L’ipécacuanha (Carapichea ipecacuanha)

Synonymes : ipéca, ipeca, (apocope : sans doute parce que l’on ne se souvient jamais comment la suite se rédige ; du moins pour mon cas personnel ^.^), ipéca du Matto Grosso, poaia do Mato, cipo, racine du Brésil, ipéca du Brésil, ipéca de Rio, ipéca annelé mineur, bexuguillo, bexuquillo, beguquella, beloculo, beculo, cagofanga, specacuanha, racine d’or, mine d’or.

Au XVIIe siècle, une expédition composée d’un certain nombre de botanistes, naturalistes, médecins et scientifiques se rendit au Brésil pour en explorer une partie du territoire. Peut-être firent-ils la découverte de cette plante des bords de chemin qu’en langue tupi l’on appelle ipega’kwãi. En tous les cas, dans l’ouvrage qui relate les résultats de cette expédition, Historia Naturalis Brasiliae (1648), apparaît une racine vomitive dont on vantait le succès face à un grand nombre de maladies. Ce qui encouragea sa récolte et son exportation en direction de l’Europe. Pour ce faire, l’on dit que ce furent les forçats condamnés aux mines d’or du Brésil qui se chargèrent d’en récolter les racines, avec – sans doute – pas mal d’approximation, tant on distingua finalement différentes « sortes » d’ipéca : le brun, qu’on disait officinal parce que le plus sûr et le plus inestimable, répondant aussi au nom d’ipéca annelé. Il proviendrait non pas du Brésil mais du Pérou, s’acheminant par l’entremise des Espagnols à destination de Cadix. Il y eut aussi l’espèce grise que Lémery donnait pour le seul ipéca officinal, transitant du Brésil par le biais de la flotte portugaise jusqu’à Lisbonne. Puis l’on vit aussi un ipéca noir ou strié, qui pourrait bien être de la même espèce que le gris si l’on en juge par la communauté de leur action, généralement donnée comme étant beaucoup plus violente que le brun. Enfin, vint un ipéca blanc dont on n’est pas certain qu’il en soit bien un et qui jamais ne fit les faveurs de la médecine et de pharmacie au XVIIe siècle. Il est donc fort possible, qu’au beau milieu des racines d’ipéca, se soient glissées celles d’espèces proches ou tout à fait étrangères, allez savoir. Vu les conditions de récolte, pourquoi ne pas imaginer que des malversations aient eu lieu, augmentées par les marchands qui ne firent pas tous dans le détail et la dentelle. Ce qui fait que, une fois parvenus en Europe, les stocks d’ipéca devaient être passés au crible pour qu’on en puisse distinguer le véritable ipéca, qu’au reste, nuls Européens n’avaient jamais vu en pied. Il fallait donc jouer de confiance, se fier aux témoignages et éventuelles gravures. Ainsi, les conseils de Pierre Pomet pour nous aider à faire notre choix en matière d’ipéca : « On doit choisir cette racine nouvelle, bien nourrie, foncée, difficile à rompre, résineuse dans sa substance, et ayant un nerf en son milieu, et prendre garde qu’elle ne soit mélangée de sa tige et de ses filaments, que ceux qui l’envoient y laissent quelquefois, et qu’elle soit d’un goût amer et désagréable »1. Cependant, il attribuait à cette racine une action si violente qu’on peut douter d’avoir affaire à l’ipéca vrai, ce dernier étant un vomitif doux. Mais encore ne racontait-il cela qu’en toute fin de XVIIe siècle. Avant d’en arriver jusque-là, jetons un œil en direction de nos explorateurs : eh bien, force est de constater que tous n’en revinrent pas. C’est le cas de Georg Markgraf naturaliste et polyscientifique d’origine allemande, décédé à Sao Paulo en 1644 d’une mauvaise fièvre à l’âge de seulement 34 ans ! Ce qui, semble-t-il, autorisa le médecin naturaliste hollandais Willem Piso (1611-1678) à s’approprier le travail des autres membres de l’équipe, du moins de ceux qui décédèrent entre-temps. Ainsi réécrivit-il le travail d’untel, fit disparaître le nom de tel autre, etc. Les éditions successives de l’ouvrage collectif initial perdirent en précisions, en particulier au niveau des illustrations. Ce qui explique que « la description vague qu’ils donnèrent de cette racine et de la plante qui la fournissait, fit que la cupidité produisit une foule de racines, de végétaux, de caractères botaniques et de pays différents, n’offrant d’autres ressemblances avec les véritables racines, que de jouir de la propriété plus ou moins énergique de contracter l’estomac et de produire le vomissement »2. A cette confusion, le médecin et botaniste portugais