Le pissenlit (Taraxacum dens-leonis)

Synonymes : dent de lion, liondent, dent de chien, laitue de chien, salade de chien, salade de taupe, coq, groin de porc, groin d’âne, œil de bœuf, tête de moine, couronne de moine, florion d’or, florin d’or, fleur des beaux garçons, belle dame, chopine, cochet, pichaulit.

Ce n’est pas exagéré de mentionner que le pissenlit est une plante extrêmement commune, impossible à méconnaître et recelant bien des trésors. Casse-tête des botanistes – on ne compte pas moins de 60 groupes d’espèces et plus de 1200 espèces au total (pour la seule Europe) –, le pissenlit est très largement répandu dans la plupart des zones tempérées de l’hémisphère nord (Europe, Amérique du Nord, Afrique du Nord, Chine, Inde, Iran…), qui est son aire d’élection originelle. Aujourd’hui, les choses ne sont plus si vraies, puisque l’on constate sa présence dans le second hémisphère. Non seulement il pousse à des latitudes très étendues (comprises entre les tropiques et la limite des pôles à peu près), mais aussi à des altitudes qui le sont tout autant : ainsi voit-on le pissenlit s’égailler de la limite des arbres (environ 2600 à 3000 m) jusqu’au niveau de la mer (ou limite des algues si l’on peut dire). Malgré cette grande adaptabilité, il se fait plus ou moins rare ou inexistant en milieu aride dénué de potassium, et rabougri en fonction du substrat qui le porte. C’est pour cela qu’il adopte une taille (1) et une conformation foliaire qui n’ont rien d’académique, puisque elles sont aussi très variables. Par exemple, sur station sèche et chaude, le pissenlit est plus petit, ses feuilles très réduites sont couchées à même le sol, alors que dans un milieu plus ombragé et humide, ses feuilles plus longues, plus larges, moins roncinés, s’érigent à 45-60 degrés par rapport au sol. Malgré tous ces dimorphismes, toutes ces velléités et aptitudes à changer quand, apparemment, bon lui semble, il n’a jamais été possible à quiconque de ne pas reconnaître le pissenlit quand il en rencontre un dans les multiples lieux et habitats dans lesquels il trouve son bonheur : au bord des chemins, sur les sentiers, le long des voies de chemin de fer (pour nous rappeler que c’est un grand voyageur), à l’abord des champs, dans les prés, pelouses, prairies et pâturages, dans les potagers (où il enquiquine le jardinier), dans les bois clairs, dans les carrières, à proximité des tourbières, dans la lézarde d’un vieux mur, entre les pavés disjoints d’un trottoir en ville, dans le creux d’un arbre, et jusqu’aux toits de chaume, quand il y en avait plus qu’aujourd’hui, faisant concurrence à la joubarbe des toits.
Alors qu’on observe beaucoup de variations chez le pissenlit sauvage, sous l’influence de la culture, il est beaucoup plus discipliné. C’est ce que signalait Georges Gibault (1856-1941) au début du siècle dernier : « Les variétés de pissenlit admises dans les jardins sont tout à fait fixées, ce qui est remarquable pour une plante soumise à la culture depuis si peu de temps » (2). Ainsi disait-il en 1912. Lorsqu’il évoque « si peu de temps », cela doit nous amener à jeter un coup d’œil en arrière. En effet, lorsqu’on voit ces pissenlits provenir des campagnes à l’entour de Paris, pour alimenter les Halles au XVIII ème siècle, il s’agit uniquement de pissenlits sauvages récoltés dans la nature. Bien que faisant l’objet d’un emploi alimentaire bien plus ancien, les premiers véritables essais de culture maraîchère du pissenlit se situent entre 1825 et 1830. C’est à partir de cette période que les marchés, comme celui de Nancy, par exemple, sont achalandés par le biais de pissenlits aussi bien sauvages que cultivés. C’est aussi à cette même époque que la consommation généralisée du pissenlit comme salade s’est établie, alors que lors des siècles précédents, il fut consommé de façon locale ici ou là (Lyon, Montpellier, etc.) depuis les premières heures de la Renaissance. C’est ce que consignait Jacques Daléchamps dans le courant du XVI ème siècle, remarquant cette plante sauvage qu’on récoltait pour la manger aussi bien crue que cuite. Cependant, durant longtemps, son amertume fit qu’on s’en servit uniquement que comme plante médicinale, à la manière dont la concevait Olivier de Serres. Pour qu’un agronome comme lui dise cela, ça signifie qu’il ne cultivait absolument pas le pissenlit dans ses propres jardins potagers, n’en signalant que la valeur médicinale contre la jaunisse (3). Si l’on a tendance à accepter pour vrai que le pissenlit est un aliment ainsi qu’un médicament depuis le XV ème siècle seulement, il apparaît très clairement qu’à partir de la Renaissance, ce sont surtout des médecins et des botanistes qui en avancent les vertus thérapeutiques, comme, par exemple, le médecin du roi François Ier, Jean Ruel (1476-1537), avertissant, peu avant sa mort, des qualités dépuratives de cette plante. Puis Tabernaemontanus qui voyait en lui un vulnéraire à nul autre pareil, Matthiole qui le destinait aux ictériques, Jérôme Bock le premier à en signaler les vertus diurétiques, suivi par Matthias de l’Obel, qui lui donna le nom de herba urinaria. Connu également de Camerarius, Bauhin, Lonitzer, etc., le pissenlit entra sans trop de difficulté dans le cercle des plantes habituellement usitées pour des problèmes hépatiques (Van Swieten, Lieutaud, Dom Nicolas Alexandre, Kortum) et biliaires (Bergius), sans oublier sa formidable fonction de puissant dépuratif sanguin (Lieutaud). Puis il vint à tomber en disgrâce, et resta longtemps éclipsé par la médecine officielle qui lui préféra d’autres toniques amers et diurétiques. En 1858, Cazin eut beau déploré l’abandon dans lequel de son temps cette plante était laissée, il faudra attendre le début du XX ème siècle pour qu’on s’attelle de nouveau à son cas.

