est celle permettant de s’attacher à la personne aimée, quand on ne l’attache pas tout simplement contre son gré. Parce que le chèvrefeuille enserre son support, l’on dit que son ogham concerne autant la force qu’on exerce pour faire subir, que la position de ce qui devient de fait un état de soumission : cet ogham pourrait alors signaler la présence proche de ce qu’on appelle les pervers narcissiques et d’autres encore qu’on caractérise par cet amour étouffant, fait de jalousie et de possessivité, qu’ils prodiguent quitte à mettre en péril l’autre, même si, symboliquement, l’union de la liane et de l’arbre représentent une forme d’amour. Tout au contraire d’une relation déséquilibrée, le lien qui peut être une forme de garantie et d’obligation contractuelle entre au moins deux parties, devient non plus condamnation mais adhésion : « Le lien symbolise dans ce cas l’obligation, non plus seulement imposée par le pouvoir, mais voulue librement par les différentes parties qui se sentent unies entre elles » (5). C’est cela, entre autres, qui singularise les couples au sein desquels règnent l’harmonie et la concorde.

Voici les traces laissées par un chèvrefeuille sur le tronc d’un noisetier après une trop longue étreinte…

L’on a pu dire que le chèvrefeuille, à travers son ogham Uilleand, était une manifestation d’évolution parce qu’il possède cette propension à l’élévation. Je ne puis être d’accord avec une telle assertion que l’on peut réfuter en observant simplement le sens dans lequel s’enroulent les volubiles rameaux longilignes du chèvrefeuille. Ils ne poussent pas de manière dextrogyre, mais lévogyre, c’est-à-dire à gauche, ce qui inverse bien évidemment le symbolisme dextrogyre, incluant l’évolution. Ici, « à gauche », cela peut vouloir signifier le Yin, le lunaire, l’obscure, l’onirique, le non-manifesté, etc. Soit un ensemble de critères qui évoquent bien mieux l’ogham du chèvrefeuille, tout pétri d’involution et de nadir. Mais, pourquoi donc le chèvrefeuille cherche-t-il à se hisser au-dessus de la mêlée, en grimpant sur les uns et les autres ? Ne cherche-t-il pas à exhaler ses lamentations plaintives de même que la subtilité de son parfum enivrant ? Car, oui, dieu que le chèvrefeuille sent bon, expliquant par là que l’absolu qu’on extrait de ses fleurs soit usité en parfumerie. Et l’on sait bien qu’à travers l’art du parfum, il est toujours plus ou moins question de séduction, nous autres humains ayant cherché à soustraire à nos phéromones naturelles le rôle qu’on accorde au parfum. Sachant aussi que le parfum en appelle aux émotions et aux sentiments, l’on comprendra mieux la présence du chèvrefeuille parmi ces plantes qui sont concernées par l’amour et les liens affectifs, incluant union, amitié, loyauté, fidélité, dans leur dimension pérenne.

Les rameaux à pousse lévogyre du chèvrefeuille.

