La menthe pouliot (Mentha pulegium)


Synonymes : herbe aux puces, chasse-puce, péliot, pouliot royal, penny royal1, menthe des marais, herbe à moustique, petit baume, dictame de Virginie (sic ?), frétillet, menthe de squaw2, herbe de saint Laurent3, bléchon.

S’il existe une menthe qui se distingue très nettement de ses consœurs, c’est bien cette plante qui s’affranchit régulièrement du nom de menthe pour n’être réduit qu’au simple pouliot. Sur cet aspect, il n’échappa d’ailleurs pas aux observateurs gréco-romains de l’Antiquité. Le pouliot, chez les Grecs, c’est le glêkhôn. Hippocrate, Théophraste et Dioscoride étaient unanimes au sujet de cette herbe fort connue qui dessèche, échauffe et digère, et pour laquelle on comptait bien d’autres propriétés médicinales qui ont toujours cours : ainsi le pouliot était-il également emménagogue, eutocique (c’est-à-dire permettant à un accouchement de se dérouler correctement ; à ce titre, le pouliot a la réputation d’évacuer l’arrière-faix, autrement dit le placenta), cholagogue, expectorant, anti-inflammatoire, propre à réduire les douleurs spléniques (de la rate), calmer les vomissements, effacer les taches de rousseur, soulager les démangeaisons cutanées et les morsures d’animaux venimeux, enfin, renforcer les gencives. J’emprunte à Dioscoride une observation qu’on ne voit pas partout : « Mis sous le nez dans du vinaigre, il fait revenir ceux à qui l’esprit est amorti »4. Allez savoir pourquoi le mot amorti dans cette phrase me fait sourire… On dit aussi que le pouliot est visible dans le pulegium (ou herba puleium) des Romains, bien que ce pulegium-là ne corresponde très probablement pas qu’à une seule plante. En tous les cas, l’on sait que les Anciens n’apparentaient pas le pouliot à une menthe. Ce rapprochement est le fait tardif de Linné qui classa le pouliot dans le groupe des menthes en 1756. Il est vrai qu’il en diffère beaucoup. C’est une espèce à part. L’agencement de ses hampes florales rappelle fortement le marrube, la couleur de ses fleurs celles de l’origan ou du serpolet (qu’on appelle parfois « petit pouliot »). Avec des feuilles presque rondes, des tiges circulaires et une arcature quelque peu « anarchique », on n’a pas du tout l’impression d’avoir affaire à une menthe. Peut-être sont-ce ces traits distinctifs caractéristiques qui permirent aux Anciens de nettement singulariser cette plante qu’il nous est permis de reconnaître dans les textes antiques. Une chose est néanmoins certaine : cette plante méridionale était bien connue des Grecs, des Romains et même des Égyptiens, et partout elle était prise en bonne part. On la voit, par exemple, être répertorié par Pline dans pas moins de 25 remèdes différents. Il est abondamment traité par divers auteurs, comme Dioscoride, que nous avons abordé plus haut, mais d’autres encore qui lui allouaient bien des vertus merveilleuses : remède des morsures de serpents et des piqûres de scorpions (comme tant d’autres plantes, et cela de l’Antiquité au Moyen âge inclus), le pouliot intervenait dans une foule d’affections qui peuvent faire croire qu’on lui avait concédé un rôle de parfaite panacée : toux, vomissement, colique, crampe d’estomac, vers intestinaux, digestion difficile et autres affections stomacales, affections spléniques et urinaires, douleurs de tête, fièvre tierce, troubles des règles, etc., et même jusqu’à l’hydropisie pour laquelle Serenus Sammonicus possédait une conception pour le moins étrange : « L’hydropisie peut provenir ou de l’altération du foie, ou du gonflement de la rate, ou des ravages d’une fièvre ardente qui a desséché la moelle des os, ou enfin de ce que pour étancher une soif brûlante, on a eu l’imprudence de boire un breuvage glacé »5.

