L’armoise annuelle (Artemisia annua)

Crédit photo : Krzysztof Ziarnek (wikimedia commons).

Synonymes : absinthe annuelle, absinthe douce, absinthe chinoise, sweet annie, qing hao, ginghao, chinghao (ces trois derniers termes signifient simplement « herbe verte »).

C’est au SOS lancé par le Nord-Vietnam en direction de la Chine que l’on doit la redécouverte de l’armoise annuelle. Que cette plante de vie ait ressurgi en pleine période de carnage guerrier doit être souligné. Non pas pour soigner les blessures obsidionales, mais afin d’endiguer la présence d’un ennemi bien plus insidieux qui ne laissa pas de répit aux soldats de l’armée nord-vietnamienne : un moustique, venu non pas tout seul, mais accompagné d’un invité dont on se passerait bien : Plasmodium falciparum, autrement dit le minuscule parasite qui se trouve être à l’origine de cette effroyable maladie qu’est le paludisme (ou malaria tropica). Or, l’armée de Hô Chi Minh (1890-1969) était justement ravagée par cette maladie dans la seconde moitié des années 1960, alors qu’elle affrontait l’armée états-unienne à travers ce conflit qui avait pris pour nom « guerre du Vietnam ». La Chine fouilla dans ses armoires à pharmacie et lui expédia une plante qu’on y connaît sous le nom de qing hao, puisqu’elle est présente dans la pharmacopée traditionnelle chinoise depuis plus de 2000 ans. En effet, la plus ancienne mention de l’armoise annuelle en tant que plante médicinale figurait dans une tombe datée de 168 avant J.-C. A de multiples occasions de son histoire thérapeutique, l’on réaffirma les qualités fébrifuges de la belle verte : ainsi le médecin philosophe Ge Hong (284-344) préconisait-il la macération de la plante fraîche dans l’eau pour faire tomber la fièvre. Bien plus tard, un autre médecin, Li Shizhen (1517-1593), espèce de Pline asiatique, notifia clairement dans une œuvre très étendue l’efficacité de l’infusion des sommités fleuries de l’armoise annelle pour traiter le paludisme, de même que Wu Tang (1758-1836) deux siècles plus tard. Durant tous ces siècles, la réputation fébrifuge et antipaludéenne de l’armoise annuelle ne s’égara donc pas dans les obscures dédales de l’histoire de la pharmacopée chinoise, dont la vastitude pourrait le laisser craindre. En Chine, il existe presque autant de plantes médicinales qu’il y a d’espèces indigènes au total en France. En effet, avec plus de 30 000 espèces végétales qui s’épanouissent sur son sol, la Chine peut assurément se prévaloir de posséder quelques perles fort nombreuses dans sa collection qui s’éparpillent sur un gigantesque territoire. De plus, comme la pharmacopée traditionnelle n’y est pas marginalisée, mais incluse dans les pratiques médicales modernes, il ne fut pas très difficile à Mao Zedong d’expédier à sa demande quantité nécessaire d’armoise annuelle au leader communiste du Nord-Vietnam.

Si l’on retrace rapidement le portrait qu’a fait de l’armoise annuelle la médecine traditionnelle de la Chine ancienne, l’on est ravi d’apprendre qu’elle ne lutte pas uniquement contre le paludisme, mais qu’elle stimule le système immunitaire, assure l’asepsie, chasse les bactéries et les vers (on la recommande alors pour des affections qu’elle prend aujourd’hui encore en charge : diarrhée, rhume, hémorroïdes, saignement de nez, abcès et tumeurs tant bénignes que malignes, blessure, douleur articulaire). Il ressort de tout cela que l’armoise annuelle recherche avant tout la purification, comme bien des armoises au reste : des vertus purificatrices sont allouées à l’armoise depuis des millénaires en Extrême-Orient, au rapport que chasser les parasites, c’est écarter une impureté. Il en va ainsi des propriétés vermifuges de la plupart des armoises, ainsi que de celles que l’on désigne par le terme emménagogue. Faire place nette, c’est le credo de bien des artemisia, une fonction qui semble se dessiner dans le nom même de la déesse qui a inspiré l’appellation botanique de ces plantes : d’après l’étymologie, le nom d’Artémis, d’origine obscure, semble provenir du grec artemḗs qui signifie « sain et sauf », c’est-à-dire pas moins qu’entier, dans le sens d’intègre. Conserver l’unité par des rituels codifiés et régulièrement répétés, c’est dans les cordes de l’armoise. Plus que de simplement la brûler comme encens, l’on confectionnait de petites figurines avec des rameaux d’armoise, puis on les suspendait en quelques lieux stratégiques afin qu’elles y repoussent les flux d’énergie maligne. Ce que l’on faisait à l’échelle d’une maison pouvait aussi se déployer à celle d’une cité. Les villes chinoises comptaient autrefois quatre portes correspondant chacune à un point cardinal. Par elles étaient expulsés les rayonnements pernicieux, reçus les bons, accueillis les hôtes. « Des flèches d’armoise étaient tirées contre le ciel, la terre et les quatre orients pour éliminer les influences néfastes »1. Le nord, l’est, le sud, l’ouest, accompagnés du Zénith et du Nadir, dessinent là encore cette sphère médecine dont j’ai expliqué le détail dans mon petit livre consacré aux animaux-totems et à la roue-médecine. Par ces points, l’on délimite l’espace cosmique dans lequel se déploie la destinée humaine. L’armoise permet d’en assurer fermement les frontières et de pérenniser la place centrale qu’occupe l’homme au sein de ce dispositif, c’est-à-dire la place sacrée à l’intérieur. C’est donc bien à cela que sert l’armoise, à assurer une unité, du moins à la conserver intacte, intégrale, entière, afin que la triade du corps, de l’esprit et de l’âme se trouve accordée de telle manière qu’ils vibrent à l’unisson.

