La pivoine blanche (Paeonia lactiflora)

Crédit photo : Agnieszka Kwiecien – wikimedia commons

Synonymes : pivoine à fleurs de lait

En Chine, la pivoine est une plante sacrée, symbole de royauté, de noblesse, de richesse et d’honneur, en raison de son port majestueux et de sa couleur, laquelle peut varier du rouge pourpre au blanc, en passant par le rose.

La pivoine, en équivalence avec le chrysanthème japonais, célèbre avant tout la vie, c’est pourquoi l’on voit en elle un symbole d’immortalité. Meoutan, son nom chinois, contient le mot tan qui désigne une drogue aux vertus d’éternité.

Mais cette plante apparaît aussi dans un bien curieux conte d’origine japonaise, passionnelle histoire marquée par le sceau du karma, La lanterne pivoine ou Botan-Dōrō, dont voici le résumé :

« Un jour, le jeune samouraï Hagiwara Shinzaburo fit la connaissance d’O-Tsuyu, une jeune fille bien née. Dès lors, ils tombèrent entièrement amoureux l’un de l’autre. Mais les vicissitudes de l’existence éloignèrent les deux amants durablement. O-Tsuyu, se consumant de chagrin, finit par rendre l’âme, de même que sa fidèle servante O-Yoné. Pendant ce temps, Shinzaburo, longuement tombé malade, se remettait petit à petit, conservant en lui l’ardent espoir de retrouver au plus vite O-Tsuyu. Mais quelle ne fut pas sa douleur – poignante – quand il apprit son décès !

Une nuit durant, deux jeunes femmes, dont l’une tenait une lanterne pivoine à la main, s’approchèrent de la demeure du samouraï, qui n’en revint pas de la surprise qui lui étreignit le cœur puisque O-Tsuyu et sa servante se tenaient devant lui ! Ainsi, les deux amants purent tranquillement tisser leur romance d’amour, jusqu’à ce qu’un domestique jetât un œil à tout cela de plus près. Horriblement, il découvrit que son maître convolait avec un cadavre, que cette femme que croyait tenir entre ses bras Shinzaburo, n’en était plus une, rendue à l’état de squelette décharné. Il fut bien difficile de prouver l’évidence à Shinzaburo, mais celui-ci, finalement convaincu, fit mettre en place des protections sur sa maison, passa une amulette au cou, afin de bloquer l’accès aux deux fantômes. Mais ils n’eurent de cesse de venir harceler le domestique qui, prenant peur, s’exécuta : il fit donc tomber les protections de la maison, subtilisa à Shinzaburo son talisman. Sans obstacle, les fantômes pénétrèrent dans la demeure de Shinzaburo, dans laquelle, le lendemain, le domestique découvrit le corps de son maître gisant auprès du squelette d’une femme qui enserrait étroitement le cou du jeune samouraï. »

Traditionnellement, l’on dit que la pivoine rend les femmes aussi radieuses que cette fleur elle-même. Cette lanterne pivoine a-t-elle comme vertu de faire passer un cadavre en décomposition pour la plus belle des femmes ? En ce sens, on peut affirmer que la pivoine est bel et bien une fleur d’immortalité.

Aujourd’hui, sous nos latitudes, elle demeure immanquablement et étrangement associée à la honte, à travers l’expression « rouge comme une pivoine ».

Mais la pivoine blanche n’a pas à rougir de sa cousine occidentale/officinale que nous avons étudiée la semaine passée. C’est une espèce vivace buissonnante, qui pousse des tiges élancées, rameuses, très finement striées dans le sens de la longueur, plus ou moins teintes d’un glacis rougeâtre, portant une masse dense de feuilles trifoliées, à folioles étroites, le tout composé d’une couleur vert foncé luisante, contrastant fortement avec l’immaculée floraison de cette plante aux grandes fleurs solitaires criblées en leur cœur de nombreuses étamines jaune d’or.

Vu les multiples cultivars de pivoine blanche, l’on peut se poser la question de savoir ce que privilégièrent les obtenteurs. Voici quelques éléments d’explication : améliorer la tenue de la fleur une fois qu’elle est coupée, augmenter la taille de cette même fleur, enfin, en modifier les coloris. Ainsi, la pivoine blanche a donné naissance à des variétés aux fleurs généralement doubles et aux coloris très variés : rose pâle, rose foncé, jaune, pêche, rouge grenat, rouge carmin, blanc à étamines frisottées, etc. Je n’ai pas tout recensé, mais j’ai pu m’arrêter sur des cultivars très originaux comme la variété Festiva Maxima, une pivoine blanche éclaboussée de carmin, comme si la main blessée du jardinier avait imprégné la fleur du suc de vie dégoulinant. La variété Lois Kelsey, aux faux airs de marguerite dépenaillée croisée avec un nénuphar, est également tout à fait remarquable.