Comme beaucoup d’autres plantes employées durant l’Antiquité, les usages mêlaient autant la médecine qu’une bonne part de rituels et de magie (ces deux pratiques étaient si intimement liées à dire vrai que l’on n’hésitait pas à prononcer des incantations durant l’administration des remèdes, pour donner un exemple). Pline rapporte aussi que la cueillette du pouliot se devait de s’effectuer à jeun. On nouait ensuite la plante dans le dos ou sous les couvertures du malade avant que ce dernier ne s’y installe. Pour faire tomber la fièvre tierce, le pseudo-Apulée recommandait de prendre trois brins de pouliot et de les nouer de laine : « Si le malade les porte comme une couronne sur la tête avant l’accès, le mal de tête partira », expliquait-il. Non seulement le pouliot pouvait guérir par simple contact direct, mais également à distance, comme y fait allusion Pline dans l’Histoire naturelle : une couronne placée dans la chambre d’un migraineux passait pour faire fuir les maux de tête (d’où, peut-être, la croyance qui voulait que le pouliot fasse aussi fuir l’ivresse). Ainsi, par le fait d’en confectionner des couronnes, cette herbe avait-elle valeur cérémoniale. Au chapitre des propriétés magiques encore : Aristophane, l’auteur de La Paix, fait prétendre à l’un de ses personnages, Hermès, que le pouliot était susceptible de ranimer les forces sexuelles. Mais on connaît la tendance d’Hermès au mensonge et l’on n’ignore pas qu’Aristophane est un farceur, aussi ne doit-on pas trop prendre au pied de la lettre ce que racontent ces deux-là ^.^

