L’acore calame (Acorus calamus)

Crédit photo : Christian Fischer (wikimedia commons).

Synonymes : roseau aromatique, canne aromatique, calame aromatique, roseau odorant, jonc odorant, lis des marais, galanga des marais, acore vrai, belle angélique, sweet flag, myrtle flag.

A lire cette hypnotique liste de surnoms alternatifs, l’on peut se surprendre à poser la question suivante : l’acore calame est-elle roseau, jonc ou galanga ? Il est aussi difficile de répondre à cette question que de déterminer si l’akoron/acorus des Anciens est bien l’exact synonyme du kalamos/calamus pour lesquels on s’entend généralement sur le sens : celui générique de « roseau ». Étant tout à la fois plante du Soleil et de la Lune, cela nous empêtre un peu plus tout en soulignant davantage la versatilité de cette créature que n’aurait pas renié le dieu Protée, tant elle se montre, ici ou là, sous les aspects les plus divers. La morphologie, ou science de la forme, a clairement identifié les caractéristiques botaniques de l’acore calame qu’on peine parfois à deviner dans les textes où le risque n’est pas rare de débusquer, derrière le premier kalamos rencontré au détour d’une page, un roseau, un jonc ou un galanga.

Donc, pour en revenir à nos moutons, l’acore calame est-il roseau, jonc ou galanga ? Un peu des trois. Par exemple, du galanga il possède les fortes racines souterraines qu’il est plus convenable d’appeler rhizome, c’est-à-dire des tiges souterraines. (Sous terre, elles sont horizontales, au-dessus verticales. N’est-ce point là une autre étrangeté ?) Avec le jonc, il partage la verdeur et l’opiniâtreté. Enfin, semblable au roseau, l’acore s’épanouit par touffes denses auprès des lieux humides. Mais ces atomes crochus ne sauraient faire oublier des dissemblances bien marquées : le rhizome de l’acore n’égale en rien, par sa saveur et son parfum, celui du galanga. Contrairement au roseau, dont les tiges sont de section cylindrique, celles de l’acore sont triangulaires. Quant au jonc, il a plus à voir avec le papyrus qu’avec l’acore. Nous découvrirons de quelle manière les racines des uns et des autres se sont entremêlées au fil des siècles, au point qu’on ne sait plus tout à fait quoi appartient à qui.

Si l’on sait aujourd’hui que l’acore calame est originaire d’Asie méridionale, cela explique qu’il ait été employé en premier lieu comme plante médicinale au Japon, en Chine ainsi qu’en Inde depuis des temps fort reculés. Présent en France depuis au moins quatre siècles, il se rencontre tout de même assez peu fréquemment, au point qu’on a été dans l’obligation de le protéger. Tout au plus le trouve-t-on à l’est (Alsace, Vosges) et à l’ouest (Bretagne), où il fréquente la plupart des lieux humides d’eau douce (roselières des lacs et des étangs, bordures de marais). Il fait de même au centre et au nord de l’Europe, ainsi qu’en Amérique septentrionale. Bien que l’on connaisse son berceau originel et ses divers points de chute de par le monde, il est notable qu’avant le XVIe siècle, on ignore tout ou presque de ses pérégrinations. Le premier Européen à prendre connaissance de l’existence de l’acore calame est Matthiole : il reçoit en 1557, alors qu’il se trouve à Prague, des fragments d’acore que lui fait parvenir un ambassadeur basé à Constantinople. A cette époque, il est fort possible que l’acore ait été présent dans cette zone géographique proche de l’Anatolie (ou Asie mineure), et peut-être même auparavant, puisque l’acore est connu comme produit d’importation par les Égyptiens de l’Antiquité. Ils le considéraient comme substance aphrodisiaque, de même que les populations peuplant les actuels territoires de l’Arabie et de l’Iran. Que nous disent les sources antiques ? Que l’acore se rencontre dans un papyrus médical égyptien (dit papyrus Chester Beatty) daté du XIIe siècle avant J.-C. Y figurent quelques annotations concernant les vertus de l’acore calame, dont on peut imaginer qu’il est le même végétal que celui que présente le papyrus Ebers un peu plus ancien sous le nom de « roseau sacré ». Mais on peut envisager une possible confusion résidant dans le fait qu’en grec kalamos signifie « roseau ». De là, on serait passé au calame puis à l’acore. Cet énigmatique « roseau sacré » dessine des contours tout aussi flous dans certains passages bibliques, en particulier celui dans lequel l’Éternel demande à Moïse de confectionner un baume sacré composé de myrrhe, de cannelle et de « canne odorante » (Exode XXX, 23), libellée à l’identique dans le Cantique des cantiques et possédant en commun avec l’acore calame une fragrance agréable, jugée suffisamment telle pour participer à l’élaboration de préparations parfumées comme le kyphi en Égypte ou celui dont parle Pline dans l’Histoire naturelle : le naturaliste romain me semble évoquer cette plante qu’avait déjà signalée Théophraste en son temps, plante odorante par ses feuilles et ses racines que l’on importait d’Inde en Grèce et pour laquelle Dioscoride écrivit qu’« elle se met dans les parfums qui se font pour flairer bonne odeur », puisque l’acore, tout semblable aux « vrais » roseaux, dégage une odeur agréable dont la parfumerie antique a largement usé en raison de sa fragrance soutenue qui permet de compenser le fait que les parfums que l’on élaborait à cette époque se corrompaient très vite à cause du rancissement de l’huile que l’on employait pour extraire les actifs odoriférants des plantes utilisées, à l’image de cette composition courante qu’était le parfum à la rose, contenant safran, miel, sel fin, orcanette, cinabre, vin, omphacium (une huile d’olives vertes) et pour finir de l’acore. Il en allait de même lorsque ces produits entraient en contact avec la peau, ou bien lorsqu’ils étaient exposés exagérément à la lumière du soleil ou à sa chaleur, à la façon des huiles essentielles, substances extrêmement fragiles.

