L’alchémille

Synonymes : Pied-de-lion, Manteau de Notre-Dame, Mantelet de la dame.

Petite, vivace et rustique, on ne peut pas dire que l’alchémille possède les atours de certaines plantes autrement plus sensuelles et luxuriantes qu’elle, c’est évident. Cependant, bien que plus tellement utilisée en phytothérapie, elle vaut le détour!

Ne dépassant pas une trentaine de centimètre de hauteur, l’alchémille prend pied dans le sol grâce à un rhizome chevelu. Ses feuilles, d’une belle couleur vert bleuâtre, sont portées par de longs pétioles, feuilles généralement formées de six à dix lobes finement dentés. Elles ressemblent assez, dans leur aspect, aux feuilles de la mauve sylvestre ; on les qualifie de « capes », d’où le surnom de manteau (ou mantelet) de Notre-Dame.

Les tiges florales portent des bouquets lâches de fleurs jaune verdâtre à quatre pétales et fleurissent généralement entre mai et septembre.

On la trouve dans les lieux humides en plaine surtout : prés et prairies humides, bordures de ruisseaux, lisières de forêts, etc.

Une de ses cousines, l’alchémille argentée, lui ressemble beaucoup, hormis le fait que ses feuilles sont formées d’un nombre impair de folioles à la face inférieure brillante et argentée, d’où son nom. Dans les Alpes, on trouve une petite alchémille (Alchemilla alpina), une forme naine de l’alchémille argentée.

Ce qui, par dessus tout, caractérise l’alchémille commune, c’est sa capacité à recueillir la rosée au sein de ses feuilles. On dit que cette eau était utilisée par certains alchimistes dans leur quête de la pierre philosophale. En réalité, cette eau n’est pas constituée que de rosée, elle est aussi composée d’une eau végétale sécrétée par la plante elle-même. On l’appelle « eau céleste ».

Image© Georges Lièvre – Fotolia.com

L’alchémille était connue de Paracelse qui pensait que son ancien nom médicinal était flammula. Quoi qu’il en soit, son nom médiéval d’alchimillia ou alchemilla est issu d’une expression arabe qui signifie « solvant universel »…

Au tout début de la Renaissance, le médecin espagnol Andrés de Laguna l’indiquait dans les cas de fractures osseuses chez les jeunes enfants, alors que la tradition populaire en aura fait une plante miraculeuse pour les femmes désirant retrouver leur virginité. Hum. Plus haut, je parlais du surnom de l’alchémille : manteau de Notre-Dame. Sachant que les parois du vagin (du latin vagina, fourreau) sont appelées « manteau »… Eh bien, il apparaît tout à fait possible que cette tradition populaire et le surnom de la plante trouvent un rapport dans ce sens. Et puis, Notre-Dame, c’est la Vierge…

Comme il n’y a pas de fumée sans feu, il se trouve que l’alchémille est effectivement une panacée de l’organisme féminin. C’est ce qu’indiquera le prête-herboriste suisse Johann Künzle au début du 20 ème siècle. Il l’utilisa avec succès en cas de douleurs menstruelles, en préparation à l’accouchement, ainsi qu’en cas de leucorrhées, c’est-à-dire les fameuses « pertes blanches », autrefois appelées « fleurs blanches » qui ne sont pas sans évoquer les gouttes d’eau sécrétées au creux des feuilles par la plante… Sacrée « signature », tout de même.

Au passage, je me permets de noter l’existence d’un élixir floral d’alchémille qui est plus particulièrement destiné aux femmes qui renient l’aspect maternel et nourricier de leur féminité. Il aide à surmonter les sensations de perte ou de vacuité liées aux troubles de la sphère reproductrice.

Emménagogue (comment en douter ?) et sédative tant locale que générale, l’alchémille est utilisée en cas de règles profuses, de dysménorrhées et, donc, de leucorrhées. Elle permet de préparer l’accouchement afin de le faciliter (débuter une cure au moins un mois avant). En revanche, on l’évitera durant la grossesse. Puis, après accouchement, elle est galactogène (en tout cas, c’est vrai pour les vaches !)

Les tannins qu’elle contient la rendent fortement astringente, voilà pourquoi elle est puissante en cas de diarrhées, de dysenterie, d’entérites et autres gastro-entérites. Cette propriété astringente, doublée de vertus hémostatiques, fait merveille en usage externe sur les plaies suppurantes, variqueuses ou gangreneuses, sur les ulcères de jambes, les blessures minimes et autres petites plaies.

On l’emploie aussi en cas de migraines et maux de tête, de congestions hépatiques, de fatigue nerveuse, etc.

Cependant, attention à son usage interne, en particulier chez les personnes fragiles et/ou sensibles de l’estomac.

© Books of Dante

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