Comme on le voit, les divinités étaient aussi de la partie : comment aurait-il pu en être autrement ? Une légende raconte qu’une jeune nymphe du nom de Mintha (ou Menthée) était harcelée par les assiduités d’Hadès auquel elle se refusait (si la menthe pouliot avait été glaciale, elle aurait bien rafraîchi les ardeurs du vieux charbonneux…). Perséphone, légitime épouse et folle de jalousie, réduisit Mintha en charpie. Dans les versions les plus édulcorées du mythe, elle se contente d’une métamorphose dont les dieux ont le secret. Mais regardons au delà du mythe et de son apparente brutalité : d’une nymphe dont on ne sait rien avant sa transformation, l’épouse d’Hadès la promeut au rang de ces plantes puissantes, en l’occurrence la menthe en général, le pouliot en particulier, propre à chasser ces créatures infernales que sont les puces, « petits insectes qui incommodent tout le mode et qui ne paraissent bons à rien »6, mais pourvoyeuses de bien des calamités, confortablement juchées sur leur monture favorite qui les transporte d’ici à là en un éclair. (Rappelons que de 1346 à 1350, la quasi totalité de l’Europe est aux prises avec la peste qui s’est répandue par le biais de son vecteur privilégié véhiculé à dos de rat : eu égard aux infrastructures de l’époque et aux modes de transport, quatre ans, c’est extrêmement rapide !) D’ailleurs, n’est-on pas prêt à affirmer que nom de la plante – pulegium – proviendrait du latin pulex qui désigne la puce ? Les connaissances empiriques de l’Antiquité ont été vérifiées au XXe siècle et Leclerc s’en faisait l’écho dans l’un de ses articles : le pouliot, en tant qu’insectifuge/insecticide, est bel et bien un tueur de puces. Tout comme l’absinthe et la tanaisie, il les chasse et les supprime. D’aucuns s’en moquèrent bien, car toute autre plante que le pouliot, affublée d’un parfum suffisamment vif pour déranger les puces (un origan ou un dictame ; pourquoi pas la cataire ?) pourrait être concernée par cette vertu. Mais non, inutile de chercher à blâmer le pouliot ou à en diminuer la valeur : il est bien une plante à poux et à puces ! Par exemple, il était de commune mesure de placer la plante sous le matelas afin de se prémunir de la bébête en question. Au XIVe siècle, d’après le Hortus sanitatis, on procédait à des fumigations de pouliot afin de chasser les puces. Il n’est donc pas très étonnant que le pouliot ait été tenu en grande estime pendant la plus grande partie du Moyen-Âge, parce que les parasites, qu’ils soient puces, vers ou autres, faisaient florès. C’est, entre autres, pour cette raison que le pouliot fut inscrit aux capitulaires et autres inventaires impériaux du temps de Charlemagne et de Louis le Pieux. Mais pas uniquement : l’histoire médiévale du pouliot dépasse largement le cadre de sa vertu répulsive et antiparasitaire. Pour s’en convaincre, jetons donc un œil à l’histoire médicale du pouliot, bornée aux IXe et XIIe siècles. A l’époque des édits impériaux rappelés un peu plus haut, le moine poète de Reichenau, Walafrid Strabo, vantait le pouliot dont il prétendait que les plus riches nations se l’arrachaient au prix de l’or ou de l’ébène (on peine à le croire !), parce que, affirmait-il, cette plante salutaire est capable de mater des dizaines de maladies. « Notre auteur, écrivait Henri Leclerc qui traduisit le poème de Strabo duquel je tire ces informations, fait du pouliot, cousin germain de la menthe, l’objet d’un long chapitre qui pourrait servir d’épigraphe à un plaidoyer en faveur de la phytothérapie indigène : cette herbe qui jouit auprès des sages de l’Inde d’autant de crédit que le poivre noir des Indes auprès des habitants de la Gaule, fournit un décocté, intus et extra, qui soulage admirablement l’estomac paresseux »7, remède gastrique auquel il additionnait, en les répétant, d’antiques antiennes médicales, jusqu’à fermer le ban sans plus de façon. On fut bien moins inspiré du côté de l’école de Salerne : c’est à peine si on nous apprend que le pouliot est un remède de la goutte et qu’il est capable de mettre en fuite l’humeur mélancolique. Pourquoi pas ? C’est vrai que le pouliot, plante capable de bien des prodiges, met en fuite tout un tas de trucs : la fièvre, les reptiles venimeux, les vers, les puces, l’ivresse, le mauvais œil, les querelles au sein des couples, etc., alors pourquoi pas l’humeur mélancolique ? Mais c’est qu’il ne faudrait pas se méprendre : par « humeur mélancolique », il ne faut pas entendre l’idée que s’en faisaient les romantiques blafards du XIXe siècle, non, bien plutôt les « sucs biliaires ». Salerne nous enseigne tout simplement que le pouliot est une plante cholérétique (et passablement cholagogue). Chez Macer Floridus, c’est davantage fourni, bien qu’on remarque, dans le texte qu’il consacra au pouliot, de larges redites que j’omettrai donc ici, me contentant de mentionner ce qui me paraît neuf au regard de tout ce que nous avons déjà pu dire du profil thérapeutique du pouliot : aux vertus emménagogues et eutociques du pouliot, Macer Floridus ajoutait, prévenant, le caractère abortif du pulegium et, fait tout à fait nouveau me semble-t-il, il fut le premier à relater la qualité thérapeutique des racines du pouliot : elles seraient, selon lui, galactogènes, aphrodisiaques8 et propres à dissiper les affections pulmonaires et hépatiques. Voilà qui nous fait sortir des sentiers battus ! Venons-en enfin auprès de cette puissante abbesse (pour ne pas dire magicienne), Hildegarde, qui connaissait bien le pouliot. D’après elle, les pouvoirs de cette plante se retrouve dispatchés dans une quinzaine de plantes que voici : zédoaire, giroflier, galanga, gingembre, basilic, consoude, pulmonaire, aristoloche, achillée, aurone, polypode, aigremoine, géranium des prés, menthe aquatique. Elle administrait le poleya en cas de fièvre, de troubles de la vue et d’aphonie. Mais aussi de toux, nausée, vomissement, faiblesse d’estomac (qu’elle purge et assainit), maladies pectorales et asthénie. Elle la faisait aussi intervenir dans le cas de « souffrance cérébrale » capable de rendre « fou » quelqu’un, de même qu’à l’occasion de chagrin et de tristesse. Autant dire que l’abbesse avait l’ouïe fine !