Tout cela ne pourrait nous faire oublier que durant l’Antiquité l’acore est aussi une plante médicinale, utilisée comme diurétique (dans l’hydropisie et les maladies vésico-rénales), emménagogue, anti-inflammatoire, cicatrisante, remédiant tout autant à la toux, aux troubles oculaires qu’aux morsures de serpent, portrait thérapeutique ébauchant en quelques traits cette plante qu’on déclarera tant miraculeuse qu’on en falsifiera le rhizome avec celui de l’iris ! Sa présence dans de nombreuses préparations, désuètes pour la plupart, mais très connues encore pour certaines d’entre elles, lui ont presque fait mériter la qualité de panacée. Qu’on en juge tout d’abord par le trio orviétan/thériaque/mithridate. A cela, ajoutons-y l’opiat de Salomon, la poudre de violette, le cérat d’iris, le sirop de polypode, l’hiera picra (= « les saintes [substances] amères »), la poudre panchymagogue, apte – comme son nom l’indique – à purger toutes les humeurs et dont l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert libellait ainsi la recette au XVIIIe siècle : « Prenez pulpe sèche de coloquinte séparée et mondée des semences, une once et demie ; feuilles de séné mondé, d’hellébore noir, de chacun deux onces ; agaric, une once : pilez-les ensemble, ajoutez-y eau de pluie, quantité suffisante ; faites-les macérer pendant deux jours ; passez-les après les avoir fait bouillir légèrement ; exprimez le marc ; décantez cette décoction après qu’elle sera reposée ; évaporez-la ensuite au bain-marie, à consistance d’extrait : ajoutez-y résine de scammonée d’Alep, une once ; extrait d’aloès, deux onces ; diarrhodon, une once ; épaississez le tout au bain-marie à consistance d’extrait. Ce remède est un excellent hydragogue. La dose sera d’un scrupule jusqu’à deux et plus, selon les cas et les circonstances. Ce remède est violent, il demande extrêmement de prudence »1. Remarquez tout de même qu’il n’y figure plus d’acore au contraire de la recette qu’en donna Nicolas Lémery dans le Traité universel des drogues simples (1698) et pour laquelle il est préférable de choisir « l’acore nouveau, bien nourri, mondé de ses filaments, difficile à rompre, d’un goût âcre, accompagné d’une amertume assez agréable, d’une odeur suave et fort aromatique »2.

