L’huile essentielle de menthe verte (Mentha spicata)

Synonymes : on distingue la menthe en épis (Mentha spicata) de sa variété, la menthe verte, Mentha spicata var. veridis. Parfois, l’on croise tantôt Mentha spicata, tantôt Mentha veridis : il s’agit bien de la même plante, et non de deux végétaux distincts. De manière plutôt indifférenciée, ces deux types de menthes dites spicata portent pléthore de synonymes dont voici les plus courants observables dans la littérature : menthe commune, menthe romaine, menthe marocaine, menthe nanah, menthe douce, menthe baume, baume vert, baume frisé, menthe crépue, menthe crispée.

Probablement originaire du bassin méditerranéen, la vivace menthe verte au parfum suave et pénétrant (moins agressif que celui de la menthe poivrée cependant) passe pour un hybride né de l’union de la menthe à feuilles rondes ou menthe-pomme (M. rotundifolia) et de la menthe sylvestre (M. longifolia), ce qui fait qu’on devrait lui attribuer un x pour signaler ce statut : Mentha x spicata.

D’abondants rhizomes très ramifiés prennent possession des terres fraîches et humifères, et poussent hors du sol des tiges nombreuses, également très rameuses, sur lesquelles se déploient quantité de feuilles vert clair franc, glabres, assez fines, allongées et aiguës en leur extrémité, profondément et inégalement dentées en scie, sessiles ou presque, et dont les nervures du limbe ne forment pas de réseau comme on peut le voir chez la menthe poivrée. Ces feuilles « cloquées », « crépues », « crispées », sont couvertes, à la face inférieure du limbe, de « poils » dont la mission est de sécréter une essence aromatique.

D’août en octobre, les sommités de la menthe verte se couvrent d’épis allongés de petites fleurs terminales groupées en verticilles, de couleur blanche ou bien rosée, marquées d’une teinte rougeâtre ou violacée.

Fréquentant les lieux humides de façon subspontanée, la menthe verte est avant tout cultivée en grand dans de nombreux pays : en Asie (Inde, Chine), en Afrique (Égypte, Maroc), en Europe (Angleterre, pourtour septentrional de la mer Méditerranée), aux États-Unis (où elle porte le nom de spearmint, de l’anglais spear, « harpon » ; non qu’elle soit particulièrement « piquante », cette huile essentielle sait cependant agripper celui qui la renifle).

La menthe verte en phyto-aromathérapie

Tout comme sa sœur des champs, la menthe verte réussit haut la main l’épreuve de la distillation à la vapeur d’eau. Ce procédé permet de produire une substance liquide, mobile, incolore à jaune pâle ou bien encore vert jaunâtre très clair. Comme les sommités fleuries de la menthe verte se prêtent à cet exercice, elles forment une huile essentielle un peu mentholée, douce et quelque peu épicée, fraîche mais sans excès, contenant beaucoup de verdeur chlorophyllienne. Selon si elle est plus ou moins généreuse, elle offre un rendement compris entre 0,5 et 2,5 %. Observons maintenant les données chiffrées suivantes. Afin de présenter biochimiquement au mieux l’huile essentielle de menthe verte, j’ai volontairement opté pour trois lots : les deux premiers, en provenance d’Inde et du Maroc, présentent de fortes similitudes, et se démarquent très nettement du troisième, originaire du département des Vosges. Vous allez ainsi pouvoir observer des unes à l’autre de très fortes disparités :

Comme nous le constatons, ces trois huiles essentielles-là ne contiennent aucune quantité significative de menthol, or elles sont toutes identifiables, olfactivement parlant, comme étant des huiles essentielles de menthe (quand bien même on ne parviendrait pas à déterminer exactement lesquelles). Ici, la molécule qui accorde sa signature odoriférante évidente à l’huile essentielle de menthe verte, ça n’est pas le menthol, mais cette cétone, la L-carvone, qui tire son nom du carvi, et pour cause, l’huile essentielle de carvi en contenant également (comme nous l’avons naguère vu ici). Pourtant, les huiles essentielles de carvi et de menthe verte ne possèdent absolument pas le même parfum, alors qu’elles contiennent chacune 50 à 60 % de cette molécule. Pourquoi ? Parce que cela tient au sens de rotation : la carvone du carvi est dextrogyre, alors qu’elle est lévogyre chez la menthe verte (d’où le L placé avant le mot carvone), et c’est justement pour cette raison que cette huile essentielle ne peut pas sentir le carvi, et encore moins le citron malgré une assez belle proportion de limonène : il importe encore de préciser que cette molécule est affectée du même phénomène : le limonène du citron est dextrogyre (D-limonène), tandis que le limonène de la menthe verte est lévogyre (L-limonène). Dans les bulletins d’analyse, par économie sans doute, ces informations n’apparaissent que très rarement, ce qui fait que nous faisons face à des carvones et à des limonènes, sans qu’on sache qu’en réalité ils sont de deux types et que selon ce qu’ils sont, ils influent massivement sur le parfum global d’une huile essentielle donnée.