A l’aube de la Renaissance, plusieurs praticiens s’emparèrent du pouliot : Matthiole, qui commenta l’œuvre de Dioscoride, n’inventa pas grand-chose et conserva à cette plante ses propriétés diurétiques, anti-hydropiques, hépatiques et eutociques. C’est avec surprise qu’on apprend que des médecins comme Jérôme Bock et Tabernaemontanus, etc., usaient du pouliot pour éclaircir la vue, rendre à la chair la bonne couleur de ton, endiguer les flueurs blanches, etc. C’est à peu près à la même époque que l’on considère que s’amorce le déclin thérapeutique du pouliot. Cependant, on le voit encore bien présent dans des ouvrages ultérieurs, ceux de Lémery et de Chomel, par exemple. Le premier donna la description de deux pouliots : si l’on peut confirmer avec exactitude la véracité de l’identité du premier, on ne s’attardera pas sur le second qui n’est autre que la menthe des cerfs (M. cervina), plante au feuilles oblongues très étroites sans commune mesure avec le pouliot dont Lémery établit ainsi le portrait thérapeutique : « Le pouliot est apéritif, atténuant [NdA : calmant], résolutif, carminatif, propre pour la colique, pour exciter les mois aux femmes, pour fortifier le cerveau »9. Quant à Chomel, qui rapprochait son action de celle du calament, il s’attardait principalement sur les vertus respiratoires du pouliot (toux convulsive et opiniâtre, rhume invétéré, asthme, enrouement, difficulté d’expectoration…). Début XIXe, le pouliot résistait encore : c’est sans doute Roques qui fut le dernier à en parler dans les meilleurs termes, avant que cette plante ne soit occultée, chez Cazin, Reclu, Botan, etc., par la seule menthe poivrée, et cela pour ne presque plus rien en dire et même jusqu’à lui dénier ce qui lui donna son nom, c’est-à-dire sa qualité répulsive face aux puces ! Pourtant, Roques martelait : « C’est un stimulant très efficace, un remède puissant pour ranimer les forces abattues, pour exciter l’estomac, les voies utérines, le cœur, le cerveau, etc. »10. Ce n’est pas un propos à prendre à la légère surtout provenant d’un médecin hygiéniste qui se contentait le plus souvent de professer le repos, les régimes doux et une vie bien réglée plus que les drogues énergiques à l’antique statut de panacée !

Le pouliot, dont nous avons déjà donné quelques éléments descriptifs, se distingue si grandement des autres menthes que, lorsqu’on en fait la rencontre, l’on n’en déduit généralement pas qu’il peut en être une ! Tout d’abord, sachons que cette plante vivace est la plus petite des menthes : c’est rare si elle dépasse les 40 cm de haut. Il faut dire que de ses racines grêles et traçantes émergent de nombreux rameaux semi-couchés qui redressent la tête au moment de la floraison, comme font parfois l’hysope et la sarriette (c’est qu’il faut se faire bien voir). Ses tiges rougeâtres portent des feuilles opposées, ovales presque rondes, très brièvement pétiolées et légèrement dentées. Lors de la floraison, qui s’étend généralement de juillet à septembre, on voit poindre, à l’aisselle des feuilles supérieures, des fleurs de couleur pourpre, mauve, rose lilacée, très rarement blanche, qui s’organisent en têtes sphériques axillaires, plus précisément en verticilles, dont le diamètre diminue au fur et à mesure que l’on rejoint le sommet des tiges. Alors que la menthe poivrée est stérile par ses graines parce qu’hybride issu de deux autres menthes, le pouliot donne au contraire naissance à des graines fertiles.