Revenons-en à l’Égypte et à son fleuve sacré, afin d’en fouiller les berges fertiles. Si, comme nous l’avons déjà dit, il n’est pas du tout certain que le delta du Nil ait abrité l’acore, une chose fort curieuse est apparue au pays du papyrus, plante aquatique ayant pratiquement disparu. Si l’on connaît mieux ce que l’on nomme papyrus, c’est-à-dire un papier ancestral fabriqué à base des fibres de la plante du même nom, il se trouve que ce papier recevait des traces écrites grâce à un instrument que l’on appelle calame, ancêtre du stylo et fonctionnant à la manière d’une plume : taillé dans un « roseau », il est biseauté à l’une de ses extrémités. L’acore – du moins les plantes dont on usait pour confectionner ces calames – était donc une plante sacrée pour les Égyptiens de l’Antiquité. Deux techniques étaient d’usage courant : le calame humide et le calame sec. Dans le premier cas, on trempe la pointe de l’outil dans l’encre, que l’on reporte ensuite sur le support. Dans l’autre, on imprime des marques en forme de clou (ce qui est à l’origine de l’écriture dite cunéiforme) dans une tablette d’argile fraîche. Par la dureté masculine de la plume ou du calame entrant en contact avec la tendreté féminine de la page ou de l’argile vierge, que l’on va ensemencer de signes magiques, l’on donne un sens, en lui accordant une forme, à la materia prima qui, grâce au qalam, création de lumière avant toute chose, va permettre la manifestation du Verbe, émergeant, à la manière de l’acore, des eaux primordiales et prenant pied dans le limon riche d’argile des berges qui l’accueillent.

Le roseau et le papyrus étaient vénérés au nom des différents dieux auxquels ils ont donné naissance. Quand l’on connaît le dieu Khnoum3, on saisit mieux le pouvoir symbolique du roseau issu des eaux limoneuses qui, taillé et donc domestiqué, devient calame gravant cette même argile afin que, du secret, l’on transite vers la révélation, que du non-manifesté l’on se dirige vers le révélé. C’est pour cela que l’on dit de l’acore calame qu’il est capable de dévoiler des choses tenues secrètes et de les exprimer matériellement afin de les rendre intelligibles.

Est-ce alors tout à fait un hasard si le mot qanah (dérivé de l’hébreu kaneh, « canne »), puissant mot de pouvoir, permet d’obtenir, d’acquérir, de posséder, de créer la connaissance ? Cela ne peut-il pas se rattacher au mot sanskrit par lequel on désigne l’acore calame en Inde, à savoir vacha, qui possède le sens de « parole » ? Le calame ne facilite-t-il pas l’expression de la conscience supérieure et éveillée ? Sa relation au chakra laryngé Vishuddha peut alors difficilement être révoquée en doute, de même que celle le liant à Ajna, le troisième œil soutenant l’attention. On pourrait aussi sans peine associer l’acore calame à d’autres chakras, ceux du cœur et du plexus solaire, tant il équilibre les émotions, confinant à l’acceptation et à la paix, ce qui ne contrevient pas à l’usage qu’en faisaient les yogis et les maîtres de l’Ayurvéda : cette plante régénérante pour le cerveau et le système nerveux augmente la capacité mémorielle et intellectuelle. On comprend mieux le sens de sa présence lors d’une séance de méditation au cours de laquelle il favorise l’introspection.

Comme l’iris, l’acore est pourvu d’un épais rhizome ramifié qui forme une souche robuste, allongée et traçante, de couleur brun verdâtre à jaunâtre, davantage blanchâtre à l’intérieur, adoptant une texture fibreuse et spongieuse. Vivace, l’acore forme des groupements coloniaires drus de tiges cannelées d’un côté, striées de l’autre, enserrées par de longues feuilles ensiformes larges de 15 à 20 mm, habituellement longues de plus d’un mètre (jusqu’à 150 cm), engainantes et rougeâtres à la base, ce qui permet de distinguer l’espèce des autres plantes aquatiques similaires. Quant à ses inflorescences, elles ne se situent pas à l’extrémité des tiges comme on peut le voir chez les massettes (Typha sp.) par exemple, mais au milieu : prenant l’allure d’un spadice, elles sont surmontées d’une spathe, c’est-à-dire d’une bractée protectrice. C’est ceci qui a valu à l’acore d’être rangé dans le clan des Aracées, la famille des arums. Cette floraison, qui s’étale de mai en août, se constitue de petites fleurs hermaphrodites à six divisions de couleur jaune verdâtre.