En Bourgogne, si une jeune fille trouvait pendu à sa fenêtre un bouquet de chèvrefeuille, cela révélait à tous qu’elle avait un amoureux, cette fleur de fiançailles exprimant ici un amour non encore érotisé. Mais par son charme troublant, c’est également une fleur d’union, marquant cette fois-ci une relation amoureuse sensuelle et sexualisée. On n’hésite donc pas à qualifier le chèvrefeuille d’érotique : un brin de chèvrefeuille placé sous l’oreiller, comme d’autres firent du laurier, est un procédé censé orienter les rêves de la dormeuse de façon significativement érotique. Cette coutume bourguignonne se rapproche assez de ce que l’on faisait en Bretagne par l’intermédiaire de l’usage du « mai », un arbre symbolique commémorant au début du mois de mai (d’où son nom) le retour de la végétation que l’on fête entre autres de chants et de danses. Ainsi, les jeunes hommes qui désiraient faire savoir aux jeunes filles ce qu’ils pensaient d’elles, plantaient devant leur maison différentes plantes selon le message à véhiculer : le houx montrait le caractère acariâtre de la jeune fille, le thym qu’elle était considérée comme une putain, tandis que le chèvrefeuille était une adresse à la jeune fille en ces termes : « chère fille… », symbole évident de lien amoureux, permettant de lui faire comprendre qu’elle ne laissait pas indifférent, etc.
Bien au-delà de ces amusements, prenons connaissance de la présence non-anodine du chèvrefeuille dans un certain nombre de fragments littéraires médiévaux dans lesquels, toujours, il est placé comme symbole de l’amour indéfectible que se portent deux amants. Considérons en cela des couples quasiment mythiques comme Diarmaid et Grainne, au sein d’une légende mettant aussi en place Finn mac Coll, un personnage que nous avons déjà croisé (cf. Coll ᚉ, l’ogham du noisetier). Il y est question d’un chèvrefeuille que l’on retrouve également mêlé à un coudrier dans un lai de Marie de France (Le lai du chèvrefeuille), où il s’agit, cette fois-ci, de Tristan et Iseult. Dans ce lai, de même que dans l’histoire d’Abélard et d’Héloïse, un chèvrefeuille est planté (ou pousse ensuite) sur la tombe des deux amoureux. Marie de France, elle, place un chèvrefeuille sur une tombe, un noisetier sur l’autre, et dit : « Ils peuvent longtemps vivre ensemble, mais ensuite, si on cherche à les séparer, le coudrier meurt aussitôt et le chèvrefeuille de même ». Ce lien amoureux liant Tristan et Iseult, censé perdurer au-delà de la seule mort physique, on le croise dans quasiment toutes les versions de cette légende. Qu’importe, au final, les variantes, puisqu’elles disent toutes, à quelques détails près, peu ou prou, la même chose. Dans le Tristan de Joseph Bédier, il est question non pas d’un chèvrefeuille, mais d’une ronce verte et fleurie. Chez André Mary et René Louis, on attribue un cep de vigne à Tristan, un rosier à Iseult. Qu’on les plante, qu’ils soient semés par un oiseau, le destin ou l’on ne sait quoi d’autre, qu’on les sépare ou qu’on les taille à de multiples reprises, c’est, au final, toujours le même thème qui transparaît, et qui tient en ceci : « Les anciens disaient que ces arbres entrelacés étaient signifiance des amours de Tristan et Iseult que la mort n’avait pu désunir » (6).
Mais le chèvrefeuille, outre le cimetière, c’est bien plus encore que cela : « sachez également que le chèvrefeuille ne pousse bien que dans le voisinage des maisons où règne le bonheur, autrement les mauvaises ‘vibrations’ le font périr très vite » (7). De plus, il est censé chasser les mauvais esprits et écarter les visiteurs importuns.

Le chèvrefeuille des bois (Lonicera periclymenum) est un sous-arbrisseau vivace et grimpant, dont les frondes peuvent atteindre 5 m de longueur et couvrir de larges surfaces. Les feuilles inférieures, ovales et pétiolées, se distinguent des supérieures sessiles. A l’extrémité des rameaux, s’épanouissent des groupes de fleurs tubulées très parfumées de 3 à 5 cm de longueur, généralement de couleur jaune blanchâtre. Chaque fleur comprend cinq lobes qui chacun se subdivise à son tour, ainsi que cinq longues étamines et un pistil vert clair. Ses baies ovoïdes et rouge vif sont considérées comme toxiques.
Plante des haies, des abords de forêts, des sous-bois, le chèvrefeuille des bois est assez courant en France, à l’exception de la région méditerranéenne où il est rare, parfois inexistant, mais il est remplacé par une autre espèce, le chèvrefeuille des jardins (Lonicera caprifolium), espèce du sud de l’Europe, cultivée et naturalisée un peu partout ailleurs. Morphologiquement, ces deux chèvrefeuilles se valent dans la plupart de leurs détails, la seule différence notable consistant en des fleurs de couleur rougeâtre à l’extérieur et à parfum beaucoup plus soutenu, surtout en fin de journée, pour le chèvrefeuille des jardins.

Les chèvrefeuilles en phytothérapie

Le genre Lonicera regroupe environ 200 espèces sur l’ensemble de l’hémisphère nord (Europe, Asie, Amérique du Nord). Nous attacherons notre intérêt à certaines de ces plantes, en abandonnant d’autres qui tiennent davantage de l’arbuste (8) que du sous-arbrisseau grimpant tel que l’on conçoit habituellement le chèvrefeuille. Les chèvrefeuilles à l’étude sont au nombre de trois :

  • Le chèvrefeuille des jardins (Lonicera caprifolium),
  • Le chèvrefeuille des bois (Lonicera periclymenum),
  • Le chèvrefeuille du Japon (Lonicera japonica).

« Il semble que cette plante mériterait des études plus poussées », écrivait Valnet au sujet de la première de ces espèces (9), et compte tenu du peu d’informations disponibles à l’heure actuelle, c’est la preuve que le « docteur Nature » n’a guère été entendu. Bref. Avec peu, tentons de faire bien.
Fleurs, feuilles, écorce des rameaux entrent dans la matière médicale. Les fleurs, contenant une essence aromatique que l’on extrait par enfleurage, portaient autrefois les noms de suçon et de suquet, parce qu’elles étaient sucées par les enfants en raison de leur goût aromatique et sucré : en effet, du saccharose, scindé par du sucrase, permet d’obtenir une molécule de glucose et une autre de fructose, ce qui explique le nom de « fleur de miel » donné à la plante. Quant aux feuilles et à l’écorce des rameaux, elles recèlent une substance antibactérienne active sur le colibacille et le staphylocoque doré (le chèvrefeuille du Japon va jusqu’à inhiber le bacille de la tuberculose), du tanin, de l’acide salicylique et des iridoïdes.

