Le cyclamen d’Europe (Cyclamen purpurascens)

Synonymes : cyclame d’Europe, cyclamine d’Europe, pain de pourceau (sow bread en anglais, schweinbrod en allemand, pan porcino en italien, varkensbrood en néerlandais), arthanite (dérivé d’un mot grec, artos, qui veut dire « pain »), marron de cochon, rave de terre, umbilicus terrae, suffo.

Sa présence sur le blog pourra vous surprendre, plus habitués que nous sommes à y traiter les médicinales plutôt que cette plante que l’on rencontre davantage chez le fleuriste qu’entre les pages d’un guide de phytothérapie moderne. En effet, il paraît difficile d’imaginer que cette ornementale aux fleurs blanches, roses ou violettes, rangée en pots serrés sur l’étal du marchand de fleurs, puisse appartenir à un biotope original. Or, le cyclamen vit bel et bien dans la nature : la vingtaine d’espèces sauvages existantes peuplent une grande partie du pourtour de la mer Méditerranée. A l’instar de la timide violette, le cyclamen affectionne les terres riches en humus (même sur terrains calcaires) et l’ombre des arbres, ainsi que la fraîcheur des fossés, des haies et des broussailles. Il n’est pas rare non plus de le découvrir sur les pentes rocailleuses de moyenne montagne. Si l’on connaît bien la forme de ses feuilles et de ses fleurs, on a généralement tendance à délaisser le cyclamen une fois achevée la floraison, ce qui est dommage, car à ce moment-là, cette plante nous offre une jolie signature : le pédoncule défleuri qui porte le fruit empli de graines va se vriller, de telle sorte d’adopter une forme spiralée (qu’il avait déjà empruntée avant éclosion des boutons floraux). Inexorablement, ce ressort cherche à enfoncer les graines de la plante dans la terre. C’est l’un des aspects chthoniens du cyclamen le plus évident, renforcé par la présence d’un rhizome sombre et circulaire, dont une partie souterraine est dissimulée aux regards. Ajoutons encore que les disques floraux se tournent vers la terre, et nous aurons passé en revue les caractéristiques botaniques du cyclamen qui font accroire à son appartenance au monde du dessous. A l’inverse, parce que les divisions torsadées de la corolle se dirigent vers le ciel, qu’une partie du rhizome charnu émerge du sol, on a attribué à cette plante une nature céleste, d’autant plus accentuée par le cercle ocellé que dessine un rhizome de cyclamen vu de dessus : ⵙ. Autrement dit, le glyphe qu’en astrologie l’on attribue au Soleil. Si l’on observe bien le cyclamen, l’on voit qu’il procède de cercles : l’orbe de son rhizome, le cercle du limbe de ses feuilles, les spirales pédonculaires. De tout cela découle le nom de la plante tiré du grec kyklos. D’ailleurs, l’astrologie botanique antique ne faisait-elle pas intervenir une plante qu’elle nommait kuklaminon1 et qu’elle associait, de par son caractère léonin, à la planète Hélios, c’est-à-dire au Soleil2 ? Or, bien que la couleur de la fleur du cyclamen soit plus ou moins proche de celle qu’on accordait à Hélios durant l’Antiquité, les quelques autres raisons convoquées pour faire du cyclamen une plante solaire me paraissent bien maigres et, pour ainsi dire, inconsistantes. Par exemple, faire du cyclamen un remède des affections cutanées disgracieuses le range plus clairement sous l’égide d’Aphrodite, quand bien même qui recherche la beauté se place aussi sous la houlette du Soleil. Quand on insiste encore sur le fait qu’il soit un remède ORL et pulmonaire, on appartient clairement au signe du Taureau, et de la Balance concernant sa réputation de remède des organes sexuels féminins, c’est-à-dire que, dans les deux cas, on se trouve sous les auspices de la divine Aphrodite. D’ailleurs, le champ d’action thérapeutique du cyclamen dans ce dernier domaine est corroboré par quelques traités de la Collection hippocratique : on l’y voit prescrit pour des affections essentiellement gynécologiques (provoquer les règles, inflammation utérine, douleur matricielle, induration du col, difficulté d’évacuation des lochies, etc.). Une seule prescription non gynécologique concerne une affection de la poitrine qui nous renvoie encore une fois entre les bras de Vénus, car cette divinité/planète règne également sur les affections pectorales. Alors, le Lion (et donc le Soleil), pourquoi ? Mystère… Mais Vénus, assurément : au Japon, le cyclamen est fleur d’amour. Dans le langage floral, il représente la tendresse, l’attachement puissant et la pérennité des sentiments sincères.