A cette première curiosité, s’en additionne une seconde : l’anosmie à la L-carvone (anosmie, du privatif a-, et du grec osmê, « odeur »). On estime à 8 % la portion de la population qui ne perçoit pas le parfum de cette molécule. Comme elle forme 40 à 65 % de la masse moléculaire de l’huile essentielle de menthe verte, autant dire que ces 8 % se retrouvent face à un produit qui ne sent absolument pas la menthe, mais tout autre chose, c’est-à-dire un profil moléculaire duquel on retranche les 2/3 de son identité au maximum, et résiduellement constitué de monoterpènes (25 %), d’oxydes (2 à 10 %) et de sesquiterpènes (5 à 15 %).

A l’inverse, l’huile essentielle de menthe poivrée peut rétablir l’odorat après certaines anosmies.

Propriétés thérapeutiques

  • Apéritive, digestive, stomachique, carminative
  • Stimulante hépatique, cholérétique, cholagogue
  • Décongestionnante des voies respiratoires, mucolytique, expectorante
  • Antispasmodique
  • Anti-inflammatoire, analgésique
  • Anti-infectieuse : antibactérienne sur germes Gram + et Gram – (Bacillus subtilus, Bacillus cereus, Micrococcus luteus, Staphylococcus aureus), antifongique (Klebsellia pneumoniae, Serratia marcescens), antiseptique
  • Insectifuge
  • Tonique, stimulante
  • Sédative, calmante du système nerveux, enzymatique au niveau du système nerveux, neurotrope
  • Cicatrisante
  • Rafraîchissante
  • Excitante génitale, emménagogue (1)

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : digestion lente et laborieuse, atonie des voies digestives, dyspepsie, lourdeur après les repas, inappétence, ballonnement, tympanite, aérophagie, flatulence, fermentation intestinale avec colique douloureuse, intoxication gastro-intestinale, mauvaise haleine, mauvaise haleine des dyspeptiques, spasmes gastro-intestinaux, vomissement, vomissement nerveux, nausée, mal de mer, cholérine, colique, lientérie, gastralgie non inflammatoire, désordres digestifs des gastralgiques, des hystériques, des nerveux, des affaiblis et de la grossesse, parasites intestinaux (vers), hoquet
  • Troubles de la sphère respiratoire : encombrement des voies respiratoires, bronchite aiguë, chronique, muco-purulente, catarrhe bronchique, inflammation des bronches et du larynx, rhume, toux spasmodique, coqueluche, asthme, enrouement refroidissement, fièvre légère et simple
  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : cholestase, colique hépatique
  • Troubles de la sphère gynécologique : dysménorrhée, leucorrhée, stopper la sécrétion lactée, engorgement laiteux, douleurs spasmodique du l’utérus
  • Affections bucco-dentaire : gingivite, stomatite
  • Affections cutanées : petite plaie, prurit avec démangeaison, ulcère atonique, contusion, enflure, ecchymose, gale
  • Troubles locomoteurs : rhumatisme, crampe, tremblements, névralgie (nerf sciatique)
  • Troubles du système nerveux : insomnie et autres troubles du sommeil, stress, inquiétude, agitation, dépression nerveuse
  • Étourdissement, vertige, évanouissement, malaise, syncope
  • Migraine, migraine des gastralgiques, maux de tête, névralgie faciale
  • Douleur spasmodique de la vessie
  • Palpitations
  • Éloigner les insectes (mouches, moustiques, puces)

