La grande camomille (Tanacetum parthenium)

Synonymes : matricaire officinale, matricaire vulgaire, matricaire odorante, espargoutte, bouton d’argent, œil du soleil, mandiane, herbe vierge, malherbe, etc.

Autrefois, la grande camomille portait le nom de Chrysanthemum parthenium : si on lui a depuis conservé son adjectif, ce chrysanthemum a disparu au profit d’un tanacetum qui confine à la tanaisie, alors que ce précédent substantif la rapprochait de la vaste tribu fourre-tout des « chrysanthèmes », mot forgé grâce à deux racines grecques : chrysos, « or » et anthemos, « fleur ». Cazin, lui, évoquait une Matricaria parthenium, dont la planche XXIV du Traité raisonné nous rassure de suite quant à son identité : il s’agit bien de la grande camomille qui partage avec sa cousine la matricaire (ou, plus communément, camomille allemande) bien des caractères communs qui peuvent s’expliquer, entre autres, par ce parthenium qui était, il y a fort longtemps, le nom que l’on accordait à plusieurs plantes, et qui provient du grec parthenos signifiant « jeune fille », façon de montrer que la grande camomille est, elle aussi, une plante de la femme. Peut-être est-elle le parthenium décrit par Pline dans un passage de l’Histoire naturelle. « Les Mages préconisaient, d’après Pline, de cueillir le parthenium de la main gauche, en disant, sans se retourner, pour qui on le cueillait, puis d’en mettre une feuille sous la langue du malade et de la lui faire avaler peu après dans un cyathe d’eau » (1). Mais rien n’est dit sur l’appartenance de cette plante à la sphère gynécologique, ce qui n’est pas le cas dans l’œuvre de Dioscoride. Au troisième livre de la Materia medica, chapitre 132, on peut lire l’information suivante : les fleurs « sont valeureuses […] aux inflammations de la matrice ». Ce qui peut paraître bien léger, sans compter que le descriptif apporté par Dioscoride n’est pas en mesure, véritablement, de nous faire clairement identifier cette plante qui pourrait être n’importe quelle autre astéracée assez semblable, d’autant que les traducteurs du grec ancien au français du XVI ème siècle ont cru bon de désigner cette plante par le nom de… matricaire : « la matricaire qui est le parthenion, est nommée par certains amaracon. Elle a les feuilles semblables à la coriandre ». Ah, ah, s’il s’agit des feuilles inférieures de cette apiacée, leur forme évoque davantage les feuilles de la grande camomille, mais si Dioscoride fait référence à ses feuilles supérieures, très divisées et linéaires, elles font effectivement penser aux feuilles de la matricaire. Nous ne sommes donc pas plus avancés. Poursuivons néanmoins la lecture de la Materia medica : « Ses fleurs sont blanches autour et jaunes au milieu. C’est une plante de déplaisante odeur et amère au goût ». Oui, bon… Bien connue des médecins grecs et romains, nous dit-on, elle apparaît cependant comme remède secourable aux pulmoniques et autres lithiasiques.
Au Moyen-Âge, elle est répandue et prisée, mais sans doute encore confondue avec la matricaire, au fur et à mesure de son déploiement géographique d’est en ouest, étant effectivement originaire du Proche-Orient et du sud-est de l’Europe (des Balkans, dont Dioscoride n’est pas très loin d’être originaire).
La prégnance de ses usages anciens est attestée par différents noms : le mot anglais feverfew témoigne des propriétés fébrifuges de la grande camomille, alors que mutterkraut (« herbe des mères », en allemand) rend compte de ses propriétés emménagogues qui n’ont pas échappé au médecin anglais Nicolas Culpeper qui écrivait au XVII ème siècle que la grande camomille est « un fortifiant naturel de la matrice […] Elle nettoie celle-ci en expulsant les restes du placenta après l’accouchement [chose importante sans quoi des infections peuvent se déclarer]. Elle prodigue tout le bien qu’une femme peut attendre d’une plante ».