Fécond en Inde, l’acore demeure stérile en Europe, ce qui montre bien que cette plante a été transposée et qu’elle s’est naturalisée en bordure des cours d’eau et disséminée le long des fossés, mais jamais à plus de 1100 m d’altitude. Moins souvent spontané, il reste avant tout cultivé sous nos latitudes.

L’acore calame en phyto-aromathérapie

La transformation de l’odeur de l’acore calame frais à son équivalent sec est de même nature que le parfum de son huile essentielle humée directement au flacon et ce qu’elle peut dégager une fois appliquée sur la peau et massée circulairement du bout des doigts : dans les deux cas, la différence est flagrante. Ainsi, le rhizome frais de l’acore calame possède-t-il quelque chose de suffisamment fort et pénétrant pour être quelque peu agréable (sous la forme d’huile essentielle, on a affaire à un produit au parfum assez lourd, âcre et aqueux qui n’est effectivement pas des plus exquis), alors que sa dessiccation opère une modification lui accordant une note balsamique, chaude et épicée beaucoup plus appréciable. Quant à la saveur de ce rhizome, elle est un peu âcre et amère, piquante et poivrée, et laisse en bouche une odeur qui lui est propre.

Ces caractéristiques olfacto-gustatives sont liées à une essence aromatique plus ou moins abondante dans ce rhizome (1 à 8 %), que l’on extirpe à l’aide de la distillation par entraînement à la vapeur d’eau. Cette étape permet la production d’une huile essentielle dont l’expérience a démontré l’inégale composition biochimique selon la provenance de la plante distillée. En gros, on distingue généralement deux chémotypes chez lesquels une vingtaine de molécules constitue 75 à 99 % du totum. L’on discerne tout d’abord un chémotype à β-asarone, cétone monoterpénique, de provenance asiatique (Inde, Népal), et un autre, américain, dont la molécule chémotypique se trouve être un sesquiterpène, le shyobunone. Chacun d’eux est de nature complexe et, malgré le fait qu’ils soient l’un et l’autre issus de la même plante, ils diffèrent en tout (propriétés, usages, contre-indications…). La variété américaine n’est pas ce qu’il y a de plus courant par chez nous, où l’on trouve bien plus fréquemment le chémotype asiatique, parfaitement inemployable en aromathérapie traditionnelle, compte tenu de la forte proportion de β-asarone qu’il contient, c’est-à-dire 86 % en moyenne (et jusqu’à 96,50 % au maximum !), qu’accompagne assez souvent cette autre cétone, l’α-asarone, dans des proportions moindres (7 %). Autant dire que, dans ces conditions, il est préférable de s’attarder sur le chémotype américain qui ne contient pas ou très peu de ces deux cétones qui confèrent à l’huile essentielle d’acore calame CT asarone un puissant pouvoir neurotoxique.

En conclusion, nous pouvons dire que nous ne pouvons pas utilement tirer partie du chémotype asiatique pourtant bel et bien présent dans certaines boutiques spécialisées, alors qu’il serait tout autrement souhaitable de se diriger vers l’autre, non toxique, mais non disponible également. D’après mes recherches, il existerait un troisième chémotype à la composition biochimique tout à fait différente, voyant le taux de β-asarone s’effondrer à 30 % environ, lequel est complété par un monoterpénol, le cis-β-terpinéol (23 %), du limonène (13 %) et de la carvone (6 %). Mais cette huile essentielle est-elle seulement commercialisée ? La seule sur laquelle on puisse jeter son dévolu facilement demeure donc l’huile essentielle CT asarone dont la consistance légèrement visqueuse est loin d’être inintéressante, de même que sa couleur jaune brunâtre, rappelant quelque peu un patchouli ou encore un nard de l’Himalaya. On l’emploiera avec bonheur en olfactothérapie.

En attendant de passer aux propriétés et usages, voici quelques données qui concernent la composition chimique globale du rhizome, qu’autrefois l’on utilisait dans son intégralité, sans courir le risque d’une toxicité marquante, la partie de l’essence aromatique problématique étant noyée dans la masse. Tout d’abord, nous trouvons du tanin et beaucoup d’amidon, mais aussi de la gomme, de la résine, du mucilage et des saponines. Au registre des substances portant des noms peu courants, nous avons l’acorine, glucoside extrêmement amer, un alcaloïde du nom de calamine, très amer également, des sucres (dextrine) et enfin des éléments essentiels comme la choline et des oligo-éléments (calcium, potassium, soufre, phosphore).

