La petite inule (Inula graveolens)

Crédit photo : Roberto Dessi (wikimedia commons).

Synonymes : inule odorante, herbe aux mouches.

Les pathologies respiratoires, cutanées et immunitaires liées intimement à un dysfonctionnement du méridien du Poumon, on les connaît. Grâce à l’huile essentielle de petite inule, on peut les endiguer, en particulier les premières, en exagérant par exemple la sécrétion de mucus par les cellules chargées de cette mission. Pourquoi ? Afin d’y piéger les particules étrangères et les corps pathogènes, tandis que les cellules ciliées permettent l’évacuation au dehors des poumons de ce bouillon de culture.

En médecine traditionnelle chinoise, le méridien du Poumon est régi par l’élément Métal. C’est un élément auquel sont liés le nez comme organe, la peau comme tissu organique, Vénus comme planète et le cuivre comme métal. Le Métal, c’est l’armure, la côte de mailles, autant de protections parfois bien utiles contre les agressions, réelles ou supposées, en provenance de l’extérieur : les virus et les bactéries sont de celles-là. C’est pourquoi l’élément Métal, par le biais du méridien du Poumon, est censé entrer en action lorsqu’il est impératif de gérer d’éventuelles intrusions, ce en quoi le seconde l’autre méridien Métal, celui du Gros intestin duquel dépend la bonne marche du système immunitaire, espèce de dragon, féroce gardien qui protège notre temple intérieur, ne tolérant que les énergies vitales contrôlées et transsubstantiées. Qu’imaginez-vous qu’il se produira si telle ou telle puissance soporeuse venait l’endormir ? Qui surveillerait correctement la porte d’entrée en interdisant l’accès à l’enceinte sacrée aux forces impures et maléfiques ? Le Poumon, entre autres, dont les forces sont le flegme et l’intégrité, et les faiblesses la tristesse et l’arrogance. Mais pourquoi donc le méridien du Poumon s’affaiblirait-il si le système immunitaire joue correctement son rôle ? Eh bien, parce qu’aux rangs des agents malfaisants, on n’y trouve pas que des microbes. Si l’on sait que le poumon est une porte qui ne saurait laisser entrer tout et n’importe quoi, il appert cependant que d’autres types d’agressions peuvent venir chambouler l’impavide et monumentale quiétude intérieure de chacun de nous. L’action combinée des cellules à mucus et des cellules ciliées a pour but de protéger les alvéoles pulmonaires, puisque les intrus, ainsi faits prisonniers, ne peuvent plus parcourir les bronchioles qui y conduisent. C’était moins une ! Mais il est inutile de s’inquiéter outre mesure puisque les indésirables ont été reconduits aux frontières d’un monde dans lequel ils n’auraient jamais dû pénétrer, puisque beaucoup d’entre eux y ont laissé la vie. Pourtant, s’ils sont auparavant parvenus jusqu’à cette barrière muqueuse, ultime bastion mis en place in extremis, il faut tout de même s’interroger : comment se fait-il que des agents pathogènes aient pu pénétrer si avant au sein de notre intimité ? Des barrières qui d’habitude fonctionnent ne se sont pas actionnées parce qu’elles en ont été empêchées. Nous avons, malgré nous, préparer le terrain à la défaite. Quels sont les vécus et les situations psychiques et émotionnelles que nous avons endurés et auxquels nous n’avons pas porté toute l’attention qu’ils méritaient ? Quelles sont, d’ailleurs, les circonstances à même d’endommager le bon fonctionnement du méridien du Poumon, au point de ne plus pouvoir lui laisser correctement jouer le rôle de sas ? En voici quelques-unes, les principales :

  • Éprouver des difficultés à se protéger du monde extérieur par incapacité à poser ses limites face aux tentatives d’intrusion (physique ou symbolique) de son territoire personnel, ce qui peut se traduire par des situations où l’on se fait marcher sur les pieds, incapable de résister à l’ingérence et à la tendance envahissante d’un importun.
  • Se sentir dès lors incapable de défendre la place que l’on occupe, d’assurer à la surface vitale sa taille nécessaire, subir l’infestation de son habitation, qu’elle soit sa propre maison ou bien son corps, qui n’est autre qu’une maison ambulante.
  • La persistance des troubles précédents peut mener au découragement, au renoncement, à l’abandon de toute velléité de volonté, et tout cela par manque de « souffle » dont le méridien du Poumon est le maître.