Selon les circonstances, cette espèce de petite « marguerite » qu’est la grande camomille est bisannuelle, pluriannuelle ou vivace. D’une souche non rampante, s’érigent des tiges dressées et ramifiées, fermes et cannelées, de 60 à 80 cm de hauteur environ. Elles se couvrent de feuilles molles, plates, aux dents peu nombreuses, de couleur vert clair. A la floraison (juin-août), l’on voit éclore des capitules composés de fleurons périphériques fertiles et femelles, et des fleurons centraux hermaphrodites de couleur jaune d’or. Contrairement aux matricaire et camomille romaine, ces capitules sont disposés en corymbes terminaux peu denses (contrairement à l’achillée millefeuille chez qui les capitules floraux très nombreux sont serrés les uns contre les autres). Cela, c’est dans le cas d’une grande camomille sauvage : en effet, une fois cultivée, ses fleurs « doublent » comme on dit, à la manière des pâquerettes pomponnettes.
La grande camomille pousse naturellement dans des lieux plus ou moins incultes, remarquables par leur rusticité : en bordure de chemins, au pied des murs, sur les décombres, aux abords des champs, etc. C’est une plante voisine des habitations du fait qu’elle a été régulièrement semée près des maisons comme plante purificatrice.

La grande camomille en phytothérapie

Une fois qu’on les a froissées, les feuilles et les fleurs de la grande camomille dégagent une puissante odeur balsamique trahissant la présence d’une essence aromatique de couleur bleue (à l’identique avec les huiles essentielles de matricaire et d’achillée millefeuille par exemple), probablement camphrée et dont voici quelques données biochimiques établies par l’analyse chromatographique :

  • Esters : 20 % dont acétate de bornyle, isovalérate de bornyle, acétate de trans-chrysanthémyle
  • Cétones : 25 % dont camphre
  • Monoterpénols : bornéol, bêta-eudesmol
  • Monoterpènes : camphène, alpha et bêta-pinène
  • Lactones sesquiterpéniques : 0,5 % dont le parthonélide (substance qui abaisse la production de sérotonine, et qui serait probablement à l’origine de l’action de la plante contre la migraine)

Tout cela confère à la grande camomille une odeur forte, résineuse, assez peu agréable, un peu comme si on mêlait de l’épinette noire à de la camomille allemande. Quant à sa saveur chaude, amère et un peu âcre, on la doit à de la résine et à un mucilage amer. Enfin, sur la question des principes actifs, ajoutons encore la présence de flavonoïdes nombreux au sein de la grande camomille.

Propriétés thérapeutiques

  • Stimulante, tonique amère légère
  • Digestive, stomachique, carminative, vermifuge
  • Antalgique, analgésique, antirhumatismale
  • Antispasmodique
  • Emménagogue
  • Fébrifuge
  • Antiseptique
  • Insectifuge (abeilles), insecticide (une décoction de grande camomille vaporisée sur des plantes envahies de pucerons les en débarrasse)

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : troubles digestifs par atonie, flatulences, aérophagie, parasites intestinaux (ténia)
  • Troubles de la sphère gynécologique : règles douloureuses, aménorrhée, dysménorrhée, leucorrhée, spasmes et douleurs de l’utérus (hysteralgie)
  • Troubles locomoteurs : rhumatismes articulaires, arthrite, douleur goutteuse
  • Fièvre intermittente
  • Céphalalgie, migraine, maux de tête liés aux menstruations : sur ces points, la grande camomille possède une puissance bien plus étendue que la camomille romaine. Rien qu’en mâchant ses feuilles et en se massant les tempes avec ses fleurs fraîches, la grande camomille lutte déjà contre les crises de migraines. « Il fallut attendre que la femme d’un médecin gallois eut été guérie, grâce à la grande camomille, d’une migraine chronique qui avait duré 50 ans pour que des études sérieuses soient enfin entreprises en Grande-Bretagne. Après des tests cliniques très concluants, cette plante fut présente dans les hôpitaux britanniques à partir des années 1980 » (2).

Modes d’emploi

  • Infusion ou décoction de fleurs fraîches.
  • Infusion ou décoction de feuilles fraîches.
  • Poudre de feuilles sèches.
  • Cataplasme de feuilles fraîches contuses.
  • Macération vineuse de capitules frais.

Note : la plante, qu’elle soit entière ou sous la seule forme de ses capitules, gagnera à ce qu’on la préfère fraîche et non sèche.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • La récolte des capitules de grande camomille se déroule à l’été, en pleine floraison.
  • La consommation des feuilles fraîches peut occasionner l’apparition d’aphtes. Par ailleurs, la grande camomille est incompatible avec la grossesse, et avec les personnes auxquelles on a prescrit des traitements à visée circulatoire.
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    1. Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité, p. 190.
    2. Grand Larousse des plantes médicinales, p. 140.

© Books of Dante – 2019

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