Les flèches d’armoise tirées sur l’ennemi plasmodium firent reculer le paludisme, tant et si bien que les soldats nord-vietnamiens purent relever leurs forces et s’assurer la victoire face au présomptueux envahisseur états-unien. Cependant la menace du paludisme, bien réelle, engagea la Chine dans un projet pharmacomilitaire secret dès 1967, le projet 523, qui impliqua alors un demi millier de scientifiques et une soixantaine d’instituts de recherche. C’est en soumettant « les plantes de sa pharmacopée traditionnelle à des études scientifiques destinées à préciser leurs principes actifs, leur mode d’action et leurs indications thérapeutiques conformément aux critères de la science » moderne que la Chine finit par trouver ce qu’elle cherchait2. En janvier 1969, la chercheuse en pharmacie Tu Youyou (née en 1930) découvrit, parmi plus de 2000 recettes anciennes, ce qui allait répondre à l’impérieuse lutte contre le paludisme qui faisait tant de ravages. En effet, avoir ratissé toutes ces recettes lui permit de mettre la main sur celle qui mentionnait des vertus antipaludéennes évidentes. Cette recette impliquait l’armoise annuelle, plante qui parvint, dès octobre 1971, à détruire des plasmodiums présents chez des souris. Puis, tout alla très vite, puisque l’équipe de Tu Youyou isola une molécule, l’artémisinine (qing hao su) en 1972, ce qui l’amena à présenter ses travaux à l’ensemble des collègues s’affairant au projet 523 en mars de la même année. Il fallut cependant attendre 1979 avant que ne soit établie la formule chimique de l’artémisinine. Une décennie supplémentaire fut nécessaire pour parvenir à l’hémisynthèse de l’artémisinine à partir de l’acide artémisinique également présent dans la plante. Dès 1990, la production de masse de l’artémisinine débuta, tandis que parallèlement divers projets de cultures en grand de l’armoise annuelle s’instaurèrent dans plusieurs pays comme, par exemple, l’Inde (dans la vallée du Cachemire en 1986), afin de se pourvoir en artémisinine, si possible à l’aide de cultivars issus de sélections autorisant une plus grande productivité de cette molécule à l’hectare (bien d’autres pays firent de même pour tendre au même but : Iran, Turquie, Afghanistan, Australie, Roumanie, Kenya, Nigeria, Congo, etc.). Cette production agricole n’empêcha pas la création de molécules de synthèse ayant pour base l’artémisinine : ainsi vit-on apparaître des innovations comme le Paluther® (artéméther), l’Arsunax® (artésunate), etc. Tout cela fit qu’il y a pile 20 ans l’OMS déclarait l’armoise annuelle comme étant le « plus grand espoir mondial contre le paludisme », mais l’on déchanta rapidement à partir du moment où apparurent les premières résistances face à l’artémisinine (vers 2009), ce qui amena l’OMS à réviser son jugement il y a une dizaine d’années, en ne recommandant plus l’armoise annuelle dans tous les cas et sous quelque forme que ce soit (en 2019, cette position était restée la même). Parce qu’une seule molécule extraite de l’armoise annuelle rencontre des palurésistances, l’on menace la plante entière, réputée plus efficace que l’artémisinine administrée seule. Que s’est-il passé ? Eh bien, il faut dire que l’industrie de l’armoise annuelle est venue concurrencer la production pharmaceutique des dérivés d’artémisinine. Parallèlement au traitement en grand pratiqué en Asie du sud-est et de l’est, ainsi qu’en Afrique, l’on a vu se propager de nombreuses initiatives locales ayant pour but la production d’armoise annuelle : produire cette plante là où sévit le paludisme comporte plus d’un avantage, cela facilite d’autant son exploitation et son utilisation médicinale immédiate. De plus, cela crée des emplois, une rétribution plus juste du travail, ainsi qu’une manne financière non négligeable. Le gain de coût est important, la plante étant bien moins onéreuse que la plupart des médicaments de synthèse qu’elle a inspirés. En s’autonomisant, les producteurs d’armoise annuelle se sont détachés de la dépendance à une production en provenance d’Europe, d’Inde ou d’ailleurs encore. Mais cela, l’industrie pharmaceutique ne l’entendit pas de cette oreille, l’armoise annuelle faisant figure de véritable bombe face au business juteux de la malaria. Ainsi fallut-il lutter contre le désir des peuples de se libérer par eux-mêmes du double joug de la maladie et de l’industrie pharmaceutique, qui ne cherche jamais, afin de garantir ses profits, à laisser faire : vous comprenez bien que l’armoise annuelle, plus que de soigner, finit par guérir beaucoup trop de monde du paludisme, cela menace nécessairement un bon paquet de parts de marché, le malade perpétuel étant toujours plus rentable que celui qui peut plus simplement et rapidement s’affranchir d’une affection pénible et mortifère. Malheureusement pour nous, les interdictions n’en finirent pas de pleuvoir, à l’image de ce que l’on peut lire sur le site de l’ANSM : « Cette mise en garde concerne entre autres les produits à base de plantes, notamment la plante Artemisia annua ou Armoise annuelle, qui est présentée comme une solution thérapeutique ou préventive de l’infection, sous forme de plante sèche, décoction, tisane ou gélules. Ces allégations sont fausses et dangereuses : elles pourraient retarder une prise en charge médicale nécessaire en cas d’infection confirmée. En effet, les produits à base d’Artemisia annua n’ont jusqu’alors pas fait la preuve de quelconques vertus thérapeutiques. Nous rappelons que cette plante a auparavant fait l’objet du même type de message sur de prétendues vertus thérapeutiques contre le paludisme. Là encore, la preuve de son efficacité n’a pas été démontrée et des personnes en ayant pris ont développé des formes graves de paludisme lors d’un séjour à l’étranger. Nous avions dans ce cadre interdit à plusieurs opérateurs de commercialiser des produits contenant de l’Artemisia annua en 2015 et 2017 » (article en date du 4 mai 2020). Au-delà des entraves législatives de quelques gratte-papiers parlementaires ou académiques zélés, d’autres méthodes se sont faites jour pour dissuader les connaissances relatives à l’armoise annuelle de se propager comme elles l’auraient dû : l’on a pu constater à de nombreuses reprises que des pressions s’exerçaient sur des chercheurs, scientifiques, enseignants et médecins, et ce jusqu’à chercher à attenter à leur vie.

Aujourd’hui, l’armoise annuelle est interdite à la vente libre en France, afin de freiner la réputation médicale de cette plante, en même temps que les velléités d’automédication sauvage, tous le monde ne pouvant pas s’improviser paludologue. Mais l’armoise annuelle n’est-elle qu’un antimalarique, fut-il l’un des plus puissants de ce siècle, ou bien est-elle autre chose encore ?

Il n’en reste pas moins qu’en 2015, le prix Nobel de médecine fut décerné à Tu Youyou pour l’ensemble des travaux réalisés sur l’armoise annuelle, l’artémisinine et ses dérivés. Elle a retracé cette aventure scientifique dans un livre récemment paru en français (De Artemisia annua L. aux artémisinines. La découverte et le développement des artémisinines et des agents antipaludiques, ISBN : 9782759822195, 2019).