Si l’on sait que les Égyptiens, les Grecs et les Romains employaient les diverses espèces de cyclamens présents dans leur pays respectif, l’on a parfaitement connaissance du fait que le cyclamen est une plante de la Femme (nul besoin d’un seule texte astrologique tardif pour s’en assurer). Au IVe siècle avant J.-C., Théophraste revendiquait les qualités emménagogues du cyclamen. Selon ce botaniste grec, le cyclamen entretiendrait d’étroits liens avec la conception et la sexualité. De cette plante, l’on composait des philtres, comme le rappelle Dioscoride : « D’aucuns disent que pilée et figurée en forme de trochisque, elle se met dans les ouvrages pour les enchantements amoureux »3. Portée en amulette, la racine de cette plante était censée faciliter l’accouchement tout en le rendant rapide et facile. Il connaissait une grande renommée dans ce sens. Les données antiques démontrent bien que le cyclamen possède, comme on l’a déjà avancé plus haut, un rapport particulier avec la Femme.

Mais celui que Pline appelait amuletum était aussi reconnu pour ses redoutables propriétés abortives4. Dioscoride rapporte même que si une femme enceinte vient à enjamber cette plante, elle avortera à coup sûr. Or, comme l’on sait que le cyclamen partage avec la mandragore et la verveine une vertu génitrice, on peut déduire de l’énoncé de ces deux dernières données que ce que le cyclamen accorde, il peut tout aussi bien le reprendre. Nous avons listé plusieurs caractéristiques opposées plus haut qui soulignent encore davantage cette tendance. Il est vrai que le rhizome souterrain du cyclamen, par la cyclamine qu’il contient, peut s’avérer toxique à doses non idoines. Cette racine devient alors un puissant purgatif à l’état frais, un poison âcre et irritant apte à provoquer diverses perturbations gastro-intestinales et la mort par asphyxie parfois5. Purger, c’est chasser ; expurger, chasser au dehors. Ces mots sont synonymes du verbe purifier. Par combien d’étapes une substance censément toxique doit-elle passer pour que ce caractère l’abandonne ? Comment se fait-il que cette racine plus ou moins dangereuse pour l’homme représente pour le porc guère plus qu’une friandise bien incapable de mettre en péril son économie ? N’est-ce pas parce que cet animal appartient au clan honni des animaux bestiaux et démoniaques ? C’est de ce pan porcino (pain de pourceau) dont parle Angelo de Gubernatis : le cyclamen aurait pour vertu, non plus de s’acoquiner avec le malin, mais d’en révéler les agissements cachés, rappelant par là à quel point le cyclamen n’est pas plante d’Apollon pour rien. C’est peut-être ce dernier point caractéristique de la plante qui a fait dire à Pline qu’« il faut en semer dans toutes les maisons, s’il est vrai que partout où elle l’a été, les maléfices ne peuvent pas nuire. » Sans à proprement parler de porte-bonheur, on peut assurer que le cyclamen est doté d’un indéniable pouvoir de protection n’ayant pas échappé aux auteurs antiques : par exemple, le pseudo-Apulée recommandait de s’enduire le corps de suc de cyclamen, parce qu’ainsi « on ne sera mordu ni par les animaux sauvages ni par les chiens et que ceux-ci s’enfuiront ». Utilisée de même comme contre-poison, celle plante constituait un bon antidote contre les morsures de serpents aux dires des Anciens.