Félix de Avelar Brotero (1744-1828) mit bon ordre, quoique fort tardivement, en lui attribuant le nom botanique de Callicocha ipecacuanha, commué ensuite en Caephaelis ipecacuanha par Richard. Mais tout cela nous écarte de la piste initiale que nous avons tracée dans la jungle brésilienne. Portons donc tout intérêt aux linéaments qu’elle prolongea jusque dans les rues de… Paris ! La littérature se targue généralement d’écrire que c’est le médecin hollandais Jean-Adrien Helvetius (1661-1727) qui vulgarisa en France l’emploi de l’ipéca dès l’année 1686 (ou 1689), ce que démonte Pierre Pomet dans son Histoire générale des drogues datée de 1694 : « Quelques-uns veulent que ce soit M. Helvetius, médecin hollandais, qui ait mis l’ipécacuanha en usage en France, depuis environ quatre ou cinq années, mais je pourrais certifier le contraire, parce qu’il y a plus de vingt années que j’en ai vu à Paris »3, ce qui remonterait à une époque où Helvetius n’était encore qu’un enfant. Si l’on date l’introduction de l’ipéca en Europe aux environs des années 1670, l’on peut donner raison au sieur Pomet, un certain docteur Legras ayant pris soin de le faire parvenir jusqu’en France. Toujours est-il qu’en 1689 un marchand herboriste français du nom de Granier (ou Grenier…) se retrouva possesseur de cent-cinquante livres d’ipéca dont il ne savait que faire. Il trouva moyen d’en confier une petite partie à Helvetius, qui professait à Paris. Parallèlement (ou presque) à une thèse soutenue aux écoles de médecine de Paris, qui prétendait la grande estime dans laquelle les « Américains » tenaient cette racine du Brésil bonne contre les flux de ventre dont la dysenterie, Helvetius amena la preuve que l’ipéca possédait bel et bien un effet antidysentérique, en administrant « sa » racine sur la personne du dauphin de France et de plusieurs gentilshommes de la cour, parvenant tous à les guérir de cette affection. « Le roi, informé par son ministre Colbert du secret que possédait Helvetius, chargea son médecin d’Aquin et son confesseur le père de la Chaise, d’entrer en arrangement avec lui pour la publication de son remède. Mille louis d’or furent le prix qu’il en reçut, et par la suite il fut élevé aux premières dignités médicales »4. Ces expériences valant passe-droit, elles lui ouvrirent toutes grandes les portes de l’Hôtel-Dieu où les succès s’enchaînèrent sans répit, ce que confirmèrent de nombreux placards publicitaires affichés en ville, consacrant la réussite médicale d’Helvetius grâce à l’ipéca, ce que Granier n’entendit pas de cette oreille. Il paraît que fut convenu un marché entre les deux hommes, c’est-à-dire que l’ipéca fourni à Helvetius par Granier devait lui rapporter quelques royalties. Or il n’en fut rien. Attisant la jalousie de Granier, l’ipéca fut au cœur d’une lutte juridique à l’issue de laquelle le marchand perdit le procès qu’il intenta à Helvetius. « Et voici comme quoi, nous sommes possesseurs aujourd’hui d’un médicament précieux ; beaucoup de jeunes praticiens en vendant le sirop d’ipécacuanha au détail ignorent souvent les péripéties par lesquelles passa une drogue d’une renommée incontestable, et qui eut beaucoup de peine dès le principe à être admise dans la pratique par la mauvaise volonté que montrait la Faculté de médecine à cette époque, en ne voulant nullement reconnaître l’utilité des innovations »5, celle-ci qu’on appelle ipéca ou cette autre – le quinquina – dont nous avons déjà parlé au printemps dernier, formant avec quelques autres exotiques dont l’opium, le trépied thérapeutique dont on ne saura se passer durant tout le XVIIIe siècle (et même après), et que l’on préféra surtout substituer à l’asaret, à la scille et à l’hellébore ! Qu’il a fallu attendre si longtemps pour réduire la part qu’emportaient ces plantes agressives jusque-là, afin de pouvoir les nuancer avec une plante plus douce, comme sait l’être l’ipéca ! Mentionnons que Granier, pour se venger d’Helvetius, révéla son secret. Ce qui fit des émules parmi les guérisseurs zélés et autres empiristes mâtinés du jargon de bateleur de foire charabiatisant, faisant leurs choux gras de la crédulité des minus-habens. Bref : s’il est question de dysenterie, alors l’ipéca s’impose ! Pourtant, l’expérience battit en brèche cette assertion, aussi frauduleuse qu’inconséquente : en effet, l’ipéca s’avéra très efficace dans