Voici donc ce qui peut confiner à la tristesse et au chagrin, au repliement sur soi. Que faut-il donc faire pour échapper à une telle situation ? Mercure, maître de la porte du souffle, c’est-à-dire du chakra de la gorge, peut ainsi agir : comme nous l’avons écrit la semaine dernière, il enlève la belle Hélène pour la placer à l’isolement sur une île déserte : afin qu’elle ne soit pas infectée par le « virus » Pâris, Hermès lui impose la stérilité de l’île, parce qu’elle « serait le refuge, où la conscience et la volonté s’unissent, pour échapper aux assauts de l’inconscient »1. Ainsi fait-il afin de permettre à Hélène de « séparer des choses pour ne plus se confondre avec elles et prendre des distances avec soi-même »2. Il est difficile d’accorder au dieu du mystère et de l’hermétisme une juste raison d’avoir agi comme il l’a fait, d’autant plus qu’Hélène n’a pas été que l’objet de la seule convoitise de Pâris !… Cependant, il est clair que le processus mercurien cherche avant tout à nous « détourner des séductions de l’enténébrante subjectivité […]. Face à la double pression des pulsions intérieures et des sollicitations extérieures, il est le meilleur agent d’adaptation à la vie »3. Passage obligatoire bien nécessaire si l’on ne souhaite pas que continuent de couler les larmes, celles-là même à l’origine de la naissance de l’inule, « redoutable guerrière au sabre tranchant, guérisseuse aux vertus sans pareilles. Inule campane, purgatoire des plaies trop brutales, vulnéraire des âmes endeuillées »4 fait cesser la souffrance qui harcèle la respiration, et fait retrouver à l’homme son souffle.

Autrefois, l’on pensait que, pendue au cou, la fleur d’inule protégeait des ensorcellements : l’on ne croyait pas si bien dire ! En effet, « pendue au cou », cela signifie que la fleur vient se placer juste au-dessus d’un chakra avec lequel l’inule entretient plus qu’une affinité, en sus de Vishuddha : il s’agit bien évidemment d’Anahata, le chakra du cœur. A la manière de l’ambre, la petite inule en sympathie avec le cœur permet de libérer les émotions bloquées, de retrouver la joie, tout en apaisant l’émoi du cœur en instaurant une sensation de cocooning ayant pour effet d’amender le cœur de la froideur dans laquelle il se trouve depuis trop longtemps plongé. En le réchauffant doucement au souffle parfumé de l’haleine d’Hélène, l’inule fait « surgir le courage moral et vient en aide à ceux qui ont peur de reconnaître leurs capacités » et à se faire, à nouveau, confiance. L’inule, malgré la couleur verte, le cuivre et la planète Vénus, ça n’est pas tant fleur d’Aphrodite, mais l’amour et la beauté d’une Bona Dea envisagée dans une dimension tout ce qu’il y a de plus cordial, distillées sans arrière-pensée.

L’inule odorante s’apparente fort à la grande aunée, qu’elle imite par sa robustesse mais en un plus petit modèle, puisque cette inule n’atteint guère qu’1,50 m de hauteur. De sa racine se dégage un fort parfum aromatique et balsamique (on peut faire de cette partie souterraine les mêmes usages qu’avec Inula helenium). Le long d’une tige solide, nous voyons, de bas en haut, plusieurs étages foliaires : d’un point de vue radical, les feuilles grandes et ovales, sont un peu obtuses et rétrécies en pétiole comme celles de la grande aunée. Plus haut, les supérieures, ovales et lancéolées, sont aussi amplexicaules, enserrant la tige pour n’en pas tomber, penserait-on… L’ensemble du feuillage de la petite inule, de couleur vert pâle, est rugueux sur les faces supérieures, vert-de-gris et couvert de poils blanchâtres au revers. Quant à la floraison, brève et intense en fin d’été, elle s’exprime au travers de capitules tout semblables à ceux de la grande aunée : fleurons centraux jaune d’or et fines fleurs ligulées périphériques forment de petits soleils.