Tu Youyou – Crédit photo : Bengt Nyman (wikimedia commons).

En attendant, l’OMS, devenue artémiso-résistante, se garde bien de proférer le moindre oracle, comme par exemple de prophétiser une date à laquelle le paludisme serait éradiqué de la surface du globe. Mais l’on peut s’estimer heureux qu’existe une plante comme l’armoise annuelle qui, on l’a vu ces dernières décennies, s’est propagée un peu partout dans le monde, s’extrayant de sa niche écologique d’origine, pour trouver terrains à coloniser où elle se donne à voir, aussi bien en Amériques (États-Unis, Brésil, Argentine…) qu’en Europe (Roumanie, Bulgarie, Hongrie, Autriche, Allemagne, Suisse, Italie, pays de l’ex Yougoslavie, France, Espagne…), où sa naturalisation n’a pas eu besoin d’une autorisation de l’Union européenne… On la voit aussi en Australie, où elle est cultivée, à l’égal de nombreux pays africains (Cameroun, Congo, Madagascar, etc.).

Originaire des régions montagneuses (1000-1500 m) situées au nord de la Chine, l’on trouve aujourd’hui l’armoise annuelle de la Chine au Japon, de la Corée au Vietnam. Bien qu’annuelle, cette armoise connaît une croissance rapide, ce qui en fait non seulement une plante solide et robuste (au point qu’elle est assez peu sujette aux attaques de pathogènes), mais une géante qui pousse une forte tige rougeâtre et vert vif, dressée jusqu’à hauteur d’homme, parfois davantage (2,40 m), et dont la section ligneuse à la base peut atteindre plusieurs centimètres. Couverte d’une homogène masse de feuilles, ces dernières, finement découpées, sont généralement doublement pennées (voire triplement), et mesure 5 cm de long sur 3 de large au maximum. L’ensemble du feuillage de l’armoise annuelle, plumeux et vert frais, est recouvert de fines soies. A la floraison, soit d’août à septembre, l’on voit, tout en haut de la plante, s’épanouir de très nombreuses petites fleurs capitulaires groupées en panicules amples et lâches. Pas plus larges que 3 mm, ces fleurs – boutonneuses, parfumées, hermaphrodites – produisent quantité de petites semences roussâtres.

Puisqu’elle végète désormais sur notre sol (on la voit surtout dans les zones densément peuplées des régions AURA et Île-de-France), observons donc les différents sites qu’elle occupe. De mémoire, je l’ai vue ériger gaillardement ses rameaux, fichée sur un tas de sable abandonné sur un terrain vague quelconque par quelque chantier. Mais encore coincée entre la bordure graniteuse d’un trottoir et le macadam censé le recouvrir : entre les deux, une ébréchure s’était faite, une pousse y avait germé, poussé, grandi un peu, sans être jamais devenue un monstre du fait de son emplacement délicat : d’une part les talons impitoyables des piétons, de l’autre le vrombissement urbain motorisé. Où l’ai-je encore rencontrée, cette armoise annuelle ? L’an dernier, entre deux confinements, je m’étais rendu à la poste de mon quartier pour y expédier du courrier. Dans l’impossible file d’attente – évidente résultante des contraintes sanitaires – le temps passa plus lentement qu’à l’accoutumée, ce qui me permit d’identifier quelques pieds d’armoise annuelle poussant dans les plates-bandes peu entretenues de ce bureau de poste. J’avais, je me le rappelle, éprouvé une grande joie, à la discrétion du masque, au conciliabule muet qui s’était joué là, secrètement, entre ces armoises et moi-même. Bien plus tard, je les ai croisées encore plus nombreuses à l’emplacement d’un terrain qui avait naguère porté une barre d’immeuble telle qu’on en fabriquait dans les années 1950-1960. Après séance de désamiantage des locaux en règle, la totalité du bâtiment fut arasée. Aujourd’hui, hormis une morne étendue de cailloutis de 4000 m² cerclée par un haut grillage de 2,50 m, il ne reste rien de l’immeuble né en cette époque révolue où l’énergie ne coûtait presque rien. En revanche, sur cette zone nouvellement mise à nu, l’armoise annuelle prospère en nombre. Cette substitution dans la symbolique n’est pas pour me déplaire, bien au contraire !

Crédit photo : Kristian Peters (wikimedia commons).

L’armoise annuelle en phytothérapie

Ah ! Artemisia annua, qui a donné lieu à l’artémisinine (fabriquée par ses propres moyens), l’artésunate et autres dérivés (bricolés par les humains, fans d’imitations, passés maîtres es spécialités plaquées or ; n’y a-t-il pas un peu d’égarement dans le fait de dériver ?). Artemisia annua, comme AA. A comme première de la classe ? A prendre connaissance de son carnet de notes surchargé de cette belle lettre capitale, on serait tenté de le croire. Mais dépassionnons un peu le débat et contentons nous d’étaler les faits.

L’artémisinine, qui est une lactone sesquiterpénique, préexiste dans la plante fraîche, dans ses feuilles plus précisément. Selon l’origine de la plante, sa teneur est variable, oscillant de 0,08 à 0,11 %. Un hectare d’armoise annuelle produit environ cinq tonnes de plante fraîche, soit environ une tonne à l’état sec. De cette tonne-là, on extirpe à la suite environ 800 g d’artémisinine pure. Mais par sélection des plantes, on est parvenu, comme au Vietnam, à des rendements bien supérieurs : 20 kg d’artémisine à l’hectare ! Cette volonté d’accroître la production d’artémisine par le biais de la plante passe par la constatation que cette molécule est très coûteuse dès lors qu’on veut la synthétiser. L’artémisinine non naturelle entrant dans la composition de certains médicaments est obtenue par hémisynthèse d’un autre composé, l’acide artémisinique.