certains cas de dysenterie et pas dans d’autres. Par exemple, dans l’épidémie de dysenterie qui ravagea la France en 1725, l’ipéca se montra tout à fait inopérant, tant qu’on lui préféra un arbre sud-américain, le simarouba (Simarouba amara) : quand l’un fonctionne, l’autre pas. Et inversement. Pourquoi ? Parce qu’ils s’attaquent chacun à un type de dysenterie d’étiologie différente, comme nous l’explique Jean-Baptiste Chomel : « Il y a un grand nombre de dysenteries différentes ; [l’ipécacuanha] ne convient pas dans toutes, ni dans tous les temps : aussi mon père disait-il fort habilement, que cette racine ne guérit jamais plus sûrement que lorsque la dysenterie est plus invétérée »6, ce qui manque assurément de clarté et de précision. Invétérée. C’est-à-dire rebelle. « C’est ainsi, poursuit Desbois de Rochefort, que l’ipécacuanha est à préférer […] dans les cas de dysenterie qui est produite par un amas glaireux, âcre, irritant pour le canal intestinal, et rendant l’excrétion des selles difficiles et douloureuses »7. Tout cela n’est pas encore satisfaisant. Mais au XVIIIe siècle, on ignorait la cause microscopique de la dysenterie qui peut prendre deux formes distinctes selon qu’elle est d’origine bacillaire (Shigella sp.) ou amibienne (Entomoebia histolytica). Or l’ipéca est actif sur cette dernière forme, mais pas sur la première. S’il est antiparasitaire, il n’est en rien antibactérien contre les bactéries du type Shigella sp. C’est pourquoi il n’est pas nécessaire de s’opiniâtrer si les premières ou secondes doses d’ipéca ne mettent pas bon ordre dans ces dévoiements intestinaux que sont les dysenteries, souvent doublés de rectorragie, rangeant au rang des balades de santé les gastro-entérites banales que nous connaissons sous nos latitudes. Non seulement l’ipéca fait cesser la dysenterie amibienne, mais en évacuant hors du corps les matières nuisibles dont elle est la conséquence, il « fait quelquefois cesser comme par enchantement le dégoût, le malaise, l’agitation, la céphalalgie, etc. »8. Ainsi fleurirent les spécialités antidysentériques comme la mixture tonique de Vogler (hydrolat de menthe 125 g, extrait de gentiane 8 g, cachou 2,50 g, gomme arabique 2,50 g, opium 0,10 g et ipéca 0,10 g), l’électuaire antidysentérique (pour 100 g de conserve de rose : 25 g de poudre d’écorce de simarouba, 3 g de racine d’ipéca, 0,30 g d’extrait d’opium et quantité suffisante de sirop d’écorce d’orange pour former façon d’électuaire), la teinture aqueuse d’ipéca (infusion répétée de la même quantité d’eau sur une dose initiale d’ipéca, ce qui fait que la force de cette racine s’amoindrit du premier au troisième jour de cette médication), la pâte de Ravaut, les pilules de Segond, etc. Mais comme l’ipéca n’est pas qu’antidysentérique, l’on en vint à imaginer une foule de remèdes alternatifs qui exploitaient ses autres vertus médicinales, dont la principale – émétique – permit de faire vomir tant les enfants que les adultes, tout en soulageant le cœur et en minimisant les spasmes, et cela qu’on l’emploie seul ou en compagnie (menthe poivrée, mélisse officinale, kermès minéral, oxymel scillitique, tartrate double d’antimoine et de potassium, etc.). On conçut encore – puisque l’ipéca est un très efficace expectorant – des mixtures anticatarrhales (comme celle du docteur Double), des pilules contre l’hémoptysie, le sirop d’ipéca composé (que l’on doit à Desessartz dont nous avons déjà parlé dans ces pages : cf. l’article sur le séné), destiné prioritairement à la toux des enfants. Certaines formules défrayèrent la chronique et frayèrent même avec l’apostasie médicale, tant les doses recommandées étaient hors de propos. Ainsi en était-il de la poudre du britannique Thomas Dover (1660-1742), telle qu’on en peut prendre connaissance dans l’ouvrage que ce médecin anglais légua à la postérité, The ancient physician’s legacy to his country (1733). Dans la recette du docteur vif-argent (comme on le surnommait de par sa promptitude à mettre du mercure partout), l’on y trouve de l’opium, du salpêtre (nitrate de potassium), du sulfate de potasse, enfin de l’ipéca. Henri Leclerc remarquait non sans malice que « certains apothicaires, justement effrayés de cette posologie, exigeaient de leurs clients qu’ils fissent leur testament et missent ordre à leurs affaires tant spirituelles que temporelles »9 !

