La coriandre, une plante aux qualités doubles

Synonymes : persil arabe, persil chinois, cerfeuil chinois, punaise mâle.

Une partie de ces surnoms vernaculaires évoque deux aspects propres à la coriandre : l’un d’eux renvoie aux aires de culture et d’usage, l’autre à la famille botanique à laquelle appartiennent persil, cerfeuil et coriandre, les Apiacées, ex Ombellifères. Apiacées à ne pas confondre avec les Opiacées. Bien que nous verrons que la coriandre, loin d’être aussi narcotique et hypnotique que le pavot, présente pour le moins des propriétés assez similaires.
Quant à la punaise… Ce surnom fait référence à l’étymologie même du mot coriandre. Du grec koris qui signifie punaise et, toujours du grec, de andros qui veut dire homme. L’origine du mot coriandre est lié au fait que le fruit vert et frais de la coriandre évoque l’odeur de la punaise qui, lorsqu’on l’écrase, est loin de sentir la rose. A Lyon, il existe une ruelle punaise qui, dans des temps anciens, était, si je me souviens bien, un égout à ciel ouvert.

Coriandre fruits

Qu’à cela ne tienne ! Les anciens Égyptiens, il y a de cela 3 500 ans, tinrent en haute estime la coriandre. Quoi ! Me direz-vous, des Parfumés appréciant une odeur fétide ? Que non. Tout comme nous, je pense qu’ils avaient déjà perçu l’odeur peu agréable de la coriandre fraîche mais également celle, subtilement balsamique, des fruits secs. Sans quoi, quelle mystérieuse raison les aurait poussé à entreposer des fruits de coriandre dans bien des tombeaux égyptiens de l’Antiquité ? D’une part, les Égyptiens antiques avaient compris certaines vertus médicinales de la coriandre comme nous l’indique le fameux papyrus Ebers (3 500 ans). D’autre part, cette même graine de punaise était employée pour rendre les vins plus enivrants. Tant et si bien que les Égyptiens furent à l’origine de l’introduction de la coriandre en Europe occidentale. De là, ce ne sont pas moins que Théophraste, Galien, Hippocrate, Pline, Dioscoride, Columelle, etc. qui en parlent. Même la Bible y fait référence ! (Exode 16 : 31).
Plus tard, à travers ce qu’il est communément acceptable d’appeler le Moyen-Âge, on retrouve la coriandre. Elle est mentionnée dans Les contes des mille et une nuits (VIII ème siècle ap. jc.), œuvre littéraire qui vaudra à la coriandre d’être (faussement) qualifiée d’aphrodisiaque. A quelques décennies de là, les Capitulaires de 795 ainsi que l’Inventaire de 812 indiquent la coriandre comme plante incontournable. Au Moyen-Âge donc, je ne sais vous dire à quelle période exacte (c’est long, le Moyen-Âge), la coriandre était utilisée pour ses feuilles comme condiment afin de « verdir » les plats en cuisine. Quant à la graine, certaines traités culinaires médiévaux en mentionnent l’usage (Viandier de Taillevent, Mesnagier de Paris, etc.).

L’odeur de punaise de la coriandre, on l’a dit, a fait en sorte qu’une vilaine étiquette de plante toxique lui a collé au train. Cependant, aux XV ème et XVI ème siècle, sa culture s’est relativement répandue en Europe, à tel point qu’elle sera cultivée en masse dans les environs de Paris au XVIII ème siècle. Un siècle plus tard, sa présence est mentionnée dans les Bouches-du-Rhône, dans la Loire, le Gers, le Tarn…

Coriandre feuilles

La coriandre est une plante annuelle fortement (punaise !) aromatique, dont la hauteur varie de 30 à 60 cm. Comme beaucoup d’autres plantes de sa famille, elle présente des feuilles inférieures lobées et incisées alors que ses feuilles supérieures sont très finement découpées comme celles de l’aneth. Sa nature double, une fois de plus. En été, ses fleurs s’exposent sous deux formes ; on distingue celles du centre de l’ombelle et celles de sa périphérie. Blanches ou rosâtres, elles restent discrètes. Enfin, quand l’époque de la fructification parvient à son terme, de petits fruits ronds se forment. De vert, ils virent au beige avec l’âge. La coriandre pousse davantage sur les sols fertiles et bien drainés (elle n’aime pas l’humidité stagnante dans les racines encore moins les sols argileux qui retiennent l’eau), en plein soleil car elle aime beaucoup la chaleur.