Se contenter uniquement de cela serait criminel, l’artémisinine n’étant pas autre chose que l’arbre qui cache la verte forêt luxuriante de l’armoise annuelle. En effet, sans être exhaustif, sachons qu’à côté de l’artémisinine, l’on croise un autre phytostérol, l’artéannuine B, des monoterpénoïdes bicycliques comme l’ascaridole, une coumarine du nom de scopolétine, des polyphénols ainsi qu’une flopée de flavonoïdes (plus de quarante, dont : artémitine, cirsilinéol, apigénine, rhamnétine, lutéoline, casticine, eupatorine, quercétine, isoquercétine, etc.). Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Poursuivons donc le récit de ce riche inventaire. L’« herbe verte » possède une profusion de chlorophylle – comment pourrait-il en être autrement ? – et d’autres éléments qui, sans avoir la prétention de bouter le paludisme hors du sol de notre corps, n’en demeurent pas moins d’excellentes substances propices à la conservation ou au rétablissement de la santé : des fibres (65 %) et des protéines (25 %), pour lesquelles dernières l’armoise annuelle est remarquable : en effet, elle contient tous les acides aminés essentiels et non essentiels (tryptophane, leucine, isoleucine, lysine, cystine, tyrosine, thréonine, alanine, phénylalanine, méthionine, acide aspartique, etc.). A cela, ajoutons encore des lipides (8 % dont de l’acide oléique, cet oméga-9 qu’on trouve dans l’huile d’olive) et des sels minéraux nombreux (fer, zinc, potassium, soufre, bore, manganèse, calcium, phosphore…).

Tout cela ne serait pas complet sans l’évocation de la partie subtile et aromatique de l’armoise annuelle : par distillation à la vapeur d’eau des feuilles d’armoise annuelle fraîches durant deux heures trente à quatre heures, l’on peut obtenir un rendement très variable d’huile essentielle (0,30 à 0,60 % et jusqu’à 1,40 à 4 %), dépendant en grande partie des génotypes et du stade végétatif lors duquel on procède à la récolte de l’armoise annuelle destinée à la distillation. Ces quelques chiffres permettront de se faire une idée de la chose :

De plus, la concentration en essence aromatique est conditionnée par les parties de la plante considérées : presque nulle dans les tiges et les racines, elle se répartie pour la plus grande part sur les feuilles, à la surface desquelles l’on voit les cellules sécrétrices. Et encore, cette proportion dépend-elle des étages foliaires : alors que les feuilles inférieures ne contiennent que 17 % de toute l’essence aromatique contenue dans la plante, ce taux passe à 36 % pour les feuilles sommitales et à 47 % dans les feuilles de l’étage médian. D’autres facteurs nombreux influent tant sur les critères quantitatifs que qualitatifs : la date du semis et de la récolte, les conditions agroclimatologiques (sécheresse, par exemple), le pH du sol, son traitement par des produits phytosanitaires biologiques ou chimiques conventionnels, les bons soins du cultivateur, les influx électromagnétiques du sol, les aspects astrologiques, que sais-je encore ? Il n’est donc pas surprenant, en regard de l’ensemble de ces facteurs, que la situation géographique porte elle aussi une influence grandissante sur la composition biochimique finale. Pour mieux s’en assurer, comparons deux huiles essentielles d’armoise annuelle, une asiatique (Inde) et une européenne (Bulgarie) :

L’on en peut déduire que l’huile essentielle d’armoise annuelle indienne possède un chémotype à cétones, plus précisément à artémisia cétone, tandis que la bulgare contient quatre fois moins de cétones, s’appauvrit en monoterpènes, monoterpénols et sesquiterpénols, pour s’enrichir de façon prodigieuse en sesquiterpènes.

Certaines autres huiles essentielles d’armoise annuelle ressemblent à l’huile essentielle indienne par leur taux respectif d’artémisia cétone : la hongroise (54 %), la chinoise (64%), l’états-unienne (47 %), la serbe (jusqu’à 53 %). En France, l’on peut parvenir à des résultats très contrastés, le taux de cette cétone oscillant entre 3 % (comme on a pu le constater à Marseille) et 55 %, ce qui signifie que les autres constituants sont inversement proportionnés : pour les huiles essentielles d’armoise annuelle produites en France, les taux d’α-pinène passent de 4 à 16 %, ceux d’1.8 cinéole de 1 à 15 % !

Autre remarque : bien que les huiles essentielles états-unienne et hongroise possèdent à peu près le même taux d’artémisia cétone (47 et 54 %), elles ne sont pas secondées par la même molécule : le 1.8 cinéole complète à hauteur de 25 % l’huile essentielle made in USA, tandis que pour la hongroise, c’est l’artémisia alcool qui occupe cette fonction (35 %).

Signalons encore que certaines huiles essentielles peuvent ne pas contenir d’artémisia cétone, mais du camphre en lieu et place (Iran 48 %, Éthiopie 44 %). Il existe donc bien plusieurs huiles essentielles d’armoise annuelle, et en interdire l’accès, comme c’est le cas en France (cf. le JO n° 182 du 8 août 2007 qui la place sous la houlette du monopole pharmaceutique strict), n’est tout bonnement pas tenable, en particulier quand d’autres huiles essentielles riches en camphre – cétone monoterpéniques rappelons-le – le sont ! Mais, vous vous en doutez, il n’est pas là question d’une seule problématique liée à la composition biochimique de telle ou telle huile essentielle. En attendant, non seulement il est impossible de s’en procurer sur le territoire national, mais si vous souhaitez en commander auprès des pays qui en autorisent la vente chez eux (c’est-à-dire l’Allemagne, la Suisse, la Grande-Bretagne…), vous ne le pourrez pas : on refusera de vous en vendre pour des raisons de législation ! Il faut croire qu’en ces cas-là les frontières sont bel et bien réelles, et farouchement gardées… Donc, ce n’est pas demain qu’on pourra respirer les doux et rafraîchissants effluves balsamiques de cette huile essentielle. Vu comme la plante sèche sent divinement bon, il est tout à fait possible d’imaginer pareille chose pour sa fraction parfumée. En tous les cas, je suis en attente. Déjà, l’an dernier, j’avais pu m’extasier sur une huile essentielle d’Artemisia herba-alba, alors on peut toujours rêver.

Note : ne contenant pas d’artémisinine, l’huile essentielle d’armoise annuelle ne peut donc être invoquée pour soigner et guérir les mêmes affections que la plante entière fraîche ou sèche. En effet, nulle trace de cette molécule dans l’huile essentielle d’armoise annuelle. Craignant la chaleur, elle ne peut, de toute façon, pas supporter l’épreuve de la distillation à la vapeur d’eau dont la température est trop élevée pour elle.