En France, on trouve le pouliot à peu près partout, bien qu’inégalement réparti, surtout dans le Midi, et plus largement de l’Espagne à l’Asie mineure. Bien qu’appréciant les sols acides et sableux, cette plante a besoin d’humidité pour bien s’épanouir, c’est pourquoi on peut aisément la dénicher dans les lieux inondés une partie de l’hiver, en bordure de mares et d’étangs, sur les friches humides, les points d’eau temporaires, etc. Par exemple, je l’imagine parfaitement peupler la Garâa Sejnane (zone humide située au nord de la Tunisie).


La menthe pouliot en phyto-aromathérapie

Dans quelques ouvrages dédiés à l’aromathérapie, on évoque parfois l’huile essentielle de menthe pouliot, sans que les auteurs ne s’y arrêtent davantage : en effet, pourquoi occuper deux ou trois pages à parler d’un produit dont on déconseille l’usage au lecteur ? Parce que, oui, très souvent, on ne va jamais au delà de la sentence : les propriétés toxiques de cette huile essentielle sont exagérément mises en avant au point qu’on en oublie tout le reste, c’est-à-dire que la menthe pouliot, plante dont on tire cette huile essentielle, est inscrite, non pas sur la liste B de la pharmacopée française, mais sur la liste A. Refuser d’employer cette huile essentielle ne doit pas nous empêcher d’user de la menthe pouliot par le biais des principaux modes d’emploi que la simple phytothérapie met couramment à notre portée. Seulement, la crainte d’une part, l’ignorance bien volontaire d’autre part, font aujourd’hui du pouliot une menthe mal connue en terme de composition biochimique. On aimerait, à son sujet, en savoir autant qu’à propos de la menthe poivrée dont on nous rabat les oreilles : mais le pouliot n’est plus la vedette qu’il fut autrefois, le statut de panacée ne durant qu’un temps. « Depuis lors, la plante est bien déchue de son antique réputation et ne se rencontre presque plus jamais dans les jardins »11, à plus forte raison aujourd’hui, ¾ de siècle après ce constat formulé par Fournier.

Débutons tout d’abord par la portion congrue, les constituants de la plante entière tels qu’on les connaît, c’est-à-dire pas de façon très étendue, malheureusement. Que contiennent donc les tissus de cette plante que l’on utilise entière à l’exception des racines ? Eh bien, des tanins et des principes amers, des matières pectiques et résineuses, du sucre, des acides phénoliques, ainsi que des flavonoïdes. Qu’elle soit fraîche ou sèche, cette plante disperse un parfum bien particulier, que d’aucuns considérèrent autrefois comme grossier, en tous les cas beaucoup plus fort (qu’est-ce que ça veut dire ?) que celui des menthes en général. C’est vrai que le mot menthe nous loge une première idée en tête à laquelle le pouliot ne répond pas vraiment. En tous les cas, l’odeur et la saveur du pouliot sont prononcées. A la première, l’on peut trouver une synthèse de menthe et de citron, et à la seconde un goût âcre un peu brûlant, chaud et piquant. Quand on en vient à distiller à la vapeur d’eau les parties aériennes de la menthe pouliot, on obtient un liquide assez dense (0,93 à 0,94) de faible rendement (0,50 à 0,80 %), fortement parfumé. Sa couleur rouge, identique à celle de l’huile essentielle de sarriette des montagnes, semble, dès l’abord, nous renseigner sur l’énergie et la tonicité dont la menthe pouliot sait se rendre capable. Quelques chiffres permettront d’étayer le fait que le pouliot est aux menthes ce que la stoechade est aux lavandes :

  • Cétones (65 à 90 %) dont pulégone : 55 à 88 %
  • Monoterpénols (25 %) dont néo-isomenthol : 20 %
  • Esters (10 %) dont acétate de néo-isomenthyle : 8 %
  • Monoterpènes (2,50 %) dont limonène : 1 %
  • Sesquiterpènes (2 %) dont α-humulène : 1,50 %

Comparons maintenant les cétones comprises dans l’huile essentielle de pouliot avec celles que l’on trouve communément dans l’huile essentielle de menthe poivrée :


Ce petit tableau permet de faire l’observation suivante : en moyenne, l’huile essentielle de pouliot contient environ trois fois plus de cétones monoterpéniques que celle de menthe poivrée. D’un point de vue olfactif, malgré cette grosse proportion de cétones qu’on lui voit, son parfum n’est pas trop « écrasé » comme cela peut parfois arriver chez certaines huiles essentielles riches de ces molécules.

