La cardamome (Elletaria cardamomum)

Malgré ses usages culinaires propres à nos latitudes, la cardamome sait ne pas faire oublier d’où elle vient. Si la cardamome verte est issue du sous-continent indien, la noire provient d’un foyer asiatique situé plus à l’Est (Himalaya, Chine).

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Herbe à rhizome de la même famille que gingembre, petit galanga et curcuma, la cardamome vert est une grande plante vivace dont la taille oscille entre 2 et 5 m de hauteur. De longues feuilles étroites à la face inférieure duveteuse se terminent en pointes effilées. Des fleurs blanches striées de violet donnent naissance à des grappes de fruits verts, capsules aromatiques contenant des graines à la saveur poivrée si forte qu’elles faisaient dire à Dioscoride qu’il suffisait « qu’une femme enceinte la respirât pour tuer l’enfant qu’elle portait ». Est-ce pour cette raison qu’elle a été surnommée graine des anges ? Ses capsules, qui mesurent généralement 1 cm de longueur, sont segmentées en trois compartiments contenant chacun une à deux dizaine de petites graines noires pas plus grosses que des graines de pavot, alors que les capsules de la cardamome noire sont plus grosses (3 cm) et contiennent davantage de graines.

Quant à la cardamome blanche, elle ne présente que peu d’intérêt. Si elle est blanche, c’est qu’il s’agit de cardamome verte ayant subit un traitement chimique au dioxyde de soufre. Autant dire qu’elle est loin d’être indispensable.

En Inde, la cardamome verte est un ingrédient majeur de la médecine ayurvédique (à l’instar du gingembre) qui l’emploie depuis plus de 3 000 ans et la met à profit dans des troubles aussi variés que l’asthme ou les difficultés de digestion.

Elle fut introduite bien avant notre ère en Asie Occidentale puis sur l’ensemble du pourtour méditerranéen, comme l’atteste un papyrus égyptien âgé de 25 siècles. Très tôt, elle trouva un emploi comme matière à encens et à parfum. Ce sont ces usages que l’on retrouve en Égypte antique car il est dit que la reine Cléopâtre en parfumait ses appartements. Il est donc tout naturel de retrouver la cardamome chez les Grecs et les Romains de l’Antiquité, toujours friands d’exotiques nouveautés. Selon d’anciennes sources, la cardamome leurs parvenait par caravanes entières !

Grecs et Romains l’utilisaient pour ses propriétés digestives et pour sa capacité à purifier l’haleine (laquelle dernière n’a, à l’heure actuelle, rien perdu de sa fraîcheur ^^). Au-delà de ces quelques propriétés médicinales, Grecs et Romains imitèrent les Égyptiens et firent également de la cardamome un ingrédient entrant dans la compositions de parfums et d’encens, ses capsules servirent même d’offrandes.

Au Moyen-Âge, on l’utilisait pour ses propriétés digestives et stomachiques (école de Salerne). Différents auteurs médiévaux dont Avicenne reconnaissent à la cardamome des vertus souveraines contre un certain nombre de maux et d’affection (maux de gorge, toux, etc.).

Comme beaucoup d’épices, elle est considérée dans les traditions populaires comme un aphrodisiaque, ce qui faisait dire « qu’un vin chaud aromatisé à la cardamome réveillerait un mort, lequel irait tout droit voir les filles… » De façon plus prosaïque et terre-à-terre, il n’en demeure pas moins que les graines de cardamome réduites en poudre et bouillies avec du lait et du miel constituent un excellent remède à l’impuissance et à l’éjaculation précoce (attention, car en trop grande quantité ce mélange produit l’effet inverse !) Comme dans tout, il n’est que question de dosage.

