Flore magique et astrologique de l’Antiquité, Guy Ducourthial

L’été dernier, j’ai découvert ce livre dans la librairie médiévale de Provins (et ouais, il y a une librairie médiévale dans la ville de la rose ^^). On peut m’objecter que le titre de l’ouvrage du jour n’a rien de médiéval. Mais tel n’est pas le sujet.

Ce riche travail aura sans doute occasionné à son auteur bien des recherches ainsi que de multiples lectures (en attestent les 30 pages de bibliographie), et mis à l’épreuve un esprit de synthèse considérable afin de faire tenir dans un tout cohérent les écrits de Dioscoride, de Pline l’Ancien, de Homère ainsi que l’ensemble des manuscrits antiques anonymes. De ce travail titanesque est né ce livre :

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Comme son nom l’indique, l’ouvrage aborde deux thèmes majeurs : les plantes magiques et les plantes astrologiques durant l’Antiquité grecque.

MAGIE : les principales pratiques magiques (cueillette, préparation, emploi) des plantes sont abordées. Au détour d’un chemin ou d’une prairie solitaire, on rencontrera sans doute Hécate ou Médée…

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Tandis que la pivoine est régie par la Lune…

ASTROLOGIE : les plantes liées aux 7 planètes et aux 12 constellations du zodiaque occupent une large place. Ces plantes, abordées d’un point de vue médicinal et magique, posent toutefois quelque difficulté : l’identification des végétaux en raison de la brièveté des descriptions livrées par les anciens manuscrits (1). On peut parfois s’interroger sur l’identité d’une plante et émettre des hypothèses que l’auteur étaie en explicitant les raisons de ses choix. Cependant, et Ducourthial en a bien conscience, on reste parfois dans le domaine de l’improbable.

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… l’épiaire officinale est placée sous le haut patronage de la Balance

Cet ouvrage n’est pas d’un abord simple, ça n’est pas une œuvre de vulgarisation. Il s’apparente davantage à une thèse, si riche qu’on ne peut en épuiser la substance en une seule lecture. Je le recommande plus particulièrement aux personnes férues d’ésotérisme et de botanique.

Seul point d’ombre : ce livre ne contient aucune illustration. Depuis, l’auteur y a remédié puisqu’on trouve sur ce site des gravures représentant la plupart des plantes rencontrées au fil de l’ouvrage.


  1. C’est, par exemple, le cas du Môlu dont l’identification est tout aussi épineuse que celle du Soma des Aryens (Rig-Véda).

Belin, 2003.
ISBN : 978-2701132860
Prix : 34,50 €

© Books of Dante – 2013

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L’hysope

Sur l’hysope, j’ai déjà pas mal écrit (cf. Huiles essentielles de santé & de bonheur, pp. 143-148). Je ne vais pas répéter ici ce que j’ai indiqué dans ce bouquin l’an dernier, certes non. Je me permettrai juste une auto-critique sur un point particulier, à la lumière d’éléments nouveaux.

Hysope

Chasseuse de démons incontestée, l’hysope est utilisée depuis longtemps puisque dès l’Antiquité on lui attribuait des vertus purificatrices : on l’employait afin de nettoyer et de désinfecter les temples par lustration. L’herbe sacrée des Hébreux est donc associée aux rites purificateurs dont on trouve trace dans la Bible : « Vous m’aspergerez avec l’hysope et je serai purifié ». Elle entre dans la composition de l’eau lustrale alors que les Romains lui préférèrent la verveine officinale pour les mêmes raisons. C’est ainsi que selon la tradition chrétienne l’hysope est une plante qui porte une symbolique de pureté retrouvée et d’humilité. Au-delà de ses vertus purificatrices, l’hysope semble avoir qualité de protectrice : « Vous prendrez un bouquet d’hysope, vous le tremperez dans le sang qui est dans un bassin, et de ce sang qui est dans le bassin vous arroserez le linteau et les deux poteaux » nous dit l’Exode (XII, 22).