Propriétés thérapeutiques

  • Anti-infectieuse : antipaludéenne +++, antiparasitaire +++, antifongique (Saccharomyces sp. Malassezia sp.), antibactérienne (Gram + : Enterococcus, Bacillus, Listeria ; Gram – : Klebsellia, Salmonella, Acinetobacter, Yersinia sp.), antivirale à large spectre (Hepatovirus A, herpès buccal, herpès labial, VIH-1, virus du sarcome de Rous), purifiante de l’eau
  • Apéritive, digestive, carminative, vermifuge
  • Anti-asthmatique
  • Stimulante du système immunitaire, adaptogène, fortifiante
  • Anticancéreuse : inhibe la prolifération cancéreuse, inhibe l’angiogenèse, freine la migration cellulaire cancéreuse, augmente la visibilité de la cellule cancéreuse par le système immunitaire (c’est le cas des cellules cancéreuses à croissance rapide surtout), tue la cellule cancéreuse, minimise le risque de rechute, augmente le taux de survie
  • Anti-adipogénique
  • Anti-oxydante +++, antiradicalaire +++
  • Tonique amère
  • Fébrifuge, rafraîchissante +++
  • Anti-inflammatoire, antinociceptive

Note 1 : l’artémisinine attaque de façon ciblée le parasite paludéen de même que la cellule cancéreuse, dont le point commun est d’être tous les deux très riches en fer. Au contact de cet élément et de l’artémisinine, il se crée une réaction chimique qui produit des radicaux libres détruisant de l’intérieur autant les parasites que les cellules cancéreuses. Ce qui est intéressant, en particulier dans les cas de cancer, c’est que l’action sélective de l’artémisinine ne nuit pas aux cellules saines, et ce quel que soit le type de cancer. On préconise donc l’association thérapeutique de l’artémisinine au fer, ce qui a pour conséquence l’éradication plus aisée des cellules cancéreuses.

Note 2 : l’huile essentielle d’armoise annuelle, fort étudiée dans divers pays, a montré de très encourageantes propriétés antibactériennes et antifongiques. Elle est notamment active sur des bactéries Gram + (Staphylococcus aureus, Streptococcus pneumoniae) et Gram – (Escherichia coli, E. coli uropathogène, Pseudomonas aeruginosa, Haemophilus influenzae), des champignons (Candida albicans, C. krusei, Aspergillus fumigatus). Elle est aussi douée d’actions efficaces sur des parasites (Giardia lamblia, responsable de parasitose intestinale aussi bien chez l’homme, le chien que le chat), des champignons et moisissures affectant certaines plantes cultivées (Sclerotinia sclerotiorum, Botrytis cinerea, Phytophtora infestans, Verticillum dahliae). En revanche, des bactéries Gram + lui résistent. C’est le cas de Listeria innocua et de Micrococcus luteus.

Usages thérapeutiques

  • Paludisme3, neuropaludisme (se produit lorsqu’au moins 5 % des globules rouges sont parasités), paludisme multirésistant, bilharziose par schistosome, toxoplasmose (infection parasitaire par Toxoplasma gandii), borréliose de Lyme (l’armoise annuelle relève le système immunitaire, allège la charge bactérienne, fait disparaître les symptômes, tout cela assurant au malade de mener une vie à peu près normale), leishmaniose, acanthamoebiose, préparation à un voyage en zone tropicale. (Si l’armoise annuelle est très efficace curativement, elle représente un traitement préventif et prophylactique de premier plan ; cependant, par précaution, mieux vaut emporter sur soi un peu de cette plante, sait-on jamais.)
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : diarrhée, diarrhée chronique, colique, flatulence, crampe gastro-intestinale, inappétence, perte d’appétit, anorexie, vers intestinaux, colite, maladie de Crohn, sang dans les selles, candidose intestinale, ulcère gastrique
  • Troubles de la sphère respiratoire : dyspnée, sensation d’étouffement, asthme, bronchite, rhume (y compris estival), toux
  • Fièvres sans sueur, sueurs nocturnes, coup de chaleur, excès de chaleur
  • Troubles locomoteurs : arthrite, ostéoarthrite, arthrose, problèmes articulaires, ostéoporose (genoux, hanche)
  • Affections cutanées : plaie et nettoyage des plaies, acné, eczéma, psoriasis, verrue, rosacée, herpès labial, érythème fessier, escarre, piqûre d’insecte, mycose (cutanée, du pied, unguéale)
  • Troubles de la sphère cardiovasculaire et circulatoire : hypertension, hémorroïdes, couperose, saignement de nez, acidose
  • Troubles de la sphère génito-urinaire : douleur menstruelle, dérèglement du cycle menstruel, cystite
  • Épilepsie (soulage grandement les symptômes dans certains cas)
  • VIH (renforce l’immunité chez le malade qui en est atteint)
  • SRAS-CoV1 : comme l’on sait que l’armoise annuelle est active sur ce type de virus, on l’a également testée sur le n° 2, in vitro tout d’abord, afin de vérifier ses aptitudes face à ce coronavirus : aujourd’hui, l’on peut dire que l’armoise annuelle stoppe la réplication virale. In vivo, elle réduit nettement le niveau des cytokines et l’orage qui va avec, et atténue la formation des fibromes suite à l’inflammation pulmonaire (mentionnons que l’acide artémisinique, de même que la disoxyartémisine ne sont pas actifs sur le virus du SRAS-CoV2)
  • Diabète : stabilisation du taux de sucre sanguin dans les diabètes de type I et II. De plus, « l’artémisinine contenue dans l’armoise annuelle transforme les cellules pancréatiques α en β productrices d’insuline »4
  • Cancer et tumeur : voici les organes du corps humain concernés : cerveau, œsophage, poumon, pancréas, rein, ovaire, utérus, sein, prostate, côlon, peau (L’armoise annuelle intervient aussi en cas de leucémie.)
  • Obésité et désordres métaboliques relatifs
  • Enfin, l’armoise annuelle est profitable aux sportifs, aux femmes enceintes, aux enfants, aux personnes stressées et convalescentes, soit beaucoup de monde !
  • Dernier mot : elle compte à son actif de nombreuses applications vétérinaires