On pensait même qu’il suffisait de priser les graines pulvérisées en pensant à la personne aimée pour susciter son amour. Quand bien même le grand Lémery dira en 1733 que la cardamome peut « aider à la digestion, résister à la malignité des humeurs et exciter la semence », il est fort possible qu’il y ait erreur sur la personne. En effet, les Romains, généralement peu soucieux de donner des définitions précises, auraient pu faire la confusion entre la cardamome asiatique et la maniguette africaine (Aframomom melegueta), parfois, autrement désignée sous le vocable évocateur de graine de paradis . Cela étant dit, il est bon de noter que maniguette et cardamome sont deux plantes bien distinctes bien qu’elles appartiennent toutes deux à la même famille botanique. D’autant qu’il est aisé de comparer des capsules de cardamome verte avec des gousses de maniguette comme cela est clairement visible sur les clichés ci-dessous :

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La maniguette

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La cardamome

Peut-être, alors, faut-il faire une relation, non pas avec la cardamome verte mais avec… la noire qui est (injustement ?) appelée, elle aussi, maniguette ou… graine de paradis, ce qui ne laisserait pas de doute sur l’usage que l’on peut en faire de cette dernière, quand bien même la littérature aromathérapeutique n’assigne en aucun cas à la cardamome (qu’elle soit verte ou noire) le rôle d’aphrodisiaque.

> Huile essentielle de cardamome verte

Extraite des capsules par distillation à la vapeur d’eau.

-Esters : 30 à 50 %, oxydes : 30 à 45 %, monoterpènes : 11 %, monoterpénols : 5 %

Odeur agréable, légèrement camphrée et poivrée, un peu acre parfois. Sa saveur est généralement bien plus fine et plus douce que celle de cardamome noire dont la saveur poivrée est très astringente. Outre ses usages en aromathérapie, l’huile essentielle contenue dans le fruit est utilisée en liquoristerie ainsi qu’en parfumerie.

> Propriétés thérapeutiques

-Digestive, eupeptique, stomachique, carminative, facilite le transit intestinal, augmente les secrétions gastriques et biliaires / Anti-infectieuse : antibactérienne, antifongique / Antispasmodique / Anti-inflammatoire, analgésique / Stimulante de l’intellect, tonique / Expectorante, catarrhale / Anthelminthique / Ulcéroprotectrice / Promotrice d’absorption

> Usages thérapeutiques

Troubles gastro-intestinaux : insuffisance digestive, aérophagie, flatulence, dyspepsie, colite spasmodique, indigestions, crampes d’estomac, colique, nausée, halitose / Troubles de la sphère respiratoire : bronchite catarrhale, encombrement bronchique, infections respiratoires, refroidissement (son énergie réchauffante est particulièrement recommandée en hiver) / Cardialgie / Fièvre / Douleurs rénales / Asthénie, qu’elle soit d’origine physique ou psychique

> Propriétés psycho-émotionnelles et énergétiques

-Si Scott Cunningham associe la cardamome au genre féminin et à la planète Vénus, il est sans doute hâtif de la qualifier d’aphrodisiaque. Elle a effectivement un rapport avec Aphrodite mais dans le sens où l’entend la médecine traditionnelle chinoise, à savoir que c’est une plante de l’énergie de base qui aide à s’émouvoir de nouveau lorsque l’on est trop éteint émotionnellement, elle redonne de la spontanéité ainsi qu’un certain élan dans les émotions tout en accueillant les imprévus émotionnels.

Couleurs de l’aura

Violet, indigo

Couleurs complémentaires

Jaune, orange

Chakras concernés

Couronne, troisième œil, plexus solaire, sacré

-Protocoles :

Cobaye n° 1 : application d’huile essentielle de cardamome verte le long des méridiens suivants : conception (yin), vésicule biliaire (yang, bois) et triple foyer (yang, feu). Quelques mots au sujet de ces trois méridiens :

  • Le méridien Conception a la charge de tout ce qui touche le Féminin au sens large : sens de l’écoute, capacité à recevoir, capacité à accepter, capacité à être en paix, capacité à faire la paix, calme. Ainsi donc, il est est lié à la Lune et à l’argent, puisqu’il incarne une symbolique lunaire, nocturne et maternelle. Les situations et vécus psycho-émotionnels que gère ce méridien sont les suivants : difficultés à vivre les sentiments et les émotions, difficultés et/ou souffrance dans le rapport au féminin (dans le cas d’un enfant ou d’un adulte en conflit avec la mère et/ou l’aspect maternel au sens large), difficultés à accepter le quotidien, ce qui, convenons-en, entretient un lien plus qu’étroit avec ce qu’il est dit de l’huile essentielle de cardamome en tête de paragraphe. Elle s’adresse donc tout particulièrement aux sujets sensibles, émotifs et/ou stressés.