C’est bien beau tout ça, mais il semble y avoir un hic. Le fameux psaume 50-9 qui évoque l’aspersion d’hysope indique ceci en latin : « asperges me hyssopo et mundabor ». Hysope, hyssopo, c’est quasi pareil. On pourrait être tenté de faire de l’hyssopo biblique l’équivalent de l’Hyssopus officinalis de Linné.

POURQUOI L’HYSOPE DE LA BIBLE N’EN EST CERTAINEMENT PAS

Si l’hysope est une plante habituée à la rocaille et aux lieux secs, il n’est pas exclu de la retrouver plus au nord de la France, le Jura et la Bourgogne semblant former la limite septentrionale de l’aire de répartition géographique de cette plante. Si elle occupe une large place dans le décor végétal de l’Europe méridionale, elle ne descend pas autant vers le sud qu’on pourrait le croire. Ainsi donc est-elle absente de Grèce et de Palestine entre autres. Nous verrons plus loin en quoi cela peut-il avoir son importance.
L’hysope faisait-elle partie du paysage grec au temps de Théophraste, Dioscoride et Hippocrate pour qu’ils en viennent, chacun, à l’évoquer ? Si tel est le cas, s’agit-il bien de l’hysope telle que nous la connaissons ? Qu’on la nomme hyssopus en latin ou hyssôpos en grec, ces deux noms désignent tout autant l’hysope elle-même que d’autres lamiacées telles l’origan et la marjolaine. Comme trop souvent, l’inexactitude et l’approximation nominative et descriptive des Anciens font qu’il est aujourd’hui difficile de savoir si l’on parle bien de la même plante ou d’une autre. Il en va de même du nard évoqué dans le Cantique des cantiques dont on ne sait, avec précision, de quelle plante il peut bien s’agir (sans compter que Pline l’Ancien en évoque pas moins d’une douzaine de sortes différentes dans son Historia naturalis…).

Ceci étant, à la lecture de sources nouvelles, il est permis de douter que l’hysope dont parle la Bible n’en est très certainement pas. Exposons l’avis de Paul-Victor Fournier sur la question : « il est bien certain que notre plante n’est nullement celle dont parle le psalmiste dans le verset bien connu du Miserere […] car l’hysope ne croît pas en Palestine ». Fournier, botaniste érudit, était aussi un homme d’église…
Il est un autre auteur qui peste contre le déficit évident des descriptions effectuées par les Anciens, qu’ils soient grecs ou romains. Guy Ducourthial, dans son monumental Flore magique et astrologique de l’Antiquité, cite fort à propos Pitton de Tournefort (1656-1708), un autre botaniste français. Dans l’extrait suivant, nous allons voir qu’il n’est pas tendre avec Dioscoride.

« Dans ces temps anciens, on recevait pour ainsi dire de la main des aînés la connaissance des plantes, et en guise de description, on avait coutume de comparer avec témérité les moins connues avec les mieux connues dans l’idée que le souvenir des plantes familières ne s’oublierait jamais. Mais ce bonheur nous est refusé : la plupart des herbes qui furent si bien connues des Anciens nous sont maintenant indéterminables, et faute de description et de figures, la lecture de leurs ouvrages est écrasée de tant de difficultés que nos jugements en sont frappés d’une extrême infirmité. « Il n’y a personne, dit Dioscoride, qui ne connaisse l’Hysope ». Hélas ! Il serait mieux de dire que l’hysope n’est peut-être connue de personne ! Pourtant Dioscoride lui attribue des propriétés admirables, et après avoir comparé l’Origan à l’Hysope, il donne comme semblable à l’Origan, la petite Centaurée, le Tragorigan, le Serpolet, le Marum, le Polycnémon, le Symphytum des pierres, l’Agérate, le Pavot sauvage. De la sorte, la connaissance de toutes ces plantes dépend uniquement de l’Hysope ».