Propriétés thérapeutiques

  • Stomachique, stimulante des sécrétions gastriques, digestive, eupeptique, carminative, cholagogue, cholérétique, tonique hépatocytaire
  • Expectorante, anticatarrhale, antitussive, mucolytique
  • Hypertensive, cardiotonique, vagotonique
  • Stimulante et tonique (générale, du système nerveux central)
  • Antispasmodique
  • Splénotonique
  • Emménagogue (en particulier lorsqu’il y a atonie, manque d’excitation locale ou générale)
  • Cicatrisante
  • Insectifuge/insecticide, parasiticide, vermifuge
  • Fébrifuge
  • Anti-infectieuse : antifongique

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : insuffisance hépatobiliaire, cholécystite (inflammation de la vésicule biliaire), lithiase biliaire, ictère
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : atonie gastrique, digestion difficile, fermentation intestinale, colique, flatulences, douleur intestinale, hoquet, vomissement, nausée, maux de tête post-prandiaux, vers intestinaux
  • Troubles de la sphère respiratoire : infections respiratoires bénignes, bronchite (chronique, rebelle, asthmatiforme), asthme, trachéo-bronchite, mucoviscidose, encombrement muqueux des bronches (chez la personne âgée), insuffisance respiratoire, coqueluche, toux quinteuse, grippe
  • Troubles de la sphère gynécologique : leucorrhée, dysménorrhée, aménorrhée atonique, menstruations lentes, difficiles et/ou irrégulières
  • Affections cutanées : démangeaison, prurit, sensation de picotement de la peau, taches de rousseur
  • Troubles locomoteurs : goutte, rhumatisme
  • Repousser les insectes piqueurs (tique, moustique, pou, etc.)