1. Huile essentielle de coriandre : description et composition

Étant donné que la coriandre fait tout en double, c’est sans surprise que l’on apprendra qu’il existe deux huiles essentielles de coriandre puisqu’on distille autant les feuilles que les fruits (mûrs, secs et pulvérisés). Celle issue des feuilles contient essentiellement des aldéhydes non terpéniques (95 %). Quant à l’autre, elle est composée majoritairement de linalol (70 %), molécule à laquelle s’ajoute un peu de camphre (3 %) et de coumarines (traces). Dans l’un et l’autre cas, le rendement avoisine 1 %.

2. Propriétés thérapeutiques

HE feuilles : sédative, anxiolytique, anti-inflammatoire.
HE fruits : apéritive, digestive, stomachique, carminative, anti-infectieuse, antiparasitaire, antalgique, positivante, stimulante, tonique, neurotonique, euphorisante.

3. Usages thérapeutiques

HE feuilles : stress, anxiété, insomnie, gastrite.
HE fruits :
– Troubles de la sphère gastro-intestinale : spasmes intestinaux, dyspepsie, digestion pénible, aérophagie, flatulence, colites, entérocolites
– Douleurs articulaires et musculaires, arthrose, rhumatisme, crampes
– Fatigue physique et nerveuse, asthénie
– Cystite
– Grippe
– Ulcération cutanée

Note : l’huile essentielle de coriandre fruits présente peu ou prou les mêmes propriétés et se destine aux mêmes usages que les trois autres « semences chaudes » que sont anis, fenouil et carvi.

4. Modes d’emploi

  • Voie orale
  • Voie cutanée
  • Inhalation
  • Diffusion atmosphérique

5. Contre-indications et autres usages

  • La coriandre est largement utilisée dans les cuisines asiatiques et orientales, mais aussi en Amérique latine. C’est une plante dont les multiples parties sont cuisinées : feuilles (hachées comme du persil, elles parsèment tous les plats en Asie ; on en confectionne aussi des currys verts), fruits (aromatisent les ratatouilles, les tajines, les terrines, les currys, en poudre avec d’autres épices telles que le poivre, les pickles, etc.), racine (à consommer fraîche et hachée ; piquante, elle entre dans la composition de currys), tiges (dans les plats de haricots, les soupes…).
  • On utilise l’huile essentielle de coriandre fruits pour aromatiser certains médicaments et dentifrices, mais également des liqueurs (Izzara, ratafia), des savons, des parfums…
  • L’huile essentielle de coriandre fruits est susceptible de devenir excitante à haute dose. Des quantités importantes provoquent une ivresse (ce que recherchaient les Égyptiens) et une agitation souvent suivies de prostration et de dépression des centres nerveux. C’est là encore que la coriandre est double. En effet, l’huile essentielle de coriandre feuilles calme les agités et les anxieux. Cependant, la dose toxique de cette huile essentielle est beaucoup trop élevée pour qu’il y ait convulsion en cas d’abus. On observe généralement des phénomènes de somnolence, de profond sommeil et d’hébétude.

© Books of Dante – 2014

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Le curcuma, ami du foie et du système digestif

Matière médicale, plante tinctoriale mais aussi épice, le curcuma prodigue ses bienfaits aux hommes depuis 3 000 ans. Cette plante vivace, dont certains spécimens ornent les boutiques des fleuristes, est surtout connue pour ses parties souterraines qui, à la manière du gingembre, sont constituées de rhizomes. Originaire d’Asie tropicale, le curcuma est cultivé depuis longtemps sous ces latitudes, c’est-à-dire des régions pluvieuses et procurant la chaleur nécessaire pour que puisse s’épanouir celui que les Anglais nomment turmeric. On le trouve donc en Inde, en Chine, en Indonésie, en Birmanie, au Bangladesh, mais aussi hors d’Asie (Amérique du sud, Antilles, Madagascar).

Curcuma partie supérieure
Le curcuma porte de grandes et longues feuilles brillantes et pointues. Ses fleurs jaune pâle sont enserrées par des bractées de couleur rose disposées en épi.

Curcuma rhizome et poudre
Le rhizome du curcuma est formé d’un réseau de tubercules ramifiés et de forme ovoïde.

Le curcuma est connu du monde occidental depuis l’Antiquité si l’on en croit les descriptions qu’en donne Dioscoride. En Europe, au XVII ème siècle, Lémery le considérait comme apéritif et comme « propre à lever les obstructions de la rate, à soigner la jaunisse et la pierre » (par pierre entendre lithiase). Au XIX ème siècle, il était utilisé comme stimulant du foie et tonique des fonctions digestives et diurétiques. Enfin, au XX ème siècle, le médecin français Henri Leclerc reprendra un certain nombre de ces indications thérapeutiques.