  • Le méridien de la vésicule biliaire participe à l’attitude générale du mental et des organes sur le plan moral, il a un lien avec le sens de la justice, du courage, de l’harmonie et de la pureté. Quand l’énergie du méridien de la vésicule biliaire est équilibrée, l’individu fait face et à toujours l’énergie nécessaire et le courage pour résister. En revanche, dès lors que cette énergie est défaillante, l’individu aura le moral atteint, sera submergé par l’idée de la défaite, il créera un terrain favorable afin qu’elle se déploie rapidement dans tout son être. On remarque également chez ce type de personnes d’autres difficultés : difficulté à vivre les affects, manque de confiance, envie et jalousie, exigence, perfectionnisme, très grande sensibilité aux sentiments de justice et d’injustice, difficultés en ce qui concerne la problématique liée à la place sociale, familiale, professionnelle.

  • Le méridien du triple foyer règle la chaleur interne à la manière d’un thermostat, en particulier la chaleur dans laquelle travaillent les viscères. Les situations et vécus psycho-émotionnels qui lui sont propres sont les suivants : difficultés à faire la part des choses dans sa vie (entre préoccupations matérielles d’une part, spirituelles d’autre part), trop d’attachement au passé et aux habitudes, manque de gaieté, une certaine frilosité ainsi que des capacités intellectuelles en berne, plus faibles qu’à l’habitude (en cas de carence énergétique), irritabilité, agressivité, agitation, excitation, hystérie en cas d’excès énergétique.

Cobaye n° 2 : une application d’huile essentielle de cardamome verte en friction au niveau de la ceinture abdominale (plexus solaire, chakra sacré) permet une stimulation plus subtile des chakras complémentaires que sont la couronne et le troisième œil.

 > Modes d’emploi

-Diffusion atmosphérique, voie cutanée diluée, voie orale sous contrôle, inhalation sèche, friction

> Précautions d’emploi, contre-indications et autres remarques

-La graine de cardamome est un ingrédient qui entre dans la composition du curry et du garam masala en Inde ainsi que dans d’autres poudres d’épices. Elle est largement utilisée dans les pays du Proche-Orient pour aromatiser le café, ainsi que dans des régions d’Inde, au Cachemire entre-autre, avec le thé. Elle est peu utilisée en Europe, hormis dans certains pays scandinaves (Danemark) où elle sert à parfumer les pains fantaisie, les pâtisseries et les sauces, par exemple. Par ailleurs, elle est utilisée de façon parcimonieuse (pain d’épice, hydromel).

-La cardamome demeure une épice très onéreuse, au même titre que la vanille ou le safran.

© Books of Dante – 2012

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La muscade (Myristica fragrans)

C’est aux Portugais que l’on doit l’introduction de la noix de muscade sur le territoire européen. Rappelez-vous les Îles Moluques où nous nous sommes rendus lorsque nous avons abordé l’huile essentielle de clou de girofle (Huiles essentielles de santé & de bonheur, p. 134). C’est dans ce même théâtre que prend corps l’histoire internationale de la noix de muscade, issue d’un arbre originaire des Moluques, autrefois nommées Archipel des épices. Au XVI ème siècle, les Portugais se rendirent maîtres de l’archipel, installèrent un comptoir commercial en Malaisie duquel se propagea la muscade, en compagnie du poivre et du clou de girofle, direction Lisbonne !

C’est pour cela que la nux indica était si connue à la Renaissance, elle a alors été si vantée qu’au XVII ème siècle, le dithyrambique naturaliste danois, Simon Pauli, écrivit une monographie de près de 900 pages à son seul sujet ! Selon lui, la noix de muscade est une panacée ultime pour « bien portants, malades, vivants ou morts ». Rien que ça !

Au XVIII ème siècle, le Codex (1758) mentionne pas moins d’une vingtaine de compositions dans lesquelles on trouve de la noix de muscade (alcoolat de Fioravanti, élixir de Garus, alcool de mélisse composée, etc.). Au même siècle, contrairement à Pauli, Cartheuser, chimiste allemand, s’attache à travailler sur l’huile essentielle de noix de muscade. Ainsi purent être posées des propriétés et indications pharmacologiques autrement moins fantaisistes que les assertions du Danois un siècle plus tôt.