Modes d’emploi

  • Huile essentielle : par voie cutanée diluée essentiellement ; olfaction possible, de même qu’inhalation (ce n’est pas une huile essentielle que je trouve désagréable, elle semble même se bonifier avec le temps) ; voie orale : elle est réservée aux spécialistes. L’auto-médication est fortement déconseillée. De nombreuses préparations (spray, aérosol, lotion, shampooing) intègrent dans leur composition de l’huile essentielle de menthe pouliot : les faibles quantités qu’elles réquisitionnent à chaque utilisation et le vecteur d’application indirect en font des produits sûrs.
  • Infusion des sommités fleuries : comptez 20 à 50 g par litre d’eau en infusion pendant 10 mn.
  • Macération vineuse : comptez 50 g de menthe pouliot fraîche pour un demi litre de vin blanc. On fait, si possible, macérer tout cela durant une nuit à chaud (à proximité d’un radiateur, par exemple). Autrefois, on y adjoignait de la limaille de fer dont on se passera allègrement pour l’heure.
  • Teinture-mère de la plante fraîche entière.
  • Élixir floral : destiné aux personnes perturbées par les pensées négatives des autres.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : lamiacée facile à cueillir et à faire sécher, le pouliot se ramasse bien fleuri durant l’été (juillet-septembre). On en peut faire des bouquets lâches suspendus à l’ombre ou bien déposer des jonchées de tiges sur des claies.
  • Comme cela a été dit plus haut, l’huile essentielle de menthe pouliot contient trois fois plus de cétones monoterpéniques que celle de menthe poivrée. Ainsi, elle donne à réfléchir à l’image des huiles essentielles à cétones que sont la sauge officinale (α et β-thuyone), l’hysope officinale (pinocamphone) ou encore la lavande stoechade (fenchone). Déjà que l’on recommande d’utiliser la menthe poivrée avec prudence, l’on comprend donc que le pouliot doive faire l’objet d’une attention soutenue et de la plus grande circonspection (quand on lit, sur un bulletin d’analyse, pulégone = 88 %, cela nous rappelle à une certaine réalité). En effet, avec le pouliot, nous sommes loin de l’huile essentielle d’hélichryse d’Italie avec sa poignée d’italidiones (presque) inoffensives par exemple. Les cétones propres à la menthe pouliot sont bien évidement responsables des effets thérapeutiques que nous avons retracés plus haut. Seulement, cette huile essentielle est une arme à double tranchant : elle est si puissante qu’elle a tendance à trop en faire. C’est alors qu’elle est encore active qu’elle devient toxique. Concernant le pouliot, le potentiel toxique se concentre sur au moins quatre axes. Elle est neurotoxique : « Les huiles essentielles riches en cétones monoterpéniques […] déclenchent une dégradation du tissu neuronal et provoquent des convulsions »12. Elle est donc susceptible de provoquer une crise d’épilepsie. Elle est hépatotoxique : « En inhibant le cytochrome p450, elle [NdA : la pulégone] perturbe la métabolisation des autres substances traitées par le foie. Elle agit également au niveau du glutathion et provoque une toxicité hépatique même à dose faible, altérant tous les métabolismes de détoxification »13 et nécrosant la cellule hépatique. Elle est abortive : on relate parfois dans la littérature le cas de ces deux États-uniennes qui succombèrent à une ingestion massive d’huile essentielle de pouliot (une once !), utilisée à ces occasions comme substance abortive. Déjà qu’on recommande à la femme ayant des règles abondantes de ne pas user de l’infusion de menthe pouliot, alors, l’huile essentielle, qui plus est à hautes doses, vous pensez bien que cela ne fait pas exactement bon ménage avec la vie. On dit même que cette infusion, longtemps continuée, pourrait être capable d’avoir des effets tératogènes, c’est-à-dire de fabriquer des « monstres ». Elle est stupéfiante. Autres troubles recensés : à cette liste déjà prohibitive, nous pouvons ajouter que l’intoxication à l’huile essentielle de pouliot s’accompagne généralement d’une perte de sensibilité dans les extrémités (mains, jambes), d’atteintes rénales et pulmonaires. A noter que pulégone et menthone sont particulièrement toxiques par voie orale, un peu moins par les voies cutanée, rectale et vaginale. Il va sans dire que c’est une huile essentielle interdite chez l’enfant, la femme enceinte et celle qui allaite. Les personnes sujettes à des troubles hépatiques ou à de l’hypertension ne pourront s’en faire une alliée. Arrivé là, on peut être en droit de repousser le pouliot, du moins sous sa forme éthérée (qu’on ne trouve pas partout au reste ; parmi les sites que je fréquente régulièrement, il n’y a guère qu’Oshadhi qui propose une huile essentielle de menthe pouliot). Avez-vous remarqué, tout comme moi, que ce sont toujours les huiles essentielles les plus puissantes d’un point de vue thérapeutique qui ont mauvaise presse en raison de propriétés néfastes remarquées ? En effet, qu’est-ce que c’est que ces plantes héroïques d’un jour ou d’un millénaire que l’on condamne le lendemain ? C’est parce que le remède est dans le poison (si l’on peut dire) qu’il demande à être justement approprié, car les substances les plus vigoureuses occasionnent, à la fois, les plus grands bienfaits, mais aussi de catastrophiques malheurs pour ceux qui n’y sont pas initiés. C’est pour cela qu’il me faut intervenir afin de prévenir les erreurs de jugement : on peut bêtement s’intoxiquer parce qu’on s’est arrêté au mot « menthe » sur l’étiquette, de même qu’on peut répudier une plante parce qu’on a crié haro sur elle, etc. Souvenez-vous toujours que la plante n’y est jamais pour rien. C’est le mauvais usage que l’on en peut faire qui est le seul dommageable. Toutefois, si vous souhaitez faire usage du pouliot sans risquer d’inconvénient, optez pour l’infusion de plante sèche (aussi rarissime que l’huile essentielle chez les marchands spécialisés : quelques herboristeries la proposent, il faut savoir bien fouiller ici ou là).
  • Vu que la menthe pouliot a peiné à convaincre la parfumerie, elle s’est rabattue sur quelques produits cosmétiques, ainsi que sur la savonnerie. Son parfum, jugé trop fruste, est à l’origine de ce désaveu : la menthe pouliot n’est pas bien capable de mener quiconque par le bout du nez, elle manquerait, dit-on, de finesse. Mais sur la question de faire déguerpir l’indésirable, ça, elle s’y connaît ! Voici donc plusieurs trucs et astuces éprouvés par l’expérience au travers desquels mettre en œuvre la vertu répulsive de la menthe pouliot. Par exemple, pour éloigner les puces et la vermine de la niche d’un chien, d’un poulailler, d’un clapier à lapin, etc., on peut joncher le sol de ces habitats animaliers de rameaux de menthe pouliot fraîche (et les renouveler autant de fois que nécessaire). Avec le même pouliot, mais sec cette fois, on peut fumiger les mêmes locaux, fabriquer une infusion bien concentrée qu’on laisse macérer jusqu’à ce qu’elle refroidisse, puis, de trois ou quatre brins de buis ou de genêt dont on se sera fait une sorte de balayette, on asperge copieusement cette infusion dans les lieux à la manière des Romains qui lustraient les autels de façon similaire. Cette infusion peut aussi être frictionnée à même le pelage des animaux. Tout comme la lavande, le pouliot sec peut emplir de petits sachets de toile que l’on glisse dans les armoires, là où l’on sait que maraudent mites et autres bestioles malfaisantes. Enfin, macéré dans du vinaigre de cidre étendu d’eau, le pouliot forme une bonne lotion contre les poux et leurs lentes.
  • Faux ami : le pouliot américain (Hedeoma pulegioides). La confusion ne portera que sur le nom car l’apparence de cette lamiacée n’a pas beaucoup de rapport avec notre pouliot, en particulier au niveau des fleurs (l’on ne voit pas chez cette autre espèce, les fleurs former de denses verticilles placés à l’aisselle des feuilles). De plus, j’ignore si cette plante est présente sur le sol national, ce qui limite la possibilité d’erreur.