Propriétés thérapeutiques

  • Apéritif, digestif, carminatif, stomachique, anti-inflammatoire gastro-intestinal, antispasmodique intestinal, vermifuge (?)
  • Expectorant, anticatarrhal, pectoral
  • Diurétique et éliminateur de l’acide urique sanguin, dépuratif, diaphorétique, sudorifique, antihydropique, anti-inflammatoire rénal
  • Antirhumatismal, anti-arthritique, soulageant des contractions musculaires
  • Astringent, détersif, résolutif
  • Antiseptique, antibactérien, antifongique (β-asarone), larvicide (β-asarone actif sur les larves de moustique)
  • Stimulant des sécrétions des glandes cortico-surrénales, tonique, fortifiant
  • Emménagogue, aphrodisiaque (?)4
  • Tonique mental et nerveux, relaxant, boostant de la mémoire
  • Hémostatique, améliore la circulation sanguine et lymphatique
  • Fébrifuge plus ou moins prononcé
  • Tonique capillaire

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : inappétence, perte d’appétit, paresse stomacale, atonie digestive, digestion difficile, dyspepsie atonique, pyrosis, aigreur d’estomac, ulcère gastrique, crampe d’estomac, catarrhe stomacal, gastrite, entérite, entérocolite spasmodique, colique, aérophagie, ballonnement, nausée, vomissement, perte du goût (agueusie ?)
  • Troubles de la sphère respiratoire : bronchite, bronchite asthmatiforme, asthme, toux, enrouement, affections des cordes vocales, rhume, coup de froid, sinusite, excrétion de la sueur et de l’urine en cas de pneumonie et de grippe
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : cystite, congestion rénale, oligurie, anurie, dysurie, hydropisie, excrétion de la sueur et de l’urine en cas de néphrite
  • Troubles de la sphère gynécologique : règles insuffisantes, aménorrhée, dysménorrhée, douleurs utérines, hémorragie utérine passive
  • Troubles bucco-dentaires : douleur dentaire, maux de dent, gingivite, ramollissement gingival, saignement gingival
  • Troubles de la sphère cardiovasculaire et circulatoire : hypotension artérielle, palpitations, drainage lymphatique
  • Troubles locomoteurs : douleurs rhumatismales et arthritiques, crampe, névralgie, affections osseuses
  • Affections cutanées : maladies sèches de la peau, éruptions cutanées relatives à une faiblesse générale
  • Fièvre intermittente
  • Anémie, manque d’endurance
  • Épistaxis
  • Alopécie

Propriétés et usages psycho-émotionnels

Voici une recette d’une synergie aromatique que je trouve bien intéressante à utiliser par voie cutanée : 4 gouttes d’huile essentielle de patchouli, 4 gouttes d’huile essentielle de cannelle de Ceylan « écorce », 4 gouttes d’huile essentielle d’achillée millefeuille, 4 goutte d’huile essentielle de lavande fine, 4 gouttes d’essence de citron, 10 gouttes d’huile essentielle d’acore calame. Mêlez-les à 10 ml d’huile végétale de macadamia. « Cela aide à stimuler les fonctions cérébrales, soutenir l’expression de soi et la santé nerveuse globale. Ce massage aide également à promouvoir le sommeil paisible et à traiter l’insomnie ». Face à un tel bataillon, on pourrait être réduit à penser que l’huile essentielle d’acore calame, prise isolément, est beaucoup moins puissante qu’on pourrait l’imaginer. Or, à l’exposition de ce qui va suivre, ce n’est pas exactement l’idée que l’on peut s’en faire.