Le pissenlit, de même que la couleur de ses capitules floraux rappelle celle de l’or. Pour les uns, c’est véritablement un or végétal, pour d’autres, c’est une sainte horreur. Tout dépend du point de vue. Avec l’ortie, il partage le statut de plante médicinale de premier ordre, mais il est négligé, voire honni comme cette dernière. Celle-ci pique, celui-là pousse de partout. Ils ne peuvent être que de « mauvaises herbes », cauchemars et casse-tête des jardiniers. Jugeons plutôt. Le pissenlit est quasiment indestructible. Coupons-le au ras du sol. Sa forte racine fait place à de nouvelles pousses. Enfouissons-le sous des gravats, de la caillasse, des décombres, etc. Peu importe le temps que ça lui prend, il transperce pour s’épanouir de nouveau. Labourons la terre qui le porte pour le sectionner, l’émincer, l’atomiser. Mauvaise idée, chaque tronçon de racine donne naissance à une nouvelle plante, ce qui multiplie le nombre de copines de la plante d’origine (il se comporte comme la renouée du Japon sur ce point). Arrachons-le : avec un peu de chance une dizaine de centimètres de racine sera extraite du sol. Mais c’est mal connaître sa forte racine pivotante : il reste toujours dans les profondeurs quelques radicelles embryonnaires qui redonnent naissance à la plante. Ajoutons à cela que le pissenlit ne craint ni les dents des ruminants, ni le piétinement, et l’on peut, sans mal aucun, lui assigner son statut de plante vivace, au sens de : bourrée de vie. Surarmé face à l’adversité, signalons de plus que le pissenlit pratique la parthénogenèse, c’est-à-dire qu’il se passe de pollinisateurs ! Les bourdons s’échinent donc en vain à passer d’un pied à l’autre : le pissenlit n’en a cure. Et là, impossible de poursuivre sans évoquer les fleurs du pissenlit portées par de longs pédoncules creux et glabres : des capitules de 3 à 5 cm de diamètre formés par deux bonnes centaines de fleurons ligulés qui déploient leur jaune d’or très tôt au printemps (mars) et peuvent repousser la floraison aux portes de l’hiver (novembre). Le secret de la vivacité du pissenlit se cache dans ses inflorescences dont le grand géographe français Élisée Reclus (1830-1905) disait : « Cette fleur qui est un soleil devient une voie lactée, un monde d’astres, après floraison. » On ne peut alors ignorer les masses d’akènes, longs fruits cylindriques surmontés d’une aigrette plumeuse qui aide à la dispersion des graines par anémochorie. Au mieux, une graine peut parcourir une dizaine de kilomètres, au moins, une centaine de mètres (ce qui est tout de même mieux que les prototypes volants de Clément Ader en son temps). Environ 40 % des espèces végétales ligneuses des pays tempérés dispersent leurs semences grâce au vent, que ce soit à l’aide d’un fruit plumeux (clématite) ou d’une ailette (sycomore). Chaque plante met en œuvre une stratégie qui lui est propre. La vitesse et la distance de dispersion des fruits sont fonction de la hauteur de la plante, du poids de la graine, de l’appareil de dissémination, de sa forme et de sa surface portante, des obstacles environnants éventuels, etc. Toutes contraintes auxquelles on n’imagine même pas devant la grâce avec laquelle la Semeuse de Larousse souffle et éparpille à tous les vents depuis 1876. Or, à l’endroit du pissenlit, ce qu’on croit être de la dispersion, voire de l’éparpillement, n’est pas autre chose que de la liberté !