On le voit, la tâche est complexe. Mais voilà qui remet bien des choses en perspective et nous autorise à ne plus prendre des vessies pour des lanternes.

L’HYSOPE MÉDIÉVALE : BIENFAITS OFFICINAUX ET CULINAIRES

Associée à la cannelle et à la réglisse, Hildegarde de Bingen indiquait l’hysope afin de « soulager les nonnes chez lesquelles le chant a provoqué de l’enrouement », recette qui peut être utilement complétée par la tisane des quatre fleurs pectorales (coquelicot, mauve, guimauve, violette, pied-de-chat, tussilage et bouillon-blanc ; quatre à l’époque, sept à l’heure actuelle). Hildegarde confectionnait aussi un vin d’hysope destiné aux personnes souffrant de douleurs gastrique en plaçant vingt grammes d’hysope dans un litre de vin qu’elle faisait macérer pendant trois jours au soleil. Nombre d’affections gastro-intestinales pourront être traitées grâce à l’hysope, ainsi qu’en cas d’hypotension et de parasites intestinaux. Fraîches, les fleurs, outre qu’elles se mangent, constituent de parfaits cataplasmes applicables sur contusions, plaies et ecchymoses, tandis que des compresses d’infusion d’hysope appliquées sur les yeux rendront jeunesse aux paupières fatiguées.
Le Moyen-Âge ne s’y est pas trompé : si l’hysope jouit de multiples propriétés thérapeutiques, son emploi aura trouvé une place de choix sur les tablées médiévales, d’autant plus qu’elle permet – tout comme l’origan – de rendre les plats plus digestes. Elle est donc utilisée dans des plats de viandes et de légumineuses, avec du fromage blanc accompagné d’huile d’olive ; les salades composées accueilleront avec bonheur des fleurs d’hysope fraîches tant comestibles que décoratives.
Aujourd’hui, malgré sa saveur épicée de miel poivré et sa forte odeur aromatique, on peut dire que l’hysope n’est plus guère employée. Qu’à cela ne tienne ! Les abeilles sauront trouver auprès de l’hysope un nectar de qualité.

L’HYSOPE, PLANTE SPIRITUELLE

L’huile essentielle d’hysope présente de très hautes vibrations, la couleur principale de son aura est violette. C’est pour cette raison qu’on lie l’hysope au chakra de la couronne. L’hysope – sous sa forme d’huile essentielle – est d’une aide précieuse en ce qui concerne la méditation. Elle purifie le mental, permet d’éviter la dispersion, l’agitation et les problèmes de concentration. C’est la clarté d’esprit qu’elle transmet (à l’identique avec la sauge sclarée, autre sacrée plante avec laquelle l’hysope partage nombre de propriétés) par le développement de l’intuition et des perceptions extra-sensorielles. Ceci étant dit, il y a une anecdote assez particulière à propos de l’huile essentielle d’hysope couchée. C’est une huile essentielle qui permet de se redresser, tant spirituellement que physiquement. Par une action directe le long de la colonne vertébrale en massage, cette huile essentielle à la petite odeur sucrée rappelant celle de l’huile essentielle de khella (Ammi visnaga) favorise l’alignement des chakras alors que, graduellement, la colonne vertébrale se redresse (tout à fait typique lorsqu’on a les épaules voûtées… Comme si un poids nous écrasait en quelque sorte). C’est donc un procédé qui permet d’être « droit » autant d’un point de vue physique que mental. Qu’une plante rampante permette de redresser l’Homme, voilà une signature hautement évocatrice !

« Dans les régions rhénanes, nous dit Paul-Victor Fournier, les vieilles femmes mettent des brins d’hysope ou de romarin dans leurs livres de prières pour se préserver du sommeil pendant les offices, grâce à son parfum pénétrant ». Belle illustration de son pouvoir érectile !

© Books of Dante – 2013

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