Modes d’emploi

  • Infusion aqueuse ou vineuse de la plante fraîche comme sèche.
  • Décoction aqueuse ou vineuse de la plante fraîche comme sèche.
  • Macération acétique de la plante fraîche.
  • Macération huileuse et solaire de la plante fraîche.
  • Teinture alcoolique de la plante fraîche.
  • Sirop.
  • Poudre (dans un véhicule adapté : une cuillerée de miel, par exemple).
  • Baume (à l’exemple du baume du tigre ou apparenté) : dilution de l’huile essentielle de menthe verte dans une suffisante quantité de cire végétale, de vaseline, de glycérine végétale (1 %).
  • Cataplasme de la plante fraîche contuse.
  • Huile essentielle : par voie cutanée diluée (à privilégier), par voie orale (sous certaines conditions et avec l’avis d’un thérapeute), en inhalation et en olfaction.
  • Hydrolat aromatique : par vaporisation, compresse, etc.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : toutes les menthes se récoltent avant leur floraison, jamais après, car à ce moment crucial, l’essence aromatique est à son maximum dans le feuillage de ces plantes. De plus, une récolte trop tardive nous exposerait à cueillir une menthe dont les feuilles les plus radicales seraient abîmées, voire jaunies.
  • Séchage : pourvu qu’il se réalise à l’ombre, au sec et dans un local relativement bien aéré, il n’a rien de sorcier. L’on peut suspendre les tiges entières, que l’on effeuille au bout de cinq à six jours, quand elles craquent sous les doigts. Une dessiccation bien menée assure une bonne conservation du parfum et des propriétés thérapeutiques de la menthe.
  • Toxicité : la L-carvone, bien qu’elle soit une cétone monoterpénique, fait partie de ces molécules les moins délicates à employer, équivalent à la verbénone en terme de potentiel toxique. Sa toxicité par voie orale est assez faible, plus faible encore par les voies cutanée, rectale et vaginale. Pour preuve, l’huile essentielle de menthe verte n’est pas inscrite sur la fameuse liste qui recense une poignée d’huiles essentielles placées sous monopole pharmaceutique (armoise vulgaire, absinthe, sauge officinale, hysope officinale, etc.).
  • Voici maintenant dans quels cas précis il est préférable de ne pas employer cette huile essentielle : – règles trop abondantes ; – antécédent neurologique (épilepsie) ; – on évitera cette huile essentielle chez l’enfant de moins de 7 ans et durant les trois premiers mois de grossesse (la grosse fraction de cétones monoterpéniques contenue dans cette huile essentielle rappelle, en général, le caractère neurotoxique et potentiellement abortif des huiles essentielles qui en contiennent).
  • La menthe est relativement sollicitée à travers de nombreuses fonctions relevant de la parfumerie, de la savonnerie, de la cosmétique et des produits d’hygiène (dentifrices, gommes à mâcher, etc.), comme agent de sapidité dans quantité de spécialités pharmaceutiques.
  • Elle trouve aussi toute sa juste mesure en confiserie, en liquoristerie, ainsi que dans l’industrie des boissons rafraîchissantes.
  • En cuisine, crue comme cuite, la menthe fait des merveilles comme herbe condimentaire dans les salades de légumes (la salade niçoise, par exemple), de céréales (le taboulé !) ou encore de légumineuses (petits pois), dans les sauces (comment ne pas citer la sauce à la menthe qui accompagne le gigot rôti de Pâques en Angleterre ?), les soupes (à la tomate, aux pois cassés, au potiron), les plats à dits « exotiques », les desserts (crème, sorbet, glace), les boissons (vin, sirop, thé à la menthe maghrébin), etc. On dit habituellement que la menthe culinaire se doit d’être la menthe verte, mais l’on peut très bien faire intervenir la menthe poivrée, la menthe citronnée ou encore la menthe des champs, la matière première végétale que l’on peut localiser dans son périmètre immédiat jouant aussi son rôle.
  • Des pommes frottées du suc frais de la menthe se gardent de la pourriture.
  • Autres espèces : la menthe aquatique (M. aquatica), la menthe des cerfs (M. cervina), la menthe cultivée (M. sativa), la menthe gracile (M. gentilis), la menthe odorante (M. suaveolens), etc.

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  1. « La menthe crispée est tellement emménagogue que, selon Bodart, son huile essentielle a souvent causé des hémorragies utérines », François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 581.

© Books of Dante – 2020

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