Propriétés thérapeutiques

  • Pectoraux, anti-asthmatiques, anticatarrhaux, antitussifs
  • Diurétiques, dépuratifs, sudorifiques
  • Anti-infectieux, antiseptiques
  • Antispasmodiques
  • Détersifs, astringents, cicatrisants

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : asthme, toux, rhume, catarrhe pulmonaire, inflammation de la gorge
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : oligurie, lithiase rénale, goutte, rhumatisme
  • Troubles de la sphère hépatique : ictère, hépatite, engorgement du foie
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : inflammation intestinale, dysenterie
  • Affections cutanées : plaie, plaie atone, abcès chaud, écorchure, inflammation des seins, éruption cutanée, rougeur
  • Autres affections dolentes et inflammatoires : fièvre et douleur des états grippaux, douleur de la parturiente, migraine, conjonctivite, vaginite, hémorroïde

Note : en Chine, où l’on emploie le chèvrefeuille du Japon – Jin Yin Hua en chinois – l’on considère cette plante comme étant de nature froide, d’où sa capacité à exceller sur bon nombre de « points chauds », parce que « les fleurs et les lianes chassent chaleur et toxine » (10). Ce chèvrefeuille, secondé par le Chrysanthemum morifolium, a été testé sur l’hypertension artérielle et ses effets secondaires.

Modes d’emploi

  • Infusion et décoction de feuilles.
  • Infusion de fleurs.
  • Suc frais des feuilles.
  • Sirop de fleurs.
  • Macération vineuse d’écorce.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : les fleurs et les feuilles à l’été, juste avant éclosion des pétales.
  • Toxicité : elle concerne les baies des chèvrefeuilles. Si certains auteurs en ont mentionné les effets (vomissement, diarrhée, sueur abondante, congestion de la face, mydriase, tachycardie, somnolence, coma…), leur ingestion ne mène pas forcément au centre antipoison, car « les qualités médicinales émétiques des fruits provoquent elles-mêmes les purges qui évitent toute intoxication… La plante porte en elle le poison, à faible dose, et la solution pour le rejeter » (11). Si cela s’applique aussi aux oiseaux, on peut se demander s’il ne s’agit pas là d’un stratagème mis en œuvre par la plante pour assurer la dissémination de ses graines. Cependant, le Larousse médical illustré se veut plus incisif. Voici ce qu’il écrivait en 1924 au sujet des signes d’intoxication : « Fatigue, besoin de dormir. Réveil après une heure, la figure congestionnée, avec soif intense. Puis état de stupeur et presque de coma, les yeux à demi ouverts ; spasmes cloniques répétés dans les membres. Contractures et fortes convulsions avec lividité de la face, pouls et respiration accélérés. Sueurs très abondantes [nda : cela pourrait-il s’apparenter, en partie, à ce que l’on appelle une « montée » de la kundalini ?]. La connaissance de la cause est donnée par l’évacuation de selles diarrhéiques dans lesquelles on trouve des fleurs. Dans les cas à issue favorable, l’abattement, les troubles digestifs (perte d’appétit et irrégularité des selles) ont perduré plusieurs jours » (12).
  • Des racines du chèvrefeuille des bois l’on a tiré – étonnante signature – une teinture de couleur bleu ciel ; quant aux rameaux, ils servirent à la fabrication de petits objets usuels comme des peignes et des tuyaux de pipe.
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    1. Dioscoride, Materia medica, Livre IV, chapitres 11 & 12.
    2. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 261.
    3. Joseph Roques, Plantes usuelles, tome 2, p. 260.
    4. Edward Bach, La guérison par les fleurs, p. 98.
    5. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 571.
    6. René Louis, Tristan et Iseult, p. 249.
    7. Michel Lis, Miscellanées illustrées des plantes et des fleurs, p. 44.
    8. Par exemple : le chèvrefeuille noir (L. nigra), le chèvrefeuille des Alpes (L. alpigena), enfin le chèvrefeuille des buissons ou camérisier (L. xilosteum), toutes espèces dont les baies sont considérées comme vomitives.
    9. Jean Valnet, La phytothérapie, p. 224.
    10. Liu Shaohua & Marc Jouanny, Phytothérapie alimentaire chinoise, p. 62.
    11. Bernard Bertrand, L’herbier toxique, p. 78.
    12. Larousse médical illustré, p. 243.

© Books of Dante – 2019

Le chèvrefeuille des jardins (Lonicera caprifolium).