Dans la catégorie des oracles végétaux connus de tous, l’on peut citer en premier lieu la marguerite. Mais il en est un autre auquel on ne pense pas toujours et qui est bien plus fréquent dans la nature : le pissenlit, véritable boule magique divinatoire. Alors qu’on déshabille la première de ses ligules blanches périphériques, on attend que le pissenlit soit à l’état de tête globuleuse pour souffler dessus, parce que c’est ainsi qu’est rendu l’oracle, consulté essentiellement par les jeunes filles qui doivent pour cela le tenir dans la main gauche. Autant de fois la jeune fille s’y reprend pour dégarnir la tête plumeuse du pissenlit, et autant d’années elle devra patienter avant de rencontrer un amoureux (pour une petite fille, on comptera par décennies et non pas par années, hein !? ^.^) ; si les petits parachutes montent, c’est bon signe, s’ils descendent, c’est le risque d’un crash amoureux. Le pissenlit répondait à bien d’autres questions : la jeune fille doit-elle abandonner le garçon dont elle s’est entichée ? Elle sera mariée, d’accord, mais sera-t-elle aimée, au moins ? Etc. C’est pour l’ensemble de ces raisons que le pissenlit porte parfois les noms de « bonne nouvelle », « bonne aventure » ou encore même « sorcier ». Par le biais de ce pronostic divinatoire, l’on pouvait aussi découvrir l’heure qu’il était (on l’appelle alors « horloge »). Il n’était pas jusqu’aux chenapans pratiquant l’école buissonnière qui apprenaient grâce à son aide de quelle direction s’en venait le garde-champêtre !
Quant aux feuilles, elles s’organisent sous forme de rosette basale. Largement et profondément découpées, échancrées, dentées, aux lobes retroussés (comme un harpon ses dents), elles ont valu au pissenlit le surnom de dent de lion, qui est un nom vernaculaire bien plus ancien que celui de taraxacum qui, lui, n’a été formé qu’en toute fin de Moyen-Âge, et faisait partie, avec quelques autres, des noms habituellement attribués au pissenlit dans les glossaires. Dent de lion se retrouve dans l’anglais dandelion, forme actuelle qui émane probablement de celle qu’on trouve dans un vieux document gallois daté du XIII ème siècle : dent-y-llew (probablement lui-même emprunté au français auparavant).
Ces feuilles en mâchoire de fauve forment, avec les racines, fuseaux pivotants charnus, brun rougeâtre extérieurement, blanches et succulentes à l’intérieur, tout l’arsenal thérapeutique du pissenlit qui balaie un si grand nombre d’affections qu’au début du XX ème siècle, on en vint à inventer le terme de taraxacothérapie, autrement dit : la thérapie par le pissenlit. Ainsi, il a fait l’objet d’une culture intensive au même siècle en raison de ses propriétés médicinales et alimentaires, puisque, sans mauvais jeu de mots, de la fleur à la racine, tout se mange dans le pissenlit. Manger les pissenlits par la racine : cela traduit peut-être le fait qu’une racine de pissenlit, au plus fort de son développement, peut s’enfoncer à près de deux mètres dans le sol, ce qui, si l’on convertit cette mesure en pieds, en donne pas loin de six, ce qui expliquerait qu’être à six pieds sous terre permet de béqueter l’extrémité des racines du pissenlit. En voilà une d’explication, qu’elle est bien nulle ^.^