A force de n’en considérer que la seule racine, toute happée par des considérations d’ordre thérapeutique, on en oublierait presque de libeller les caractéristiques botaniques majeures de l’ipécacuanha. Indiquons tout d’abord qu’il s’agit d’un sous-arbrisseau vivace de faible hauteur, ne dépassant jamais 40 à 50 cm. De sa racine à section ronde un peu rameuse et annelée (sorte de crosne, mais sans que cela ne forme des « perles » si marquées), une tige ascendante, mais souvent semi couchée, donne l’illusion du sarment tant elle passe pour ligneuse, ce qu’elle n’est pas intégralement. Ses feuilles opposées, d’un beau vert et légèrement velues, empruntent assez leur forme à celles de l’avocatier, à la différence qu’elles ne sont point acuminées. Elles se regroupent en général par quatre, six ou huit au sommet des tiges, et se distinguent par des stipules interpétiolaires laciniées. Les fleurs blanches de l’ipéca, réunies en cymes, comptent un calice à cinq dents, une corolle en forme d’entonnoir à cinq lobes et cinq étamines. Ses baies, violacées à noirâtres, contiennent deux loges abritant des graines planes.

L’ipéca trouve abri dans les lieux ombragés et humides de plusieurs pays d’Amérique du Sud dont le Paraguay, la Bolivie, le Pérou et le Brésil (Rio, Bahia, Pernambouc).