Modes d’emploi

  • Artémisinine administrée per os (comprimé), par voie rectale (suppositoire) ou par intramusculaire (suspension aqueuse ou huileuse).
  • Infusion de la plante entière, qu’elle soit sèche ou fraîche, ou à l’état pulvérisé. Attention cependant de ne jamais mettre en contact l’armoise annuelle avec de l’eau exagérément chaude, puisqu’une trop forte chaleur dégrade l’artémisinine en particulier. Pour éviter ce désagrément, si l’on doit réaliser un litre d’infusion, on fera bouillir uniquement les 4/5 auxquels on ajoutera 1/5 d’eau à température ambiante, l’idéal étant d’obtenir une eau à 80-85° C. Après quoi, l’on place la valeur d’une cuillerée à café de la plante coupée finement dans l’eau et on la fait infuser 10 à 15 mn à couvert (d’autres sources mentionnent que l’infusion avec une eau à 100° C est possible, et cela pour une durée n’excédant pas 7 mn). Une fois ce délai écoulé, l’on filtre, l’on exprime et l’on stocke cette infusion dans un thermos de capacité adaptée à la quantité infusée. Ainsi, l’on peut boire chaud en repartissant les doses à divers moments de la journée, idéalement toutes les trois à quatre heures, eu égard à la durée de vie de l’artémisinine dans le sang. Par exemple, deux heures après l’ingestion d’une tasse d’infusion d’armoise annuelle, on ne trouve plus que 40 % de l’artémisinine initialement contenue dans cette quantité, mais cinq heures plus tard, ce taux s’effondre à 0,80 % ! Il est donc impératif d’absorber les tasses de manière bien régulière. Par exemple, pour un litre d’infusion par jour, cinq tasses de 20 cl à 7h00, 10h00, 13h00, 16h00 et 19h00 (l’armoise annuelle pouvant entraver le sommeil, il n’est pas conseillé d’en faire une consommation trop tardive, sauf si, bien entendu, vous avez fait la remarque que cela n’engendrait pas chez vous ce type d’inconvénient).
  • Poudre : elle devra, elle aussi, être administrée de façon fractionnée durant la journée. On peut l’incorporer à un véhicule semi-liquide quelque peu diluant comme le miel, un yaourt, un smoothie, tout en respectant la même précaution : ne pas cuire cette poudre. On trouve aussi cette même poudre en gélule.
  • Teinture de la plante fraîche : elle se réalise comme n’importe quelle teinture : en plaçant une quantité de feuilles d’armoise annuelle dans un bocal propre. Ceci fait, on recouvre entièrement d’alcool, et on laisse macérer tout cela durant trois bonnes semaines à l’issue desquelles on passe, on filtre, on exprime bien. Sachez aussi que les feuilles utilisées en tisane peuvent subir le même sort afin de bien les « épuiser » de tous leurs principes actifs. Aussi, chaque jour, plutôt que de jeter au compost les feuilles à l’issue de la quotidienne séance d’infusion, pourquoi ne pas les ajouter à un bocal empli d’eau-de-vie pour les y faire macérer ? Au bout d’un certain laps de temps, cela permettra l’obtention d’une teinture-mère un peu particulière.
  • Cataplasme de feuilles fraîches : peu pratique, mieux vaut lui préférer la préparation suivante :
  • Pommade d’armoise annuelle : faire digérer au bain-marie 5 g de poudre d’armoise annuelle dans 100 g d’huile d’olive pendant une heure. Filtrer soigneusement et ajouter 10 à 15 g de cire d’abeille fondue. Mélanger bien.

Note : une cuillère à café rase de poudre d’armoise représente à peu près 1,50 g. Une cuillère à café bombée de feuilles sèches d’armoise équivaut à environ 2,50 g. Nous ne saurions trop vous recommander l’emploi d’une balance de précision.