Le pissenlit a été rarement mentionné dans les écrits de l’Antiquité. Fournier écrivait que « si le pissenlit existait déjà dans l’Antiquité en Grèce et en Italie, il faudrait croire qu’il y passait inaperçu, ce qui est difficile à admettre pour une espèce dont les fleurs forcent le regard » (4). Rarement ou pas du tout, d’ailleurs. L’on voit bien Théophraste mentionné l’existence d’une plante qu’il appelle aphakê, Pline une autre nommée hedypnois. Mais elles sont si peu et si mal décrites, qu’il apparaît bien fantaisiste de voir en elles un pissenlit, d’autant que les caractéristiques de ces plantes sont si banalement communes aux Astéraceés qu’il pourrait bien s’agir de tout autre chose qu’un pissenlit.
Quelques mots, cette habitude singulière de ne pas décrire la plante puisque tout le monde la connaît (du moins sous une appellation donnée, qu’elle soit x ou y), pas d’illustration non plus, rendent forcément la tâche hasardeuse. Bien que n’étant pas un ouvrage de botanique, il est plus aisé de reconnaître la dent de lion dans les Grandes Heures d’Anne de Bretagne… Même avant ce livre d’heures (qui date de 1503-1508), on n’est pas bien certain de l’identité du pissenlit dans les textes antérieurs. Par exemple, l’on dit qu’au Moyen-Âge, les médecins arabes du XI ème siècle vantaient ses mérites. Hildegarde de Bingen, dit-on, consacra quelques lignes à une plante qu’elle appelle dauwurtz : « Le pissenlit est chaud et sec ; il a beaucoup de vertus et il est pur dans la nature. Et si on en mange souvent, comme d’un autre aliment, il purge l’estomac et fait disparaître les troubles de la vue » (5). Si la première indication amenée par Hildegarde est toujours d’actualité, rien aujourd’hui ne permet de confirmer la seconde qui est, malgré tout, solidement restée attachée au nom même du pissenlit puisque taraxacum provient du grec taraxis qui signifie « troubles de la vue ». Mais si l’on s’écarte quelque peu des thèses entendues habituellement sur ce sujet, il appert des informations, disséminées çà et là, qui permettent d’asseoir un peu cette réputation. Par exemple, en médecine traditionnelle chinoise, un autre pissenlit, Taraxacum mongolicum, sert en cas de conjonctivite. Valnet dut fouiller à droite à gauche, puisqu’en fin de la monographie qu’il consacre au pissenlit, il indique qu’une décoction de pédoncules et de feuilles permettait d’obtenir un collyre dont l’emploi clarifiait les yeux, et amendait la cornée des taies qui peuvent l’affecter. Par ailleurs, au XVII ème siècle, un certain Schmuck déclarait que pour se protéger des vices qui frappent habituellement les yeux, il fallait porter une racine de pissenlit en manière de talisman.

