Matthew Wood : Sept herbes, les plantes comme enseignants

Dans ce livre, Matthew Wood (né en 1954) s’efforce d’établir des liens entre sept plantes (dont nous donnerons l’identité en fin d’article) et sept épisodes décrivant des situations psycho-émotionnelles particulières tirés de la Bible, plus précisément de la Genèse. Ces vécus psychiques et émotionnels, toujours d’actualité, très précisément décrits et décortiqués par l’auteur par le biais de multiples exemples tirés de sa propre pratique, entrent en relation avec la personnalité des sept plantes pour lesquelles il a opté. S’inspirant de la théorie des signatures et de son pionnier Paracelse (1493-1541), du père de l’homéopathie Samuel Hahnemann (1755-1843) et du docteur Edward Bach (1886-1936) entre autres, Matthew Wood explique comment les teintures-mères des sept plantes qu’il appelle « points de repère » permettent aux personnes affectées par les problématiques exposées dans les paraboles bibliques de se libérer des chaînes qui les entravent.

Je ne vous cache pas que c’est le titre de cet ouvrage ainsi que l’illustration de couverture qui ont en partie motivé l’acte d’acquisition. Cependant, des renseignements pris au sujet du sommaire de ce livre ont complété mon intention de départ, non seulement parce que certaines plantes m’étaient inconnues, mais aussi parce que d’autres, dont je n’ignorais pas l’existence et qui ne sont pas regardées comme médicinales en Europe (ou très peu), offrent ici un autre aperçu de l’étendue de leurs pouvoirs. Mais, sans plus attendre, voici la traduction que j’ai effectuée de la première partie de cet ouvrage, histoire de vous donner un avant-goût de la chose.

« La Nature brille comme une lumière du Saint-Esprit et ainsi cette lumière atteint l’homme, comme dans un rêve », Paracelse.

Un vieil herboriste indien du nord du Minnesota débuta la formation d’un jeune étudiant avec ces mots : « Tout ce que tu dois savoir sur la vie se trouve dans les forêts. Vas-y pour trouver tes réponses. »

La nature est un livre à propos de la vie. Les formes, les couleurs et les habitudes de croissance des plantes racontent les difficultés qu’elles ont rencontrées au cours de leur développement et la façon dont elles ont été surmontées. Les stress physiques causés par le manque ou le surplus de chaleur, de froid, de nutriments, de lumière du soleil, d’ombre, de vent et de pluie ont donné des formes précises aux plantes, en les individualisant les unes par rapport aux autres. Ces formes et qualités précisément articulées correspondent aux propriétés médicinales dévolues à l’herbe, car les qualités au sein de la plante sont aussi une expression des conditions qui l’ont formée.

Le même environnement qui a moulé la plante a également contribué à l’existence de l’organisme humain. Chaque organe du corps, avec sa fonction différente et son environnement interne, représente une réponse aux difficultés qui lui sont présentées par nature. L’organe dans son espace de vie est analogue à la plante dans le sien. Lorsque le corps est stressé au-delà de sa capacité d’auto-régénération, la plante qui correspond à la fonction perdue « enseignera » au corps à reprendre le travail, parce qu’elle remplit une fonction correspondante dans la nature.

Il y a une unité derrière les différentes activités de la vie, que ce soit dans la plante ou dans l’homme, qui ne peut être appelée que « personnalité ». Le caractère intrinsèque d’un être est son « pouvoir médicinal », comme diraient les Indiens, parce que c’est la personnalité qui représente la réponse réussie au stress environnemental. Ce n’est pas dans les « principes actifs » que la médecine moderne distille de la nature. Ceux-ci ne représentent que des fragments, et n’étant pas eux-mêmes entiers, ne peuvent pas restaurer l’organisme dans son intégralité. Quand le guérisseur indien pointa du doigt la forêt, il ne parlait pas d’un tas de produits chimiques, mais de traits de caractère que les plantes incarnent. Elles doivent aider un jeune sur le chemin de la vie.

La personnalité d’une plante peut être « lue » comme celle d’une personne. L’apparence physique et les qualités de son environnement naturel nous disent ce qu’est cette personnalité. Cette correspondance explique l’origine de l’ancienne « doctrine des signatures », l’idée selon laquelle chaque herbe possède un « signe » ou une « signature » pointant en direction de sa vertu médicinale. C’est aussi l’origine de la toute aussi ancienne « doctrine des semblables » exprimée dans la devise « les semblables soignent les semblables » [NdT : c’est-à-dire la très célèbre formulation similia similibus curentur]. Cela indique que l’herbe qui détient le remède est similaire à l’organe, le tissu ou la constitution sur lesquels elle agit. Elle peut même être similaire à l’expression de la maladie, puisque celle-ci aussi a une personnalité, adoptée de la « niche » dans laquelle elle existe.

Il y a aussi une correspondance entre nos émotions et l’environnement. En témoignage de cela, nous disons que nous nous sentons « brillants », « sombres », « chauds », « froids », et ainsi de suite, exprimant nos émotions dans des termes analogues au monde naturel. Il y a une correspondance entre nos émotions et les plantes. La plante qui a appris à faire face à une certaine expression du froid dans la nature sera également en mesure de guérir un semblable état émotionnel « froid ». Ainsi, les plantes peuvent « enseigner » nos émotions ainsi que notre corps.