Hôte des sols pauvres du midi de l’Europe (péninsules ibérique et balkanique, Italie, territoires de l’ex Yougoslavie) et du nord de l’Afrique (Maroc, Algérie et Tunisie), la petite inule se croise aussi en Provence et en Corse. Elle se plaît sur des terrains vagues où elle passe inaperçue, en bordure de chemin où l’on ne prête pas attention à elle…

L’inule odorante en aromathérapie

Son aire de répartition (sud de l’Europe, nord de l’Afrique), la faiblesse du rendement en huile essentielle et la cherté de cette dernière (dans le commerce de détail, il faut compter 40 € les 5 ml en moyenne), expliquent le rôle très périphérique de l’huile essentielle d’inule odorante en aromathérapie, à l’instar de quelques autres comme celles de tanaisie bleue ou encore d’achillée millefeuille.

Le classique procédé de distillation à la vapeur d’eau basse pression ne permet guère que d’extraire une fraction aromatique qui n’excède pas 0,10 % la plupart du temps. Cela signifie qu’une tonne de plante fraîche est nécessaire pour produire un tout petit kilogramme d’huile essentielle de petite inule ! A la sortie de l’alambic, un liquide limpide et mobile de couleur vert pâle, vert jaunâtre voire jaune orangé surnage à la surface de l’hydrolat. On peut lire ici ou là que l’huile essentielle d’inule odorante peut arborer une magnifique couleur émeraude. Si la vôtre ne l’est pas, inutile de crier au scandale et/ou à la fraude, non seulement parce que je crois que cette caractéristique ne concerne que l’huile essentielle de grande aunée et que tout cela m’a l’air d’être pas moins qu’une arlésienne : en effet, on explique que cette couleur proviendrait du fait de distiller l’inule dans un alambic en cuivre. Une réaction chimique particulière serait à l’origine de cette colorisation. Mais, aujourd’hui, qui donc distille dans ces vieux alambics en cuivre, qui plus est de l’inule odorante ?

Assez lourde, l’huile essentielle de petite inule possède une densité égale à 0,97. Son odeur aromatique passe pour un peu résineuse, fraîche et herbacée, douce et crémeuse, avec, toujours, ce petit quelque chose « camphré », tout comme avec sa cousine grande aunée. Sauf que, bien entendu, de camphre, elle n’en contient pas : aucune trace de bornéone dans cette huile essentielle (ou bien dans des proportions si insignifiantes – 0,15 % – que cela ne vaut même pas la peine de s’y attarder). En revanche, l’on y voit du bornéol et son estérification, l’acétate de bornyle, comme l’exposent les données chiffrées suivantes :

  • Esters : 55 % dont acétate de bornyle (49 %)
  • Monoterpénols : 26 % dont bornéol (20 %)
  • Monoterpènes : 8 % dont camphène (6 %), limonène (2 %)
  • Sesquiterpénols : 7,50 % dont T-cadinol (6 %)
  • Sesquiterpènes : 4 % dont β-caryophyllène (2 %)

Il est rarissime de constater de si fortes proportions de bornéol et d’acétate de bornyle dans la même huile essentielle. Souvent, on trouve soit l’un, soit l’autre, comme on peut le voir ci après :

  • Acétate de bornyle : sapin de Sibérie, épicéa, pin sylvestre, épinette noire, mélèze, romarin officinal, grande camomille, thym à feuilles de sarriette
  • Bornéol : tanaisie bleue, grande tanaisie, achillée millefeuille, grande camomille, serpolet, thym à feuille de sarriette

