Le bananier (Musa sp.)

Si l’on en croit les plus anciens documents qui mentionnent l’existence de la banane, il faut la situer originellement en Asie, probablement au sein de cette vaste zone comprenant le sous-continent indien et l’Asie du Sud-Est. Au VI ème siècle avant J.-C., les bouddhistes faisaient déjà référence à cette herbe tropicale, la même que rencontra Alexandre le Grand au cœur de la vallée de l’Indus en 327 avant J.-C. Au milieu du VII ème siècle, elle transita en direction de la Palestine par l’intermédiaire de marchands arabes, puis se déploiera à une grande partie de l’Afrique dans les siècles suivants, poussant sa route jusqu’à l’Ouest du continent africain, s’installant au tout début du XVI ème siècle sur les îles Canaries, avant de franchir l’Océan atlantique à bord de navires portugais en partance pour le Brésil, puis se diffusera à l’ensemble des Caraïbes et de l’Amérique centrale.

Sur sa terre natale, le bananier porte une symbolique peu enviable, étant comparé à celui qui vit dans l’erreur. Pour le Bouddha, il n’est que vanité, fragilité, instabilité, il représente ce qui doit être négligé. Cet état de fait est souvent illustré par le sage méditant au pied d’un bananier dans l’iconographie chinoise, afin de bien marquer que « les constructions mentales sont pareilles à un bananier » (cf. les Samyutta Nikâya). En effet, la fructification du bananier achève de dégarnir cette herbe de ses feuilles ; une fois la production assurée, le bananier meurt. Cependant, il demeure que sous la terre, invisible, il poursuit son existence par le biais d’un système de rhizomes duquel émergeront de nouveaux rejets. Cela explique sans doute pourquoi à Bornéo les Dayaks fichent dans le sol des tiges de bananier afin de rendre hommage aux défunts. En Asie, mais également ailleurs (Afrique, Amérique centrale), le bananier n’est pas seulement habillé de cette seule parure symbolique, il possède, par les philtres que l’on tire de lui, la puissance magique permettant la prospérité et l’abondance, que l’on invite, comme par exemple en Afrique chez les Pygmées, par la fête de la nouvelle lune : « du fait que la lune est en même temps mère et asile des fantômes, les femmes, pour la glorifier, s’enduisent d’argile et de sucs végétaux, devenant blanches comme les spectres et la lumière lunaire » (1). Des prières sont adressées à l’astre lunaire, des danses lui sont dédiées, après quoi, les femmes, épuisées par le rituel, absorbent un breuvage alcoolique à base de bananes fermentées. La fécondité est également associée à la banane : à Madagascar, au sujet de la tribu des Antaifasy, l’on dit qu’ils « sont les descendants d’un bananier ; de ce bananier sortit un jour un beau petit garçon, qui, en peu de temps, devint très grand et très fort… il eut beaucoup d’enfants et de petits-enfants qui furent les ancêtres de cette tribu ; on les appelle encore parfois les Enfants du bananier » (2). Fécondité encore, car il n’échappe à personne que la banane incarne un symbole phallique, parfois pris au pied de la lettre, à en juger par ce passage des Mille et une nuits : « Vous savez toujours plaire à nos sens ! Et vous seules, entre tous les fruits, êtes douées d’un cœur compatissant, ô consolatrices des veuves et des divorcées ! » (3).

Le bananier n’est pas un arbre, mais une herbe géante dont la rigidité de la tige est assurée par des gaines foliaires concentriques. De hauteur variable selon les espèces, il peut atteindre aisément dix mètres de haut et porter de vastes feuilles longuement pétiolées dont certaines peuvent concourir au titre de plus grandes feuilles du monde (4). Persistantes, vert brillant, sous les régions tropicales et sub-tropicales, elles interviennent de multiples manières dans l’économie domestique. Les fleurs en épis donnent naissance aux célèbres régimes de bananes d’une façon qui rappelle l’immaculée conception, après quoi l’herbe sèche et meurt.