FAQ

  • L’infusion d’armoise annuelle est bien trop amère pour que je puisse la boire. Que faire ? Vous avez trop forcé sur les doses et vous voilà maintenant propriétaire d’un breuvage imbuvable ? L’amertume, boutée hors de notre sphère gustative au large profit du doux et du sucré, peut se domestiquer en commençant par l’utilisation de plus infimes doses, que l’on augmentera petit à petit. Ajouter de l’eau claire permet de diluer un peu l’amertume d’une infusion. On l’absorbera mieux si on l’édulcore à la manière que l’on souhaite (sucre, stévia, miel, sirop d’agave, etc.).
  • Faut-il préférer l’infusion réalisée à base de feuilles ou de poudre ? Le thé d’armoise annuelle concocté avec les feuilles s’avère beaucoup plus riche en polyphénols que son homologue employant la poudre.
  • Quels sont les avantages de l’artémisinine sur les antipaludiques de type Nivaquine® ? Eh bien, introduite per os ou par intramusculaire, elle fait disparaître plus rapidement que la chloroquine le plasmodium responsable du paludisme. Par la rapidité de cette action, l’on évite généralement les complications comme le neuropaludisme. Aussi souveraine que la quinine dans le traitement des formes graves du paludisme, l’artémisinine est aussi très efficace face aux parasites chloroquinorésistants, mais aussi à ceux qui s’opposent à la quinine et à la méfloquine.
  • Est-il préférable d’opter pour l’artémisinine pure ou bien pour le thé d’armoise annuelle ? Dans le magasine Science & Vie de mars 2013, p. 40, on peut lire ceci : « Selon l’équipe de l’Université de Massachusetts (États-Unis), à doses égales de principes actifs, la poudre obtenue par séchage et broyage de la plante entière est plus efficace que l’extrait pour éliminer du sang le parasite responsable de l’infection » paludéenne. Cela tient à ce que : artémisinine seule < artémisinine + une multitude de composés plus ou moins actifs. Le totum l’emportera toujours sur la partie isolée, fut-elle la plus « active » de toutes (ou supposée telle). C’est un fait qui a été maintes fois observé. En plus de cela, la biodisponibilité de l’artémisinine présente dans les feuilles d’armoise annuelle lui permet d’être quarante fois plus rapidement distribuée par le sang périphérique que sous sa forme purifiée, accédant ainsi plus efficacement à de multiples organes (dont le foie, le cœur, les poumons et le cerveau). De plus, cette biodisponibilité est accrue par la présence de l’essence aromatique : celle-ci améliore la solubilité de l’artémisinine et en favorise le passage à travers la paroi intestinale. En général, le paludisme qui résiste à l’artémisinine seule cède à l’ingestion de la plante entière. Voici encore une dernière information qui va dans ce sens : en Afrique, l’on a constaté que A. annua et A. afra, une armoise africaine, possédaient une activité équivalente à l’égard du paludisme, bien que la seconde ne contienne pas un gramme d’artémisinine ! D’où la nécessité de considérer la plante dans son intégralité. L’on s’en rend bien compte lorsqu’on compare les ACT (Artemisinin-based combination therapy) et la tisane d’armoise annuelle. Les premières ne permettent pas la disparation complète des parasites, la seconde assure la disparition de la charge parasitaire. Les premières soignent, la seconde fait mieux encore : elle guérit.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Culture : les graines de l’armoise annuelle sont si petites qu’elles demandent de la délicatesse et de la précision lors du semis. On peut tout d’abord les mélanger à une petite quantité de sable dans un petit récipient du type boîte de conserve. Que l’on sème à l’intérieur ou à l’extérieur, il faut veiller à ce que l’étape de la pépinière se déroule au mieux, en préparant en premier lieu un mélange composé de terre du jardin (50 %) et de compost (50 %), le tout finement tamisé. On ratisse bien pour former une surface aussi lisse que possible sans pour autant tasser exagérément la terre. Puis l’on saupoudre les graines comme on le ferait de farine sur un plan de travail avant d’y étaler une pâte à pizza. Ceci fait, on vaporise de l’eau par le haut ou bien l’on arrose par le bas (dans le cas de semis en bac). Et ainsi fera-t-on tous le temps que durera la levée des graines. Si jamais les semis sont effectués en extérieur, il est souhaitable de protéger l’installation par un voilage. Si les semis sous serre ont lieu fin décembre par exemple, on peut avoir la chance de pouvoir repiquer les jeunes plants dans des pots individuels à la mi-février. Alors, il leur faudra le maximum de soleil, du moins celui qu’autorise la saison hivernale, et de l’eau en suffisance (arrosage au matin et au soir, tous les jours sans pour autant détremper la terre ; veillez à y prendre garde si jamais vous devez vous absenter), puisque cela participe bien évidemment de la qualité finale. Selon certaines sources, les plantes sont plus durables, plus résistantes et plus aromatiques lorsqu’elles sont cultivées dans un sol sec et pauvre. La multiplication végétative peut emprunter les voies du bouturage et du marcottage, mais ce sont là des méthodes plus volontiers applicables à la vivace armoise africaine que l’on soumet à ces deux pratiques qui ont surtout l’avantage de fabriquer de parfaits clones d’une plante choisie au préalable pour sa force et sa vigueur.
  • Récolte et séchage : comme l’on ne recherche pas à cueillir l’armoise annuelle pour son huile essentielle, on récoltera cette plante tout juste avant le début de sa floraison, à la formation des boutons floraux, soit à un stade végétatif durant lequel le taux d’artémisinine est au plus haut. La récolte en tant que tel est fort simple. Il suffit de tailler la tige de la plante à sa base (d’un coup de machette comme l’on fait en Afrique). Puis l’on monde la plante, c’est-à-dire qu’on l’ébarbe tout d’abord des feuilles jaunies et/ou brunies qu’elle porte dans les étages inférieurs, ainsi que celles qui sont abîmées, piquées ou flétries. Ceci fait, on brise les ramilles portant les feuilles tout le long de l’axe de la tige, que l’on rejette par après. Ensuite, avec les feuilles ainsi détachées, l’on forme de petits paquets, à la manière d’une botte d’asperge. Qu’on les tienne fermement d’une main et qu’on les tranche de l’autre d’un coup de couteau tous les 2 à 3 cm. Puis l’on dispose ce « hachis » d’armoise sur une surface assez grande, obligatoirement située dans une zone abritée des rayons du soleil, suffisamment aérée et au sec. On laisse sécher le tout ainsi, ce qui lui prend généralement moins de trois jours (le séchage des armoises est rapide : l’armoise vulgaire que j’ai récoltée il y a peu de temps a mis moins de quarante-huit heures pour être parfaitement séchée). Voilà, tout cela n’a rien de bien compliqué, récolte et séchage de l’armoise annuelle imitant ceux de la sauge et de la menthe. Dès que les feuilles d’armoise annuelle sont bien sèches, on peut les stocker dans des boîtes métalliques, des bocaux en verre, des sacs en papier (style kraft, mais non ceux avec revêtement intérieur plastifié, afin d’éviter que la plante ne fermente), etc., à la condition de les garder de la lumière directe du soleil et de l’humidité. Cette conservation, de même que la période de récolte et la façon d’opérer lors du séchage, garantit la parfaite qualité de la matière médicale et de ses principes actifs : les feuilles sèches d’armoise annuelle, d’une belle couleur vert foncé soutenu, ne doivent pas adopter de teintes grisâtres ni brunâtres. A l’ouverture d’un sachet, les papilles olfactives doivent être accueillies par une chlorophyllienne odeur de foin très aromatique.
  • Associations : – Concernant la maladie de Lyme, il est fréquent de conseiller une association armoise/cardère (Dipsacus sylvestris), plante dont Wolf-Dieter Storl a fait la promotion à travers un ouvrage initialement paru en 2012. Des posologies proposent 5 g d’armoise annuelle par jour pendant quatre semaines, suivies d’une période de quatre à huit semaines durant laquelle on abaisse la dose à 1,25 g par jour. – Concernant le paludisme et le cancer, on associe souvent l’armoise annuelle au moringa (Moringa oleifera), car ce dernier inhibe la dégradation enzymatique de l’artémisinine : sa durée de vie dans l’organisme s’en trouve donc augmentée. On peut envisager 1,50 g de poudre/feuilles d’armoise par jour, à laquelle on ajoute la même quantité de poudre/feuilles de moringa. Par le biais de l’infusion, sachant que sa durée excède pour le moringa celle de l’armoise annuelle de 15 mn, il importe de réaliser l’infusion de moringa en premier, puis celle d’armoise au bout d’un quart d’heure, puis d’attendre pendant une durée équivalente avant de filtrer et de réunir les deux infusions en une seule. Il apparaît possible de placer armoise et moringa dans la même théière et de faire infuser le tout pendant une demi-heure, mais j’ignore ce que cela peut avoir comme conséquence sur la qualité de l’infusion finale (une demi-heure, n’est-ce pas excessif pour l’armoise annuelle ?). – L’artésunate, « dérivé semi-synthétique du groupe de l’artémisinine », est parfois uni à la méfloquine afin d’en potentialiser les effets. Mais ce mariage est battu en brèche depuis que l’on a remarqué les graves effets secondaires de ce médicament qui, malgré tout, fait encore partie de la liste des médicaments dits essentiels selon l’OMS (et ce malgré les résistances multiples du plasmodium à cette molécule).
  • L’armoise annuelle peut être recommandée chez l’enfant : en ce cas, il suffit de diviser les doses par deux. La femme enceinte peut également absorber sans risque l’armoise annuelle, ainsi fait-elle bénéficier l’enfant qu’elle porte d’une protection face au paludisme.
  • Bien qu’appartenant au clan des Astéracées réputé pour le nombre de plantes potentiellement allergisantes qu’il comporte, l’armoise annuelle n’a pas été signalée comme étant fortement marquée par cet inconvénient.
  • Autres espèces : trop nombreuses pour être citées ici, rappelons tout premièrement l’identité de celles qui ont déjà été étudiées sur le blog : l’armoise commune (A. vulgaris), l’absinthe (A. absinthium), l’aurone mâle (A. abrotanum) et l’estragon (A. dracunculus). Ajoutons-en quelques-unes moins connues : le semen contra (A. cina), puissant anthelminthique de l’ancienne pharmacopée, l’armoise japonaise (A. princeps), l’armoise d’Afrique (A. afra), l’armoise chevelue (A. capillaris), dont l’huile essentielle possède des effets très intéressants sur les lésions hépatiques, enfin l’armoise chinoise (A. argyi). Cette dernière, bien qu’elle ne contienne pas d’artémisinine, est donnée par la médecine traditionnelle chinoise comme un antipaludéen efficace. L’usage de ses feuilles piquantes et amères facilite la circulation de l’énergie et du sang dans l’organisme, élimine le froid et l’humidité, stoppe les hémorragies et réchauffe le méridien du Foie. On l’emploie face aux affections gastro-intestinales (diarrhée, vomissement de sang, présence de sang dans les selles), les perturbations gynécologiques (leucorrhée, règles irrégulières, métrorragie) et les affections cutanées (verrue, abcès, furoncle).