Nos émotions à leur tour correspondent à nos organes corporels. Chaque émotion a un organe physique qui vibre, pour ainsi dire, quand cette émotion est active. Quand une émotion est bloquée, l’organe analogue devient sans vie, et enfin malade. La plante qui correspond à l’organe affecté correspond aussi à l’émotion qui l’anime, et restaurera les deux à la santé. Nous ne pouvons pas conserver notre santé physique sans la santé émotionnelle qui va avec. Les plantes sont des incarnations de processus qui correspondent à la fois aux expressions émotionnelles et physiques de la vie. Elles présentent des personnalités, des pensées et des sentiments complexes, aussi articulés que les nôtres, parfois plus. Elles peuvent être nos « enseignants » à la fois physiquement et intérieurement, et sont un moyen idéal pour l’éducation et la guérison.

Au sens le plus vaste, les plantes sont des représentations des problèmes de la vie humaine. Elles nous parlent dans la poésie de l’âme. Ce livre n’est pas destiné uniquement aux herboristes, mais à toute personne en voie de développement intérieur. Les leçons incarnées par les plantes sont universelles. L’utilisation d’herbes dans la thérapie est une autre prérogative pour ceux qui ont une volonté d’action dans cette direction.

Où commençons-nous notre voyage dans un sujet aussi étendu ? L’étudiant herboriste débutant est toujours submergé par l’énormité du champ [d’action]. Parce qu’il y a tant de plantes, nous devrons isoler quelques points critiques dans l’organisme humain et trouver des herbes qui leur correspondent. Dans ce livre, nous étudierons sept articulations-clés importantes et complètes dans l’organisme humain, puis une série de plantes qui les incarnent.

Les articulations-clés présentées dans ce livre seront appelés les « sept points de repère ». Comprendre celles-ci et les sept herbes qui leur correspondent fournira la base d’une pratique saine des plantes, pour ceux qui en sont intéressés, et pour ceux qui ne le sont pas, une excursion dans les beaux mystères de l’humanité et de la Nature.

Dans la « Grand Medicine Society » des Ojibwés, ou Midewiwin, de la région du lac Supérieur, les élèves apprennent des connaissances en médecine et en herboristerie dans sept grades, dont chacun correspond à une plante qui incarne le pouvoir de médecine implicite dans la leçon de ce rang. L’identité de ces plantes est cachée et inaccessible au grand public. Certaines d’entre elles sont dangereuses. Certains de ces enseignements ont été oubliés, d’autres ne sont plus adaptés à notre époque et d’autres ne le sont que pour les Ojibwés. S’il n’y a pas d’étudiants appropriés, certaines connaissances peuvent disparaître de la tradition. Le contraire est également possible. S’il y a des élèves en dehors de la tradition qui conviennent à la réception de certains enseignements, une personne peut transmettre un héritage précieux à l’un d’entre eux. C’est mon lien avec la Grande Médecine. J’ai eu la chance de recevoir un héritage concernant l’utilisation des herbes guérisseuses. Lorsque cela s’est produit, les connaissances que j’avais absorbées au fil des années dans mon expérience de phytothérapie se sont réunies dans une organisation profonde. Sept des principales plantes de ma pratique se sont démarquées de diverses façons, jusqu’à ce qu’elles se combinent en une unité personnifiant les grands enseignements de la « voie de la médecine ». C’était un ensemble de plantes différentes de celles utilisées dans la Grande Médecine et j’ai exprimé les leçons qu’elles représentent par les mots de la culture occidentale, mais l’esprit demeure identique. C’est l’esprit qui nous murmure toujours les mystères et les défis inhérents à la condition humaine.

Seven Herbs. Plants as teachers est le premier livre de Matthew Wood qui me semble encore édité, mais qui est aussi disponible à l’état d’occasion assez facilement (j’ai acheté le mien dans cette condition à un bouquiniste français pour la modique somme de 10 €). Édité par North Atlantic Books (Berkeley, Californie) en 1987, il compte 128 pages, de format 23 x 15, en noir et blanc, ISBN : 0-938190-91-1, 8,95 $ à l’époque. Voici le site de l’auteur qui apporte des informations supplémentaires, ainsi que des liens vers ses autres ouvrages (une dizaine en tout) et parmi lesquels il en est quelques-uns qui se trouveraient bien d’être traduits en français, de même que ceux d’autres auteurs – je pense en l’occurrence à Wolf-Dieter Storl, à Christian Rätsch, etc. Mais bon, force est de constater que malheureusement des auteurs de cette qualité ne trouvent pas preneur auprès des éditeurs français et c’est bien dommage. Ceux qui se débrouillent bien en anglais pourront au moins tirer partie des ouvrages de Matthew Wood, qui a le mérite d’apporter un véritable souffle novateur (c’est ce qui m’évite de mourir de consomption, à l’image du poisson rouge qui n’a pas d’autre choix que de tourner en rond dans son bocal).

Voilà, voilà : plantes, émotions, Edward Bach, Hahnemann, Paracelse, médecine amérindienne, etc., cela fait beaucoup de mots-clés que l’affection que vous pouvez avoir pour l’un ou l’autre, peut motiver une saine lecture en compagnie de Matthew Wood dont la rencontre livresque me ravit et donne à mon début d’année 2021 une puissante impulsion.

Enfin, voici comme promis les sept plantes choisies par l’auteur, au regard desquelles je place les personnages des histoires bibliques correspondantes :

  1. Lis de Pâques (Lilium longiflorum) – Adam et Eve ;
  2. Yerba Santa (Eriodictyon californicum) – Caïn et Abel ;
  3. Iris versicolore (Iris versicolor) – Noé et l’Arche ;
  4. Armoise tridentée (Artemisa tridentata) – Abraham ;
  5. Oreille de chat (Calochortus tolmiei) – Isaac ;
  6. Actée noire (Cimicifuga racemosa) – Jacob ;
  7. Sabot de Vénus (Cypipedium calceolus) – Joseph.

© Books of Dante – 2021

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