Le pissenlit en phytothérapie

Non seulement le pissenlit est une espèce foisonnante du seul point de vue de son apparence physique, mais il est aussi bouillonnant de principes actifs qui ne demandent qu’à entrer en action. Et encore cela dépend d’au moins deux critères : l’époque de récolte et le mode de préparation (cela explique que l’efficacité du pissenlit est très variable d’une préparation pharmaceutique à une autre). Ne considérons que la seule racine : qu’elle soit utilisée fraîche ou sèche, déchaussée au printemps ou à l’automne, cela fait toute la différence. Par exemple, le pissenlit est plus amer par ses feuilles au printemps, qui n’est pas la saison la plus favorable pour en récolter la racine, laquelle devra patienter jusqu’à une période plus faste pour voir les principes actifs thérapeutiques être présents dans la plante en quantité suffisante. Par exemple, pour profiter pleinement des effets cholagogues du pissenlit, il est préférable d’opter pour une racine d’automne (septembre à novembre), puisque la composition biochimique à ce moment-là est plus à même de fournir les bons effets qu’on en attend. Comme toute autre plante, le cycle végétatif du pissenlit influe beaucoup sur le profil biochimique, quand bien même l’on prendrait en compte une seule et même fraction végétale : en l’occurrence, dans le pissenlit, elles sont au nombre de deux, la feuille et la racine. Chez la première, on note une plus grande amertume au printemps, alors que cette caractéristique s’applique à l’été en ce qui concerne la seconde.
Globalement, on s’entend pour dire que le pissenlit inodore est de saveur amère, amertume dont semble être responsable un (ou plusieurs) corps dont on n’a pas été, semblerait-il, bien certain de l’identité. La doit-on à cet alcaloïde du nom de taraxacine ? Ou bien à ces lactones sesquiterpéniques que sont lactucopicrine et germacranolide ? A moins qu’il ne faille mettre cela sur le compte de cet autre taraxacoside…
Maintenant, ce que l’on peut tenir pour (presque) certain, c’est que dans la racine du pissenlit se loge une foison de substances parmi lesquelles nous pouvons lister : de l’acide dioxycinnamique, de l’acide p-oxyphénylacétique, des acides gras (cérotique, mélissique, oléique, palmitique, linoléique), des triterpènes (taraxastérol), de la choline, de la résine, du mucilage, des sucres (lévulose, fructose, inositol, mannitol), de l’inuline, du tanin, etc.
Quant aux feuilles, pas moins intéressantes, on leur a découvert des protéines, des acides aminés, une grande quantité de chlorophylle, des masses de sels minéraux et d’oligo-éléments (en majorité du potassium – 40 % des cendres en sont constituées –, mais également du calcium, du sodium, du magnésium, du manganèse, du silicium, du phosphore, du fer, du soufre, du zinc…), des caroténoïdes, des flavonoïdes, une fraction d’essence aromatique, et enfin des vitamines : autant de vitamine C que dans le citron (soit 50 à 60 mg aux 100 g de feuilles fraîches), des vitamines du groupe B (B1, B2, B3, B9), de la provitamine A (40 mg aux 100 g de feuilles fraîches), de la vitamine D, etc.
Chose que nous avons oubliée : un latex présent aussi bien dans la racine, le pédoncule que la forte nervure centrale des feuilles. Il s’apparente à une sorte de caoutchouc, savant mélange de différentes substances : acides organiques, acides gras, alcools triterpéniques, hydrocarbures, résine, calcium, potassium, etc.
Dans les semences, on a découvert une huile végétale.

Propriétés thérapeutiques

  • Cholagogue par action mécanique sur la vésicule biliaire, cholérétique, décongestionnant hépatique, dépuratif hépatique, tonique hépatique, draineur hépatobiliaire
  • Diurétique « froid » (à l’inverse du persil, par exemple, diurétique « chaud »), azoturique, dépuratif rénal et des voies urinaires (facilite l’élimination des toxines infectieuses et celles liées à la pollution environnementale)
  • Apéritif, digestif, antiputride intestinal, laxatif, stomachique
  • Tonique sanguin, dépuratif sanguin, antidiabétique, abaisse la tension artérielle par épuration du sang
  • Dépuratif cutané, détersif, désincrustant, assainissant et adoucissant cutané (donne bon teint)
  • Nutritif, minéralisant
  • Antiscorbutique
  • Renforce le système immunitaire, concourt à relever l’économie générale

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : insuffisance hépatique, paresse hépatique, crise hépatique douloureuse, hépatite, hépatite chronique, congestion du foie, ictère, angiocholite chronique, cholélithiase, diarrhée bilieuse, cirrhose graisseuse
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : inappétence, atonie et faiblesse des voies digestives, indigestion, fragilité gastrique, ballonnement, fermentation intestinale, entérocolite, constipation, constipation opiniâtre
  • Troubles de la sphère respiratoire : catarrhe bronchique
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : infection urinaire, oligurie, azotémie, lithiase urinaire, gravelle, douleur rhumatismale, goutteuse et arthritique, congestion rénale
  • Troubles circulatoires : artériosclérose, athéromatose, hypercholestérolémie, diabète, cyanose, varice, hémorroïdes, cellulite
  • Rétentions liquidiennes : rétention d’eau (par extension : pléthore, obésité), ascite, œdème, anasarque, hydropisie, engorgement de la rate
  • Affections cutanées : verrue, furoncle, cor, poireau, acné, eczéma, psoriasis, urticaire, dartre invétérée, dermatoses des hépatiques, taches de rousseur, taches de son, autres impuretés du visage, peau fatiguée et/ou abîmée
  • Anémie, asthénie physique et intellectuelle
  • Blépharite
  • Pyorrhée alvéolo-dentaire
  • Scorbut

Modes d’emploi

  • Infusion de feuilles, de racines (ou des deux).
  • Décoction de feuilles, de racines (ou des deux).
  • Extrait aqueux.
  • Extrait mou.
  • Suc frais des feuilles.
  • Macération vineuse de racine fraîche dans du vin blanc.
  • Teinture alcoolique de racine fraîche.
  • Cataplasme de pédoncules floraux frais.