Une première plante les contient tous les deux, c’est la grande camomille (Tanacetum parthenium), mais pas dans les proportions que propose l’huile essentielle de petite inule (49 % et 20 % !). L’autre plante commune à ces deux listes, c’est le thym à feuilles de sarriette (Thymus satureoides), alias thym à bornéol pour la simple et bonne raison qu’on l’y trouve jusqu’à hauteur de 45 % (pour seulement 2 % d’acétate de bornyle). Cela ne signifie pas que l’on peut substituer à loisir l’une pour l’autre, mais cela me fait tiquer en raison de ce qu’on disait dans l’Antiquité à propos de l’inule : on lui avait donné le nom d’helenium/helenion, de même qu’à une sorte de thym, plante qui, sous le rapport botanique, n’a pas de relation directe avec la petite inule bien entendu. Pourtant, il y a 2000 ans environ, on a accordé à une astéracée et à une lamiacée que l’on réunit aujourd’hui pour des motifs biochimiques, le même nom, helenion. Sans doute qu’à l’époque, il fut accordé à cette inule et à ce thym parce qu’on leur avait constatés quelque chose de commun, bien qu’on puisse se demander quoi.

Propriétés thérapeutiques

  • Anti-infectieuse : antibactérienne, antivirale, antifongique
  • Immunomodulante, stimulante des cortico-surrénales
  • Expectorante très puissante, mucolytique, anticatarrhale, antitussive, décongestionnante des voies respiratoires
  • Digestive, cholérétique, cholagogue
  • Régulatrice et tonique cardiaque, hypotensive
  • Anti-inflammatoire
  • Antispasmodique
  • Antalgique
  • Sédative nerveuse, apaisante, rééquilibrante et harmonisante psychique, neurotonique, antidépressive

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère pulmonaire + ORL : bronchite, bronchite chronique, bronchiolite du nourrisson, rhume, rhinite, toux (grasse, quinteuse, spasmodique), asthme, laryngite, emphysème pulmonaire, trachéite, sinusite, otite, refroidissement, mucoviscidose
  • Troubles de la sphère cardiovasculaire : hypertension, fatigue et perturbation du rythme cardiaque, arythmie, tachycardie, extrasystole, palpitations
  • Troubles hépatopancréatiques
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : inappétence, digestion lente, insuffisance biliaire, colite infectieuse
  • Troubles de la sphère génito-urinaire : vaginite, leucorrhée, cystite
  • Affections cutanées : acné, soins de la peau
  • Lombalgie

Modes d’emploi

  • Voie orale.
  • Voie cutanée (en massage et friction).
  • Voie rectale.
  • Inhalation, olfactions.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Huile essentielle inadaptée durant la grossesse, du moins lors des trois premiers mois. De même, la période d’allaitement n’est pas compatible avec l’absorption de cette huile essentielle.
  • D’un strict point de vue cutané, l’huile essentielle de petite inule est capable d’occasionner un phénomène allergique (typique chez les Astéracées). Par ailleurs, cette huile essentielle cause spécifiquement, lorsqu’elle n’est pas absorbée à justes doses, une crise d’élimination appelée choc à l’inule, se traduisant, lors de la remédiation d’une infection respiratoire, par une expectoration et un écoulement surabondants. A la manière de la réaction de Jarisch-Herxheimer, le choc à l’inule n’est pas grave en soi : par l’accroissement temporaire des symptômes, il reflète la bonne marche des opérations de guérison, ainsi que l’efficacité du produit utilisé pour lutter contre l’infection en question.

_______________

  1. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 520.
  2. Ibidem, p. 624.
  3. Ibidem.
  4. Michel Odoul & Elske Miles, La phyto-énergétique, p. 160.

© Books of Dante – 2021

Crédit photo : Leo Giordanengo (wikimedia commons).

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