Pour les Louchais de Birmanie, le rhizome du curcuma représente la matrice d’où serait issu l’Univers du fait de sa ressemblance avec un gros œuf. En Malaisie et en Indonésie, on purifie les lieux où se tiennent les cérémonies magiques avec du curcuma dilué dans de l’eau salée en l’aspergeant à l’aide des larges feuilles de la plante. Ces rituels d’aspersion se retrouvent également lors des cérémonies de mariage.

1. L’huile essentielle de Curcuma longa : description et composition

On distille aussi bien le rhizome sec (lavé, séché au soleil pendant 8 jours puis broyé et pulvérisé) que frais. Le parfum de l’huile essentielle obtenue dans les deux cas est différent. Douceâtre et mielleux pour le curcuma frais, il est nettement terreux pour le curcuma sec. Le rendement, élevé, est compris entre 4 et 6 %. La composition biochimique s’en trouve également modifiée comme nous pouvons le constater à travers ces extraits de chromatographie en phase gazeuse portant sur deux lots :

Tableau composition biochimique HE curcuma

On alloue à l’huile essentielle de curcuma frais des propriétés similaires à celle de curcuma sec mais beaucoup puissantes.

2. Propriétés thérapeutiques

  • Stimulante hépatique, régénératrice hépatique, hépatoprotectrice
  • Hypocholestérolémiante
  • Cholagogue, cholérétique
  • Tonique circulatoire, fluidifiante du sang
  • Apéritive, digestive, carminative, anthelminthique
  • Antibactérienne, antifongique
  • Antalgique, anti-inflammatoire, antirhumatismale
  • Cicatrisante
  • Anti-oxydante (cinq fois plus puissante que la vitamine E)
  • Négativante
  • Préventive des cancers et des maladies dégénératives, antimutagène, anticarcinogène (on a observé que les cas de cancer du côlon sont beaucoup moins fréquents dans les aires de consommation régulière du curcuma)

3. Usages thérapeutiques

  • Troubles hépato-biliaires : insuffisance hépato-biliaire, métabolisation des graisses, excès de cholestérol, lithiase biliaire
  • Troubles digestifs : insuffisance digestive, lourdeur digestive, ballonnement, aérocolie, colite, inflammation des muqueuses gastriques et intestinales, inflammation du côlon, maladie de Crohn, parasites intestinaux
  • Douleurs rhumatismales, articulaires et musculaires, crampes
  • Dermatoses (acné, eczéma)

En Malaisie, ainsi qu’en Inde, on retrouve l’emploi du curcuma à travers les grands points évoqués ci-dessus : le foie, la vésicule biliaire, le système digestif, la peau et les muscles.

4. Contre-indications et autres usages

  • Le curcuma est une épice parfois confondue avec le safran, lequel n’a pas la même origine et encore moins la même valeur. Sans doute que les nombreux noms vernaculaires du curcuma (safran des Indes, racine de safran, safran vert, safran Bourbon, safran péi, etc.) auront entretenu cette confusion.
  • Il est, avec la coriandre et nombre d’autres épices (cannelle, gingembre, muscade, clou de girofle, etc.) l’un des principaux éléments du curry, mélange d’épices avec lequel le curcuma est souvent confondu.
  • C’est aussi une plante tinctoriale. On en tire un colorant naturel de couleur jaune d’or destiné à teinter le bois, le cuir, le papier mais également les étoffes de soie et de laine. C’est avec son aide que l’on colore les costumes des moines bouddhistes. La curcumine brute (E 100) est, quant à elle, un colorant alimentaire très utilisé (fromages, beurre).
  • On évitera l’emploi de l’huile essentielle de curcuma chez le bébé et l’enfant, en cas de grossesse (huile essentielle potentiellement neurotoxique et abortive en présence de cétones). Enfin, les personnes qui présentent un faible taux de plaquettes sanguines ainsi que celles employant des médicaments à vertu anticoagulante feront de cette huile essentielle un usage prudent.
  • Il existe des espèces similaires, attention de ne pas faire de confusion entre le curcuma présenté dans cet article et d’autres curcumas : Curcuma zedoaria, Curcuma xanthorrhiza, Curcuma aromatica et Curcuma mangga. S’ils présentent tous la particularité de produire une huile essentielle, de l’un à l’autre on obtient des produits aux compositions biochimiques bien différentes. Si Valnet évoque les propriétés de l’un d’eux (Curcuma xanthorrhiza) et que Pénoël/Franchomme rapportent quelques informations à propos d’un autre (Curcuma zedoaria), le curcuma principalement utilisé en aromathérapie demeure bien le Curcuma longa. Si les propriétés thérapeutiques de ces trois derniers curcumas sont relativement proches, il apparaît que certaines molécules contenues dans C. zedoaria et C. xanthorrhiza sont beaucoup plus délicates à employer que celles de C. longa.

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