Note : la cuisson altère significativement l’activité de la plante.

Suggestion de recette dépurative : feuilles de bouleau, sommités fleuries de romarin, sommités fleuries de fumeterre, racines de pissenlit, un quart de chaque. Faire infuser pendant 15 mn une cuillère à soupe de ce mélange pour la valeur d’un bol d’eau.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : il a beau être fréquent, le pissenlit ne saurait être récolté n’importe où. Il importe donc de prendre garde aux lieux passants, ceux qui sont probablement souillés par diverses pollutions, avant de jeter son dévolu sur de belles touffes de pissenlit. Avant usage des feuilles – que ce soit d’un point de vue alimentaire ou médicinal –, il peut être utile, outre de les bien laver et rincer, de les faire tremper au préalable dans une eau additionnée d’un filet de vinaigre. C’est parfois plus sûr. Les feuilles destinées à un emploi thérapeutique peuvent se prélever dès le mois de mai, jusqu’au milieu de l’automne. Celles qui ne concernent que la cuisine (même si elles ont quand même valeur thérapeutique), se ramassent plus tôt, dès mars. Les fleurs, dès leur apparition, sont cueillies pour un usage immédiat à l’état frais Si besoin était de les faire sécher, il faut veiller à ne pas les cueillir pleinement épanouies, puisqu’elles fructifient en cours de dessiccation. Quant aux racines, c’est avec une bonne pioche ou bêche qu’on s’en ira, après avoir retroussé ses manches, les extirper du sol dès l’automne venu. On dit qu’il est préférable de se concentrer sur les pieds âgés de deux ans, ce qui signifie donc d’avoir effectué un repérage préalable.
  • Séchage : celui des feuilles est possible, mais pas recommandé, puisqu’il leur fait perdre une grande partie de leurs principes et de leur pouvoir. Comme bien des « salades » sauvages, on gagne beaucoup à leur conserver l’état de fraîcheur et à les consommer, si possible, presque immédiatement après la récolte. La racine du pissenlit peut elle aussi faire l’objet d’un séchage. Après grattage, brossage et lavage, on les rince, on les sèche au torchon. Puis on les tronçonne en fragment de 1 cm de long, que l’on dispose sur une tôle ou bien que l’on suspend après en avoir fait un collier à l’aide d’une ficelle de cuisine.
  • Alimentation : l’on n’imagine pas à quel point le pissenlit peut nous conduire sur les chemins de l’inventivité en cuisine. Voici donc un petit panégyrique qui démontre que le pissenlit, cet or du pré, cet or de la Terre, vaut largement le détour et qu’il peut briller comme n’importe quelle autre plante sauvage, sinon davantage encore, puisque cette plante est sans doute la seule sauvageonne que le citadin ne renâclera pas à aller chercher, sinon manger. Commençons donc très simplement : le pissenlit est parfait pour s’enherber, pour se mettre au vert. Non seulement c’est une agréable salade sauvage printanière, mais il participe, sans pour autant que celui qui le consomme ainsi s’en doute, à la dépuration de son organisme. Et comme la Nature est admirablement bien faite, il apparaît en fraîches rosettes dans les campagnes (et ailleurs) au moment précis où l’être humain a besoin de drainer via ses émonctoires une bonne partie des toxines accumulées durant l’hiver. Il est d’autant plus utile dans cette entreprise que cette consommation, si elle s’apparente à une cure, est quotidiennement continuée pendant deux à trois semaines. C’est seul ou accompagné qu’on peut y goûter, frais, en salade. Voici quelques exemples de plantes sauvages et domestiques à sélectionner afin de constituer avec le pissenlit de formidables mescluns : la mâche, le pourpier, le cresson de fontaine, la cochléaire, le mouron des oiseaux, l’ortie, le persil, le gaillet gratteron, le cerfeuil, la mauve sylvestre, la parelle, l’oseille, la bourrache, la lampsane, la chicorée, l’alliaire, la bardane, la fumeterre, la pâquerette, le plantain lancéolé, la violette… A tout cela, on peut ajouter diverses graines oléagineuses (tournesol, sésame, lin, courge, noisette, amande, noix…) ou non (amarante, chia), un assaisonnement (huile de noix, de noisette, jus de citron, verjus…), du sel, du poivre, du cumin, du carvi, de la livèche, de l’ail des ours, etc.