A force de trop se focaliser sur cette question d’attraction/répulsion tout à fait typique de Vénus, on en oublierait presque que, pour les auteurs antiques, le cyclamen ne se résume pas qu’à cela. Alors que la Collection des traités hippocratiques se concentre uniquement sur un seul champ d’action, chez Dioscoride, puis Pline, on assiste à une pléthore d’occasions dans lesquelles employer le kuklaminon. Après en avoir fait une description botanique convenable, le médecin grec déroule le fil des propriétés et usages de cette plante énergique qui met en mouvement les fluides corporels stagnants dont le phlegme, l’eau et les flux menstruels. L’on n’en fit pas pour autant une panacée, malgré l’immensité des affections dans lesquelles l’emploi de cette plante était prétendument justifié. D’après Pline, qui en parle en divers endroits de son Histoire naturelle, le cyclamen, que l’on considère purgatif, laxatif, détersif, emménagogue et propre à faciliter l’accouchement, est utile aux besoins variés suivants : affections hépatiques (jaunisse, stéatome), affections urinaires, affections cutanées (plaie, ulcère, brûlure, coup de soleil, engelure, ulcère du cuir chevelu, alopécie), troubles locomoteurs (goutte, membres fatigués), faiblesse oculaire, condylome, etc. Avec Galien, Pline et Dioscoride forment une triade d’auteurs dont le contenu portant sur le cyclamen, une fois réuni en une synthèse sans répétition, dresse un portrait thérapeutique du cyclamen beaucoup plus vaste que celui dessiné par les divers auteurs des traités de la Collection hippocratique. Remarquons que Galien consigne une évidence qui avait visiblement échappée à tous les autres, c’est-à-dire le caractère violemment purgatif du suc de cyclamen, alors que, bien avant lui, si l’on en juge par les modus operandi relevés ici et là, le cyclamen était déjà administré per os : suc, macération dans du vin cuit ou du vin miellé, suppositoire, trochisque. Même les modes d’emploi externes (onction mielleuse ou vinaigrée, emplâtre, décoction pour bain) auraient dû être en mesure d’alerter sur ce point.

Après avoir été énormément plébiscité durant les temps médiévaux où on le vit comme une panacée, entre autres un antispasmodique ayant eu grande vogue en ces temps, le cyclamen… Euh… En fait, non. Il resta très peu usité, malgré tout ce qu’on a pu dire à ce sujet, une confusion cyclamen/aristoloche n’étant pas impossible. Cet inemploi est encore d’actualité : aujourd’hui on emploie plus guère le cyclamen que pour élaborer une teinture-mère homéopathique à base de tubercules frais. Mais tout autre emploi doit être abandonné : si une plante fait davantage merveille au jardin que dans le placard à pharmacie, eh bien c’est parce que c’est là son destin (ou parce qu’il nous reste bien des choses à découvrir à son sujet…).

Aux éléments botaniques que nous avons déjà cités, nous allons en ajouter d’autres afin de compléter le portrait du cyclamen.

Plus haut, j’ai employé le mot rhizome en lieu et place de tubercule : cela a son importance, car si c’était véritablement un rhizome, cela ferait de cette fraction végétale une tige souterraine, or ce n’est pas le cas. Il est tubercule comme savent l’être la pomme de terre et le topinambour. Ce qui nous le fait aussi confondre avec un bulbe, c’est qu’il effleure à même le sol, à la façon d’un oignon tout rond et aplati, ébarbé de radicelles sombres. Du centre supérieur de ce tubercule parfois gros comme le poing, émergent directement des feuilles longuement pétiolées qui portent à leur extrémité un limbe cordiforme dont la face supérieure est marbrée de blanc, tandis que le revers, dirigé vers le sol, se couvre habituellement d’une couche inégale de bordeaux foncé ou de rouge carmin. Parallèlement aux feuilles organisées en rosettes charnues, d’autres « tiges » croissent à partir du même centre : il s’agit des fleurs en devenir. Généralement peu élevés, ces pédoncules floraux spiralés portent des fleurs solitaires et parfumées de couleurs variables (blanc, pourpre, rougeâtre) et déploient le spectacle de leur beauté du mois de juin à celui d’octobre. Le calice comporte cinq divisions, la corolle rotifère cinq pétales en lanière torsadée rabattus vers le haut et cinq étamines. Selon l’espèce, la floraison a lieu à différents moments de l’année (par exemple, mon cyclamen de Naples a déjà fait ses fleurs entre février et avril), ce qui explique qu’on pourrait croire que le cyclamen paraît au jour toute l’année comme le soleil. En réalité, selon l’espèce, la fleur naît avant ou après les feuilles, selon l’espèce, le pédoncule floral serpente en spirale dès la base ou à partir de son milieu. Mais, pour l’homme du commun, ça n’est jamais toujours que des cyclamens. Au fur et à mesure qu’enfle le fruit, le pédoncule se ratatine, ressort fatigué au bout duquel est enchaîné le boulet du fruit, faisait bigrement songer à un fœtus rattaché au placenta par le cordon ombilical. Chacun s’ouvre très facilement en pressant dessus, ce qui libère plusieurs dizaines de graines roux fauve.