La pivoine blanche en phytothérapie

Des territoires lointains où s’épanouit la pivoine blanche ne nous sont parvenus que de faibles échos sur ses principaux constituants, à l’image d’un grêlon qui perd de sa masse plus il traverse l’atmosphère. Nous pouvons néanmoins affirmer que cette pivoine chinoise contient, dans sa racine principalement, plusieurs glucosides monoterpéniques dont cette paeniflorine aux propriétés thérapeutiques multiples (que nous retrouverons ci-après) et l’albiflorine, un autre de ses composants majeurs, impliquée dans le soulagement de la douleur. On y trouve encore un tanin polymère de l’acide gallique, le 1,2,3,4,6-pentagalloyl glucose, auquel sont associées des vertus anti-inflammatoires, antidiabétiques et anti-radicalaires. Dernier point capital à mentionner, la racine de pivoine blanche contient un acide aromatique, l’acide benzoïque qui, comme son nom l’indique, se retrouve en masse dans les baumes du Pérou et de Tolu. Sans doute concourt-il à parfumer quelque peu la racine de cette pivoine.

Propriétés thérapeutiques

  • Antispasmodique, sédative
  • Hypotensive (abaisse la tension et stimule la circulation artérielle), tonique sanguine, élimine les stases sanguines (la médecine traditionnelle chinoise estime que la pivoine blanche rafraîchit et nourrit le sang, et que, de fait, elle harmonise le foie)
  • Régularisatrice du cycle menstruel, décontractante des muscles utérins
  • Anti-inflammatoire, analgésique
  • Fébrifuge, rafraîchissante
  • Anti-sudorifique
  • Décontractante des muscles intestinaux
  • Antivirale (?)
  • Astringente

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gynécologique : douleurs et crampes liées aux règles, règles douloureuses et/ou irrégulières, saignements trop abondants, métrorragie, leucorrhée, mammite aiguë, ménopause (sueurs nocturnes, transpiration abondante, vertige, bouffées de chaleur), douleur du bas-ventre après accouchement
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : dysenterie (y compris avec présence de sang et/ou de pus), ténesme
  • Douleur des hypocondres droit et gauche (le foie se projette sur le premier, la rate sur le second ; les Chinois avaient remarqué que la pivoine blanche intervenait favorablement, de par sa nature fraîche, sa saveur amère et acide, sur les deux méridiens que sont le Foie et la Rate/pancréas), douleur des angles costo-diaphragmatiques, décongestion des abcès, des tumeurs et des hématomes, crampe du mollet
  • Saignement de nez
  • Yeux rougis et endoloris
  • Herpès
  • Cystite

Modes d’emploi

  • Décoction de racine sèche de pivoine blanche.
  • Poudre de racine de pivoine blanche (à délayer dans un liquide adapté).
  • Soupe aux quatre éléments : il s’agit d’une décoction dans laquelle entrent quatre ingrédients, plus précisément les racines et les rhizomes de quatre plantes chinoises dont la pivoine blanche. Voici l’identité des trois autres : la digitale chinoise (Rehmannia glutinosa), l’angélique chinoise (Angelica sinensis) et la livèche de Szechuan (Ligusticum wallichii). Ce remède composé, qui s’adresse principalement aux femmes, est un tonique de la sphère gynécologique.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : cette plante de la pharmacopée chinoise, utilisée comme tel depuis un millénaire et demi environ, est cultivée au nord-est de la Chine ainsi qu’en Mongolie centrale. A la fin de l’été, voire jusqu’au milieu de l’automne, on prélève les racines des pieds âgés de 4 à 5 ans, puis on les fait bouillir avant de les mettre au séchage.
  • Compte tenu de ses actives propriétés sur la sphère utérine, on interdira l’usage de cette plante durant la grossesse.
  • Au Japon, l’on consomme la pivoine comme on le fait de l’artichaut par chez nous, c’est-à-dire cuite à la vapeur (quand la fleur est encore à l’état de bouton). Il paraît aussi qu’on en fait des marmelades et des confitures, et qu’il est encore tout a fait autorisé de cisailler finement les pétales de la belle pour en agrémenter une salade composée.
  • Autre espèce : la pivoine arbustive (Paeonia suffruticosa). Autre plante ornementale, cette jolie pivoine est aussi médicinale par l’écorce de sa racine. Donnons-en les principales indications. A leur lecture, l’on pourra constater qu’elles sont en relation avec le sang (pas assez ; trop ; qui ne s’écoule pas comme il le devrait et où il le devrait ; qui stagne, etc.) et la chaleur qu’il propage à l’intérieur du corps : – Troubles de la sphère gastro-intestinale : sang dans les selles, vomissement de sang – Troubles de la sphère gynécologique : règles irrégulières ou absentes, ménopause (bouffées de chaleur, irritabilité, congestion du visage) – Tumeur bénigne, abcès, hématome, érythème – Hypertension – Saignement de nez – Fièvre intermittente.

© Books of Dante – 2021

Crédit photo : Salicyna – wikimedia commons

Une réflexion sur “La pivoine blanche (Paeonia lactiflora)

  1. Salutation, je me dois de vous dire que votre blog est GÉNIALISSIME, magnifiquement fouillé, un concentré d’information « divinement » mis en forme. Je vous,, lui, souhaite longue vie !

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