Le bananier en phytothérapie

Pour nous autres Européens qui voyons parvenir jusqu’à nous des bananes mi vertes mi jaunes, nous savons d’instinct qu’en cet état, elles ne constituent en aucun cas un délice pour le gourmet. Pour ce faire, elles doivent arborer des taches brunes sur leur robe jaune, en mode panthère. Mais, à ce stade, elles ont déjà été retirées depuis belle lurette de l’étal des marchands de fruits et de légumes. Qu’à cela ne tienne ! Il suffit simplement de les faire mûrir chez soi. J’ai remarqué que quelques gousses d’ail disposées sur des bananes en hâtaient le mûrissement sans leur accorder leur arôme ^_^
La banane verte est un aliment inachevé, mais elle est déjà un remède, certes fort différent de la banane mûre, et utilisée comme telle par les populations des nombreux pays producteurs. Doit-on accorder à l’unique banane l’exclusivité de la matière médicale qu’est susceptible d’apporter le bananier ? Certes non ! Mais du moins pas en Europe où les bananiers ne sont pas légion. En Chine, on utilise presque toute la plante : le fruit et sa peau, les fleurs, les feuilles, jusqu’à la tige qui supporte le poids du régime. Ailleurs, l’on ajoute à cette liste les racines. Nous aborderons tout cela tout à l’heure, mais avant tout, concentrons nous sur la composition biochimique de la banane ayant atteint une parfaite maturité. Les 2/3 de son poids sont constitués d’eau, le ¼ de sucres rapidement assimilables (plus la banane progresse dans son mûrissement et plus le taux de sucres augmente). 5 % de matières azotées côtoient une broutille de lipides (0,6 %) et un chouïa de tanin (0,3 %). Fournissant environ 100 calories aux 100 g, la banane est une riche pourvoyeuse de vitamines (A, B9, C, E) et de sels minéraux (phosphore, potassium, zinc, fer, sodium, etc.). Pour finir, mentionnons le fait que la banane contient du tryptophane convertit par l’organisme en sérotonine.

Propriétés thérapeutiques

  • Très nutritive, digestive, laxative douce, lubrifiante intestinale, antidiarrhéique (banane verte)
  • Tonique
  • Antalgique cutanée, astringente (banane verte, racines)
  • Antinauséeuse
  • Apaisante de la soif
  • Éliminatrice des toxines (selon la médecine traditionnelle chinoise)

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : constipation (banane mûre), diarrhée (banane verte)
  • Troubles de la sphère respiratoire : toux, toux chronique, bronchite (tout cela concerne les feuilles sèches), hémoptysie (racine)
  • Affections cutanées : brûlure légère (banane mûre), ulcère (poudre de banane verte), verrue (pelure), abcès, dermatite (feuilles)
  • Troubles de la sphère cardiovasculaire et circulatoire : hémorroïdes (banane mûre), hypertension (tige)
  • Profitable aux travailleurs physiques comme intellectuels, asthénie physique et nerveuse, personnes affaiblies, anémiques, en croissance

Modes d’emploi

  • Banane mûre, crue, en nature.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : selon l’emploi auquel se destinera la banane, on la cueille avant maturation ou bien à parfaite maturité. Sous les tropiques, les feuilles se récoltent toute l’année au fur et à mesure des besoins.
  • La banane est déconseillée aux diabétiques en raison de sa richesse en hydrates de carbone et en sucres.
  • Espèces : elles sont nombreuses. Citons en seulement quelques-unes : Musa acuminata, Musa balbisiana, Musa sapientum, Musa paradisiaca, etc.
  • Si besoin est, sachez que l’intérieur d’une pelure de banane est capable de faire disparaître différentes taches : celles qui se trouvent sur des objets en cuir, mais également celles qui ponctuent de nicotine les doigts des fumeurs ou les doigts de ceux qui sont trop maladroits pour utiliser un encrier.
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    1. Mircea Eliade, Traité d’histoire des religions, p. 176.
    2. Ibidem, p. 303.
    3. Cité par Jean-Luc Hennig, Dictionnaire littéraire et érotique des fruits et légumes, p. 96.
    4. D’une longueur maximale de 15 m, la feuille de bananier est pourtant loin derrière le record absolu : le raphia royal du Congo (Raphia regalis) possède des feuilles beaucoup plus longues (25 m sur 5 de largeur !)

© Books of Dante – 2018