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  1. Sachant que les femmes boivent l’infusion de penny royal comme dernière mesure absolue, Kurt Cobain, chanteur et guitariste de Nirvana, absorbait lui aussi régulièrement l’infusion de cette plante comme il y fait clairement référence dans la chanson intitulée Penny Royal Tea parue sur l’album In Utero (1993). Cette absorption avait pour but d’avorter en lui les fractions de son âme qu’il jugeait indésirables, espérant la purifier et abandonner derrière lui ce qu’il considérait comme les plus mauvaises parts…
  2. Me semble plutôt désigner le pouliot américain (Hedeoma pulegioides).
  3. Idem.
  4. Dioscoride, Materia medica, III, 30.
  5. Serenus Sammonicus, Préceptes médicaux, p. 36.
  6. Nicolas Lémery, Dictionnaire universel des drogues simples, p. 718.
  7. Henri Leclerc, Bulletin de la Société d’histoire de la pharmacie, n° 59, juillet 1928, p. 101.
  8. Il n’y a peut-être pas autant de menteries dans les propos du dieu au caducée…
  9. Nicolas Lémery, Dictionnaire universel des drogues simples, p. 718.
  10. Joseph Roques, Nouveau traité des plantes usuelles, Tome 3, p. 126.
  11. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 624.
  12. Fabienne Millet, Le guide Marabout des huiles essentielles, p. 30.
  13. Ibidem, p. 29.

© Books of Dante – 2022

La menthe pouliot dans l'un de ses lieux de vie favoris : c'est une vraie menthe "pieds dans l'eau" !

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