La répartition française du cyclamen d’Europe est assez disparate, localisé en des poches où il apparaît massivement à certains endroits. Rare en montagne (jamais au-dessus de 1800 m), ce cyclamen se cantonne au Jura, aux Pré-alpes, au Vercors (je l’ai vu à proximité de Châtillon-en-Diois dans la Drôme l’année dernière), beaucoup plus sporadiquement en Bourgogne. On peut dire qu’il a été dispersé par l’homme qui « l’arrache souvent pour le transporter dans les jardins, d’autre part, il se répand également assez souvent hors de ceux-ci et s’établit dans les régions qui ne le possédaient pas »6. Pour certains, il s’agit du « vestige » d’une ancienne culture implantée auprès des monastères, des cimetières, etc. Secondement, le cyclamen est naturellement disséminé par les fourmis (c’est une espèce myrmécochore) : les graines enduites d’un mucilage sucré incite l’insecte au transport. Petit futé, va ! Par quelle friandise n’attrape-t-on pas les nigauds ?!

A l’instar de la violette, le cyclamen peut parfaitement évoluer à l’ombre. Sub umbra floreo pourrait être sa devise7. Il faut dire que tout comme Viola odorata, il manque cruellement de confiance, d’où la protection des épaisses frondaisons.

Nouvelle flore coloriée de poche des Alpes et des Pyrénées. v.1. Paris, Klincksieck,1906-1912.

Le cyclamen en phytothérapie

Très certainement qu’il doit être cédé aux habitudes d’hier (ou plutôt d’avant-hier). Car ceci n’est pas à proprement parler de la phytothérapie, mais une partie de son histoire. Il n’est jamais superflu d’apprendre par quels tâtonnements sont passés nos prédécesseurs avec telle ou telle plante, quels insuccès ils ont rencontrés avant de jeter l’éponge ou bien d’envisager un changement de paradigme. Nous allons cependant entamer cette première rubrique à la manière dont nous opérons en temps normal. A l’aide d’informations piochées dans trois siècles de littérature, je puis dresser un portrait thérapeutique du cyclamen, dont on n’a presque toujours considéré que le tubercule (pas de décoction de feuilles ni infusion de fleurs à l’horizon), couvert d’une écorce brune et empli d’un suc très âcre, amer, brûlant et excitant la nausée, que recèle une masse blanchâtre parfaitement inodore et pour laquelle « on manque d’une analyse exacte de ses principaux constituants »8. Face à cette lamentation de Cazin, on constate qu’un siècle plus tard Fournier entassa quelques données dans la balance, mais fort peu : le cyclamen contient du cyclamose, qui est un sucre, de l’amidon, de la mannite et au moins du calcium. La seule donnée frappante tient en la présence d’une saponine triterpénique déjà abordée dans l’article consacré au mouron rouge (Anagallensis arvensis), la cyclamine (ou arthanitine). C’est elle qui est responsable des effets décrits plus haut.

Propriétés thérapeutiques

  • Antispasmodique
  • Emménagogue
  • Diurétique
  • Hémolytique, détersif, résolutif
  • Apéritif, purgatif, vomitif, vermifuge
  • Lithontriptique
  • Sternutatoire

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gynécologique : aménorrhée, dysménorrhée, ménorragie, faire sortir l’arrière-faix après l’accouchement
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : dyspepsie, diarrhée, colique, constipation
  • Engorgements et œdème : engorgement des glandes mésentériques, engorgements indolents, obstruction atonique des viscères, hydropisie, résorption des hématomes et des ecchymoses (suite à un traumatisme)
  • Migraine rebelle, bourdonnements d’oreilles
  • Névralgie

De plus, « la racine de cyclamen étant fraîche, est utile pour fondre les tumeurs scrofuleuses. Quelques-uns, pour la rendre plus pénétrante, saupoudrent cette racine de sel ammoniac, après l’avoir écrasée ; et l’appliquent ensuite sur les écrouelles, et sur les autres tumeurs squirreuses ou plâtreuses »9. A la fin du XVIIIe siècle, Desbois de Rochefort classe le cyclamen – remède âcre, dit-il – au rang des substances infidèles auprès desquelles il est préférable de donner son assentiment à la bryone au registre des drogues purgatives. Raison pour laquelle il n’abonde pas dans ce paragraphe, de même que Roques qui l’invite, non pas dans son Traité des plantes usuelles, mais lui concède une place brève dans sa Phytographie médicale. Après un assez long développement botanique, il aborde le cyclamen sous un second angle : ses propriétés délétères, mot sur-employé ces temps-ci et exemple typique de contagion du langage, sans qu’on s’interroge véritablement sur son sens : il provient d’un mot grec ancien qui signifie « nuisible » (ou « pernicieux »), mais pas forcément « mortel ».