Activant les capacités de l’esprit en en améliorant le pouvoir, l’huile essentielle d’acore promeut la clarté et participe au maintien d’une concentration et d’une attention de longue durée. Permettant de s’extraire de l’inertie et de la torpeur mentales, cette huile essentielle favorise la recherche d’émancipation, plaçant l’esprit hors de la confusion et de l’ensemble des bouleversements psycho-émotionnels par lesquels on recule plus qu’on avance, c’est-à-dire les chocs et états de choc, la stupeur paralysante, la crise de nerfs et l’« hystérie », le stress et l’anxiété. Vivifiant l’énergie vitale, l’acore calame résorbe la dépression tout en favorisant la pensée positive, ce qui amène un profond sentiment de plénitude et de présence. Grâce à cette huile essentielle, la perte de la mémoire recule, l’on se réapproprie les émotions en s’ancrant sans courir le risque de s’embourber. Serge Hernicot écrit quelque chose de très pertinent sur ce point : « Sentiment qu’il va chercher quelque chose de profond et de caché qui aimerait sortir »5. La médecine ayurvédique emploie elle aussi l’acore calame comme remède dans certains troubles nerveux et cérébraux. Elle affirme que de la poudre d’acore mêlée à de l’huile de sésame permettrait de faire ressortir les émotions. A ce phénomène d’ouverture font suite des mouvements circulatoires : ainsi, l’acore calame active-t-il non seulement le Qi, mais aussi ce que les Chinois désignent comme vent et humidité, agissant encore sur les glaires et le sang.

Ajoutons encore qu’en médecine traditionnelle chinoise l’acore est dévolu aux méridiens du Foie, de la Rate et du Cœur, et qu’il rentre en résonance avec les éléments Feu (Cœur, Intestin grêle) et Métal (Poumon, Gros intestin).

Il n’est pas non plus inutile de signaler que des fumigations de poudre d’acore calame dans les lieux de vie sont très profitables, et que la protection des maisons peut être assurée par liaison des rhizomes aux portes et aux fenêtres.

Modes d’emploi

  • Infusion de rhizome séché.
  • Décoction de rhizome séché (compter 8 à 20 g par litre d’eau).
  • Poudre de rhizome séché : de 0,5 à 4 g maximum ; à incorporer à du miel.
  • Teinture-mère d’acore calame : produit sûr et pratique, c’est très certainement la meilleure manière d’user de cette plante par voie interne.
  • Infusion vineuse de poudre d’acore calame : il importe que cette poudre ne soit pas datée, elle doit donc être fraîchement pulvérisée avant l’emploi qu’on en veut faire. Il faut compter un volume de cette poudre pour dix de vin. Mélangez soigneusement le tout, fermez hermétiquement, puis abandonnez ce mélange à la macération à froid durant une huitaine de jours, après quoi filtrez minutieusement.
  • Alcoolature : une partie de rhizome découpé en morceaux à faire macérer dans cinq parties d’alcool.
  • Macération aqueuse de rhizome frais à froid : l’on peut se servir de l’eau qu’on en obtient en compresse.
  • Sirop de rhizome d’acore calame : à élaborer sur une base de décoction. Pour une part, lui ajouter une part de sucre, passez au feu, faites réduire ; embouteillez.
  • Poudre dentifrice (très efficace).