L’ipécacuanha en phytothérapie

Le seul ipéca dont il va être ici question est celui dont la racine cylindrique et annelée est plus ou moins rugueuse en surface et de couleur gris brunâtre. Si on la sectionne dans le sens de son diamètre, se révèle un cœur ligneux blanchâtre que recouvre la partie corticale épaisse. Celle-ci, ferme et d’une saveur amère et un peu âcre, répand une odeur peu amène, nauséabonde pourrait-on dire. Des deux parties, c’est encore l’écorce de cette racine qui s’avère être la plus active.

De quoi se compose donc cette racine ? Tout d’abord d’amidon, qu’on y trouve à hauteur de 30 à 40 %. Puis de gomme et de résine, de tanins (acide gallique, acide ipécacuanique) et de glucosides. Une touche d’essence aromatique ne rend pas le parfum de cette racine des plus affriolants ! C’est de pure forme pourrait-on dire ! En revanche, ce qui nous permet de toucher le fond de l’affaire, c’est une ribambelle d’alcaloïdes isoquinoléiques dont le plus connu – également présent dans la racine de la violette odorante – se trouve être l’émétine, flanquée de la céphéline, de la psychotrine, de la proto-émétine, de l’isocéphéline et de quelques autres encore. Malgré son nom, l’émétine n’est pas douée de vertu émétique, c’est-à-dire vomitive, cette fonction revenant à la céphéline. En revanche, c’est à l’émétine que l’ipéca doit ses vertus expectorantes, amoebicides et virucides. Cette substance se présente sous la forme d’écailles transparentes de couleur brun rougeâtre. D’odeur nulle, de saveur amère, elle se concentre pour l’essentiel dans l’écorce de la racine d’ipéca.

Propriétés thérapeutiques

  • Vomitif non drastique, peu irritant, doux, constant et fidèle
  • Vasoconstricteur des fibres lisses des bronches, expectorant
  • Vasoconstricteur des fibres lisses des vaisseaux, vasoconstricteur capillaire, hémostatique, modérateur cardiaque de la tension artérielle
  • Antidysentérique (toxique sur l’amibe dysentérique, Entomoebia histolytica), « vermifuge », cholagogue
  • Sudorifique
  • Résolutif

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : asthme (humide, spasmodique), bronchite (même grave), bronchite chronique, bronchopneumonie, péripneumonie, péritonite, dyspnée, congestion pulmonaire, toux, coqueluche, angine catarrhale, œdématie pulmonaire légère, hémoptysie
  • Troubles de la sphère cardiovasculaire et circulatoire : cardiopathie, artériosclérose, tachycardie paroxystique, pâles couleurs
  • Troubles de la sphère gynécologique : perte utérine, flux utérin sanguin et/ou séreux, leucorrhée, ménorragie
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : inappétence, diarrhée, diarrhée sanglante, hématémèse, hémorragie du tube digestif et autres évacuations intestinales sanguinolentes, faiblesse d’estomac, embarras gastrique (glaireux, visqueux, muqueux), amoebiose, dysenterie amibienne aiguë et ses complications
  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : colique hépatique, distomatose hépatique (infection parasitaire par la douve et autres vers apparentés)
  • Empoisonnement, overdose par stupéfiants
  • Affections rhumatismales
  • Asthénie, convalescence
  • Bilharziose
  • Psoriasis