Aujourd’hui encore, la seule préparation pharmaceutique française élaborée à partir de tubercules de cyclamen se trouve être une teinture alcoolique destinée à fabriquer des médicaments homéopathiques. C’est la seule, sûrement et sereinement, utilisable aussi. Pour ce faire, dressons un portrait du médicament homéopathique Cyclamen.

Les personnes blondes, de constitution faible et fragile, sont plus particulièrement concernées par Cyclamen. Elles se caractérisent par des difficultés de concentration et de mémorisation, une tendance au perfectionnisme qui, parce qu’il ne trouve pas de débouchés concrets, occasionne un état d’irritabilité. Pour ces personnes, l’échec n’est pas seulement un mauvais résultat, c’est aussi une raison supplémentaire de se lamenter. Mais l’on n’est pas capable de se responsabiliser de la culpabilité de ce qu’on appelle échec. Pour ces personnes, le responsable, c’est forcément l’autre. Il en résulte une mise en retrait, à la façon du pédoncule floral du cyclamen qui, une fois fécondé, n’a pas d’autre but que de s’enfoncer sous terre, afin d’y entrer en sommeil, ainsi qu’en rumination, au sein même de cet atelier secret où il broie du noir (comme d’autres des pigments colorés), afin de peindre son existence en termes toujours plus maussades, plus pure expression d’une humeur dépressive. On serait tenté de l’apostropher par un : « Tu couves quelque chose ! » (assurément pas un œuf, ou bien alors de basilic ^.^, bien qu’on puisse parler à bon droit de couvaison, voire d’incubation). Cette formulation suggère toujours que ce dont on souffre n’est jamais bien grave, mais qu’il importe de le prendre au sérieux. Or, Cyclamen ne peut l’entendre de cette oreille, laquelle a parfois l’habitude fâcheuse de tinter de manière fort désagréable.

A ce portrait psycho-émotionnel s’additionnent un certain nombre de catégories de troubles que voici exposées dans le détail :

  • Vertige avec maux de tête et perturbations auriculaires et visuelles (vision double et scintillement devant les yeux) ;
  • Amoindrissement du goût et de l’odorat, et subséquemment de l’appétit dont on peut assurer qu’il est bel et bien détraqué : incapacité à avaler plus que de toutes petites quantités à chaque prise. Bien que la satiété se fasse forcément désirer, la « digestion » s’accompagne de rots, de vomissements post-prandiaux, de sensation de nausée, de gargouillis dans l’estomac, de régurgitations acides, d’épisodes diarrhéiques. On observe encore une appétence pour les aliments sucrés liquides (qui sont en même temps les moins bien tolérés avec ceux qui sont gras), et même pour des choses incomestibles ;
  • Rhinite chronique avec reniflements et écoulement aqueux ou muqueux ;
  • Transpiration excessive des pieds ;
  • Démangeaison et irritation un peu partout sur le corps ;
  • Perturbations du cycle menstruel, règles prématurées et douloureuses, dysménorrhée, aménorrhée (et chlorose relative) provoquée à la suite d’un effort physique ou après avoir été trempée par la pluie. Crampes menstruelles, saignements foncés avec caillots, tension dans les seins, acné sévère précédant le déclenchement des règles.

On peut améliorer les symptômes grâce à plusieurs moyens : se mouvoir plus lentement, pratiquer des massages, fréquenter des lieux chauffés, doucher grâce à de l’eau fraîche les zones qui s’endolorissent durant les règles. En revanche, il peut y avoir une détérioration des symptômes à cause des raisons suivantes : courants d’air frais ou froid, position assise longtemps conservée (la chaise qui tue !), stationner en extérieur durant la soirée, manger des aliments gras et sucrés (exemple typique : se farcir un big mac et un coca sur la terrasse d’un Mcdo à 22h00 en plein mois de novembre ! ^.^).