Le muscadier est un petit arbre de taille comprise entre 7 et 12 m, parfois 15. Ses feuilles, assez semblables à celles du cannelier de Ceylan, sont persistantes et marquées de fortes nervures ; ses fleurs, blanchâtres, discrètes et parfumées, donnent naissance à de gros fruits charnus contenant en leur sein une graine (celle que je vous invite à râper dans bien des plats !) et d’un treillis de filaments d’un joli rouge vif, le macis, que nous voyons sur l’image ci-dessous :

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Bien qu’un muscadier puisse produire des noix pendant environ ¾ de siècle, il en fournit plus particulièrement entre ses 10 et 30 ans. Alors, ce ne sont pas moins de 1500 à 2000 noix qu’est capable de produire un seul pied en une année ! Elles sont généralement récoltées trois fois l’an puis mises à la sèche pendant six bonnes semaines.

Comme nous l’avons dit, la noix de muscade est originaire de l’archipel des Moluques, mais on la produit dans d’autres zones tropicales du globe (Antilles, Sumatra, Java, Inde, etc.) malgré tous les efforts des Portugais pour en conserver farouchement le monopole il y a quatre siècles. Mais, c’était sans compter sur les oiseaux qui répandirent des graines au gré de leurs pérégrinations :)

> Huile essentielle de noix de muscade

Extraite de la noix de muscade par distillation à la vapeur d’eau.

-Monoterpènes : 75 %, éthers : 11 %, monoterpénols : 7 %

A noter que le muscadier permet l’obtention de deux huiles essentielles distinctes : celle de noix de muscade à différencier de celle du macis. On retrouve dans cette huile essentielle la chaleureuse odeur légèrement piquante de la noix de muscade

 > Propriétés thérapeutiques

-Anti-infectieuse (antiseptique générale et intestinale), antiparasitaire / Tonique et stimulante générale, tonique psychique, neurotonique / Apéritive, digestive, carminative, antivomitive / Antalgique, analgésique majeure / Emménagogue / Active l’ovulation / Retarde l’éjaculation (tonique circulatoire des organes génitaux masculin)

En qualité d’aphrodisiaque (même si le terme est exagéré), il est amusant de remarquer que seuls les muscadiers femelles produisent des noix qui semblent être plus efficaces chez l’homme que chez la femme…

> Usages thérapeutiques

-Troubles gastro-intestinaux : diarrhées chroniques, digestions difficile, flatulence, halitose, atonies digestives, entérocolites spasmodiques et infectieuses, parasitoses / Douleurs rhumatismales (aiguës ou chroniques), entorse, courbatures / Névralgies dentaires, caries / Règles insuffisantes / Préparation à l’accouchement / Asthénie physique et/ou psychique, fatigue intellectuelle / Mal des transports

> Propriétés psycho-émotionnelles et énergétiques

-Lise-Marie Lecompte associe cette plante à Mercure. Sans doute du fait qu’elle permet d’augmenter les capacités cérébrales (en vertu de ses qualités de tonique psychique et de neurotonique) et qu’elle donne de bonnes idées. L’idée de communication propre à Mercure est donc bien présente. Avec Scott Cunningham, elle tombe d’accord sur les qualités propres à la muscade d’être un porte-bonheur (que cela soit en terme de chance, de santé, d’argent comme de fidélité). Aspect que l’on retrouve assez aisément dans l’expression « passez muscade ! », interjection soulignant l’aisance désinvolte et la réussite d’une opération exécutée prestement (merci Wiki, une fois n’est pas coutume ^^).

Couleur de l’aura

Blanche

Chakras concernés

Tous

Protocole :

-Cobaye n° 1 : une application cutanée circulaire au niveau des cols du fémur permet d’asseoir tout en douceur le chakra racine.

> Modes d’emploi

-Diffusion atmosphérique (en très petite quantité, elle peut devenir entêtante et peut « manger » les autres huiles essentielles éventuellement utilisées en synergie), voie externe diluée, voie interne avec beaucoup de précaution, inhalation sèche

> Précautions d’emploi, contre-indications et autres remarques

-Stupéfiante et sédative de la circulation sanguine à haute dose (7 à 12 g), autant dire que 2 à 3 noix peuvent avoir raison d’un homme. On observe des symptômes identiques à ceux que présente une intoxication alcoolique : délire, hallucination, stupeur, crampes, perte de connaissance.

-Huile essentielle interdite à la femme enceinte (possible action abortive) ainsi qu’aux enfants.

© Books of Dante – 2012.

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