Modes d’emploi

  • Infusion de racine d’ipéca : 0,60 g de poudre pour 150 g d’eau (en prise fractionnée).
  • Décoction de racine d’ipéca (qu’il est utile de ne pas trop pousser : quand elle est trop forte, elle supprime la vertu vomitive de l’ipéca).
  • Poudre à délayer dans de l’eau tiède, du vin, de l’eau-de-vie. Pour un adulte, l’on compte un à deux grammes en trois prises que l’on administre à un quart d’heure d’intervalle. On fait de même pour les enfants, suivant l’âge et la constitution : – 6 à 12 mois : 0,15 à 0,25 g – 1 à 3 ans : 0,25 à 0,50 g – 3 à 5 ans : 0,50 à 0,75 g – 5 à 10 ans : 0,75 à 1 g
  • Macération vineuse : placer 30 g de poudre de racine d’ipéca dans un demi litre de vin blanc pendant une nuit entière. Administrer une cuillerée à jeun chaque matin.
  • Sirop de racine d’ipéca.
  • Pastilles expectorantes.
  • Teinture-mère homéopathique élaborée à partir des parties souterraines, fragmentées et séchées. Sur les usages homéopathiques de l’ipéca, voyez cet article.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : il faut arracher les racines des plants qui ont atteint trois ans (après la floraison de la troisième année, plus précisément). On les brosse, on les ébarbe des radicelles, l’on retire les morceaux abîmés, puis l’on fait procéder au séchage.
  • L’ipéca ne se recommande pas chez les personnes âgées, celles affectées de troubles cardiaques, les sujets déprimés, etc. En terme de vomitif, on peut dire que l’ipéca est l’émétique des personnes délicates (cela ne signifie pas qu’il saura vous apprendre à vomir avec classe, cette action, de nos jours, étant davantage considérée comme un trouble qu’un moyen d’en venir à bout). En tous les cas, l’ipéca occasionne de bien moins violentes secousses, ce qui l’adresse plus précisément aux enfants, aux personnes de constitution fragile ou dont l’état ne permet pas des efforts trop conséquents (femme enceinte ou en couches), les personnes qui répugnent à avaler de trop grandes rasades de potion médicamenteuse (l’ipéca est le spécialiste des petites gorgées). Dans tous les cas listés ci-dessus, la faiblesse subséquente à l’absorption de l’ipéca est moins conséquente. Il importe d’éviter l’ipéca lorsque les états dysentériques sont d’origine bilieuse ou que préexiste un état inflammatoire de l’intestin.
  • Toxicité de l’émétine : c’est là une molécule qui s’élimine très lentement de l’organisme, c’est pourquoi l’on ne peut faire de l’ipéca d’emploi à tort et à travers, puisqu’une quantité d’émétine équivalente à 0,50-1 g est la dose minimale par laquelle le décès peut survenir, le potentiel toxique de l’émétine se portant essentiellement sur le cœur, étant hypotensive et cardiotoxique. Les phénomènes d’intoxication sont les suivants : asthénie généralisée et perte de tonus musculaire, douleurs névralgiques le long des membres, parésie et paralysie des membres, tête ballante, céphalée, violente inflammation du tissu pulmonaire et de la membrane muqueuse intestinale, etc. « Le malade meurt avec des symptômes de polynévrite généralisée, avec une tachycardie et une hypotension considérable et des troubles respiratoires intenses »10. Les tanins de la noix de galle sont un antidote à l’action délétère de l’émétine, puisqu’ils la décomposent.
  • Autres espèce : l’ipéca du Costa Rica ou ipéca majeur (Carapichea acuminata).
  • Faux ami : l’ipéca des Indes ou faux-ipéca (Tylophera asthmatica), le faux ipéca blanc du Brésil (Ionidium ipecacuanha).

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  1. Pierre Pomet, Histoire générale des drogues, p. 47.
  2. Émile Gilbert, La pharmacie à travers les siècles, p. 329.
  3. Pierre Pomet, Histoire générale des drogues, p. 47.
  4. Joseph Roques, Phytographie médicale, Tome 2, pp. 326-327.
  5. Émile Gilbert, La pharmacie à travers les siècles, p. 330.
  6. Jean-Baptiste Chomel, Abrégé de l’histoire des plantes usuelles, p. 58.
  7. Louis Desbois de Rochefort, Cours élémentaire de matière médicale, Tome 2, p. 330.
  8. Joseph Roques, Phytographie médicale, Tome 2, p. 328.
  9. Henri Leclerc, En marge du Codex, p. 26.
  10. Larousse médical, p. 641.

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