Modes d’emploi

  • Teinture alcoolique de tubercules frais.
  • Décoction de tubercules frais (5 à 10 g dans ½ litre d’eau).
  • Suc frais.
  • Poudre de tubercule (plus elle est ancienne, moins sa qualité purgative avec tranchées est marquée).
  • Cataplasme de tubercules frais pilés.
  • Onguent d’arthanita : « Cet onguent a été recommandé dans quelques cas de paralysie, pour exciter des évacuations intestinales considérables […]. Il était autrefois très employé ; mais il l’est peu aujourd’hui, parce qu’il excite sur les parties où on l’applique, de l’inflammation, de l’érysipèle, souvent des superpurgations, et souvent aussi des coliques très vives et très douloureuses sans évacuation »10. Il importe de mentionner, au sujet de cette préparation, qui purge par haut et par bas, qu’elle contient les drogues nécessaires pour ce faire : momordique, coloquinte, aloès, euphorbe, scammonée, turbith, cyclamen, etc., soit un sympathique complexe éméto-cathartique purgativo-drastique, dans lequel la myrrhe et le gingembre sont les quelques ingrédients les plus anodins…

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : le tubercule s’extrait du sol à l’automne. S’il est gros, on le coupe en tranches avant dessiccation, puis on le place au séchage à l’étuve ou au soleil. Parfois, quand les tubercules sont rikiki, on les fait sécher d’un seul bloc, et ils prennent par la suite l’allure de figues ratatinées. Mais la dessiccation amoindrit en partie la virulence de ce tubercule ; la torréfaction la supprime intégralement, en même temps que ses propriétés médicinales. Alors, il deviendrait comestible à l’homme (?).
  • Par le biais de la voie interne, le tubercule frais de cyclamen irrite l’ensemble des muqueuses du tube digestif, au point de, souvent, provoquer le vomissement. Des doses excessives occasionnent des phénomènes d’intoxication parmi lesquels on ne trouve pas seulement des inflammations et des hémorragies propres au tube digestif, mais également un sentiment d’hébétude et de torpeur, des troubles visuels et des tintements d’oreilles, des sueurs froides, une sorte de vertige tournoyant. « A tous ces accidents, succède encore une superpurgation qui réduit le malade au tombeau »11. Bulliard rapporte à propos que « qui vomit est guéri » n’est pas un proverbe que l’on peut appliquer à l’action énergique du cyclamen, bien qu’il ait été employé en guise de purgatif empirique dans les campagnes. Mais une dose inadéquate auprès d’un sujet à la nature, l’âge, le tempérament, etc. inadaptés, et c’est rapidement la catastrophe qui se résume et se solde par les dévoiements gastro-intestinaux sus-dits, accompagnés de phénomènes spasmodiques (strangulation, convulsions, etc.). Afin de ne pas succomber à une intoxication au cyclamen, on faisait absorber les antidotes usuels en ce cas : lait, huile et mucilages.
  • Autres espèces : elles sont fort nombreuses. Je n’en ai retenues que trois, parce que les plus fréquemment citées : – le cyclamen de Perse (C. persicum) : c’est le cyclamen des fleuristes ; – le cyclamen de Naples (C. hederifolium) ; – le cyclamen de Grèce (C. graecum).

_______________

  1. Soit l’équivalent grec du latin cyclaminum, deux termes qui, s’ils s’adressent globalement au genre Cyclamen, désignent, dans le monde grec, le cyclamen de Naples et le cyclamen de Grèce, et en Italie essentiellement le cyclamen d’Europe.
  2. La précision qui veut qu’elle serait solaire, consacrée à Apollon, par ses feuilles, n’a pas été retenue, non plus qu’elle ait été attribuée à la Balance, signe vénusien, par sa racine.
  3. Dioscoride, Materia medica, II, 156.
  4. L’amuletum prenait aussi le forme d’une plaque de métal précieux sur laquelle on gravait la fleur ou la feuille d’une plante, puis que l’on portait sur soi afin qu’elle diffuse ses bons effets à toute la personne du porteur.
  5. Le caractère toxique du cyclamen est exploité à diverses occasions : on enduisait les pointes de flèches de son suc paralysant, une propriété qu’on employait aussi lors de la pêche en Calabre, en Sicile et au Liban.
  6. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 323.
  7. Qui est aussi celle d’un minuscule pays d’Amérique centrale, le Belize.
  8. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 335.
  9. Jean-Baptiste Chomel, Abrégé de l’histoire des plantes usuelles, p. 32.
  10. Louis Desbois de Rochefort, Cours élémentaire de matière médicale, Tome 2, p. 422.
  11. Pierre Bulliard, Histoire des plantes vénéneuses et suspectes de la France, p. 105.

© Books of Dante – 2022

Les fruits du cyclamen de Naples. On peut voir quelques tortillons.

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