_______________

  1. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 77.
  2. Jean-Marie Pelt, Les nouveaux remèdes naturels, p. 76.
  3. Quelques rappels de ce que nous avons pu écrire au printemps concernant cet autre grand antipaludéen qu’est le quinquina s’imposent ici. Le paludisme résulte de la piqûre d’un moustique, l’anophèle, dont seules piquent les femelles, frayant le passage à un petit parasite, Plasmodium falciparum, qui gagne rapidement le foie afin de s’y multiplier. Ceci fait, il colonise les globules rouges qu’il finit par détruire, carençant par-là gravement l’individu infecté.
  4. Barbara Simonsohn, L’armoise, p. 72.

© Books of Dante – 2021

Crédit photo : Salicyna (wikimedia commons).

8 réflexions sur “L’armoise annuelle (Artemisia annua)

  1. Bonjour,
    L alcoolature est elle aussi efficace que la tisane.? En tire t on tous les principes actifs?quand vous dîtes qu après la tisane on peut encore en tirer d’autres principes actifs, il vaut mieux les soutirer à vec la tisane et alcoolature, ou uniquement une teinture suffit,avec un haut degré d alcool?

    Qu elle pourrait être sa posologie?
    Merci
    Magali

    J’aime

    • Bonjour,
      L’alcoolature permet l’extraction de principes actifs que la tisane ne permet pas et inversement. Autant dire qu’elles se complètent bien l’une l’autre.
      L’on peut donc procéder par la méthode de la tisane, puis récupérer les feuilles utilisées pour ce faire : comme ces feuilles n’ont pas livré la totalité de leurs principes lors de l’infusion, on peut les faire macérer dans l’alcool afin de n’en pas perdre une miette, tant est précieuse et assez rare cette plante dans nos contrée. Quant à la posologie de la teinture, c’est très variable : pour cela, il faut considérer que le produit obtenu n’est pas standardisé;dépendant essentiellement de la quantité d’alcool, de la qualité de l’armoise annuelle employée, de la durée de macération, etc. Certains prétendent que 10 à 15 gouttes de cette teinture alcoolique trois fois par jour sont une bonne dose, d’autres font monter cette dose à la valeur d’une cuillère à soupe par jour. Si l’on souhaite tirer le meilleur parti de la teinture, mieux vaut s’adresser à un produit du commerce, c’est toujours plus sûr.
      Bonne journée à vous,
      Gilles

      J’aime

  2. bonjour , vos articles sont toujours passionnants enrichissants … mais alors au sujet de l’Armoise annuelle , chapeau bas
    rien ne manque , un régal à lire , des pistes à explorer
    bref merci

    Aimé par 1 personne

  3. Bonjour :)
    D’abord merci pour cet article vraiment intéressant et complet sur Artemisia annua :)
    Comme beaucoup, je trouve l’infusion de cette plante très amère et ça malgré divers essais (plante fraîche, plante séchée, temps d’infusion, etc.)
    J’ai alors eu l’idée d’en mettre un peu dans mon café: je prépare celui-ci à l’ancienne, filtre à café sur thermos, en versant l’eau chaude sur le café. Du coup la plante n’infuse pas vraiment, mais on sent bien le goût de l’artemise venant aromatiser celui du café, que je bois noir et sans ajout sucrant. Et j’avoue que ce n’est pas déplaisant du tout!
    Que pensez-vous de ça?
    Cela ne sera sûrement pas aussi intéressant pour les propriétés de la plante qu’une vraie infusion, mais pensez-vous qu’on puisse quand même bénéficier de certaines?
    Merci d’avance pour vos réponses :)

    Aimé par 1 personne

    • Bonjour,

      Avant de faire un café digne de ce nom, l’être humain a tâtonné pendant un bon moment. Il l’a moulu puis infusé, il en a fait des décoctions, etc. sans que tout cela ne satisfasse son goût élémentaire. Puis il a imaginé la méthode de la lixiviation, c’est-à-dire celle que vous décrivez. Autrement dit, l’eau passe à travers une substance végétale sans s’y attarder. De l’amertume du résultat final (qui peut aussi concerner un café trop corsé!), plusieurs facteurs en dépendent : la proportion d’eau par rapport à la quantité d’armoise, ajouter l’eau petit à petit ou non, etc. Tout cela confère une identité propre au lixiviat que l’on obtient finalement. Ce mode d’emploi permet bien de profiter des bienfait de la plante, mais vous dire dans quelle mesure précise, je n’en sais rien. Il faudrait que des expériences de laboratoire viennent vérifier cela. En attendant, j’aurais tendance à penser que ce mode d’emploi n’entraîne pas autant de principes actifs que l’infusion. Aussi, dans ce cas, il ne me semble pas impossible de réutiliser une ou deux fois l’armoise annuelle employée en premier lieu (histoire de bien l’épuiser si je puis dire).
      Beau dimanche à vous,
      Gilles

      J’aime

  4. Merci pour vos conseils pour l’utilisation de l’artemesia annua en tisane et récupérer après filtrage pour un macérât à l’alcool!!!
    J’ai vraiment envie de la reconnaître et la différencier de l’artemesia vulgaris!
    J’ai eu de l’artemesia vulgaris en homéopathie
    Quelles sont les indications thérapeutiques ?
    Cdlt

    Lepinaux Antoinette

    Aimé par 1 personne

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