    Voici maintenant, sans exhaustivité, quelques recettes marquantes à base de pissenlit : la salade ardennaise (avec des pommes de terre, des lardons et du vinaigre), la salade de groin d’âne lyonnaise (avec des œufs durs, des noix, des croûtons aillés), la salade lyonnaise au pissenlit (avec lardons, œuf poché), l’omelette au pissenlit, les racines de pissenlit à la crème, le pissenlit au saumon fumé. Il peut aussi se cuire et former d’agréables purées. Les boutons floraux se préparent en omelette, en salade, en gratin, en soupe, ainsi qu’au vinaigre. Du côté des recettes sucrées, le pissenlit est célèbre par cette spécialité qu’on appelle « miel des prés » ou, mieux, crameillotte, dont voici une recette qui m’a récemment été communiquée : au matin, partir à la cueillette de 500 capitules de pissenlit bien épanouis, en supprimer le calice, puis les faire infuser pendant 10 mn dans 1,5 l d’eau chaude, en ajoutant à l’infusion un citron découpé en quartiers (une orange peut aussi faire l’affaire), ou bien des fleurs fraîches de romarin si l’on en a sous la main. A l’issue, on filtre, et l’on mesure la quantité de liquide obtenu : pour un litre, on ajoute 650 à 700 g de sucre de canne, puis l’on fait cuire pendant ½ heure. Quelques dizaines de secondes avant cette échéance, on ajoute la quantité suffisante de gélifiant – ici de l’agar-agar – à raison de 4 g pour un litre de liquide sucré, et l’on laisse cuire durant les deux dernières minutes. On coupe le feu, on met en pot, on bouche, on laisse refroidir. Il existe aussi un « vin » élaboré à base des mêmes fleurs, et la possibilité de torréfier les racines sèches pour les utiliser ainsi à la manière de la chicorée, à laquelle on peut les ajouter ou les substituer.
  • Nous avons dit, il y a longtemps maintenant, que l’abeille ou le bourdon pouvaient bien s’échiner à butiner la fleur du pissenlit, puisque celle-ci n’a pas besoin de ces insectes pour assurer sa fécondation. En revanche, ils retirent de cette fleur très mellifère une grande quantité de nectar et ils sont guidés vers elle du fait de sa couleur. Par exemple, le pissenlit ne saurait porter des capitules rouges, les bourdons et les abeilles n’étant pas sensibles à cette couleur, et ne distingueraient pas cette plante si tel était le cas. Dès lors, on peut se demander quel est le sens caché de cette manne qu’offre abondamment le pissenlit à ces hyménoptères. Quant au feuillage du pissenlit, il est attractif à l’état frais pour bien des animaux : c’est une nourriture saine pour les lapins, les chèvres, les moutons et les vaches. En revanche, après fenaison, le pissenlit perd beaucoup de sa valeur nutritive.
  • Attention : l’usage thérapeutique du pissenlit est contre-indiqué en cas d’insuffisance cardiaque (cf. son taux trop élevé de potassium).
    _______________
    1. Cette taille est située entre 20 et 40 cm généralement ; on observe des écarts à cette moyenne : 5 cm pour les spécimens les plus humbles contre 100 à 120 cm pour les monstres.
    2. Georges Gibault, Histoire des légumes, p. 145.
    3. La théorie des signatures fut sensible à la couleur des capitules floraux du pissenlit, y voyant là un bon indice thérapeutique. Ceci dit, attention, tous les végétaux qui possèdent des fleurs jaunes ne sont pas des remèdes hépatiques.
    4. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 766.
    5. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 44.

© Books of Dante – 2020

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