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Toxicité : on lit parfois qu’en interne comme en externe l’emploi de l’huile essentielle CT asarone est soumise à vigilance, mais mieux vaut ne conserver que l’unique et stricte utilisation de cette huile essentielle par voie cutanée, et encore dans des proportions si infimes qu’elles confinent à la subtilité. Il n’est donc pas utile d’envisager un usage même peu prolongé dans le temps pour des raisons curatives. Non seulement, elle est considérée comme neurotoxique (provoquant hallucinations, convulsions et autres désordres du même acabit ; les Amérindiens de la tribu canadienne des Cree exploitaient les propriétés hallucinogènes du rhizome de l’acore calame), elle est aussi génotoxique, carcinogène (elle accroît le développement des tumeurs malignes) et abortive. Elle reste donc, du fait, interdite à la femme enceinte et à celle qui allaite, ainsi qu’à l’enfant, bien évidemment. De toute façon, c’est une huile essentielle pour grandes personnes à n’user que dans certains cas dûment justifiés. Comme nous l’avons vu plus haut, il existe bien d’autres modes d’emploi conviant la plante entière, bien que dans ce cas-ci, il soit important de respecter une durée maximale de traitement d’un mois. Le rhizome frais de l’acore, si jamais il est absorbé à trop forte dose (4 g), est capable de provoquer nausée et parfois vomissements, étant émétique en cet état.
  • Autrefois, les feuilles broyées, séchées puis pulvérisées formaient un insectifuge très efficace contre les fourmis. De même, l’on éloignait les punaises des lits en les cernant de fragments de rhizome frais. De la même façon, on protégeait les peaux et les étoffes fragiles en y glissant cette racine dans les armoires et les lieux où on les entreposait.
  • Récolte : on peut ramasser les rhizomes deux fois l’an, en automne (septembre/octobre), puis au printemps (mars/avril). On les monde, on les brosse, puis on les lave soigneusement avant de les utiliser immédiatement ou bien de les dédier au séchage, objectif auquel on accède surtout après les avoir débités en tronçons que l’on enfile sur une cordelette destinée à être suspendue.
  • Plus que « racine » comestible, le rhizome d’acore, lorsqu’il est frais, peut être tout d’abord mâché ou placé dans une eau que l’on voit d’un œil suspect. C’est, du moins, ce à quoi se livraient les Tartares aux dires de Charles de l’Écluse. Mais il n’en reste pas moins qu’au nord de l’Europe le rhizome d’acore se voit être confit comme on le fait ailleurs de l’angélique, et peut remplacer par ses arômes la cannelle, le poivre et même le gingembre, comme cela se fit en Turquie ou en Pologne, pays qui vit, grâce à Ambrosien Vermöllen, la naissance de la goldwasser, francisée en eau-de-vie de Dantzig, vodka liquoreuse où l’on trouve des extraits d’acore entre autres, ainsi que des paillettes d’or en suspension, d’où le nom du breuvage. Moins prestigieuse, la liqueur de Raspail représente l’un des nombreux exemples de liqueurs de ménage post-prandiales qui pullulaient sur les tables au XIXe siècle, ainsi qu’au début du suivant. On trouve parfois cet aromate pour eau-de-vie qu’est l’acore dans la liqueur d’absinthe ou bien on l’invite « pour contrefaire du musc qui sera jugé aussi exquis que le naturel oriental »6, et jusqu’au muscat lui-même afin de le faire gagner en « liqueurosité », si jamais il lui en manque. Il parfuma même parfois la bière. Sachons, pour finir, que l’huile essentielle aromatise aussi certains produits cosmétiques, et se destine surtout comme matière première parfumée dans l’industrie de la parfumerie.
  • Autres espèces : en Europe, on parle surtout de l’acore calame, bien peu de l’acore gramineux (Acorus gramineus) et de l’herbe des berges (Acorus tatarinowii), auquel la médecine traditionnelle chinoise donne le nom de shi chang pu. Ce dernier n’a rien à envier à l’acore calame du point de vue de ses propriétés et usages thérapeutiques, comme le petit bréviaire va nous l’exposer ci-dessous : – Troubles de la sphère gastro-intestinale : perte d’appétit, indigestion, diarrhée, dysenterie, douleur stomacale, gastrite, gastro-entérite, gaz intestinaux, flatulence, nausée, vomissement. – Troubles de la sphère respiratoire : asthme, toux. – Troubles locomoteurs : rhumatisme, courbature, polyarthrite rhumatoïde. – Troubles du système nerveux : irritabilité, nervosité, insomnie, épilepsie, maladie d’Alzheimer, perte de mémoire, perte de connaissance. – Affections auriculaires : acouphènes, bourdonnements. – Affections cutanées : abcès, contusion, furoncle. – Accident vasculaire cérébral (?).

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  1. Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, Tome 11, pp. 811-812.
  2. Pierre Pomet, Histoire générale des drogues, p. 91.
  3. « Représenté avec un tête de bélier, le dieu créateur Khnoum était associé à la fertilité du sol et à la crue annuelle du Nil. Selon le récit égyptien de la Création, il aurait formé les humains à partir d’argile sur un tour de potier. Il symboliserait la source de la vie » (David Fontana, Le nouveau langage secret des symboles, p. 95).
  4. Voici ce que j’avais écrit à ce sujet il y a quelques années : « Attention ! Certains petits malins, eu égard à la forme priapique de l’inflorescence, indiquent l’acore comme aphrodisiaque. Selon eux, il est même recommandé de prendre de grandes doses afin de décupler les effets érectiles. Non, l’acore n’est pas du gingembre… A voir des signatures partout, on risquerait de faire n’importe quoi. » Si je ne rejette plus autant les soi-disant pouvoirs aphrodisiaques de l’acore, rien ne m’a permis de favorablement trancher en faveur de cette propriété aujourd’hui. Affaire à suivre, donc.
  5. Serge Hernicot, Les huiles essentielles énergétiques, p. 45.
  6. Petit Albert, p. 381.

© Books of Dante – 2021

Crédit photo : Salicyna (wikimedia commons).

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